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lundi 20 mars 2017

Affiche pour la présentation de SKIZ



Traduction de SKIZ (suite)


Comment venir à la présentation de SKIZ, le jeudi 30 mars à 19h30

SKIZ – qui n’avait pas été traduite jusqu’alors fait appel à un autre registre.
Zapolska elle-même l’a souligné :
Elle a voulu montrer qu’elle était capable d’écrire dans un autre style que celui de ses pièces naturalistes, comme Mme DULSKA…
Qu’elle pouvait briller par l’intellect, le style et l’élégance :
Une pièce très gaie, un peu légère… mais de la psychologie ! a-t’elle écrit.

Au fil de la traduction notre conviction s’est forgée
que SKIZ aura le don de plaire dans cette France qui lui avait beaucoup apporté.


Illustration de la traduction qui vient de paraître
Représentation de SKIZ à la TVP (Dir. Olga OLSIŃSKA - 1977)

Traduction de SKIZ de Gabriela ZAPOLSKA

  
L’ouvrage où figure la
traduction de la très vivante pièce
SKIZ de Gabriela ZAPOLSKA

va être présenté
Jeudi, le 30 mars à 19 heures
24 rue des Écoles dans le 5ème arrondissement de Paris.

Quatre acteurs y feront une lecture spectacle.

Entrée gratuite et verre de l’amitié.


Arturo NEVILL s’est associé à Elżbieta KOŚLACZ, pour cette traduction.
Il nous livre ici quelques commentaires.

La relation de la Pologne et des Polonais au théâtre a été – et elle est toujours – intense et féconde.
Au 19ème siècle, les auteurs de la période romantique ont produit une œuvre immense, dans ce pays partagé entre les empires prussien, russe et austro-hongrois.
Et qui – s’agissant du siècle qui a suivi – ignore le travail de recherche qui a rayonné à partir des démarches de Grotowski et de Kantor ?
Aujourd’hui, encore et toujours cette ardeur ne se dément pas.
Elle a été – et elle est toujours – servie par un professionnalisme exigeant, tant de la part des acteurs que des metteurs en scène.
Par un public présent, attentif, formé et connaisseur.

Quid de Gabriela ZAPOLSKA et de SKIZ ?
Jetez un coup d’œil sur cette série de six timbres dédiés aux chefs-d’œuvre de la dramaturgie polonaise (Arcydzieła dramaturgii polskie), éditée par la Poste polonaise.
Elle réunit parmi les meilleurs auteurs et les meilleurs pièces qui ont été choisies pour être présentées au Théâtre National (Teatr Narodowy).
Zapolska s’y trouve aux côtés de Bogusławski, Fredro, Słowacki, Mickiewicz et Wyspiański.
Skiz apparaît dans la lignée de Cracoviens et montagnards, La Vengeance, Kordian, Les Aïeux et Les Noces.
Excusez du peu…


Née en 1857 – nous fêtons son 160ème anniversaire, ce 30 mars précisément.
Zapolska est arrivée entre deux périodes politiques, culturelles et littéraires.
Après le Romantisme et le Positivisme polonais qui avaient eu des accents propres à ce pays et à sa situation.
Et avant le renouveau de la vie artistique, qui a anticipé et s’est confirmé avec l’indépendance recouvrée après la Ière Guerre mondiale.
Zapolska est morte en 1921.

Femme de lettres, elle fut.
Elle a écrit de nombreux essais et romans ainsi que plus de trente pièces de théâtre.
Journaliste et épistolière :
Ses six années à Paris (1889-1895) se sont traduites par un bon millier de pages de chroniques et d’éclairages plus intimes,
dont, Elżbieta Koślacz et moi avons traduit une bonne partie.

Mais tout autant actrice :
entre la Pologne et Paris, elle sera restée près de 20 ans sur les planches.
Le style très vivant de ses pièces en bénéficie de façon évidente.
Elle a été formée auprès de professeurs de la Comédie-Française
et a été engagée au Théâtre Libre d’Antoine, puis à celui de L’Œuvre chez Lugné-Poe.
Ce qui a rejailli sur son style de jeu puis sur son écriture.

Ses quatre meilleures pièces – dont SKIZ – datent d’après son retour de Paris.
En Pologne même, certaines (comme Mme DULSKA) ont ainsi réussi, un siècle durant et dans des climats culturels très contrastés
À être proposées par les meilleurs metteurs en scène, jouées par les meilleurs acteurs, et recevoir un excellent accueil du public :
Pologne partagée … Indépendance recouvrée … Période communiste … Chute du mur de Berlin …
Mme DULSKA avait été traduite en français dès le début des années 1930 mais des tentatives pour la jouer en France n’ont pas abouti.
Il est probable que le succès de Mme DULSKA en Pologne vient de ce qu’il y touche à des ressorts plus enracinés qu’en France

mardi 18 octobre 2016

dimanche 24 avril 2016

24 mai : présentation du livre sur ZAPOLSKA




L'ouvrage qui vient de paraître, comprenant des traductions d'articles journalistiques de Gabriela Zapolska depuis Paris et la Bretagne, a fait l'objet d'une première présentation dans ce blog, en date du 15 mars.

Une soirée de présentation plus directe est organisée le 24 mai à la Galerie de l'Harmattan des Arts & des Cultures, dans le Quartier Latin.






mardi 15 mars 2016

Gabriela ZAPOLSKA : nouvelle publication en français








Un recueil de nouvelles traductions d'articles de Gabriela Zapolska pour ses lecteurs polonais lors de son séjour en France (1889-1895), vient d'être publié aux Éditions de l'Harmattan, dans la collection Le Scribe cosmopolite. Très intéressants par eux mêmes, ces textes sont accompagnés par quelques études qui les éclairent et nous fournissent un information utile sur celle qui fut un témoin privilégié et communicatif sur le Paris bouillonnant de cette époque, ainsi que sur sa fréquentation des peintres - notamment en Bretagne.

C'est Elżbieta KOŚLACZ est à l'origine de cet ouvrage et a réalisé les traductions avec le concours d'Arturo NEVILL. Elle signe également les articles de commentaire Gabriela Zapolska à Paris et Gabriela Zapolska au Théâtre Libre d'Antoine.

L'Introduction, ainsi que l'article Gabriela Zapolska en Bretagne - L'aventure artistique, sont dus à Danuta KNYSZ-TOMASZEWSKA, Professeur à l'Université de Varsovie.


mardi 12 novembre 2013

Premiers pas de SKIZ au NORD > OUEST




Qu’est-ce que SKIZ ? Qu’est-ce que le NORD > OUEST ? En quoi consistent ces premiers pas ?

SKIZ

SKIZ est une comédie en trois actes que Gabriela ZAPOLSKA, une Polonaise, a écrite il y a un siècle – en 1908. Elle fait partie des quatre ou cinq de ses œuvres les plus connues et qui sont toujours jouées aujourd'hui dans son pays. C’est ainsi que SKIZ y a été reprise une soixantaine de fois depuis sa création dont une dizaine – notamment dans la capitale ainsi qu’à la télévision – depuis la chute du mur de Berlin.

Sa pièce la plus jouée est LA MORALE DE MADAME DULSKA. Elle avait été traduite en français par Paul CAZIN, cela fait 80 ans… mais cette traduction était restée à l’état de manuscrit et elle n'a été publiée qu'il y a deux ans à peine, par les Presses de l’Université de Varsovie.

La traduction de SKIZ – par Lisbeth VIROL et Arturo NEVILL – est toute récente. Ce dernier m’en a confié un exemplaire : ce qui m’a permis de comparer les deux œuvres (DULSKA et SKIZ). Quel que soit l’intérêt de la première – et on comprend la permanence de son succès en Pologne – il me semble qu’elle aura du mal à drainer un public autre que de spécialistes en France. En revanche, SKIZ est susceptible d’y plaire à un beaucoup plus grand nombre de spectateurs.

Certains ont estimé qu’il s’agissait d’un marivaudage à la polonaise. Ils sont loin d’avoir entièrement tort. Mais s’en tenir là serait s’illusionner car une bonne partie de l’intérêt est ailleurs.

Nous y voyons deux couples de la petite noblesse polonaise vers le milieu du 19ème siècle. L’un plus jeune, et chez qui nous nous trouvons, sont des propriétaires ruraux dont le souci est d'abord de gérer leurs biens, à savoir les animaux qu’ils possèdent. Surtout lui (Witus*), alors que sa femme (Muszka*) commence déjà à rêver de perspectives plus romantiques.
* J’ai gardé les diminutifs des prénoms polonais, comme dans la traduction que j’ai eue sous les yeux. Witus correspond plutôt à Guy et Muszka veut dire « petite mouche ».

L’autre couple, plus âgé, vient de la ville et s’avère plus porté à une vie mondaine et au badinage. L’homme surtout (Tolo*), particulièrement sensible à la fraîcheur de Muszka. Plus pondérée, sa femme (Lulu*) laisse faire... jusqu'à un certain point, mais veille néanmoins au grain. Elle pense – du moins, elle pensait – détenir une carte maîtresse vis-à-vis de Tolo : la force de l’habitude. Ce qui la rassure, face aux autres femmes qui n’ont pas cette carte en main.
* Pour le couple plus âgé, Tolo est un diminutif pour Anatole, et Lulu pour Lucina.

Voici deux extraits de dialogues entre Lulu et Muszka. Au moment du premier, le flirt est déjà engagé entre Tolo et Muszka. Au second, cette dernière a certes succombé mais ses transports et son exigence de bénéficier d’une relation exclusive ont vite lassé Tolo. Éprouvée par une défaite à laquelle elle ne s’attendait pas mais tenant à sauver la face, Lulu a décidé de partir… et Tolo s’est empressé de lui emboîter le pas.

Avant que Muszka ait succombé :

Lulu
Ma pauvre enfant ! Qu’est-ce que tu en sais ? En amour, c'est comme aux cartes : gagne celui qui a su adroitement rassembler le plus grand nombre d'atouts dans sa main. Dans un couple, l’amour nécessite d’avoir des cartes bien particulières – c’est… comme au tarok… Tu connais le tarok ? Non ? Passons. Ça ne fait rien… On y trouve une carte qu'on appelle Skiz : elle bat toutes les autres cartes, même les Dames. Tu te rends compte, ma Muszka… même les Dames !... À partir du moment que l’on a cette Skiz dans la main, la partie est gagnée d’avance.
Muszka
Et cette Skiz, dans le cas du mariage ?...
Lulu
C’est quelque chose qui marche à chaque fois. N’insiste pas. Je ne te dirai rien pour l’instant. Un jour, peut-être… J’ai eu du mal, mais je suis arrivée à trouver la clé… À toi de chercher à ton tour. Pour en revenir au flirt de mon mari, vois-tu… j'arrive au moment qu’il faut, et alors… enfin… c'est moi qui récolte le bénéfice.

Après :

Muszka
Tu t'en vas ?
Lulu
Oui. C’est-à-dire… nous partons.
Muszka
Comment ça ?… Lui aussi ?
Lulu
Lui aussi… Qu’est-ce que tu veux ?
Muszka
Je dois le voir…
Lulu
Il s’occupe à ranger son nécessaire de voyage. Et pour lui c'est particulièrement important. Je ne te conseille pas de le déranger. De toute façon, tu n’as rien à regretter ! Tu as déjà pu te rendre compte qu'il vaut mieux avoir un mari jeune et bien à soi plutôt que celui de quelqu'un d’autre et plus âgé. Pour le moment ton amour-propre est blessé mais, lorsque tu auras retrouvé ton calme, tu me seras reconnaissante car, très vite, tu n'aurais pas su comment t’en tirer. Moi, par contre… je saurai toujours car je suis habituée à lui.
Muszka
Pourtant…
Lulu
Quoi ? Pourtant… Il faut avoir de la fierté. Il ne veut pas… tant pis.
          (Elle prend son manteau et ses gants)
Vois-tu… je te l'avais dit : l'homme ne s’attache pas par passion, ni par les sens, ni même par le sentiment, mais simplement par quelque chose de très subtil, solide comme l'acier. C’est, Muszka, la force de l’habitude. Mon mari s’est habitué à moi – et c’est à cause de cela qu’il revient vers moi. Là était ma carte maîtresse – Skiz – dans la partie de cartes qui se jouait au niveau conjugal. Skiz ! Avec laquelle j’ai même pu surclasser l’atout de tes vingt ans – ô excitante marquise !
Muszka
Qu’est-ce que je vais devenir, maintenant ?...
Lulu
Toi ?... Tu vas retrouver ton calme, et tu vas patiemment t’efforcer de jouer cette carte maîtresse dans ton propre jeu conjugal. Mais je te conseille d’y penser suffisamment d’avance, car il s’agit d’une entreprise relativement difficile et laborieuse. Adieu ma petite !

Comme on a pu le lire, SKIZ (terme qui est repris dans le titre même de la pièce) est la carte maîtresse du jeu de tarok (ou tarock) – c’est-à-dire une variante du tarot, qui avait cours dans l’Empire austro-hongrois des Habsbourg, donc en Galicie, dont Zapolska était originaire.

La carte Skiz y correspond assez bien à l’Excuse du tarot de Marseille, ou encore au Mat (ou Fou) du tarot divinatoire. Mais dans le tarok, Skiz n’a pas qu’une simple fonction de joker, comme c’est le cas de l’Excuse : elle est l’atout qui l’emporte sur tous les autres cartes. Les traducteurs ont voulu éviter d’éventuelles confusions chez le lecteur ou le spectateur français : pour le titre et dans le texte, ils ont gardé le mot SKIZ.

La pièce ne se réduit pas à cette simple trame et aborde bien d’autres sujets. Je me contenterai ici d’un autre dialogue, cette fois entre le jeune Witus et Lulu à qui, bien qu’étant clairement son aînée, il trouve des attraits certains.

Witus a proposé à Lulu d’aller faire un tour à cheval dans la steppe :

Lulu
Écoute-moi, j'ai quelque chose à te dire !
Witus
Je t’écoute, mais les chevaux sont prêts. Tu me le diras quand nous serons en selle…
Lulu
Non, ici. Dis-moi d’abord, qu'aurais tu fait si tu apprenais que ta femme t'a trompé ?
Witus         (Pouffe de rire)
Muszka ? Babette* ?
* Babette est un diminutif plutôt péjoratif que Witus donne à sa femme, Muszka, pour laisser penser qu’elle n’est pas très dégourdie.
Lulu
Oui… elle…
Witus
Cousine, vous avez toujours des idées ! C'est absolument impossible.
Lulu
Pourquoi ?
Witus
Parce que Babette, c'est… Babette. C'est impossible.
Lulu
Mais, si tu avais des preuves ?
Witus
Noir sur blanc ?
Lulu
Des preuves.
Witus
Alors, j’aurais tué.
Lulu
Elle ?
Witus
Non – pas elle, pourquoi ? – C'est une oie – Lui.
Lulu          (Avec un mouvement de recul)
Lui ?
Witus          (Riant)
Comme un chien ! Voyez-vous, cousine, moi je le sais par expérience. En fait c'est toujours l'homme qui fait le premier pas. Après, il s’éclipse. Alors, la femme court après lui et tout le monde croit que ça venait d’elle. C'est donc lui que j’aurais tué, c'est clair.
Lulu
Ah !
Witus
Mais vous vouliez me dire quelque chose, cousine… C'était quoi ?
Lulu
Rien – Finalement, rien.

De retour après la randonnée de Witus et Lulu dans la steppe (il y a eu un orage) :

Lulu
Ah ! Enfin…
Witus
En vérité, c'est de la folie. Nous pourrions rester tranquillement assis jusqu'à la fin de l'orage dans la cahute des palefreniers, au lieu de courir sous la pluie battante.
Lulu
Ho Non ! Non !
Witus
He bé… Finalement, j’aurais su me contrôler.
          […]
Lulu
Et Muszka ?
Witus
Elle n'a que ce qu'elle mérite. Elle n'a pas à être un morceau de glace. Et puis, pourquoi y penser ! Demain nous irons encore dans la steppe et… (Riant) … ma cousine m'accordera peut-être quelques faveurs.
Lulu          (Pensive)
Et en fin de compte ?
Witus
Eh bien !… un peu de bonheur.
Lulu
C’est étrange… il n'y a pas longtemps, à peine trois heures, tu disais vouloir tuer celui qui aurait séduit ta femme.
Witus
Je le tuerais, Dieu m'est témoin !
Lulu
Et tu veux séduire la femme d'un autre…
Witus          (Riant)
Alors… c'est à lui de me tuer !
Lulu
Donc ça ?
Witus
Je suis tombé amoureux de vous, comme un fou. Parce que je suis comme ça ! Un, deux, ça me prend. Dieu seul sait pourquoi, j'aime !
Lulu          (Un temps)
Dis-moi – mais sincèrement – je peux encore plaire ?
Witus
Et comment !
Lulu
Merci – c'est tout ce que je voulais savoir.
          (Elle sort en courant)

Le théâtre du NORD > OUEST

Auparavant un cabaret où Édith PIAF a donné des récitals et où Yves MONTAND a fait ses débuts, entre temps converti en cinéma de quartier puis en salle de concerts de jazz, le Théâtre du NORD > OUEST  est un lieu bien particulier. Depuis 14 ans, il alterne deux saisons : l’une consacrée à présenter l’intégrale d’un grand auteur, l’autre à un thème de réflexion.

C’est ainsi que s’y sont succédé les intégrales des œuvres théâtrales de Racine, Musset, Corneille, Hugo, Claudel, Feydeau, Marivaux, Montherlant, Shakespeare, Molière, Strindberg, Labiche et Giraudoux. Les saisons de réflexion ont porté sur : Spiritualité et Religions, Théâtre Miroir du Monde, La mort et le passage, Justice & Politique, Jeanne d'Arc et autres femmes, Le cœur et l'esprit, Théâtre et engagement, Dom Juan et le libertinage, Des prisons & des hommes, Sartre & Camus & de Gaulle et la politique et, cette année, Paroles d'aujourd'hui.

L’actuelle saison innove en ce sens qu’au lieu d’une intégrale, c’est un ensemble de chefs-d’œuvre du théâtre classique qui y est présenté. Ce qui permet d’ajouter aux auteurs des années précédentes les noms de Sartre, Eschyle, Tchekhov, Dostoïevski  Sophocle, Cocteau, La Fontaine, Péguy, Mirbeau… Au cours de quatre mois (de fin octobre 2013 à début mars 2014) ce sont plus de 500 représentations qui y sont données – autour d'une quarantaine de pièces directement interprétées et d’une cinquantaine de lectures.

Théâtre d’art et d’essai, une de ses missions est de révéler de nouveaux auteurs et, sans véritables moyens de production, de créer des spectacles qui pourront être repris dans d’autres théâtres.

Y participent chaque saison des comédiens d'origine et d'expérience très variées : du sociétaire de la Comédie-Française ou d'autres comédiens bien connus, à l'élève de cours de théâtre. Situé près des grands boulevards dans le 9ème arrondissement de Paris (ainsi, proche du Conservatoire national supérieur d’art dramatique), il dispose de deux salles qui totalisent 200 places.



 Premiers pas

C’est sous forme de lecture – le dimanche 17 novembre en début d’après-midi – que SKIZ sera accueillie au NORD > OUEST pour cette saison.

Parmi les quatre acteurs, se trouve Lisbeth VIROL qui l’a traduite en français. Elle a d’origine une solide formation de comédienne puisqu'elle a fait le Conservatoire supérieur de Théâtre de Varsovie (PWST) et joué sur les principales scènes classiques de la capitale polonaise. Ce n’est pas la première fois qu’elle se produit au NORD > OUEST : on se souvient en particulier de l’émouvant Bal des Folles à la Salpêtrière de la plume de cette même ZAPOLSKA et lu en compagnie d’Antoinette GUÉDY et de France FARNEL. Tout récemment, c’était le beau texte de COLETTE : La Retraite sentimentale qui a fait une profonde impression sur les spectateurs.

Les trois autres ont en commun d’avoir joué ces jours-ci, dans ce même théâtre, LA CERISAIE d'Anton TCHEKHOV, produit par la compagnie de l’Incartade – une des plus remarquables interprétations auxquelles on ait assisté. À commencer par Coralie SALONNE qui en a assuré la mise en scène, ainsi que David MALLET et Yves JOUFFROY.

Illustration de cet article : Affiche annonçant la lecture de SKIZ pour le dimanche 17 novembre à 14 heures 30.

En savoir plus sur Lisbeth VIROL : cliquez sur Seine & Vistule (dans la marge de droite, juste avant l’horloge) pour découvrir les richesses de son bloc-notes (blog) :



dimanche 29 mai 2011

Jeune Pologne au quotidien


Ce billet fait partie d’une série. Un album a été édité pour l’exposition consacrée à Gabriela Zapolska, en ce printemps 2011 à Varsovie. L’intention est d’en donner une idée. Il s’agit de synthèses des articles qu’on y trouve – essentiellement à partir de la version en français. On pourra déceler quelques maladresses ou des oublis : je ne saurais trop engager le lecteur à se référer aux textes originaux.

Préambule très schématique à mon billet sur l’article de Henryk Izydor Rogacki : afin de mieux situer le contexte à propos de cette Jeune Pologne qui figure dans le titre et qui mérite un détour. C’est une période que l’on fait habituellement courir depuis 1890 et qui se prolonge jusqu’à la fin de la 1ère Guerre mondiale, donc jusqu’à l’indépendance recouvrée de la Pologne. Sur l’ensemble de l’Europe, on entre dans la modernité et on s’éloigne d’un optimisme lié à la science et au progrès – le monde se désenchante.

Dans la Pologne du partage, c’est le début de la production industrielle. Au cours d’une première phase (qui coïncide d’ailleurs avec le séjour parisien de Zapolska puis à son retour au pays), c’est le pessimisme qui prévaut. Les Positivistes sont encore très présents, et il ne se passe pas grand-chose. Ce n’est qu’à partir de 1905 – les romans de Zapolska analysés par l’auteur de l’article datent précisément de 1904 et de 1907 – qu’un regain se produit. Si l’influence européenne s’y fait sentir, la sève polonaise y est très présente.

Alors que la pression prussienne ou russe reste très forte dans leurs zones d’occupation respectives, il en va tout autrement à Cracovie dont les artistes, cultivés et cosmopolites, sont en permanence en contact avec Paris, Vienne, Munich, Berlin… Une des figures majeures est Stanisław Wyspiański, à la fois peintre et dramaturge (ses Noces – d’ailleurs évoquées en 1904 dans le roman ici cité de Zapolska – datent de 1901). Mais il mourra en 1907, avant même avoir atteint la quarantaine. Bien qu'il ait séjourné à Paris entre 1891 et 1894, donc alors que Gabriela Zapolska s’y trouvait, il n’a pas été mentionné dans la correspondance ni dans les chroniques journalistiques parisiennes de cette dernière. Il allait pourtant voir des pièces de théâtre (plutôt classiques) et avait fréquenté Gauguin au point de visiter avec lui des musées de la capitale.

Outre son activité au Musée théâtral de Varsovie, Henryk Izydor Rogacki enseigne à l’Académie de Théâtre (ex-PWST). Son choix a porté sur L’Amour d’une Saison, roman écrit par Zapolska, et sur La Fille de Touchka qui en est la suite. Dans un cas à Cracovie, dans l’autre à Varsovie, il s’agit de personnages qui – même s’ils sont relativement en marge, reflètent le style, le modèle culturel et la vie familiale de la société polonaise de l’époque – ils se considèrent par ailleurs comme appartenant à l’intelligentsia.

Place de l’homme
Mû par le désir ou par l’obligation même, non pas de vivre mais simplement de survivre et de faire passer la vie, l’homme est l’instigateur et le moteur initial de la famille. Il bûche dur dans sa jeunesse afin de faire partie des gens honnêtes. Cédant à la tentation de se stabiliser, il se marie et se trouve ainsi attelé à vie à une brouette : il ne doit désormais jamais cesser de faire des efforts pour que son épouse ait tout ce à quoi elle est habituée … il doit gagner pour les enfants, les gendres, les petits enfants … il s’emmure vivant dans son travail – et atteint les sommet du ridicule quand sa propre femme et l’amant de celle-ci disent de lui : notre homme.

Voilà pour le béotien. Et l’artiste ? Plus que par les femmes, il est modelé par sa propre vanité. Il évite le mariage, séduit les épouses d’autrui, ou des femmes libérées.

Place de la femme
Elle a été éduquée et intensément dressée pour briller un jour en tant que ménagère, femme du monde et esprit indépendant. Obligation pour une femme du monde, le mariage reste son but suprême et si, en tout elle s’adapte à son mari, elle peut déclarer que c’est bien son idée du féminisme.

Et les comédiennes ? Elles se satisfont de l’amour d’une saison.

Il n’y a pas de juge plus sévère pour une femme qu’une autre femme – juger est une activité instinctive et inconditionnelle. De la vanité découle un penchant féminin pour le faire semblant – prétention qui conduit très souvent la femme du monde, qui a attendu un nombre incalculable d’années de connaître une gloire et une admiration publique dont elle était pourtant si follement assoiffée, au théâtre amateur et à de multiples formes de l’imitation du vrai.

Quant à la comédienne, elle sort si épuisée du jeu qu’elle a tenu sur scène qu’elle retourne chez elle pour se reposer.

Le foyer, la famille, le couple
Sur le mode du paraître, l’appartement situé dans un immeuble imite le manoir ou la demeure seigneuriale – avec porte barricadée en façade, tandis que celle de service reste largement ouverte à l’arrière. A l’intérieur, pas de véritable coin à soi. Au cœur, un salon toujours vide, avec un meuble vitré, et peuplé de babioles. La chambre conjugale… Passons.

Économie. Hygiène et sens moral pour devise. Sans oublier les convenances – même les tout jeunes sont comme de petits vieux. La tendresse, rationnée. Des scènes qui éclatent, alors que le soleil brille. L’attractivité sexuelle s’estompe après la conception du petit dernier – elle aura duré une décennie environ. Vient alors le temps du dénigrement et du laisser-aller. Les ruses menant à l’infidélité sont réservées aux hommes, dans la mesure où, bien plus que la vertu individuelle ou la religion, la perspective d’une rupture est, pour la femme, l’écroulement de l’édifice économique et financier familial sur lequel elle se repose.

On repère néanmoins des exceptions : une dimension éthique du couple dans certaines bonnes familles, ou une aisance matérielle qui permet des solutions évitant la dépravation.

Le second roman, qui se passe à Varsovie, insiste – plus que sur l’occupation, l’esclavage ou la confrontation – sur la coexistence entre Polonais et Russes. L’un et l’autre ouvrages sont certes truffés de pointes d’humour – ce qui n’empêche la Mort de s’inviter à la fin : une jeune fille, une balle perdue, le tragique, le trivial du quotidien.


L’album est richement illustré (on y relève près de 90 portraits et tableaux, photos de personnes ou d’objets, affiches ou dessins…). En pleine page, certaines illustrations ont, en légende, un court extrait, de la plume de Gabriela Zapolska. Voici ce que l’on trouve, inséré dans le présent article :

Je n’aspire pas à être considérée comme un écrivain européen, mais comme un écrivain polonais. Cela me suffit car je sais qu’une telle reconnaissance a des bases plus solides. (Autobiographie)

Le talent doit accompagner l’évolution et le progrès, refléter comme dans un miroir tout ce qui préoccupe l’esprit humain universel, dispersé à travers des milliers de particules. (Les Nouvelles Tendances dans l’Art 1894)