jeudi 21 novembre 2013
Enfance french touch
CONDENSÉ
La presse en ligne est abondante.
Ce qu’on y trouve est inégal.
Je n’y ai sélectionné que quelques titres et repéré quelques
articles.
Ce qui suit est le condensé de l’un d’entre eux.
(LE TEMPS – Quotidien de Suisse romande – 24 février 2012 – Sylvain
Menétrey)
Élever ses petits à la française
est du dernier chic à New York et Londres. Une expatriée à Paris confiait : Les mères françaises chuchotent à l’oreille de leurs enfants des
petits mots magiques qui ont l’air bien plus efficaces
que les cris dont elle-même use pour rameuter ses enfants ou pour les encourager. De
ces mystérieuses paroles maternelles, la journaliste et essayiste américaine Pamela Druckerman
a tiré le récit guide : Les enfants français ne jettent pas la nourriture.
Elle a découvert dans cette ville
des enfants sages comme des images, qui mangent des légumes avec plaisir et
disent bonjour
aux adultes. Tout le contraire des Anglo-saxons turbulents qu’on n’ose pas
emmener au restaurant par peur des crises et des frais de pressing. Elle a
aussi vu en France des mères qui ne prennent pas de poids après leur grossesse,
ont une activité professionnelle et dont la vie sociale ne tourne pas qu’autour
de leurs rejetons.
Bénéfique à la sociabilité des
enfants selon les Français, la crèche apparaît comme un dangereux cloaque aux
Américains.
Sans parler des classes vertes,
au programme scolaire français dès l’âge de 5 ans et qui font dresser les
cheveux sur la tête de parents américains habitués à ne laisser leurs enfants
découcher que vers 10 ans. J’ai dû me résigner, avoue une mère, mais je n’ai pas dormi
de toute la semaine. L’expérience s’est révélée au
final très positive. Le français de mon fils s’est nettement amélioré, il a appris à
lacer ses chaussures et à se brosser les dents tout seul.
Mais c’est surtout à l’heure des
repas que l’éducation hexagonale fait merveille. La recette de ces moments
décrits sans cri et sans jet de purée est toute bête : en France on mange à
heures fixes et on ne grignote pas entre les repas. Des enfants qui ont faim,
ça mange et ça se tient à carreau.
Conservateurs les Français ? Je dirais plutôt
traditionalistes et un peu démodés. Il faut se fondre dans le moule des
rituels. Il arrive d’ailleurs souvent que des inconnus me fassent des remarques
dans la rue pour me dire que je gâte trop ma fille ou me faire d’autres
critiques. Aux États-Unis, ce type de commentaires seraient totalement déplacés
et malpolis. Certains Américains se montrent
sceptiques : le cadre français vanté par l’auteur ne
risque-t-il pas de brimer la créativité et l’originalité des enfants ?
Ce qu’aucun interlocuteur ne met
par contre en doute, c’est l’encadrement supérieur offert aux parents en
France. Je
ne me verrais pas élever mes enfants ailleurs que dans ce pays, où le système
de crèche, de sécurité sociale et de pédiatres est fantastique.
Un point concret qui pourrait inspirer les Anglo-saxons dont le taux de
fécondité suit la courbe inverse de celui des Françaises.
lundi 18 novembre 2013
Ocytocine : entre empathie et agressivité
CONDENSÉ
La presse en ligne est abondante.
Ce qu’on y trouve est inégal.
Je n’y ai sélectionné que quelques titres et repéré quelques
articles.
Ce qui suit est le condensé de l’un d’entre eux.
(LE TEMPS – Quotidien de Suisse romande – 21 février 2012 – Pascaline
Minet)
Particulièrement prometteuse contre l’autisme, l’ocytocine est
également envisagée pour le traitement de diverses pathologies psychiatriques.
Cependant, certains chercheurs mettent en garde contre l’emploi
de cette hormone chez l’être humain, et particulièrement chez l’enfant. Elle
pourrait, dans certains cas, entraîner de l’agressivité et des troubles
relationnels.
Fabriquée par l’hypothalamus et libérée dans le corps par
l’hypophyse, elle est aujourd’hui, couramment utilisée pour accélérer les
contractions, puis pour faciliter l’expulsion du lait. Elle favoriserait aussi
l’empathie, l’attachement, la coopération et l’altruisme.
Des résultats encourageants ont été obtenus avec l’autisme,
comme semble l’indiquer une étude menée sur des autistes adultes souffrant du
syndrome d’Asperger.
Mais elle a été également
évaluée pour d’autres pathologies : du stress post-traumatique à la
schizophrénie, en passant par la dépendance et la phobie sociale.
Cependant, pour certains scientifiques, ces essais cliniques
sont prématurés, surtout lorsqu’ils sont menés sur des enfants car leur cerveau
est toujours en développement.
On a également observé que, sous ocytocine, les hommes en couple
avaient tendance à éviter la compagnie de femmes attirantes.
Ces travaux
suggèrent que l’ocytocine favorise le renforcement des liens sociaux déjà
établis, au détriment de la relation avec les inconnus. […] Il faudra encore
plusieurs années pour se faire une idée de son intérêt pour soigner les gens.
samedi 16 novembre 2013
Parler aux enfants petits
CONDENSÉ
La presse en ligne est
abondante.
Ce qu’on y trouve est
inégal.
Je n’y ai sélectionné que quelques titres et repéré quelques articles.
Ce qui suit est le
condensé de l’un d’entre eux.
(LE TEMPS – Quotidien de Suisse romande – 10
mars 2012 – Anna Lietti)
Auteure
de Dis-moi pourquoi.
Parler à hauteur d’enfant, Claude Halmos n’interdit à
personne de faire gouzi gouzi pouet pouet à son bout de chou. Elle rend
simplement les parents attentifs au fait qu’un enfant est, véritablement, une
personne à part entière.
Car imaginez que l’on vous parle
comme ça. Vous vous demanderez si on vous prend pour un imbécile et vous aurez
raison. Eh bien, pour les petits, même tout-petits, c’est pareil,
Si beaucoup d’adultes se permettent
de s’adresser aux enfants dans un de ces sous-langages mièvres et
condescendants qu’ils n’oseraient jamais employer avec un autre adulte, c’est
en toute bonne foi, et parce que c’est culturellement encouragé. Mais aussi
parce qu’ils pensent que les mômes ne comprennent pas. Or, ils comprennent.
Entre autres :
Pourquoi diable tant de parents
parlent-ils d’eux-mêmes à la troisième personne lorsqu’ils s’adressent à leurs
enfants? Tout cela à un moment de la vie du bébé où il prend conscience qu’il
ne forme pas un tout indifférencié avec ladite maman: il y a un moi et un toi
distincts et c’est le début d’une belle construction. Alors, ce n’est peut-être
pas la peine de compliquer les choses avec un elle
qui serait aussi un moi,
mais pas toujours.
C’est en général quand un enfant semble le plus inattentif qu’il
écoute avec le plus d’attention.
Il a parfaitement saisi l’importance du sujet, et s’il s’agite, c’est pour se
protéger, en restant actif, de l’angoisse qui le menace. Même à un tout petit,
s’il est trop agité, on peut dire : Maintenant tu viens t’asseoir, tu commandes à tes bras et tes
jambes d’arrêter de bouger et tu m’écoutes. Mais créer
les conditions de l’écoute n’est jamais simple. Néanmoins, Ce que je vérifie
tous les jours, c’est que les enfants écoutent et comprennent quand on les
prend au sérieux.
On peut donc causer aux enfants
comme à des adultes? Ne pas oublier qu’un enfant est un enfant.
mardi 12 novembre 2013
Premiers pas de SKIZ au NORD > OUEST
Qu’est-ce que SKIZ ?
Qu’est-ce que le NORD > OUEST ? En quoi
consistent ces premiers pas ?
SKIZ
SKIZ est une comédie en
trois actes que Gabriela ZAPOLSKA, une
Polonaise, a écrite il y a un siècle – en 1908. Elle fait partie des quatre ou
cinq de ses œuvres les plus connues et qui sont toujours jouées aujourd'hui
dans son pays. C’est ainsi que SKIZ y a été
reprise une soixantaine de fois depuis sa création dont une dizaine – notamment
dans la capitale ainsi qu’à la télévision – depuis la chute du mur de Berlin.
Sa pièce la plus jouée est LA
MORALE DE MADAME DULSKA. Elle avait été traduite en français par Paul CAZIN, cela fait 80 ans… mais cette traduction
était restée à l’état de manuscrit et elle n'a été
publiée qu'il y a deux ans à peine, par les Presses de l’Université de Varsovie.
La traduction de SKIZ – par Lisbeth VIROL et Arturo
NEVILL – est toute récente. Ce dernier m’en a confié un
exemplaire : ce qui m’a permis de comparer les deux œuvres (DULSKA et SKIZ). Quel
que soit l’intérêt de la première – et on comprend la permanence de son succès
en Pologne – il me semble qu’elle aura du mal à drainer un public autre que de
spécialistes en France. En revanche, SKIZ est
susceptible d’y plaire à un beaucoup plus grand nombre de spectateurs.
Certains ont estimé qu’il s’agissait d’un marivaudage à la
polonaise. Ils sont loin d’avoir entièrement tort. Mais s’en tenir là serait
s’illusionner car une bonne partie de l’intérêt est ailleurs.
Nous y voyons deux couples de la petite noblesse polonaise
vers le milieu du 19ème siècle. L’un plus jeune, et chez qui nous
nous trouvons, sont des propriétaires ruraux dont le souci est d'abord de gérer
leurs biens, à savoir les animaux qu’ils possèdent. Surtout lui (Witus*), alors que sa femme (Muszka*) commence déjà à rêver de
perspectives plus romantiques.
* J’ai gardé les diminutifs des prénoms polonais, comme dans la
traduction que j’ai eue sous les yeux. Witus correspond plutôt à Guy et Muszka
veut dire « petite mouche ».
L’autre couple, plus âgé, vient de la ville et s’avère plus
porté à une vie mondaine et au badinage. L’homme surtout (Tolo*), particulièrement sensible
à la fraîcheur de Muszka.
Plus pondérée, sa femme (Lulu*)
laisse faire... jusqu'à un certain point, mais veille néanmoins au grain. Elle
pense – du moins, elle pensait – détenir une carte maîtresse vis-à-vis de Tolo : la force de l’habitude.
Ce qui la rassure, face aux autres femmes qui n’ont pas cette carte en main.
* Pour le couple plus âgé, Tolo est un diminutif pour Anatole, et
Lulu pour Lucina.
Voici deux extraits de dialogues entre Lulu et Muszka. Au moment du premier, le flirt est déjà
engagé entre Tolo et Muszka. Au second, cette dernière
a certes succombé mais ses transports et son exigence de bénéficier d’une
relation exclusive ont vite lassé Tolo.
Éprouvée par une défaite à laquelle elle ne s’attendait pas mais tenant à
sauver la face, Lulu a
décidé de partir… et Tolo s’est
empressé de lui emboîter le pas.
Avant que Muszka ait succombé :
Lulu
Ma pauvre enfant ! Qu’est-ce que tu en sais ? En amour, c'est
comme aux cartes : gagne celui qui a su adroitement rassembler le plus grand
nombre d'atouts dans sa main. Dans un couple, l’amour nécessite d’avoir des
cartes bien particulières – c’est… comme au tarok… Tu connais le tarok ? Non ? Passons. Ça ne fait rien… On y trouve une carte qu'on
appelle Skiz : elle bat toutes les autres cartes, même les Dames. Tu te
rends compte, ma Muszka… même les Dames !... À partir du moment que l’on a
cette Skiz dans la main, la partie est gagnée d’avance.
Muszka
Et cette Skiz, dans le cas du mariage ?...
Lulu
C’est quelque chose qui marche à chaque fois. N’insiste
pas. Je ne te dirai rien pour l’instant. Un jour, peut-être… J’ai eu du mal,
mais je suis arrivée à trouver la clé… À toi de chercher à ton tour. Pour en
revenir au flirt de mon mari, vois-tu… j'arrive au moment qu’il faut, et alors…
enfin… c'est moi qui récolte le bénéfice.
Après :
Muszka
Tu
t'en vas ?
Lulu
Oui.
C’est-à-dire… nous partons.
Muszka
Comment
ça ?… Lui aussi ?
Lulu
Lui
aussi… Qu’est-ce que tu veux ?
Muszka
Je
dois le voir…
Lulu
Il
s’occupe à ranger son nécessaire de voyage. Et pour lui c'est particulièrement
important. Je ne te conseille pas de le déranger. De toute façon, tu n’as rien
à regretter ! Tu as déjà pu te rendre compte qu'il vaut mieux avoir un
mari jeune et bien à soi plutôt que celui de quelqu'un d’autre et plus âgé.
Pour le moment ton amour-propre est blessé mais, lorsque tu auras retrouvé ton
calme, tu me seras reconnaissante car, très vite, tu n'aurais pas su comment
t’en tirer. Moi, par contre… je saurai toujours car je suis habituée à lui.
Muszka
Pourtant…
Lulu
Quoi ?
Pourtant… Il faut avoir de la fierté. Il ne veut pas… tant pis.
(Elle
prend son manteau et ses gants)
Vois-tu… je te l'avais dit : l'homme ne
s’attache pas par passion, ni par les sens, ni même par le sentiment, mais
simplement par quelque chose de très subtil, solide comme l'acier. C’est,
Muszka, la force de l’habitude. Mon mari s’est habitué à moi – et c’est à cause
de cela qu’il revient vers moi. Là était ma carte maîtresse – Skiz – dans la
partie de cartes qui se jouait au niveau conjugal. Skiz ! Avec laquelle
j’ai même pu surclasser l’atout de tes vingt ans – ô excitante marquise !
Muszka
Qu’est-ce
que je vais devenir, maintenant ?...
Lulu
Toi ?... Tu vas retrouver ton calme, et tu vas
patiemment t’efforcer de jouer cette carte maîtresse dans ton propre jeu
conjugal. Mais je te conseille d’y penser suffisamment d’avance, car il s’agit
d’une entreprise relativement difficile et laborieuse. Adieu ma petite !
Comme on a pu le lire, SKIZ (terme qui est
repris dans le titre même de la pièce) est la carte maîtresse du jeu de tarok
(ou tarock) – c’est-à-dire une variante du tarot, qui avait cours dans l’Empire
austro-hongrois des Habsbourg, donc en Galicie, dont Zapolska était originaire.
La carte Skiz y correspond assez bien à l’Excuse du tarot de Marseille, ou encore au Mat (ou Fou) du tarot
divinatoire. Mais dans le tarok, Skiz n’a pas qu’une
simple fonction de joker, comme c’est le cas de l’Excuse : elle est l’atout qui l’emporte sur tous les autres cartes. Les
traducteurs ont voulu éviter d’éventuelles confusions chez le lecteur ou le
spectateur français : pour le titre et dans le texte, ils ont gardé le mot SKIZ.
La pièce ne se réduit pas à cette simple trame et aborde
bien d’autres sujets. Je me contenterai ici d’un autre dialogue, cette fois
entre le jeune Witus et Lulu à qui, bien qu’étant
clairement son aînée, il trouve des attraits certains.
Witus a
proposé à Lulu d’aller faire
un tour à cheval dans la steppe :
Lulu
Écoute-moi,
j'ai quelque chose à te dire !
Witus
Je
t’écoute, mais les chevaux sont prêts. Tu me le diras quand nous serons en
selle…
Lulu
Non,
ici. Dis-moi d’abord, qu'aurais tu fait si tu apprenais que ta femme t'a
trompé ?
Witus (Pouffe
de rire)
Muszka ?
Babette* ?
* Babette est un diminutif
plutôt péjoratif que Witus donne à sa femme, Muszka, pour laisser penser
qu’elle n’est pas très dégourdie.
Lulu
Oui…
elle…
Witus
Cousine,
vous avez toujours des idées ! C'est absolument impossible.
Lulu
Pourquoi ?
Witus
Parce
que Babette, c'est… Babette. C'est impossible.
Lulu
Mais,
si tu avais des preuves ?
Witus
Noir
sur blanc ?
Lulu
Des
preuves.
Witus
Alors,
j’aurais tué.
Lulu
Elle ?
Witus
Non –
pas elle, pourquoi ? – C'est une oie – Lui.
Lulu (Avec
un mouvement de recul)
Lui ?
Witus (Riant)
Comme un chien ! Voyez-vous, cousine, moi
je le sais par expérience. En fait c'est toujours l'homme qui fait le premier
pas. Après, il s’éclipse. Alors, la femme court après lui et tout le monde
croit que ça venait d’elle. C'est donc lui que j’aurais tué, c'est clair.
Lulu
Ah !
Witus
Mais
vous vouliez me dire quelque chose, cousine… C'était quoi ?
Lulu
Rien
– Finalement, rien.
De retour après la randonnée de Witus et Lulu
dans la steppe (il y a eu un orage) :
Lulu
Ah !
Enfin…
Witus
En vérité, c'est de la folie. Nous pourrions
rester tranquillement assis jusqu'à la fin de l'orage dans la cahute des
palefreniers, au lieu de courir sous la pluie battante.
Lulu
Ho
Non ! Non !
Witus
He
bé… Finalement, j’aurais su me contrôler.
[…]
Lulu
Et
Muszka ?
Witus
Elle n'a que ce qu'elle mérite. Elle n'a pas à
être un morceau de glace. Et puis, pourquoi y penser ! Demain nous irons
encore dans la steppe et… (Riant)
… ma cousine m'accordera
peut-être quelques faveurs.
Lulu (Pensive)
Et en
fin de compte ?
Witus
Eh
bien !… un peu de bonheur.
Lulu
C’est
étrange… il n'y a pas longtemps, à peine trois heures, tu disais vouloir tuer
celui qui aurait séduit ta femme.
Witus
Je le
tuerais, Dieu m'est témoin !
Lulu
Et tu
veux séduire la femme d'un autre…
Witus (Riant)
Alors…
c'est à lui de me tuer !
Lulu
Donc
ça ?
Witus
Je suis tombé amoureux de vous, comme un fou.
Parce que je suis comme ça ! Un, deux, ça me prend. Dieu seul sait
pourquoi, j'aime !
Lulu (Un
temps)
Dis-moi
– mais sincèrement – je peux encore plaire ?
Witus
Et
comment !
Lulu
Merci
– c'est tout ce que je voulais savoir.
(Elle
sort en courant)
Le théâtre du NORD > OUEST
Auparavant un cabaret où Édith PIAF
a donné des récitals et où Yves MONTAND a fait
ses débuts, entre temps converti en cinéma de quartier puis en salle de
concerts de jazz, le Théâtre du NORD > OUEST est un lieu bien particulier. Depuis 14 ans,
il alterne deux saisons : l’une consacrée à présenter l’intégrale d’un
grand auteur, l’autre à un thème de réflexion.
C’est ainsi que s’y sont succédé les intégrales des œuvres
théâtrales de Racine, Musset, Corneille, Hugo,
Claudel, Feydeau, Marivaux, Montherlant, Shakespeare, Molière, Strindberg,
Labiche et Giraudoux. Les saisons de
réflexion ont porté sur : Spiritualité
et Religions, Théâtre Miroir du Monde, La mort et le passage, Justice &
Politique, Jeanne d'Arc et autres femmes, Le cœur et l'esprit, Théâtre et
engagement, Dom Juan et le libertinage, Des prisons & des hommes, Sartre
& Camus & de Gaulle et la politique et, cette année, Paroles
d'aujourd'hui.
L’actuelle
saison innove en ce sens qu’au lieu d’une intégrale, c’est un ensemble de
chefs-d’œuvre du théâtre classique qui y est présenté. Ce qui permet d’ajouter
aux auteurs des années précédentes les noms de Sartre,
Eschyle, Tchekhov, Dostoïevski Sophocle, Cocteau, La Fontaine, Péguy, Mirbeau…
Au cours de quatre mois (de fin octobre 2013 à début mars 2014) ce sont plus de
500 représentations qui y sont données – autour d'une quarantaine de pièces
directement interprétées et d’une cinquantaine de lectures.
Théâtre
d’art et d’essai, une de ses missions est de révéler de nouveaux auteurs et,
sans véritables moyens de production, de créer des spectacles qui pourront être
repris dans d’autres théâtres.
Y participent chaque saison des comédiens d'origine et d'expérience
très variées : du sociétaire de la Comédie-Française
ou d'autres comédiens bien connus, à
l'élève de cours de théâtre. Situé près des grands boulevards dans le 9ème
arrondissement de Paris (ainsi, proche du Conservatoire national supérieur d’art
dramatique), il dispose de deux salles qui totalisent 200 places.
Premiers pas
C’est sous forme de lecture – le dimanche 17 novembre en
début d’après-midi – que SKIZ sera accueillie
au NORD > OUEST pour cette saison.
Parmi les quatre acteurs, se trouve Lisbeth
VIROL qui l’a traduite en français. Elle a d’origine une solide
formation de comédienne puisqu'elle a fait le Conservatoire supérieur de
Théâtre de Varsovie (PWST) et joué sur les principales scènes classiques de la
capitale polonaise. Ce n’est pas la première fois qu’elle se produit au NORD > OUEST : on se souvient en particulier
de l’émouvant Bal des Folles à la Salpêtrière de la plume de
cette même ZAPOLSKA et lu en compagnie d’Antoinette GUÉDY et de France
FARNEL. Tout récemment, c’était le beau texte de COLETTE : La Retraite sentimentale qui a
fait une profonde impression sur les spectateurs.
Les trois autres ont en commun d’avoir joué ces jours-ci,
dans ce même théâtre, LA CERISAIE d'Anton TCHEKHOV, produit par la compagnie de l’Incartade
– une des plus remarquables interprétations auxquelles on ait assisté. À
commencer par Coralie SALONNE qui en a assuré
la mise en scène, ainsi que David MALLET et Yves JOUFFROY.
Illustration de cet article : Affiche annonçant la lecture de
SKIZ pour le dimanche 17 novembre à 14 heures 30.
En savoir plus sur Lisbeth VIROL : cliquez sur Seine &
Vistule (dans la marge de droite, juste avant l’horloge) pour découvrir les
richesses de son bloc-notes (blog) :
mercredi 31 juillet 2013
Alzheimer – h
Dans ce qui précède on a eu l’occasion – dans
un cas particulier – de dire comment l'Alzheimer se manifeste à ses débuts, et comment cela se traduit dans l'entourage de la personne qui en est atteinte.
Dans ce cas particulier, on retrouve bon
nombre de caractéristiques classiques :
Les
premiers symptômes sont des troubles de mémoire ; l’âge auquel ils
apparaissent tourne autour de 65 à 70 ans ; ils sont légèrement plus
fréquents chez les femmes (une estimation courante donne trois femmes pour deux
hommes) ; l’environnement (familial et fréquemment amical) des proches est
largement mis à contribution – dans la littérature sur le sujet, on les désigne
par les aidants et une réelle dynamique (parfois commerciale) s’est
mise en place pour aider les aidants…
Particulier quand même :
Dans la
mesure où, par exemple, Magali a reçu un bon
niveau d’instruction et a exercé de réelles responsabilités
professionnelles ; où, tout en étant célibataire – c’est-à-dire ne
bénéficiant pas du soutien d’un conjoint – elle a trouvé dans une fratrie qui
s’entend une diversité de points d’appui qui ne reposent pas sur le dos d’une
seule et même personne ; où, ayant développé dans sa vie adulte des
prédispositions sociales et culturelles qui s’étaient déjà manifestées dans des
mouvements de jeunesse, elle y a acquis un certain répondant pour faire face
aux difficultés ; où elle a su se constituer des réserves qui se révèlent
maintenant utiles pour ses années à venir…
Ce dernier billet fournit quelques éléments
complémentaires qui sortent du cadre de ce témoignage. La littérature est
particulièrement abondante à ce sujet. Dans ce qui suit, on ne prétend pas être exhaustif ni de
parler à la place des nombreuses personnes et institutions concernées :
les personnes directement touchées, celles qui les aident ou leur apportent des
soins, ou qui gèrent les actions entreprises à ce sujet… Ni d’indiquer ce qu’il
faut faire.
Le souci de préserver l’anonymat dans le cadre d’un
bloc-notes qui est publiquement accessible a pour contrepartie de ne pas pousser plus loin le détail. Celles et ceux qui ont
participé à la rédaction témoignent qu’ils ont rencontré tout du long des
personnes remarquables, non seulement
pour leurs qualités professionnelles mais clairement aussi dans leur capacité d’écoute
et leur dynamisme à faire évoluer des contextes où on est encore mal conscient des
progrès récents et des enjeux pour la suite.
Voici quelques coups de projecteurs – le choix
aurait plu être différent.
Le premier pourra sembler décalé par rapport à
notre propos et contribue pourtant à l’éclairer. S’y exprime une ingénieure en électronique, mariée à un homme extra
et l'heureuse maman de 3 enfants. Elle est atteinte d'une maladie apparentée
Alzheimer, et a été diagnostiquée il y a bientôt 3 ans. Le titre : J'en
fais des efforts pour me maintenir dans le monde !
Extraits :
… On n'est
plus une personne, ni même une personne malade. On est un malade, un Alzheimer ... Le regard des personnes est tronqué … La maladie m'oblige à
trouver des solutions pour essayer de comprendre ce que l'on me dit … Elle
m'oblige à me concentrer sur ce que le corps trahit de ce que mon interlocuteur
essaie de me dire … Je n'ai pas le choix … J'en fais des efforts pour me
maintenir dans le monde … La maladie, me force à développer ma confiance en
l'autre. Lorsque l'on entend Alzheimer,
tout le monde, je crois, associe la maladie à des pertes de mémoire ... Après
tout, cela arrive à tout le monde d'oublier quelque chose ! …
En
revanche, je suis aussi amenée à vivre des oublis d'un autre type, des oublis qui
n'ont rien de classique et qui
transforment ma réalité. Autant le dire tout de suite, je ne vis plus toujours
dans votre réalité … Par exemple, je suis allée réclamer une commande que je
suis sûre d'avoir passée. Arrivée là-bas, les vendeurs m'ont assurés que je
n'avais pas fait de commande. Et pourtant je peux affirmer que je suis certaine
de moi : je l'ai passée cette commande ! Que s'est-il donc réellement
passé ? … Parfois des objets apparaissent à la maison : d'où
viennent-ils ? Comment sont-ils arrivés là ? …
Ce sont
juste quelques exemples, de manière à essayer de faire sentir la différence
entre un simple oubli, et une
réalité différente. … Si demain on vous annonce que le ciel est vert à pois
rouges, saurez-vous faire suffisamment confiance à l'autre pour le croire, même
si pour vous il est bleu ? … Ne risquez-vous pas d'être amené, dans ce cas
à défendre avec force, voire avec agressivité, votre réalité intérieure ?
… Perdre confiance en ma réalité, au profit de la réalité de l'autre. …
Michel
Audiard a eu cette merveilleuse formulation : Heureux
les fêlés, car ils laissent passer la lumière. La maladie va me rendre démente, fêlée... J'espère que cette maladie
me permettra de laisser passer la lumière, d'apporter quelque chose aux autres :
un regard, une façon d'être. Quelque chose de positif dans la vie de ceux qui
me côtoieront !
Le second et le troisième sont tournés vers les aidants, les proches qui viennent en appui.
Extraits :
Alzheimer
est une maladie qui dure longtemps, une dizaine d'années en moyenne, et qui est
évolutive … Le malade va devoir être aidé pour des tâches du quotidien de plus
en plus simples … Malgré la bonne volonté de l'aidant, il y a un fort risque
d'épuisement physique et psychologique si le recours à une aide extérieure
n'est pas anticipé. D'autant que le malade n'a pas conscience de l'étendue de
sa maladie et de ses besoins: il n'est donc pas rare qu'il résiste aux soins.
Il peut même devenir agressif … La relation se détériore à mesure que la
lourdeur des tâches s'accroît …
Quels signes doivent alerter sur l'état de santé général de l'aidant ? … Quand l'aidant ne s'octroie plus de temps
pour lui, au point de négliger sa santé – il ne consulte plus son médecin
généraliste, son alimentation, son sommeil, ses loisirs. Ou encore des signes
similaires à la dépression …
Que recommandez-vous aux aidants pour limiter les difficultés ? … Tout d'abord, il ne faut pas rester seul.
Nous conseillons de contacter des professionnels … Cela leur permettra de savoir
vers qui se tourner quand le besoin commencera à se faire sentir. Car la
maladie entraîne vite dans une spirale infernale …Enfin, il est essentiel de
conserver une activité sociale pour discuter et rire avec d'autres personnes.
Majoritairement
âgés, les couples malades/aidants conjoints sont encore aujourd'hui construits
sur la valeur de l'engagement, le sens du devoir et la notion culturelle de couple pour
le meilleur et pour le pire tel que
défini par la loi du mariage … Pourtant, l'usure et
l'épuisement nerveux de l'aidant, ses propres difficultés de santé, pourront et
devront à un certain moment remettre en cause la forme de cet engagement … Rester
debout aux côtés de son mari, de son épouse malade, autrement, dans un autre
lieu de vie, l'établissement d'hébergement pour personne âgée dépendante …
Une telle décision ne coule pas de source ni sur le
plan moral, affectif, ni sur le plan matériel et financier … Par exemple, confier son conjoint malade à des mains étrangères … La présentation souvent
caricaturale … idyllique d'établissements en présence d'un ministre de la
santé visitant de charmantes vieilles dames … À l'inverse, de sordides images filmées en caméra cachée …
Cette
décision aura aussi des conséquences financières … d'autant plus lourdes que le
malade est le mari sur lequel repose l'essentiel des revenus de la retraite. Les
épouses de ces générations n'auront plus alors pour continuer à vivre chez
elles que le minimum vieillesse, autrement dit au-dessous du seuil de pauvreté
en France … dans le langage de ces femmes âgées, cela ne veut pas dire se payer
des loisirs, des téléviseurs à écran plat, des Smartphones et des produits de
consommation, mais ne plus pouvoir faire de cadeaux à Noël et aux anniversaires
de leurs petits-enfants, ne plus changer ses lunettes, ne plus se faire soigner
les dents.
Un malade, c'est toute une famille qui a
besoin d'aide.
Le quatrième se focalise sur le moment de l’annonce
du diagnostic, et après: sur la manière de s’adapter à cette situation et de chercher à
continuer à être reconnu(e) comme personne. Cela recoupe à plusieurs reprises
ce qui s’est manifesté de la part de Magali.
Extraits :
Que nous
disent les personnes malades à la suite de l'annonce diagnostique ? … La
grande majorité des personnes interrogées ont énormément insisté sur la
nécessité pour elles de ne pas se laisser envahir par l'angoisse de l'annonce et
par celle des perspectives qu'elle recouvre. Il s'agit bien entendu d'un moment
choc, un traumatisme qui est décrit comme faisant basculer leur vie de la
minute à l'autre … Beaucoup d'entre-elles ont jugé l'annonce diagnostique souvent
maladroite et inadaptée voire brutale … Elles évoquent la souffrance ressentie
face au discours qui leur est tenu ou qu'elles entendent comme tel : Vous ne
pouvez plus rien faire que par l'annonce
elle-même …
Suite à
l'annonce la nécessité presque immédiate est de faire face et vivre au jour le
jour : Elles essayent de relativiser la situation … il faut maintenant faire avec en vivant leur vie au jour le jour … Cette
vie au jour le jour leur permet de vivre de manière moins anxiogène la
situation en évitant de se projeter et en redonnant tout son sens à l'instant
présent …
Elles réclament
qu'on les aide à maintenir une image de soi valorisée en réinvestissant des
activités qui font moins appel à leurs compétences cognitives qu'à leurs
compétences affectives et émotionnelles … On retrouve chez
toutes trois axes essentiels :
La grande
majorité a exprimé l'importance de mettre en place de nouvelles activités afin
d'occuper le vide laissé par la réduction progressive de leurs occupations
habituelles : activités physiques, sorties sociales et culturelles,
contacts avec des animaux, participation à un club etc. L'important est de
trouver de quoi s'occuper qui soit adapté à leur envie et à leur personnalité
et qui ne leur soit pas imposé par l'extérieur.
Agir sur
l'évolution des troubles et compenser les difficultés : travailler sa
mémoire ; suivre des séances d'orthophonie, trouver des outils qui
compensent les difficultés (agendas, calendrier) … Elles ont le sentiment que
cela leur permet à défaut de pouvoir guérir cette maladie, d'en ralentir les
effets. Elles ont également besoin de mettre en place des habitudes afin de ne
pas être trop déstabilisées par le changement ou les imprévus.
S'appuyer
sur leur proche notamment le conjoint. Elles évoquent souvent l'importance, la
patience et la gentillesse qu'il ou elle a au quotidien … Si elles déclarent en
général ne pas vouloir peser sur leur entourage, notamment leurs enfants, elles
attendent beaucoup de leur conjoint.
Les
personnes interrogées insistent sur le fait qu'être malade d'Alzheimer ne
signifie pas ne plus rien faire … Certaines d'entre elles expriment même la sensation
d'avoir découvert de nouvelles habiletés jusqu'alors non explorées qui leur
permettent de garder contact avec elles-mêmes, notamment à travers la pratique
artistique …
Pour
certaines d'entre elles la volonté est forte aussi de faire changer les
représentations négatives attachées à la maladie d'Alzheimer. Représentations qui
véhiculent une image de grande dépendance et de folie … Elles revendiquent
aussi le droit d'être reconnu comme une personne et non comme des objets de
soins passifs.
Le dernier élément ici fourni se réfère à une
vidéo sur les différents types de mémoire. C’est prioritairement tourné vers l’Alzheimer,
c’est charpenté, accessible et clair. On trouve ce document audiovisuel sur le
site suivant :
Comme l’ensemble dure au total une heure (qui passe
vite), on peut le découper en quatre parties d’environ un quart d’heure chacune,
que l’on retrouve sur YouTube :
Et afin de mieux suivre la présentation, l’illustration qui, en tête du présent billet représente une commode, pourra être utile : chaque tiroir représente un type différent de mémoire – certaines sont les premières atteintes, d’autres résistent plus longtemps.
Explication (un peu rapide) en attendant :
La mémoire
de travail
Cette mémoire permet de conserver les informations reçues pendant 2 minutes, par exemple : le
code d’une porte, un numéro de téléphone et permet – lorsque nous parlons –
d’être cohérent avec ce que nous disions en début de phrase.
Cette
mémoire est conservée au début de la maladie d’Alzheimer.
La mémoire épisodique
La mémoire épisodique concerne les événements de vie allant de 2
minutes à la petite enfance. C’est elle qui craque en premier dans la maladie.
En effet, le cerveau n’enregistre plus les événements quotidiens et le malade
ne peut plus les restituer. Cela concerne donc les événements récents – ceux qui
remontent loin restant conservés.
À titre
d’exemple, nous pouvons engager une conversation avec la personne sur des
événements de sa vie ancienne ; en revanche, elle ne saura pas répondre si
nous lui demandons ce qu’elle a mangé ce midi, ou quelle activité elle a menée hier.
La mémoire sémantique
C’est la mémoire des mots et du langage. Elle concerne les
notions générales telles que : la géographie, les langues étrangères… Tant
qu’elle se maintient – ce qui est généralement le cas – on peut avoir avec le
malade, des conversations d’ordre général (cuisine – sport – mode – jardinage –
politique …)
La mémoire procédurale
La mémoire procédurale concerne les gestes : tenir
fourchette et couteau ; marcher ; danser ; jouer d’un instrument ;
jardiner ; chanter...
À titre
d’exemple, chanter ensemble a plusieurs actions : celle de souder le
groupe ; faire travailler les mémoires épisodique (évènements plus anciens
que 2 minutes) et procédurale (les gestes) et enfin accroître l’estime de Soi.
Quand la
mémoire procédurale craque, le malade ne peut plus marcher, ni s’alimenter
seul.
La mémoire implicite
La mémoire implicite est celle qui reste active le plus
longtemps. C’est la mémoire inconsciente. Tous les évènements que les malades
vivent y restent ancrés – mais comme ils n’en ont pas conscience, ils ne
peuvent simplement plus restituer ce qui a été vécu à ce niveau.
Le
présentateur la qualifie de mystérieuse : grâce à elle un lien unit parfois
ceux qui prennent soin des malades… La
belle qualité de ce métier est de créer ce lien si particulier.
Ce
billet est le huitième et dernier d’une chronique vécue (et en cours) sur
l’Alzheimer. Les noms des personnes et des organismes ont été changés, afin
d’en préserver l’anonymat.
L'illustration
est extraite de la vidéo sur les différents types de mémoires.
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