1950
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1960
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1970
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1980
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1990
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2000
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2010
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2020
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2030
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2040
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2050
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Inde
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Iran
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Brésil
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Chine
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États-Unis
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Japon
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Russie
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Allemagne
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Gde-Bretagne
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jeudi 4 avril 2013
Quel monde dans 20 ans ? (c)
Fenêtre
d’opportunité démographique : peu de jeunes et peu de vieux
En bleu : moins
de 30 % de la population au-dessous de 15 ans et moins de 15 % a plus de
65 ans
En brun :
période 2010-2030 (Source : ONU)
Ce billet est le troisième d’une série qui
livre l’adaptation condensée que j’ai faite de GLOBAL
TRENDS 2030 (Alternative Worlds), rapport produit,
fin 2012, par le National
Intelligence Council
américain. Le document original peut être consulté sur le site : www.dni.gov/nic/globaltrends et téléchargé.
Le billet précédent (b) décrivait deux des quatre
tendances majeures qui ont été identifiées comme relativement certaines à l’horizon
2030 : la place prise par l’individu ; la dilution du pouvoir des
États ;
Celui-ci (c) le complète par : les
évolutions démographiques ; les tensions sur les ressources vitales.
ÉVOLUTIONS
DÉMOGRAPHIQUES
Pour
une population mondiale qui vient de franchir la barre des 7 milliards et
atteindra les 8 milliards entre 2025 et 2030, les principales tendances
identifiées sont :
Un
vieillissement généralisé, tant dans les pays occidentaux que pour les pays en
développement. On s’en fait une idée à partir de l’âge moyen : d’un pays à
l’autre l’écart peut être considérable puisque cet âge moyen va de 25 ans (ou
moins) à 45 ans (ou plus).
Le
Japon et l’Allemagne sont entrés dans
la catégorie la plus âgée dès 2010-2015. Le reste de l’Europe suit, à l’exception
de la France,
de la Grande-Bretagne et de l’Irlande, des Pays-Bas, du Danemark, de la Norvège et de la Suède.
Dans
les pays âgés où l’on veut sauvegarder le niveau de vie antérieur, on débouche
sur des combats économiques d’arrière-garde : la population active y est
proportionnellement peu nombreuse, alors que les pensions de retraites et les
besoins de santé y sont élevés. Ce sont des pays où on n’aime pas le risque.
Les dépenses pour une sécurité militaire et pour une présence internationale y
sont rognées. Et lorsque s’y installent des immigrés asiatiques ou africains
peu intégrés, la cohésion sociale y est mise à mal : des politiques
réactionnaires risquent d’y trouver la faveur des autochtones.
Même
si le vieillissement n'y sera pas aussi marqué, il aura néanmoins progressé dans plusieurs autres pays. Ainsi, la Chine
ne profitera plus d’une démographie jeune comme maintenant. En revanche, les États-Unis
(à
forte immigration) et la Russie
(où les hommes meurent jeunes) auront réussi à freiner le phénomène : ils
ne seront donc pas autant confrontés aux problèmes évoqués plus haut – mais
l’exemple des pays qui auront subi ces problèmes avant eux les poussera à
prévoir des réserves pour s’y préparer.
En
Afrique
subsaharienne surtout,
encore plusieurs
pays à population particulièrement jeune.
On
constate depuis plusieurs décennies que c’est dans les pays démographiquement
très jeunes que se sont concentrés 80 % des guerres civiles ou conflits
ethniques – en Amérique latine, en Asie centrale et du Sud, au Moyen-Orient et dans l’Afrique
subsaharienne.
Cette
situation démographique va se maintenir dans l’Afrique subsaharienne. Elle se
tassera quelque peu dans les autres régions mentionnées – mais il ne faut pas
passer sous silence quelques pôles de forte fertilité : partiellement en
Afghanistan et au Pakistan, chez les Kurdes et dans minorité ultra-orthodoxe
juive.
Une
accélération
du processus de migration
Sans
revenir à des flux comparables à ceux de la première révolution industrielle,
les migrations vont prendre de l’ampleur par rapport à ce que nous avons connu
récemment. Les facteurs à l’œuvre tiennent à la mondialisation, à la disparité
des structures démographiques, aux inégalités de revenus, et à l’existence de
réseaux organisant ces migrations de pays à pays.
Une
urbanisation rapide va s’accompagner de flux internes souvent plus importants
qu’à l’international. En Asie
et en Afrique,
les changements climatiques générateurs de sècheresses aussi bien que
d’inondations, mais aussi de famines, pousseront des populations à chercher
leur salut ailleurs. Dans les pays les plus riches mais vieillissant, le déficit de main-d’œuvre
jeune créera des opportunités – y compris et paradoxalement à partir de pays au
développement dynamique, dans la mesure où on commence à y être mieux
formé, tandis que les salaires restent assez bas par comparaison à ceux
dans des pays plus avancés.
Retombées
collatérales, selon les cas : certaines élites des pays développés et en
développement peuvent en arriver à faire de l’émigration une composante de leur
stratégie, alors que d'autres pays peuvent chercher à les attirer en leur
offrant les mêmes privilèges civiques qu’aux autochtones. Il faudra par
ailleurs soupeser jusqu’à quel point vont de constituer des communautés
d’immigrés en fonction de critères ethniques, religieux ou nationaux, avec les
frictions qui peuvent en résulter dans le pays d’arrivée. Par ailleurs, grâce
notamment aux communications électroniques, se maintiendront en temps réel des
liens avec leurs relations dans leur pays d’origine. À apprécier aussi, les
avantages et inconvénients respectifs d’envoi d’argent aux familles restées sur
place et l’effet négatif de l’absence de ces migrants pour dynamiser l’économie
locale. Ne pas oublier non plus les risques d’entorses au droit du travail et
de trafic d’êtres humains.
Une
forte
extension du phénomène urbain, accompagnée de pénuries alimentaires
et en eau potable.
En
1950, 750 millions des 2,5 milliards d’êtres humains vivaient dans des villes.
Aujourd’hui, c’est près de 5 fois plus (sur un peu plus de 7 milliards) et on
estime qu’en 2030 la population urbanisée de la planète sera sur le point
d’atteindre 5 milliards. La Chine et l’Inde contribueront pour 35 à 40 % à cet
accroissement. On a surtout vu jusqu’à présent se constituer une petite
trentaine de mégapoles (de plus de 10 millions d’habitants). Celles-ci semblent
atteindre leurs limites (terrains disponibles, congestion des infrastructures,
repères de criminalité, système politique difficilement gérable…) On va
désormais assister à une dynamique plus forte à leur périphérie qu’en leur
cœur, et à l’apparition de véritables régions métropolitaines, dont une
quarantaine à cheval même sur deux ou trois pays.
De
telles agglomérations peuvent certes bénéficier de l’apport de technologies et
d’infrastructures modernes. Les effets sur l’écologie sont, en revanche,
souvent dramatiques (disparition de forêts, de plantes et d’animaux, qualité
des sols, disponibilité en eau potable et en moyens d’évacuation sanitaire,
besoins en énergie…) Comme on le voit déjà en plusieurs endroits, les
responsables seront souvent pris de court pour financer les mesures
indispensables, d’autant que l’économie qui s’y développe reste la plupart du
temps informelle – d’où l’impossibilité de fiscaliser de quoi disposer des
ressources nécessaires.
TENSIONS
SUR LES RESSOURCES
En
soi déjà, la croissance démographique va exercer une importante pression sur la
demande alimentaire ainsi que sur celles en eau et en énergie.
Les besoins qu’exprimeront les classes moyennes et ceux qui découleront de
l’urbanisation accentueront cette pression. Le changement climatique
l’aggravera. Sans qu’il s’agisse pour autant de pénurie mondiale, bien des pays
n’arriveront pas à s’en sortir sans une aide massive venue de l’extérieur. L’absence
d’un système adéquat pour faciliter les échanges internationaux à cette fin
constitue un obstacle. L’interdépendance entre ces trois types de ressources,
enfin, complique la situation et peut déboucher sur des choix contradictoires (ex. : approvisionnement en eau et
agriculture ; biocarburants et céréales alimentaires ; engrais
dérivés de la pétrochimie…)
Alimentation,
eau et climat
Au
cours de ces dernières années le monde a consommé plus de nourriture qu’il n’en
a produite. Or la productivité agricole est presque stagnante (environ +1 % par
an)… Et les besoins alimentaires sont estimés devoir augmenter de +35 % d’ici
2030. Les habitudes que prennent les classes moyennes (ex. : consommation
de viande d’animaux nourris aux céréales) provoquent un surcroît de besoins.
Au
même moment, les besoins en eau seraient de 40 % au-dessus du niveau
actuellement considéré comme durable – l’agriculture en ponctionne actuellement
70%. Et comme les bassins hydrographiques qui s’étendent sur plusieurs pays
regroupent autour de 40 % de la population mondiale, on imagine les tensions
inter-frontalières qui ne manqueront pas d’en résulter.
On
a eu de récents exemples d’à-coups dans la production alimentaire en raison du
climat (ex. : sur les céréales en raison d’un été caniculaire en Russie). Les changements
climatiques en gestation vont dans le sens de l’aggravation : zones
humides le devenant davantage ; zones sèches devenant arides : Moyen-Orient, Afrique du
Nord, Sud de
l’Europe,
Ouest
de l’Asie centrale ;
écosystèmes bouleversés par la fonte des glaciers dans les Andes et l’Himalaya.
La
plupart des terres cultivables étant déjà exploitées les nouvelles surfaces
nécessiteront des engrais pour produite de la nourriture (dont les deux tiers dans l’Asie
méridionale et
en Extrême-Orient). La tendance à long terme d’une baisse des prix des
produits agricoles risque fortement de s’inverser, au détriment des pays les
plus pauvres – cela a d’ailleurs commencé. Ainsi, bien que désormais devenues
principaux producteurs de blé (sic), la Chine et l’Inde ne parviendront
probablement pas – malgré l’appel à de nouvelles techniques – à
l’autosuffisance sur ce point : elles s’approvisionneront à
l’international ce qui poussera les prix à la hausse.
Ces
pays, ainsi que l’Amérique latine, s’y sont pris relativement à temps – en revanche, l’Afrique
subsaharienne est
très en retard (risque supplémentaire : le champignon de la rouille du blé
qui a éliminé en grande partie de cette céréale en Ouganda, au Kenya et en Éthiopie et qui semble se
propager vers l’Iran
et le Pakistan).
Énergie :
l’horizon va-t-il se dégager ?
Ce
dont on peut être sûr, c’est de la forte progression de la demande : 50 %
d’ici 2030. Côté production, une bouffée d’optimisme s’est manifestée qui se
base sur les ressources non-conventionnelles, en Amérique du Nord.
Pour
l’essentiel, il s’agit de recourir à des forages horizontaux ainsi qu’à la
fracturation hydraulique, afin de libérer du gaz et du pétrole de roches
(schiste) où ils sont enfermés. Aux États-Unis, cela a débuté il y
a peu d’années avec le gaz. À ce rythme, on estime que
les besoins du pays sont couverts pour quelques décennies. De plus, la
production cette fois pétrolière ne fait que débuter mais on la dit encore plus
prometteuse. Le handicap majeur réside dans les incertitudes quant aux
retombées sur l’environnement : un accident majeur à cet égard serait
susceptible de provoquer une réaction suffisamment négative dans l’opinion et
bloquer le processus. Les principaux risques sont la contamination de l’eau que
l’on doit utiliser en grande quantité, les secousses sismiques et les émissions
de méthane à fort effet de serre.
Vu des États-Unis, le succès de l’entreprise signifierait une indépendance énergétique
retrouvée (ce serait aussi une baisse du prix du pétrole qui fragiliserait l’OPEP). Le pays qui deviendrait un pôle d’attraction
pour nombre d’activités, et connaîtrait un supplément de croissance, une
détente sur l’emploi, et une balance des échanges qui se redresserait.
Ailleurs,
c’est la Chine
qui serait la mieux lotie (le double des réserves étatsuniennes) mais ne
disposant pas du même potentiel technique pour l’exploiter. L’Europe est partagée, et
quant à la localisation de telles ressources et quant à l’opinion publique.
D’un côté la Pologne
y pousse, de l’autre la tendance française est de freiner.
Si
ce scénario se réalise, il sera moins nécessaire de faire appel au charbon
(très polluant). Les énergies renouvelables – surtout l’hydroélectrique puis
l’éolien et le solaire – seraient repoussées au-delà de 2030.
Libellés :
Economie et finance,
Histoire et politique
Quel monde dans 20 ans ? (b)
Ce billet est le second d’une série qui
livre l’adaptation condensée que j’ai faite de GLOBAL
TRENDS 2030 (Alternative Worlds), rapport produit,
fin 2012, par le National
Intelligence Council
américain. Le document original peut être consulté sur le site : www.dni.gov/nic/globaltrends et téléchargé.
Ce texte en français a ses limites, en
raison de celles de mes capacités de traduction, de compréhension et de
reformulation. Plus que le mot-à-mot, c’est le rendu du sens qui a été
privilégié.
Le billet précédent (a) fournissait de
manière cursive une sorte de sommaire du rapport. Les deux suivants (b et c) décrivent
quatre tendances majeures qui ont été identifiées comme relativement certaines
à l’horizon 2030 :
(b) la place prise par l’individu ; la
dilution du pouvoir des États ;
(c) les évolutions démographiques ; les
tensions sur les ressources vitales.
PLACE
À L’INDIVIDU
C’est
la plus importante des tendances majeures : elle joue à la fois comme
cause et effet. L’initiative individuelle aidera à faire face aux défis
mondiaux – mais, en même temps – ces mêmes individus (ou de petits groupes)
vont avoir accès à des technologies létales ou désorganisatrices.
Le
pouvoir pris par l’individu résultera d’une moindre pauvreté, de la montée
importante des classes moyennes – en passe de devenir le principal secteur
économique et social dans la majorité des pays, du niveau d’éducation et de
l’amélioration des services de santé.
Moindre
pauvreté. Aujourd’hui,
1 milliard d’humains vivent dans une pauvreté extrême (moins de 1,25 $ par
jour) et 1 milliard en sous-nutrition. Ces nombres pourraient être divisés par
2 d’ici 20 ans. Cela a commencé en Chine et en Extrême-Orient et devrait
s’étendre au Sud de l’Asie, au Moyen-Orient et en Afrique du
Nord.
Peu d’espoirs en revanche pour l’Afrique subsaharienne. En cas de
récession mondiale prolongée, la réduction de la pauvreté serait moindre :
30% au lieu de 50 %.
Montée
des classes moyennes.
Selon les définitions retenues et le type de projection faite, on passerait de
1 milliard de personnes faisant actuellement partie des classes moyennes à 2 ou
3 milliards dans 20 ans. Il s’agit d’abord de la Chine puis de l’Inde qui prend la
relève et dépasse même son voisin du Nord. Dans ce rapport, on considère comme
faisant partie de la classe moyenne ceux dont la consommation est comprise
entre 10 et 50 $ / jour (calculé
en parité de pouvoir d’achat – PPA / PPP : purchasing power parity).
Il
faut reconnaître qu’une grande partie des nouveaux venus seront dans la
fourchette basse. On estime cependant que ceux dans la moitié supérieure
(équivalence avec les pays occidentaux)
passeraient de 0,33 à 0,67 milliard de personnes. Les implications en
sont multiples : transformation de la structure de la consommation (dont
l’automobile) ; apparition d’autres valeurs et demande de changement
politique (qui peut aller du populisme ou de la dictature jusqu’à plus de
démocratie) ; tassement des inégalités mais, du fait de celle ressentie
entre villes et campagnes, flux migratoires alimentant l’urbanisation ;
alors qu’ailleurs les classes moyennes se développent, celles du monde
occidental se sentent menacées.
Secteur
de l’éducation et place des femmes. Le statut
économique des individus et des pays dépendant largement de leur niveau
d’éducation, ce secteur bénéficiera largement de l’expansion de la classe
moyenne. Par ailleurs, pour les femmes, non seulement ce niveau progressera
mais ce sera encore plus rapide dans le sens d’un rattrapage. Et l’évolution
des pays sera d’autant plus accélérée qu’ils sauront attirer et retenir des
femmes sur leur marché du travail. Cela se fera préférentiellement en Extrême-Orient et en Amérique
latine,
alors que le retard restera marqué au Sud de l’Asie, au Moyen-Orient et dans l’Afrique
subsaharienne.
Technologie
des communications.
La seconde génération de téléphones mobiles (ex. : smartphones) réduit la
nécessité pour les pays en développement d’investir dans des infrastructures
coûteuses, ainsi que le clivage – encore net avec la 1ère génération
– entre villes et campagnes. On le voit en Afrique où la couverture
est dès à présent assez forte (ex. : lutte contre les maladies du fait de
l’eau polluée).
Progrès
en matière de santé.
Les décès dus à des maladies transmissibles (SIDA, diarrhée, malaria,
infections respiratoires…) pourraient diminuer de 30 %. Les progrès dans la
lutte contre les maladies chroniques (cardiovasculaires, cancer, diabète…) sont
déjà tangibles. L’effort va se porter davantage sur la mortalité infantile –
sans pour autant espérer pouvoir atteindre le niveau actuel dans les pays
développés. Ne pas exclure enfin le risque d’épidémies foudroyantes (ex. :
affectant la respiration) ou d’autres à effet plus long mais tout autant mortifères
(comme cela a été le cas pour le SIDA).
Conflits
pour des raisons idéologiques. Bien des pays vont
être concrètement sensibles aux effets du progrès matériel à l’occidentale mais
les valeurs qui le sous-tendent entrent en conflit avec celles proches
d’identités culturelles et religieuses ainsi que de traditions politiques
locales. Cela peut être source de dysfonctionnements et de fragmentations, ou
encore générer des idéologies hybrides entre Ouest et tradition. Le rôle de la
religion au sein de l’État et de la société sera vraisemblablement au centre de
ces débats (ex. : Islam).
À
observer : une possible montée du nationalisme en Extrême-Orient ; des
manifestations tribales et ethniques en Afrique subsaharienne ; des
cristallisations locales à base religieuse au sein des métropoles…
DILUTION
DU POUVOIR DES ÉTATS
Que
l’on se réfère au PIB, à la démographie, aux dépenses militaires ou à
l’investissement dans la technologie, en 2030 l’Asie aura dépassé l’Amérique
du Nord et
l’Europe
combinées – l’économie chinoise viendra de doubler celle des États-Unis… et l’Inde fera preuve à
cette époque d’une vigueur comparable à celle de la Chine aujourd’hui. Il
faut remonter à plusieurs siècles pour retrouver une situation similaire, tant
le décollage occidental avait été vigoureux. Peloton suivant – plus dispersé
certes – la Colombie,
l’Égypte,
l’Indonésie,
l’Iran,
l’Afrique du Sud, le Mexique et la Turquie feront autant à
eux tous que l’Europe,
le Japon
et la Russie
réunis.
Revue
par continent :
L’Égypte, l’Éthiopie et le Nigéria seront de sérieux
challengers pour l’Afrique du Sud – mais la gouvernance restera leur point faible.
Le
Vietnam sera arrivé au
coude à coude avec la Thaïlande.
Le
Brésil confirmera sa
position, face à la Colombie
et au Mexique.
L’Allemagne sera restée le
leader au sein de l’Union européenne – mais le vieillissement de sa population
sera son handicap (situation initiale démographique encore pire en Russie – qui
pourrait néanmoins trouver une issue honorable).
L’OCDE utilise un indice de puissance à partir du PIB, de la
population, des dépenses militaires et de la technologie (mentionnés un peu
plus haut). On a tendance désormais à y inclure aussi la santé, l’éducation et
la gouvernance. Les courbes ici présentées se basent sur ce nouvel indice. Si
l’on en reste à celui de l’OCDE, les États-Unis sont rattrapés par
la Chine
dès 2030 et par l’Inde
vers 2050. Et les pays de l’OCDE se font doubler 15 ans plus tôt par les pays non-OCDE (entre 2015 et
2020).
L’autre
leçon importante à tirer de ces évolutions est qu’il sera quasiment impossible
à qui que ce soit d’être en position hégémonique. La technologie des
communications aidant, on s’achemine vers la mise en place de réseaux d’acteurs
aussi bien étatiques que non-étatiques.
Notons
au passage (car ce sont loin d’être les seuls auxquels ou peut penser) que des Google et Facebook
gèrent et analysent beaucoup plus d’informations qu’un quelconque État :
ils sont par là même en mesure d’identifier à grande échelle – autant ou plus
que lesdits États – les motivations des gens et d’influencer leurs
comportements.
Libellés :
Economie et finance,
Histoire et politique
Quel monde dans 20 ans ? (a)
La série de quelques billets qui débute ici
n’est rien d’autre que mon adaptation condensée de GLOBAL
TRENDS 2030 (Alternative Worlds). Il s’agit d’un
rapport de 160 pages produit, fin 2012, par le National
Intelligence Council,
placé auprès du Président américain. C’est le cinquième rapport de ce type qui
parait sur un rythme sensiblement quinquennal. Le document original peut être
consulté sur le site : www.dni.gov/nic/globaltrends et téléchargé.
Il explore ce qui pourrait advenir au monde
au cours des 20 prochaines années, en identifiant les grandes tendances dont on
peut être assuré, ainsi que les principaux facteurs de changement auxquels il
faudra être particulièrement attentif. Cela débouche sur quelques scénarios
contrastés qui cherchent à décrire où on pourrait en être en 2030.
Ce
n’est certainement pas le seul rapport de ce type. Et il s’agit certes d’une
démarche américaine dont on peut ne pas partager les présupposés, voire les
préoccupations – mais n’en n’a-t-on pas soi-même ? Les auteurs du rapport
disent en avoir soumis le projet avant publication à nombre de leurs vis-à-vis
étrangers pour en recueillir les remarques. J’y ai trouvé des formulations
assez ouvertes. J’estime que la méthodologie est solide. Loin de le considérer
comme une bible, je le prends surtout comme un support de réflexion – ce qui
est la vocation habituelle des scénarios… et je m’interroge parfois, en prenant
ces temps-ci connaissance de prises de positions ou de décisions aux États-Unis
ou ailleurs, si ces thèmes n’ont pas commencé à tracer leur sillon.
C’est dans cet esprit que j’en ai fait une
adaptation condensée en français d’une vingtaine de pages. Cet exercice a ses
limites, en raison de celles de mes capacités de traduction, de compréhension
et de reformulation. Plus que le mot-à-mot, c’est le rendu du sens qui a été
privilégié.
Autre remarque
préliminaire : le découpage du monde, vu des États-Unis,
débouche parfois sur un vocabulaire légèrement différent de celui employé en Europe. C’est
ainsi qu’il n’est pas rare de voir le Moyen-Orient englober jusqu’à l’Afrique
du Nord. L’Iran en fait partie mais beaucoup moins (voir ci-après) l’Afghanistan et le Pakistan.
Plus
classiquement, le continent asiatique se
répartit en Asie
centrale, Asie du Sud (dont Afghanistan et Pakistan) et l’Est de l’Asie (la Chine
surtout – mais l’Inde est mentionnée pour les deux sous-continents Sud et
Est).
Et il se peut –
c’est moins net – que la représentation faite des deux Amériques soit
modulée par le simple fait que les États-Unis en
font partie : on passe ainsi la frontière vers le Mexique,
avant de parler des Caraïbes et de l’Amérique
centrale – sans trop savoir
si on est déjà en Amérique
latine ou si celle-ci ne fait maintenant que commencer.
L’option prise ici
a été de conserver le vocabulaire géopolitique utilisé dans le rapport.
Commençons,
pour en avoir un premier aperçu, par ce qui sert de sommaire – celui-ci reflète
la structure du document : tendances relativement certaines ;
facteurs de changement ; quelques scénarios contrastés.
…
Avec un rappel pour mémoire : La Grande-Bretagne qui avait alors une
dizaine de millions d’habitants a mis plus de 150 ans pour multiplier sa
capacité de production (PIB) par 2. Plus tard, avec plusieurs dizaines de
millions d’habitants, l’Allemagne
et les États-Unis ont
mis entre 30 et 60 ans. Avec plusieurs centaines de millions d’habitants, la Chine et l’Inde sont actuellement
en passe de le faire en 10 à 20 ans.
Continuité
et évolution – quatre tendances majeures
Place à l’individu : Réduction de la
pauvreté et montée de la classe moyenne dans les pays en développement. Niveau
d’éducation. Utilisation de nouvelles technologies pour les communications et
pour la production. Avancées en matière de santé. Risque que certains s’emparent
de technologies létales.
Dilution du pouvoir des États : Fin des
hégémonies. Montée du BRIC+
(hors Russie)
et stagnation européenne. Importance prise par les réseaux et les coalitions.
Monde multipolaire.
Évolutions démographiques : Structure moins
génératrice d’instabilités. Vieillissement s’accompagnant d’une moindre
croissance économique. Urbanisation mondiale atteignant 60 % (accentuation de
pénuries d’eau). Davantage de migrations (pénurie de main-d’œuvre dans les pays
matures).
Tensions sur les ressources : L’accroissement
en nombre de la population mondiale et de son niveau va accroître la demande –
notamment pour l’alimentation, l’eau et l’énergie (de 35 à 50 %).
Risques de pénuries. Le climat (pays
humides, plus humides – pays secs, plus secs) accentuera le phénomène.
Favoriser une des trois ressources se fera aux dépens des deux autres. Sous
réserve de maîtriser l’aspect environnemental (gaz de schiste), les États-Unis pourraient devenir
énergétiquement indépendants. Fort impact négatif sur l’OPEP.
Les facteurs
de changement – en six questions
Crise de l’économie mondiale ? Effondrement, suite aux déséquilibres entre
des acteurs dont les intérêts divergent ? Ou un ordre économique qui
résiste, du fait que le monde est devenu multipolaire ? Risque particulier
d’un effondrement en Europe ?
Capacité à tenir la barre ? Les gouvernements
sauront-ils s’adapter assez vite au changement ou seront-ils débordés ?
Des instances non-gouvernementales viendront s’en mêler. Que seront devenus le Conseil de Sécurité de l’ONU, la Banque mondiale, le FMI ?
Risques de conflits ? Rapidité des
évolutions et glissements en matière de pouvoir vont-ils favoriser des conflits
au sein et entre les pays ? Apaisement du terrorisme d’origine islamique,
ne voulant pas dire fin du terrorisme. Probabilité de prolifération nucléaire.
Instabilités régionales faisant tache
d’huile ? Est-ce
que l’instabilité que l’on constate au Moyen-Orient et au Sud de l’Asie pourrait se
répercuter au niveau mondial ? Risques de manifestations d’un nationalisme
chinois au sein de son espace régional, comme réponse au désir de démocratie
lié au seuil économique atteint (PIB / habitant)… ou s’il faut compenser un
éventuel tassement de son actuel taux de croissance ? Attitude en conséquence
des États-Unis ?
Comportement de la Russie,
selon qu’elle réussit ou non sa modernisation ? Et de l’Iran ?
Quel sera l’impact des nouvelles
technologies ?
Est-ce que les évolutions dans ce domaine arriveront suffisamment à temps pour
améliorer la productivité, aider à relever les défis dus aux ressources
devenues rares (alimentation, eau, énergie) et permettre de faire face à la
croissance démographique, à l’urbanisation galopante et aux changements
climatiques ? Dialectique entre progrès sanitaires et vieillissement
démographique ? Risque à l’inverse d’une pandémie respiratoire.
Quel rôle pour les États-Unis ? Probablement
encore le premier parmi les égaux – mais… ? Un rapide retrait des affaires
mondiales génèrera-t-il une anarchie à travers la planète ? Seront-ils en
mesure, avec de nouveaux partenaires, de réinventer un nouveau système
international ?
Quatre
scénarios typiques pour 2030
Le
futur pourrait plus ou moins puiser dans chacun d’entre eux.
Tous freins serrés (c’est le plus
plausible parmi les pires scénarios) : Accroissement des conflits entre
États. Les États-Unis
se retirent sous leur tente. L’Europe aussi. La mondialisation est en panne
De concert (dénommé fusion dans le document – c’est le plus
plausible des meilleurs scénarios) : La Chine et les États-Unis coopèrent,
attitude qui s’étend au plan mondial.
Les inégalités l’emportent : Il y a de grands
gagnants et de grands perdants entre les pays. Les inégalités en interne sont
sources de tensions sociales – y compris en Chine entre les régions
de la côte et l’intérieur, et au sein du Parti. Les États-Unis arrêtent de jouer
au gendarme mondial.
Les États jettent l’éponge : Nouvelles
technologies aidant, ce sont des acteurs non-étatiques qui prennent la relève
(ONG, multinationales, institutions académiques, gouvernements locaux –
notamment ceux des méga-cités). Ils s’appuient sur un consensus d’opinion sur
les questions liées à la pauvreté, à l’environnement, à la corruption, à la
paix… Les problèmes de sécurité internationale subsistent : c’est un monde
pas glorieux mais plutôt stabilisé.
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