samedi 4 janvier 2014
D'une langue à l'autre
CONDENSÉ
La
presse en ligne est abondante.
Ce
qu’on y trouve est inégal.
Je n’y
ai sélectionné que quelques titres et repéré quelques articles.
Ce qui
suit est le condensé de deux d’entre eux.
(LE TEMPS – Quotidien de Suisse romande – 25 septembre 2012 – Anna
Lietti)
Et voilà pourquoi l’allemand met le verbe à la fin… C’est ce
que nous explique Heinz Wisman, philosophe allemand qui vit et enseigne à Paris.
Une
affirmation, une nuance : Pour être parlé, le Hochdeutsch suppose que les locuteurs soient libérés
de la contingence des affects… Mais, en pratique, la plupart du temps, les
Allemands parlent, une langue intermédiaire, syntaxiquement en rupture avec le
carcan du pur Hochdeutsch, qui est
terriblement contraignant.
Par exemple : Le français place le déterminant
après le déterminé : Une
tasse à café. En allemand, c’est l’inverse : Eine Kaffeetasse. Étendu à
l’ensemble de la phrase, ce renvoi à plus tard demande une discipline de fer. Les
présentateurs des informations télévisées lisent en général leur texte : il leur
serait malaisé d’improviser.
Par ailleurs, cette structure syntaxique limite la
spontanéité de l’échange – on ne peut pas interrompre un Allemand qui parle – l’interlocuteur
est obligé d’attendre la fin de la phrase pour savoir de quoi il est question.
Les
Français peuvent se permettre de s’interrompre, parce que l’essentiel est posé
d’emblée et l’accessoire suit. Aux oreilles d’un Allemand, ce sont des gens qui
parlent tous en même temps.
Cette
rigidité puise son origine dans la traduction des Évangiles par Luther. Pour faire court, avant d’être
adopté comme langue nationale, le Hochdeutsch a été une langue littéraire, puis
administrative, mais pas vraiment parlée.
Ainsi, placer le verbe à la fin de la phrase veut
dire que le verbe est
essentiel. Il porte l’ensemble de l’énoncé. Par contraste, la phrase latine
est conçue à partir du sujet, sur lequel s’appuie le reste de l’énoncé.
Exemples :
-
La femme est grande. Entre femme et grande, est joue un rôle subalterne. En
allemand, le verbe est beaucoup plus puissant. On dit La femme est grand, ce qui suppose un verbe grand être :
l’attribut grand
du français s'insère ici dans une fonction adverbiale.
-
On
retrouve cette différence dans la notion même de réalité : la res
latine est une entité nettement circonscrite, à la limite immobile. La Wirklichkeit
provient du verbe wirken : agir. Elle correspond à une réalité dynamique.
Certes, on peut
aussi dire Realität en allemand, mais pour
constater un état de fait, avec une nuance de regret : les rides qui se
creusent sur mon front sont une Realität, pas une Wirklichkeit.
- Par
ailleurs, dans les des pays latins (où le soleil est mâle, remarquons-le), la
vue est dégagée : la référence est l’espace. En Allemagne (au nord en
général), la brume voile la perception visuelle. C’est l’ouïe qui domine.
Répercussion sur la notion d’appartenance : En
allemand Zugehörichkeit
contient le verbe hören,
entendre : on appartient à un groupe si l’on
est capable d’entendre son appel. Le rapport au réel passe par l’ouïe (c’est
pourquoi la musique constitue l’une des contributions principales des
germanophones à la culture universelle).
Chaque
langue porte en elle un reflet du réel. Quand je décolle de la mienne pour
aller vers une autre, j’enrichis ma capacité à percevoir de la réalité. Je me
donne une chance de développer une intelligence réflexive, c’est-à-dire d’aller
voir ailleurs et de revenir enrichi de ce que j’ai compris en m’écartant de moi.
Heinz Wisman oppose
cette attitude au syndrome identitaire, qui est la forme la plus stupide de
l’affirmation de soi : on est fier de n’être que ce que l’on est. C’est comme si
les gens ne trouvaient pas d’autre moyen de résister à la mondialisation.
On
vit dans un monde très ouvert, mais c’est une fausse ouverture car notre
perception de l’ailleurs passe généralement par un filtre unique : celui
du globish,
cette langue de service, dénuée de toute dimension connotative, qui réduit à la
portion congrue notre rapport au réel. L’anglais international ne reflète guère
que l’univers des marchandises. C’est très appauvrissant.
(LE TEMPS – Quotidien de Suisse romande – 17 août 2012 – Albertine
Bourget)
Prendre une décision ? Un véritable casse-tête. Aux
idées rationnelles s’opposent souvent des arguments chargés d’émotivité ou de
parti pris. La solution : réfléchir dans une autre langue. C’est ce qui
ressortirait d’études
auprès de quelque 600 étudiants de langues française, japonaise, coréenne ou
anglaise, répartis dans plusieurs pays, et qui avaient tous une excellente
maîtrise d’une langue étrangère.
Conclusion :
Les biais émotionnels disparaissaient lorsqu'ils réfléchissaient dans cette autre
langue – et ce serait un gage d’efficacité et de rationalité.
Deux
tests : celui des médicaments et un jeu où on parie.
Test
des médicaments – Une maladie risque de tuer 600 000 personnes. Si on
choisit le médicament A, on en sauvera 200 000. Si on choisit le B, une
chance sur 3 de sauver tout le monde et 2 chances sur 3 de ne sauver personne.
Avec le choix A on
est dans un univers certes cruel mais certain. Avec le choix B, plus rationnel,
on est en revanche dans un univers d’incertitude.
Dans leur langue
maternelle, 4 étudiants sur 5 choisissaient le médicament A. Dans la langue
étrangère, 2 étudiants sur 5 seulement.
Jeu
où on parie – c’était pour tester la capacité de prendre un risque et de perdre
ou bien de ne pas jouer… mais sans rien espérer gagner.
Grosso modo, dans
sa langue maternelle, la moitié jouait la sécurité. Dans une langue étrangère,
les trois-quarts tentaient le pari.
mercredi 1 janvier 2014
Autour de la musique et de la voix
CONDENSÉS
La presse en ligne est abondante.
Ce qu’on y trouve est inégal.
Je n’y ai sélectionné que quelques titres
et repéré quelques articles.
Ce qui suit est le condensé de quelques uns
d’entre eux.
Voix et
texte
(LE TEMPS – Quotidien de Suisse romande – 17 février 2012 – Jonas
Pulver)
La
soprano française Natalie Dessay exerce la fascination de l’éther.
Sa tessiture de colorature lui a ouvert toutes les scènes, mais, après tant
d’années essentiellement offertes au spectacle lyrique, des polypes aux cordes
vocales ont dit l’usure, et contraint la star à s’éloigner des plateaux.
Or
au don de voix répond un don de soi qui en fait une actrice saisissante. Le
texte. Natalie Dessay le chérit par-dessus tout. C’est son paradoxe: alors que durant
ses jeunes années, on l’a tant admirée pour sa tessiture vif-argent, elle, ne
jure que par le théâtre. Enfant déjà, je
savais combien devenir adulte me pèserait. Je préfère jouer, même des histoires
déchirantes. Il me faut les mots des autres. Alors je me transforme en
conteuse.
Elle
s’était initialement essayée aux planches, avait fréquenté un temps la Faculté
d’allemand. Mais l’attrait de cette voix incomparable a été plus fort. Une voix
infiniment haute et pure, extrêmement agile et
très facile,
comme elle aime la décrire à la troisième personne.
Au niveau du chant,
j’ai l’impression d’avoir accompli ce qui devait l’être. Je rêverais de me
lancer dans Puccini ou Wagner, mais je ne suis pas équipée en conséquence.
Alors, je vais finir ce que j’ai à faire, et changer d’orientation.
Elle
s’imagine. Sur les planches. J’attends d’un
metteur en scène qu’il me guide comme on accompagne les premiers pas d’un
enfant. Qu’il me regarde. Qu’il m’aime […] C’est comme lorsque je fais du
trapèze. Inutile d’avoir compris en théorie. Ce qui compte, c’est que je
possède le mouvement, que je l’intègre physiquement. Du trapèze? Oui, j’ai commencé à en faire dans une école de cirque. Pour
devenir clown trapéziste.
Accompagner
(LE TEMPS –Quotidien de Suisse romande – 28 juin 2013 – Julian
Sykes)
Helmut Deutsch, est aujourd’hui l’un des
pianistes accompagnateurs les plus recherchés.
Baignant dans le milieu viennois des années
1950, il a très vite assimilé le répertoire du lied. À 3 ou 4 ans, il a déjà
dans l’oreille la plupart
des célèbres lieder de Schubert et Mozart. En revanche, il
commence le piano assez tard.
Selon lui, la profession de pianiste
accompagnateur a radicalement changé depuis 40 ans : Aujourd’hui, les chanteurs au plus haut niveau
acceptent que nous soyons des partenaires. Beaucoup veulent être guidés,
poussés, stimulés. Aujourd’hui, aucun pianiste accompagnateur ne se demanderait
s’il joue trop fort. Il se demande s’il joue trop vite, ou trop lentement.
Sa percée à lui, il l’accomplit dès 1980 en
accompagnant Hermann Prey
pendant près de douze ans – l’autre
baryton
que Fischer-Dieskau considérait comme un rival.
Être
un pianiste accompagnateur est beaucoup plus difficile qu’on ne l’imagine. On
ne joue pas le 3e Concerto de Rachmaninov,
mais en une seule minute d’un lied de Strauss ou Wolf, il peut y avoir autant de difficultés. Il ne
faut pas être timide, surtout pas !
Chanter
(HUFFINGTON POST –25 août 2013)
Lorsque
plusieurs personnes chantent à l'unisson, non seulement les différentes voix
d'une chorale s'harmonisent mais leurs battements de cœur se synchronisent.
Un
peu d'exercice vocal aide à muscler le voile du palais et la partie supérieure de la gorge liés à la respiration.
Aussi
bizarre que l'idée puisse paraître, mettre un vibromasseur sur la gorge relaxe
la tension du larynx : cela améliore la puissance et la projection de la
voix, et permet de monter dans les octaves.
On
peut travailler sa propre voix et l'effet qu'elle va avoir sur son corps. Par
des séries de vocalises on apprend à mieux gérer ses émotions. Cela s'adresse
aussi bien aux chanteurs professionnels qu’à ceux qui ne chantent que sous la
douche.
La
pratique du chant aide à renforcer le système immunitaire, régule l’humeur et évite
d'avoir le blues. Chez des personnes ayant coutume de chanter dans une chorale
notamment, la production d'immunoglobuline A (un anticorps) augmente.
Un pianiste
(LA RÉPUBLIQUE
DES LIVRES – 10 novembre 2013 – Pierre
Assouline)
Alexandre
Tharaud relève de la catégorie assez particulière de ces musiciens qui ne
possèdent pas d’instrument chez eux. Il avait bien autrefois un demi-queue
Bösendorfer jusqu’à ce qu’il décide de s’en séparer. Depuis, il n’a de piano
que celui des autres. Volontairement. Pour travailler loin de chez lui, distinguer
ses univers, ne pas laisser étouffer par ses livres, ses partitions, ses images
familières, privilégier la concentration. Il dispose donc d’un trousseau de
clefs ouvrant plusieurs appartements parisiens appartenant soit à des proches
soit à des mélomanes de rencontre qu’il connaît à peine. Ils ont en commun de
posséder un piano et de vivre dans des lieux inspirants qui dégagent une
énergie dont il se nourrit. On lui demande parfois d’arroser les plantes.
Produit d’une longue et riche conversation,
ces propos figurent dans un livre signé Philippe Rey. Alexandre Tharaud a
toujours déchiffré et improvisé. La concentration est bien sûr essentielle.
Chez lui, yoga, natation, technique Alexander et longue sieste de l’après-midi.
Il constate qu’il pratique en fait deux métiers : enregistrer un disque
revient à chuchoter à l’oreille de l’auditeur, donner un concert consiste à
s’adresser à celui du dernier rang.
Un film documentaire de Raphaëlle Aellig
Régnier, vient également de lui être consacré. Plutôt la captation d’un regard,
d’un esprit, d’une âme. Non sa vision du monde mais sa sensation du monde. Le
voyage, la répétition, le concert, la chambre d’hôtel, la solitude au bout du
monde, et le ressac de ce rituel parfois exténuant sont le lot de tant
d’interprètes sans que jamais rien n’en affleure publiquement. La réalisatrice excelle
à rendre son toucher, ce qu’il a à la fois de déterminé et d’aérien. Cet Alexandre
Tharaud, le temps dérobé renouvelle le genre du documentaire sur la musique
et ouvre une voie.
samedi 28 décembre 2013
Grands-parents vrais et mamies de passage
CONDENSÉS
La presse en ligne est abondante.
Ce qu’on y trouve est inégal.
Je n’y ai sélectionné que quelques titres
et repéré quelques articles.
Ce qui suit est le condensé de deux d’entre eux.
(HUFFINGTON POST –23 octobre 2013 – INSEE)
Selon une enquête de
l’INSEE sur les familles françaises, il y avait 15 millions de grands-parents
en 2011 (sur environ 60 millions d’habitants) – dont près de 9 millions de
femmes et un peu plus de 6 millions d’hommes. En moyenne, on devient
grand-parent pour la première fois autour de 55 ans… et, à 65 ans, les
trois-quarts des personnes sont grands-parents.
À la naissance d’un
enfant, dans un cas sur cinq son grand-père paternel ou maternel est déjà
décédé. Au fur et à mesure qu’il grandit, ses grands-parents meurent : à
15 ans, la moitié n’a plus de grand-père paternel ou maternel et un sur cinq
n’a plus de grand-mère paternelle ou maternelle.
Les grands-parents
sont plus nombreux dans l'Ouest de la France, la Lorraine et le
Nord-Pas-de-Calais (85% le sont parmi les plus de 75 ans) et moins nombreux en
Île-de-France (autour de 75%).
(LE TEMPS – Quotidien de Suisse romande – 27 avril 2012 – Anna
Lietti)
Il y a tant
de femmes talentueuses et énergiques, avec souvent une belle vie
professionnelle derrière elles et qui, les enfants partis, se retrouvent seules
et sans projet :
d’où l’idée de mamies au pair.
Les
familles, elles, sont rassurées de confier leurs enfants à une femme
expérimentée plutôt qu’à une jeune surtout préoccupée par ses sorties en boîte !
L’affaire
est moins aisée à finaliser qu’il n’y paraît. Notamment
parce que la plupart
des mamies aspirent certes à se sentir utiles mais elles veulent surtout
voyager au loin, et préfèrent des missions de trois à six mois.
Ce qui fait que les familles les plus recherchées
sont de deux types: les expatriés d’abord, loin du pays et de leur parenté. Ou
alors, à l’approche de la haute saison, les restaurateurs qui cherchent une
mamie pour s’occuper des petits à l’heure du coup de feu.
Les
mamies qui réussissent le mieux sont celles qui ne se prennent pas trop au
sérieux et ont renoncé d’emblée à imposer leurs vues sur l’éducation.
Côté
contraintes législatives et droit du travail, on entre en terrain flou (nous
sommes en Suisse) : ayant plus de 30 ans, ces mamies de passage ne
relèvent pas du statut des jeunes filles au pair… C’est pourquoi les agences de
placement se contentent de mettre en contact : à la famille et à la mamie
de s’entendre directement.
mardi 24 décembre 2013
La bulle UE éclate – l’Euro survit
CONDENSÉ
L’information
en ligne est abondante.
Ce
qu’on y trouve est inégal.
Ce
qui suit est le condensé de l’un des articles que j’y ai repérés.
(Remarks at the
Festival of Economics, Trento
Italy, par George Soros –2 juin
2012)
La
théorie économique s’est plantée – mais qui pourra dire pourquoi ?
Elle a cru trouver son modèle dans la
physique classique. Les sciences de
la nature s’occupent de faits objectifs par rapport auxquelles on peut juger de
leur validité : la réalité obéit à des lois universelles et éternelles. Avec
les sciences sociales, on a affaire à des gens qui pensent et dont les décisions ont
une influence sur le cours des choses. Or ces décisions prennent appui sur une interprétation
de la réalité qui n’a rien d’objectif – on ne dispose plus de cette belle
certitude qui caractérise la physique classique.
Science
pourtant sociale, la théorie
économique a voulu l’ignorer. Ou plutôt à contourner ce statut en adoptant une
démarche axiomatique. Ça a marché un peu (dans le cas de l’échange de biens
physiques, par exemple) mais n’est pas allé très loin – dès que l’on a abordé
des questions liées à la production et, plus encore, la monnaie et le crédit.
Karl Popper, le maître de George Soros, aimait à rappeler que l’interprétation que les gens
se font de la réalité en diffère souvent fortement. D'un côté, ils cherchent à comprendre ce qui
se passe (fonction cognitive) et de l’autre ils veulent l’influencer (fonction
manipulatrice)… et quand les deux se
manifestent au même moment, une boucle se met en place : ce n’est pas
exactement la réalité que l’on voit, puisque celle-ci dépend de la façon dont
on envisage les choses et des décisions que l’on prend… et ces décisions que l’on
prend dépendent d’hypothèses que l’on fait sur un futur qui, lui-même, dépend
des décisions qui vont être prises.
Par
ailleurs – et d’entrée de jeu – la compréhension des choses est loin d’être
parfaite. Couplé à la boucle (au
cercle vicieux) décrit juste avant, ce handicap initial se traduit par un décalage qui s'entretient lui-même, entre la réalité telle qu’on la conçoit et comment les choses sont, en fait… et par
un décalage entre ce à quoi on s’attend et ce qui se passe finalement.
Dans
le domaine qui est le sien – celui des marchés
financiers - George Soros a élaboré un modèle de bulle qui est intrinsèque à ces marchés,
en ce qu’il ne dépend pas de chocs venus de l’extérieur… et qui n’est pas
psychologique non plus. Cela commence à partir du moment où une tendance majeure se manifeste
dans la réalité mais que l’on interprète mal. Au cours d'une première phase, cette interprétation erronée contribue à renforcer cette tendance.
Mais au bout d’un certain temps cela devient intenable : l’interprétation et la tendance exécutent
alors un demi-tour – en général à toute vitesse : c'est la seconde phase, dévastatrice.
On
n’en n’arrive pas à tous les coups à ce résultat désastreux (il se peut qu'un certain équilibre se maintienne)… Il n’empêche que l’issue est généralement imprévisible
et que de telles crises se produisent. À chaque fois, on cherche à en tirer la leçon – ce qui débouche sur l’élaboration de nouvelles règles : ainsi va l’évolution. Mais la raison profonde qui conduit à la formation des bulles n’en disparaît pas pour autant.
Il
faut admettre que, notamment dans le domaine politique, il existe aussi des boucles (cercle vicieux entre interprétation biaisée de la
réalité et décisions prises à partir de cela), couplées à une compréhension des choses d’entrée de jeu
imparfaite. Or ce qui se passe dans le
domaine politique n’est pas sans incidence sur le domaine financier.
Après
avoir souligné que ce n’est pas tant la direction que prend le phénomène de
constitution d’une bulle (et donc de son potentiel éclatement), mais bien
plutôt de l’importance qu’elle va prendre et combien de temps cela va durer, George
Soros en vient à la crise de l’Euro (voir directement son article en anglais).
Ce qui est ici condensé a été rédigé en 2012. Selon George Soros,
la bulle est alors davantage politique que financière, le mécanisme qu’il a exposé
s’applique à la façon dont – depuis déjà longtemps – on a procédé à la mise en
place de l’Union européenne pas-à-pas. Il s'est agi à chaque fois d'un objectif limité. Cela a constitué une succession de défis qui, jusqu'à présent, ont certes été relevés mais qui, à chaque fois, ont imposé d’imaginer
un pas suivant… jusqu'à ce
que cela devienne insoutenable.
En
résumé, la crise apparente est celle de l’Euro – mais pour lui, c’est la "bulle Union européenne" qui risque d’éclater… alors que, paradoxalement, l’Euro pourrait réussir à
survivre !
Libellés :
Economie et finance,
Histoire et politique
vendredi 20 décembre 2013
Révolution = classe moyenne qui se soulève
CONDENSÉ
La presse en ligne est abondante.
Ce qu’on y trouve est inégal.
Je n’y ai sélectionné que quelques titres
et repéré quelques articles.
Ce qui suit est le condensé de l’un
d’entre eux.
(WPROST, magazine polonais, via PRESSEUROP –10 avril 2013 – Marcin Król, traduit par Lucyna Haaso-Bastin)
Thèse : Ce sont les leaders de la
classe moyenne que l’on trouve à l’origine des révolutions.
Cas exemplaire : la Révolution
française.
(Contre-exemple très spécifique :
la révolution d’Octobre 1917).
Et aujourd’hui ? On y est
presque.
Dans le cas de la Révolution
française, le rôle d'avant-garde a été joué par des avocats, des entrepreneurs,
des employés de l'administration publique de l'époque et par une partie des
officiers de l'armée.
Le facteur économique était important,
mais pas primordial. Il s’agissait avant tout pour eux d’une absence
d’ouverture dans la vie publique et l'impossibilité de la promotion sociale – c’est
parce qu’elle tentait alors de limiter à tout prix l'influence des avocats et
des hommes d'affaires, que l’aristocratie les a incités à la révolution.
Les révolutions se dressent aussi
contre la barrière générationnelle – la domination des vieillards. Les
dirigeants de la Révolution française avaient environ 30 ans. Au cours des
décennies suivantes la vague des révolutions s’est étendue à l’Europe… Or il
est notoire que l'âge moyen des décideurs présents au Congrès de Vienne (1815)
qui a rétabli l'ordre conservateur en Europe, était de plus de 60 ans.
Qu’en est-il aujourd’hui ? Ceux
qui gagnent les élections en Europe, qui se révèlent souvent populaires, voire efficaces,
sont des leaders de la classe moyenne. On les traite au passage d’irresponsables :
ils n'appartiennent pas à la gériatrique classe politique traditionnelle.
Ce n’est certes plus l’aristocratie
qu’ils ont en face d’eux mais des banquiers, des spéculateurs et certains managers :
la classe moyenne et ses leaders se voient écartés du processus décisionnel et
subit de sévères conséquences de la politique menée. Celle-ci est en quelque
sorte confortée par les bénéficiaires de l’emploi public qui ont la sécurité de
l’emploi, alors que de jeunes diplômés sont laissés sur le bord de la route du
marché du travail (sans parles des artistes, des journalistes et autres…).
Les dirigeants européens actuels ont
majoritairement entre cinquante et soixante ans, mais compte tenu des avancées
de la médecine, il y a fort à parier que dans 20 ans, Mme Merkel et MM.
Cameron, Tusk [1er Ministre polonais] et Hollande seront encore aux
affaires. Sauf s’ils sont balayés avant.
En résumé : les voies
d'avancement de l'actuelle classe moyenne, majoritairement jeune, sont bouchées
soit par le monde de l’argent, soit par des vieux, ou par ceux qui paraissent
tels à une personne de 25 ans. Ce n’est pas l’idée d’actuels responsables
politiques, de revenir à la stabilité « comme avant » qui va les
calmer.
Une révolution ne se fait pas au nom
d'une mesure particulière (par exemple, une supervision bancaire plus stricte),
mais au nom du fait qu'il n'est plus possible de vivre ainsi. Une révolution n'emploie
pas de langage politique – elle est souvent désordonnée mais elle ne manque pas
d’être audible.
Libellés :
* Pologne,
Anticipation,
Histoire et politique
lundi 16 décembre 2013
Prendre la parole en public
CONDENSÉ
La
presse en ligne est abondante.
Ce
qu’on y trouve est inégal.
Je
n’y ai sélectionné que quelques titres et repéré quelques articles.
Ce
qui suit est le condensé de l’un d’entre eux.
(HUFFINGTON POST –10 septembre 2013 – Gaëlle Copienne)
Le message c'est vous, pas votre tenue – Trop de motifs et d'accessoires risquent de
perturber votre public et de lui faire oublier l'essentiel : vous et ce
que vous avez à dire. Pensez à Steve Jobs et son mythique col-roulé, plutôt qu’aux petits tailleurs d’une
journaliste du JT 20 heures.
Avant de prendre la parole, retirez-vous 2
minutes dans un endroit discret, et adoptez la posture de pouvoir, les bras en l'air façon V de la victoire, ou les
mains sur les hanches façon Wonder Woman. Votre taux d’hormone de la puissance
(testostérone) en sera augmenté et celui de l’hormone du stress (cortisol)
diminuera : détente, confiance, punch.
Se sentir à l’aise, être chez soi partout.
Rien ne vous empêche d'entrer dans la pièce avec le sourire, le dos droit, de
prendre votre temps. Avant de parler, respirez, posez-vous, regardez votre
auditoire : vous développez ainsi votre autorité naturelle.
Exercice bien connu des comédiens : placer
un stylo dans sa bouche horizontalement et s’entraîner à parler avec.
Cela permet de mieux articuler, et de mieux res… pi… rer. Placer aussi de
petits silences. Se souvenir de Démosthène, un des plus grands orateurs de son
temps : initialement bègue, il s'était entraîné à parler devant la mer
déchaînée avec des cailloux dans la bouche.
Bill Gates, sur un sujet qui
n'intéresse personne – la lutte contre le paludisme. Devant lui un bocal transparent, fermé. Il commence à
en parler tout en dévissant le couvercle : Le paludisme est transmis par les moustiques. J'en ai
apporté ici, pour vous faire partager cette expérience. Laissons les voler un
peu dans cette salle... Il n'y pas de raison pour que les pauvres soient les
seuls à la faire, cette expérience...
N'hésitez pas à parler avec votre cœur.
L'auteure d'Harry Potter est invitée à prononcer le discours de remise de
diplôme de Harvard. Elle choisit de parler des vertus de l'échec : Sept ans après mon diplôme,
mon mariage exceptionnellement court ayant implosé, j'étais sans emploi, mère
célibataire, aussi pauvre qu'on peut l'être sans être SDF. C'est cette expérience qui a forgé sa volonté et lui
a permis de se réaliser par la suite.
Répétez à haute voix, enregistrez-vous, demandez
à des proches de vous écouter...
et prenez en compte leurs remarques : ils seront votre premier public. C’était
la méthode de Churchill – bègue, dyslexique… et devenu Premier ministre.
vendredi 13 décembre 2013
Modéliser le futur ?
CONDENSÉ
La presse en ligne est abondante.
Ce qu’on y trouve est inégal.
Je n’y ai sélectionné que quelques titres et repéré quelques
articles.
Ce qui suit est le condensé de l’un d’entre eux.
(LE TEMPS – Quotidien de Suisse romande – 24 avril 2012 – Olivier
Dessibourg)
Il y a cinq ans, Twitter et Facebook n’existaient pas.
Explorer, imiter et mieux gérer un monde hyper-connecté est désormais plausible – en tirant profit de l’incommensurable masse de données générées grâce aux
nouvelles technologies de l’information et de la communication.
En passant ces données au crible, l’ambition
est de découvrir les lois générales sous-jacentes aux systèmes interactifs et
globaux dans lesquels on vit, ainsi que les réactions en chaîne qui les font
évoluer. Puis de les appliquer pour prédire les options à suivre afin de
connaître un futur durable (gestion de l’énergie), de réduire la vulnérabilité
aux risques (en économie, en géopolitique) ou d’accroître la résilience de nos
sociétés.
Le projet repose sur trois piliers :
- Collecter un maximum de données
diffusées sur Terre.
- Faire tourner simultanément, avec
les données acquises, des modèles d’évolution de tous types de systèmes
(économique, politique, sanitaire, environnement…) développés à partir des lois
fondamentales découvertes.
- Créer une Plateforme globale de
participation à cette méthode de travail parmi les sociologues, voire au-delà
(les techniques de simulation, après s’être imposées en sciences naturelles,
doivent entrer dans les sciences sociales, souligne l’un des principaux initiateurs
du projet, Dirk Helbing, lui-même spécialiste de l’étude des foules).
Dans les domaines économique et
financier, de nombreux modèles sont déjà utilisés. Cependant, Le problème, c’est
qu’ils n’incluent pas d’emblée de possibles crises […] il faut en développer de
nouveaux.
Les exemples avancés ne
convainquent pas tout le monde : C’est très complexe disent certains… D’aucuns
s’interrogent sur la protection de ces informations. Est-ce ensuite réaliste de
vouloir modéliser la société ? Obtenir des bons modèles à partir des données brutes est sans
espoir, entend-on aussi. Et les systèmes en question (social,
économique, etc.) ne sont pas seulement complexes, mais parfois chaotiques,
rendant toute évolution imprévisible. Comme c’est aussi le cas avec la météo et le climat.
Dirk Helbing l’admet. Il préfère le
terme de prévision à celui de prédiction: En interprétant nos modèles, nous parlerons en termes de
probabilités que des événements en cascade surviennent. Comme pour les
prévisions météo : si elles ne sont pas toujours fiables, elles restent
souvent utiles.
Inscription à :
Articles (Atom)
