samedi 4 janvier 2014

D'une langue à l'autre


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Ce qu’on y trouve est inégal.
Je n’y ai sélectionné que quelques titres et repéré quelques articles.
Ce qui suit est le condensé de deux d’entre eux.

(LE TEMPS – Quotidien de Suisse romande – 25 septembre 2012 – Anna Lietti)

Et voilà pourquoi l’allemand met le verbe à la fin C’est ce que nous explique Heinz Wisman, philosophe allemand qui vit et enseigne à Paris.

Une affirmation, une nuance : Pour être parlé, le Hochdeutsch suppose que les locuteurs soient libérés de la contingence des affects… Mais, en pratique, la plupart du temps, les Allemands parlent, une langue intermédiaire, syntaxiquement en rupture avec le carcan du pur Hochdeutsch, qui est terriblement contraignant.

Par exemple : Le français place le déterminant après le déterminé : Une tasse à café. En allemand, c’est l’inverse : Eine Kaffeetasse. Étendu à l’ensemble de la phrase, ce renvoi à plus tard demande une discipline de fer. Les présentateurs des informations télévisées lisent en général leur texte : il leur serait malaisé d’improviser.

Par ailleurs, cette structure syntaxique limite la spontanéité de l’échange – on ne peut pas interrompre un Allemand qui parle – l’interlocuteur est obligé d’attendre la fin de la phrase pour savoir de quoi il est question.

Les Français peuvent se permettre de s’interrompre, parce que l’essentiel est posé d’emblée et l’accessoire suit. Aux oreilles d’un Allemand, ce sont des gens qui parlent tous en même temps.

Cette rigidité puise son origine dans la traduction des Évangiles par Luther. Pour faire court, avant d’être adopté comme langue nationale, le Hochdeutsch a été une langue littéraire, puis administrative, mais pas vraiment parlée.

Ainsi, placer le verbe à la fin de la phrase veut dire que le verbe est essentiel. Il porte l’ensemble de l’énoncé. Par contraste, la phrase latine est conçue à partir du sujet, sur lequel s’appuie le reste de l’énoncé.

Exemples :

-      La femme est grande. Entre femme et grande, est joue un rôle subalterne. En allemand, le verbe est beaucoup plus puissant. On dit La femme est grand, ce qui suppose un verbe grand être : l’attribut grand du français s'insère ici dans une fonction adverbiale.

-      On retrouve cette différence dans la notion même de réalité : la res latine est une entité nettement circonscrite, à la limite immobile. La Wirklichkeit provient du verbe wirken : agir. Elle correspond à une réalité dynamique.

Certes, on peut aussi dire Realität en allemand, mais pour constater un état de fait, avec une nuance de regret : les rides qui se creusent sur mon front sont une Realität, pas une Wirklichkeit.

-      Par ailleurs, dans les des pays latins (où le soleil est mâle, remarquons-le), la vue est dégagée : la référence est l’espace. En Allemagne (au nord en général), la brume voile la perception visuelle. C’est l’ouïe qui domine.

Répercussion sur la notion d’appartenance : En allemand Zugehörichkeit contient le verbe hören, entendre : on appartient à un groupe si l’on est capable d’entendre son appel. Le rapport au réel passe par l’ouïe (c’est pourquoi la musique constitue l’une des contributions principales des germanophones à la culture universelle).

Chaque langue porte en elle un reflet du réel. Quand je décolle de la mienne pour aller vers une autre, j’enrichis ma capacité à percevoir de la réalité. Je me donne une chance de développer une intelligence réflexive, c’est-à-dire d’aller voir ailleurs et de revenir enrichi de ce que j’ai compris en m’écartant de moi.

Heinz Wisman oppose cette attitude au syndrome identitaire, qui est la forme la plus stupide de l’affirmation de soi : on est fier de n’être que ce que l’on est. C’est comme si les gens ne trouvaient pas d’autre moyen de résister à la mondialisation.

On vit dans un monde très ouvert, mais c’est une fausse ouverture car notre perception de l’ailleurs passe généralement par un filtre unique : celui du globish, cette langue de service, dénuée de toute dimension connotative, qui réduit à la portion congrue notre rapport au réel. L’anglais international ne reflète guère que l’univers des marchandises. C’est très appauvrissant.


(LE TEMPS – Quotidien de Suisse romande – 17 août 2012 – Albertine Bourget)

Prendre une décision ? Un véritable casse-tête. Aux idées rationnelles s’opposent souvent des arguments chargés d’émotivité ou de parti pris. La solution : réfléchir dans une autre langue. C’est ce qui ressortirait d’études auprès de quelque 600 étudiants de langues française, japonaise, coréenne ou anglaise, répartis dans plusieurs pays, et qui avaient tous une excellente maîtrise d’une langue étrangère.

Conclusion : Les biais émotionnels disparaissaient lorsqu'ils réfléchissaient dans cette autre langue – et ce serait un gage d’efficacité et de rationalité.

Deux tests : celui des médicaments et un jeu où on parie.

Test des médicaments – Une maladie risque de tuer 600 000 personnes. Si on choisit le médicament A, on en sauvera 200 000. Si on choisit le B, une chance sur 3 de sauver tout le monde et 2 chances sur 3 de ne sauver personne.

Avec le choix A on est dans un univers certes cruel mais certain. Avec le choix B, plus rationnel, on est en revanche dans un univers d’incertitude.

Dans leur langue maternelle, 4 étudiants sur 5 choisissaient le médicament A. Dans la langue étrangère, 2 étudiants sur 5 seulement.

Jeu où on parie – c’était pour tester la capacité de prendre un risque et de perdre ou bien de ne pas jouer… mais sans rien espérer gagner.

Grosso modo, dans sa langue maternelle, la moitié jouait la sécurité. Dans une langue étrangère, les trois-quarts tentaient le pari.




mercredi 1 janvier 2014

Autour de la musique et de la voix


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Voix et texte

(LE TEMPS – Quotidien de Suisse romande – 17 février 2012 – Jonas Pulver)

La soprano française Natalie Dessay exerce la fascination de l’éther. Sa tessiture de colorature lui a ouvert toutes les scènes, mais, après tant d’années essentiellement offertes au spectacle lyrique, des polypes aux cordes vocales ont dit l’usure, et contraint la star à s’éloigner des plateaux.

Or au don de voix répond un don de soi qui en fait une actrice saisissante. Le texte. Natalie Dessay le chérit par-dessus tout. C’est son paradoxe: alors que durant ses jeunes années, on l’a tant admirée pour sa tessiture vif-argent, elle, ne jure que par le théâtre. Enfant déjà, je savais combien devenir adulte me pèserait. Je préfère jouer, même des histoires déchirantes. Il me faut les mots des autres. Alors je me transforme en conteuse.

Elle s’était initialement essayée aux planches, avait fréquenté un temps la Faculté d’allemand. Mais l’attrait de cette voix incomparable a été plus fort. Une voix infiniment haute et pure, extrêmement agile et très facile, comme elle aime la décrire à la troisième personne.

Au niveau du chant, j’ai l’impression d’avoir accompli ce qui devait l’être. Je rêverais de me lancer dans Puccini ou Wagner, mais je ne suis pas équipée en conséquence. Alors, je vais finir ce que j’ai à faire, et changer d’orientation.

Elle s’imagine. Sur les planches. J’attends d’un metteur en scène qu’il me guide comme on accompagne les premiers pas d’un enfant. Qu’il me regarde. Qu’il m’aime […] C’est comme lorsque je fais du trapèze. Inutile d’avoir compris en théorie. Ce qui compte, c’est que je possède le mouvement, que je l’intègre physiquement. Du trapèze? Oui, j’ai commencé à en faire dans une école de cirque. Pour devenir clown trapéziste.


Accompagner

(LE TEMPS –Quotidien de Suisse romande – 28 juin 2013 – Julian Sykes)

Helmut Deutsch, est aujourd’hui l’un des pianistes accompagnateurs les plus recherchés.

Baignant dans le milieu viennois des années 1950, il a très vite assimilé le répertoire du lied. À 3 ou 4 ans, il a déjà dans l’oreille la plupart des célèbres lieder de Schubert et Mozart. En revanche, il commence le piano assez tard.

Selon lui, la profession de pianiste accompagnateur a radicalement changé depuis 40 ans : Aujourd’hui, les chanteurs au plus haut niveau acceptent que nous soyons des partenaires. Beaucoup veulent être guidés, poussés, stimulés. Aujourd’hui, aucun pianiste accompagnateur ne se demanderait s’il joue trop fort. Il se demande s’il joue trop vite, ou trop lentement.

Sa percée à lui, il l’accomplit dès 1980 en accompagnant Hermann Prey pendant près de douze ans –l’autre baryton que Fischer-Dieskau considérait comme un rival.

Être un pianiste accompagnateur est beaucoup plus difficile qu’on ne l’imagine. On ne joue pas le 3e Concerto de Rachmaninov, mais en une seule minute d’un lied de Strauss ou Wolf, il peut y avoir autant de difficultés. Il ne faut pas être timide, surtout pas !


Chanter

(HUFFINGTON POST –25 août 2013)


Lorsque plusieurs personnes chantent à l'unisson, non seulement les différentes voix d'une chorale s'harmonisent mais leurs battements de cœur se synchronisent.

Un peu d'exercice vocal aide à muscler le voile du palais et la partie supérieure de la gorge liés à la respiration.

Aussi bizarre que l'idée puisse paraître, mettre un vibromasseur sur la gorge relaxe la tension du larynx : cela améliore la puissance et la projection de la voix, et permet de monter dans les octaves.

On peut travailler sa propre voix et l'effet qu'elle va avoir sur son corps. Par des séries de vocalises on apprend à mieux gérer ses émotions. Cela s'adresse aussi bien aux chanteurs professionnels qu’à ceux qui ne chantent que sous la douche.

La pratique du chant aide à renforcer le système immunitaire, régule l’humeur et évite d'avoir le blues. Chez des personnes ayant coutume de chanter dans une chorale notamment, la production d'immunoglobuline A (un anticorps) augmente.


Un pianiste

(LA RÉPUBLIQUE DES LIVRES – 10 novembre 2013 – Pierre Assouline)


Alexandre Tharaud relève de la catégorie assez particulière de ces musiciens qui ne possèdent pas d’instrument chez eux. Il avait bien autrefois un demi-queue Bösendorfer jusqu’à ce qu’il décide de s’en séparer. Depuis, il n’a de piano que celui des autres. Volontairement. Pour travailler loin de chez lui, distinguer ses univers, ne pas laisser étouffer par ses livres, ses partitions, ses images familières, privilégier la concentration. Il dispose donc d’un trousseau de clefs ouvrant plusieurs appartements parisiens appartenant soit à des proches soit à des mélomanes de rencontre qu’il connaît à peine. Ils ont en commun de posséder un piano et de vivre dans des lieux inspirants qui dégagent une énergie dont il se nourrit. On lui demande parfois d’arroser les plantes.

Produit d’une longue et riche conversation, ces propos figurent dans un livre signé Philippe Rey. Alexandre Tharaud a toujours déchiffré et improvisé. La concentration est bien sûr essentielle. Chez lui, yoga, natation, technique Alexander et longue sieste de l’après-midi. Il constate qu’il pratique en fait deux métiers : enregistrer un disque revient à chuchoter à l’oreille de l’auditeur, donner un concert consiste à s’adresser à celui du dernier rang.

Un film documentaire de Raphaëlle Aellig Régnier, vient également de lui être consacré. Plutôt la captation d’un regard, d’un esprit, d’une âme. Non sa vision du monde mais sa sensation du monde. Le voyage, la répétition, le concert, la chambre d’hôtel, la solitude au bout du monde, et le ressac de ce rituel parfois exténuant sont le lot de tant d’interprètes sans que jamais rien n’en affleure publiquement. La réalisatrice excelle à rendre son toucher, ce qu’il a à la fois de déterminé et d’aérien. Cet Alexandre Tharaud, le temps dérobé renouvelle le genre du documentaire sur la musique et ouvre une voie.



samedi 28 décembre 2013

Grands-parents vrais et mamies de passage



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(HUFFINGTON POST –23 octobre 2013 – INSEE)

Selon une enquête de l’INSEE sur les familles françaises, il y avait 15 millions de grands-parents en 2011 (sur environ 60 millions d’habitants) – dont près de 9 millions de femmes et un peu plus de 6 millions d’hommes. En moyenne, on devient grand-parent pour la première fois autour de 55 ans… et, à 65 ans, les trois-quarts des personnes sont grands-parents.

À la naissance d’un enfant, dans un cas sur cinq son grand-père paternel ou maternel est déjà décédé. Au fur et à mesure qu’il grandit, ses grands-parents meurent : à 15 ans, la moitié n’a plus de grand-père paternel ou maternel et un sur cinq n’a plus de grand-mère paternelle ou maternelle.

Les grands-parents sont plus nombreux dans l'Ouest de la France, la Lorraine et le Nord-Pas-de-Calais (85% le sont parmi les plus de 75 ans) et moins nombreux en Île-de-France (autour de 75%).

(LE TEMPS – Quotidien de Suisse romande – 27 avril 2012 – Anna Lietti)

Il y a tant de femmes talentueuses et énergiques, avec souvent une belle vie professionnelle derrière elles et qui, les enfants partis, se retrouvent seules et sans projet : d’où l’idée de mamies au pair.

Les familles, elles, sont rassurées de confier leurs enfants à une femme expérimentée plutôt qu’à une jeune surtout préoccupée par ses sorties en boîte !

L’affaire est moins aisée à finaliser qu’il n’y paraît. Notamment parce que la plupart des mamies aspirent certes à se sentir utiles mais elles veulent surtout voyager au loin, et préfèrent des missions de trois à six mois.

Ce qui fait que les familles les plus recherchées sont de deux types: les expatriés d’abord, loin du pays et de leur parenté. Ou alors, à l’approche de la haute saison, les restaurateurs qui cherchent une mamie pour s’occuper des petits à l’heure du coup de feu.

Les mamies qui réussissent le mieux sont celles qui ne se prennent pas trop au sérieux et ont renoncé d’emblée à imposer leurs vues sur l’éducation.

Côté contraintes législatives et droit du travail, on entre en terrain flou (nous sommes en Suisse) : ayant plus de 30 ans, ces mamies de passage ne relèvent pas du statut des jeunes filles au pair… C’est pourquoi les agences de placement se contentent de mettre en contact : à la famille et à la mamie de s’entendre directement. 


mardi 24 décembre 2013

La bulle UE éclate – l’Euro survit


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(Remarks at the Festival of Economics, Trento Italy, par George Soros –2 juin 2012)

La théorie économique s’est plantée – mais qui pourra dire pourquoi ? Elle a cru trouver son modèle dans la physique classique. Les sciences de la nature s’occupent de faits objectifs par rapport auxquelles on peut juger de leur validité : la réalité obéit à des lois universelles et éternelles. Avec les sciences sociales, on a affaire à  des gens qui pensent et dont les décisions ont une influence sur le cours des choses. Or ces décisions prennent appui sur une interprétation de la réalité qui n’a rien d’objectif – on ne dispose plus de cette belle certitude qui caractérise la physique classique.

Science pourtant sociale, la théorie économique a voulu l’ignorer. Ou plutôt à contourner ce statut en adoptant une démarche axiomatique. Ça a marché un peu (dans le cas de l’échange de biens physiques, par exemple) mais n’est pas allé très loin – dès que l’on a abordé des questions liées à la production et, plus encore, la monnaie et le crédit.

Karl Popper, le maître de George Soros, aimait à rappeler que l’interprétation que les gens se font de la réalité en diffère souvent fortement. D'un côté, ils cherchent à comprendre ce qui se passe (fonction cognitive) et de l’autre ils veulent l’influencer (fonction manipulatrice)… et quand les deux se manifestent au même moment, une boucle se met en place : ce n’est pas exactement la réalité que l’on voit, puisque celle-ci dépend de la façon dont on envisage les choses et des décisions que l’on prend… et ces décisions que l’on prend dépendent d’hypothèses que l’on fait sur un futur qui, lui-même, dépend des décisions qui vont être prises.

Par ailleurs – et d’entrée de jeu – la compréhension des choses est loin d’être parfaite. Couplé à la boucle (au cercle vicieux) décrit juste avant, ce handicap initial se traduit par un décalage qui s'entretient lui-même, entre la réalité telle qu’on la conçoit et comment les choses sont, en fait… et par un décalage entre ce à quoi on s’attend et ce qui se passe finalement.

Dans le domaine qui est le sien – celui des marchés financiers - George Soros a élaboré un modèle de bulle qui est intrinsèque à ces marchés, en ce qu’il ne dépend pas de chocs venus de l’extérieur… et qui n’est pas psychologique non plus. Cela commence à partir du moment où une tendance majeure se manifeste dans la réalité mais que l’on interprète mal. Au cours d'une première phase, cette interprétation erronée contribue à renforcer cette tendance. Mais au bout d’un certain temps cela devient intenable : l’interprétation et la tendance exécutent alors un demi-tour – en général à toute vitesse : c'est la seconde phase, dévastatrice.

On n’en n’arrive pas à tous les coups à ce résultat désastreux (il se peut qu'un certain équilibre se maintienne)… Il n’empêche que l’issue est généralement imprévisible et que de telles crises se produisent. À chaque fois, on cherche à en tirer la leçon – ce qui débouche sur l’élaboration de nouvelles règles : ainsi va l’évolution. Mais la raison profonde qui conduit à la formation des bulles n’en disparaît pas pour autant.

Il faut admettre que,  notamment dans le domaine politique, il existe aussi des boucles (cercle vicieux entre interprétation biaisée de la réalité et décisions prises à partir de cela), couplées à une compréhension des choses d’entrée de jeu imparfaite. Or ce qui se passe dans le domaine politique n’est pas sans incidence sur le domaine financier.

Après avoir souligné que ce n’est pas tant la direction que prend le phénomène de constitution d’une bulle (et donc de son potentiel éclatement), mais bien plutôt de l’importance qu’elle va prendre et combien de temps cela va durer, George Soros en vient à la crise de l’Euro (voir directement son article en anglais).

Ce qui est ici condensé a été rédigé en 2012. Selon George Soros, la bulle est alors davantage politique que financière, le mécanisme qu’il a exposé s’applique à la façon dont – depuis déjà longtemps – on a procédé à la mise en place de l’Union européenne pas-à-pas. Il s'est agi à chaque fois d'un objectif limité. Cela a constitué une succession de défis qui, jusqu'à présent, ont certes été relevés mais qui, à chaque fois, ont imposé d’imaginer un pas suivant… jusqu'à ce que cela devienne insoutenable.


En résumé, la crise apparente est celle de l’Euro – mais pour lui, c’est la "bulle Union européenne" qui risque d’éclater… alors que, paradoxalement, l’Euro pourrait réussir à survivre !


vendredi 20 décembre 2013

Révolution = classe moyenne qui se soulève


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(WPROST, magazine polonais, via PRESSEUROP –10 avril 2013 – Marcin Król, traduit par Lucyna Haaso-Bastin)

Thèse : Ce sont les leaders de la classe moyenne que l’on trouve à l’origine des révolutions.
Cas exemplaire : la Révolution française.
(Contre-exemple très spécifique : la révolution d’Octobre 1917).
Et aujourd’hui ? On y est presque.

Dans le cas de la Révolution française, le rôle d'avant-garde a été joué par des avocats, des entrepreneurs, des employés de l'administration publique de l'époque et par une partie des officiers de l'armée.

Le facteur économique était important, mais pas primordial. Il s’agissait avant tout pour eux d’une absence d’ouverture dans la vie publique et l'impossibilité de la promotion sociale – c’est parce qu’elle tentait alors de limiter à tout prix l'influence des avocats et des hommes d'affaires, que l’aristocratie les a incités à la révolution.

Les révolutions se dressent aussi contre la barrière générationnelle – la domination des vieillards. Les dirigeants de la Révolution française avaient environ 30 ans. Au cours des décennies suivantes la vague des révolutions s’est étendue à l’Europe… Or il est notoire que l'âge moyen des décideurs présents au Congrès de Vienne (1815) qui a rétabli l'ordre conservateur en Europe, était de plus de 60 ans.

Qu’en est-il aujourd’hui ? Ceux qui gagnent les élections en Europe, qui se révèlent souvent populaires, voire efficaces, sont des leaders de la classe moyenne. On les traite au passage d’irresponsables : ils n'appartiennent pas à la gériatrique classe politique traditionnelle.

Ce n’est certes plus l’aristocratie qu’ils ont en face d’eux mais des banquiers, des spéculateurs et certains managers : la classe moyenne et ses leaders se voient écartés du processus décisionnel et subit de sévères conséquences de la politique menée. Celle-ci est en quelque sorte confortée par les bénéficiaires de l’emploi public qui ont la sécurité de l’emploi, alors que de jeunes diplômés sont laissés sur le bord de la route du marché du travail (sans parles des artistes, des journalistes et autres…).

Les dirigeants européens actuels ont majoritairement entre cinquante et soixante ans, mais compte tenu des avancées de la médecine, il y a fort à parier que dans 20 ans, Mme Merkel et MM. Cameron, Tusk [1er Ministre polonais] et Hollande seront encore aux affaires. Sauf s’ils sont balayés avant.

En résumé : les voies d'avancement de l'actuelle classe moyenne, majoritairement jeune, sont bouchées soit par le monde de l’argent, soit par des vieux, ou par ceux qui paraissent tels à une personne de 25 ans. Ce n’est pas l’idée d’actuels responsables politiques, de revenir à la stabilité « comme avant » qui va les calmer.

Une révolution ne se fait pas au nom d'une mesure particulière (par exemple, une supervision bancaire plus stricte), mais au nom du fait qu'il n'est plus possible de vivre ainsi. Une révolution n'emploie pas de langage politique – elle est souvent désordonnée mais elle ne manque pas d’être audible.


lundi 16 décembre 2013

Prendre la parole en public


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(HUFFINGTON POST –10 septembre 2013 – Gaëlle Copienne)

Le message c'est vous, pas votre tenue – Trop de motifs et d'accessoires risquent de perturber votre public et de lui faire oublier l'essentiel : vous et ce que vous avez à dire. Pensez à Steve Jobs et son mythique col-roulé, plutôt qu’aux petits tailleurs d’une journaliste du JT 20 heures.

Avant de prendre la parole, retirez-vous 2 minutes dans un endroit discret, et adoptez la posture de pouvoir, les bras en l'air façon V de la victoire, ou les mains sur les hanches façon Wonder Woman. Votre taux d’hormone de la puissance (testostérone) en sera augmenté et celui de l’hormone du stress (cortisol) diminuera : détente, confiance, punch.

Se sentir à l’aise, être chez soi partout. Rien ne vous empêche d'entrer dans la pièce avec le sourire, le dos droit, de prendre votre temps. Avant de parler, respirez, posez-vous, regardez votre auditoire : vous développez ainsi votre autorité naturelle.

Exercice bien connu des comédiens : placer un stylo dans sa bouche horizontalement et s’entraîner à parler avec. Cela permet de mieux articuler, et de mieux res… pi… rer. Placer aussi de petits silences. Se souvenir de Démosthène, un des plus grands orateurs de son temps : initialement bègue, il s'était entraîné à parler devant la mer déchaînée avec des cailloux dans la bouche.

Bill Gates, sur un sujet qui n'intéresse personnela lutte contre le paludisme. Devant lui un bocal transparent, fermé. Il commence à en parler tout en dévissant le couvercle : Le paludisme est transmis par les moustiques. J'en ai apporté ici, pour vous faire partager cette expérience. Laissons les voler un peu dans cette salle... Il n'y pas de raison pour que les pauvres soient les seuls à la faire, cette expérience...

N'hésitez pas à parler avec votre cœur. L'auteure d'Harry Potter est invitée à prononcer le discours de remise de diplôme de Harvard. Elle choisit de parler des vertus de l'échec : Sept ans après mon diplôme, mon mariage exceptionnellement court ayant implosé, j'étais sans emploi, mère célibataire, aussi pauvre qu'on peut l'être sans être SDF. C'est cette expérience qui a forgé sa volonté et lui a permis de se réaliser par la suite.

Répétez à haute voix, enregistrez-vous, demandez à des proches de vous écouter... et prenez en compte leurs remarques : ils seront votre premier public. C’était la méthode de Churchill – bègue, dyslexique… et devenu Premier ministre.



vendredi 13 décembre 2013

Modéliser le futur ?


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(LE TEMPS – Quotidien de Suisse romande – 24 avril 2012 – Olivier Dessibourg)

Il y a cinq ans, Twitter et Facebook n’existaient pas. Explorer, imiter et mieux gérer un monde hyper-connecté est désormais plausible  en tirant profit de l’incommensurable masse de données générées grâce aux nouvelles technologies de l’information et de la communication.

En passant ces données au crible, l’ambition est de découvrir les lois générales sous-jacentes aux systèmes interactifs et globaux dans lesquels on vit, ainsi que les réactions en chaîne qui les font évoluer. Puis de les appliquer pour prédire les options à suivre afin de connaître un futur durable (gestion de l’énergie), de réduire la vulnérabilité aux risques (en économie, en géopolitique) ou d’accroître la résilience de nos sociétés.

Le projet repose sur trois piliers :

Collecter un maximum de données diffusées sur Terre.

- Faire tourner simultanément, avec les données acquises, des modèles d’évolution de tous types de systèmes (économique, politique, sanitaire, environnement…) développés à partir des lois fondamentales découvertes.

- Créer une Plateforme globale de participation à cette méthode de travail parmi les sociologues, voire au-delà (les techniques de simulation, après s’être imposées en sciences naturelles, doivent entrer dans les sciences sociales, souligne l’un des principaux initiateurs du projet, Dirk Helbing, lui-même spécialiste de l’étude des foules).

Dans les domaines économique et financier, de nombreux modèles sont déjà utilisés. Cependant, Le problème, c’est qu’ils n’incluent pas d’emblée de possibles crises […] il faut en développer de nouveaux.

Les exemples avancés ne convainquent pas tout le monde : C’est très complexe disent certains… D’aucuns s’interrogent sur la protection de ces informations. Est-ce ensuite réaliste de vouloir modéliser la société ? Obtenir des bons modèles à partir des données brutes est sans espoir, entend-on aussi. Et les systèmes en question (social, économique, etc.) ne sont pas seulement complexes, mais parfois chaotiques, rendant toute évolution imprévisible. Comme c’est aussi le cas avec la météo et le climat.


Dirk Helbing l’admet. Il préfère le terme de prévision à celui de prédiction: En interprétant nos modèles, nous parlerons en termes de probabilités que des événements en cascade surviennent. Comme pour les prévisions météo : si elles ne sont pas toujours fiables, elles restent souvent utiles.