dimanche 3 janvier 2010

2009 – Cinéma


Je rejoins en partie un commentaire qui faisait suite à un billet de la RDL de Pierre Assouline d’il y a six mois : Pendant des années, j’ai lu Les Echos par nécessité professionnelle… ce n’était pas vraiment ma tasse de thé. Mais j’avais une compensation : les articles de sa rubrique culturelle, souvent sous la plume, si je ne me trompe, d’Annie Coppermann. Cette dernière ne semble pas, depuis, avoir cessé de fréquenter les salles obscures. C’est naturellement le site lesechos.fr qui l’accueille : depuis avril dernier, elle nous livre chaque semaine ses coups de cœur et ses coups de griffes sur les films qui sortent en salle. Il s’agit de textes sobres, s’appuyant sur une bonne connaissance du domaine, qui n’excluent pas la sensibilité, informatifs pour le lecteur et faisant le partage entre une critique si possible objective et le point de vue personnel.

Comme pour les revues précédentes, ce sont ici des condensés, souvent à base d’extraits rattachés les uns aux autres. Pour en avoir un cœur plus net, aller sur :
http://blogs.lesechos.fr/article.php?id_article=78
Je ne les ai pas comptés mais cela doit faire une bonne centaine de films analysés, sans compter à chaque fois le rappel en fin de billet de ceux sortis depuis déjà plusieurs semaines (ou d’autres plus anciens qui refont surface) et qu’il serait préférable de ne pas manquer.

24 avril 2009 (premier billet à la création du blog)
Les films à voir ou à éviter cette semaine…On ne voit qu’elle, partout. Avec ses grands yeux noirs et sa cigarette vissée au coin de sa jolie bouche, sauf dans les couloirs du métro, où fumer est interdit aussi sur les murs : Jacques Tati doit en rire silencieusement dans sa tombe… Elle ? Audrey Tautou, devenue vraie comédienne au fil d’une carrière qui aurait pu plus mal tourner. Mais est-elle la vraie Coco avant Chanel, comme veut nous le faire croire le titre et dont la sortie égale presque en matraquage celle, la semaine dernière, d’OSS 117 ? Certes, le scénario a été puisé dans le livre d’Edmonde Charles-Roux. Certes, Karl Lagerfeld a ouvert ses locaux de la rue Cambon… Mais si ce film sage, gentiment romantique et très académique, nous en donne pour notre argent, on ne parvient pas à s’y passionner.

Evidemment, si l’on compare avec l’autre film français de la semaine … Coco avant Coco est un pur chef-d’œuvre. Mais faut-il comparer ? Mieux vaut, oubliant votre chauvinisme, préférer le magnifique Still walking, du japonais Kore-Eda Hirokazu. Dans des images limpides, des cadrages que l’on devine très travaillés – on pense souvent à Ozu, mais un Ozu contemporain - menus incidents, regards, silences en disent bien plus que les rares dialogues … Tout est là, le poids de la vieillesse, les regrets, le temps qui passe et n’efface rien, les barrières qui, derrière les sourires, séparent les générations. Avec un mélange fluide de tendresse et de cruauté feutrée, non exempt d’éclairs d’humour, Kore-Eda nous retourne le cœur. Un très beau film.


3 juillet 2009 – Woodyssime !
L’été du cinéma démarre en beauté. Trois films à voir cette semaine (sur six nouveaux, un ratio que l’on aimerait retrouver tout au long de l’année !). Voilà qui peut consoler tous ceux qui sont encore dans la fournaise des villes…

Celui qu’il ne faut pas manquer, c’est Whatever works. Tourné vite fait bien fait sur un scénario vieux de trente ans, il campe un vieux misanthrope juif, hypocondriaque (c’est Larry David) qui abreuve ses amis de Greenwich Village et ses auditeurs (nous, il nous parle d’ailleurs les yeux dans les yeux !) de jugements à l’emporte-pièce sur la vie qui n’est que misère et les humains qui ne sont que des veaux… Ex génie de la physique, ex suicidé sauvé par le hasard, il bute sur une SDF mineure et ravissante (Evan Rachel Wood, la nouvelle Scarlett Johansson ?) qui s’accroche à ses basques et à son appartement de célibataire. Elle s’appelle Melody, elle vient du Sud, elle est assez sotte et totalement ignare. Que croyez-vous qu’il arrive alors ?

Vous avez trouvé ? Tout peut arriver, et tout arrive. Whatever works, en somme, c’est la nouvelle philosophie du vieux bougon : tout ce qui marche est bon à prendre, au diable la morale et la raison. Séduisant, non, comme devise pour nos vacances !
Avis d'Annie Coppermann : A 73 ans, Woody Allen nous donne une leçon de jeunesse. Et, mais oui, d’optimisme. Drôle, tendre, lucide, savoureux, malgré quelques chutes de tension bien pardonnables, Whatever works, son 41ème film, sauf erreur, est une délicieuse… comédie pour une nuit d’été.
Le deuxième film est à voir en famille. Toujours en animation, mais cette fois en relief (avec des lunettes spéciales, à rendre à la sortie), L’Âge de glace 3 est à vrai dire, on s’y attendait, le moins réussi de la série. C’est une histoire de… désir d’enfant. Le début est drôle, la suite un peu longuette. Heureusement, le combat de l’écureuil avec son gland géant vient, à point nommé, relancer le rythme.
Avis d'Annie Coppermann : Les enfants (de tous âges, ici les petits ne risquent pas d’avoir peur) devraient aimer, et les parents ne pas trouver le temps trop long.
Le troisième, Le Hérisson, n’est autre que l’adaptation d’un véritable phénomène de l’édition qui a tenu la tête des ventes pendant près de deux ans (1,2 millions d’exemplaires) et traduit dans 40 langues. Ses atouts : d’abord une vraie fidélité à l’esprit du livre, la rencontre d’une gamine de 12 ans surdouée et suicidaire et de la concierge, solitaire et revêche qui cache en fait, dans le fond de sa loge, une pièce secrète : une immense bibliothèque où tous les soirs, ses poubelles sorties, elle va se réfugier. Ensuite, l’habile transposition d’une construction a priori trop littéraire pour être adaptée : le journal de bord de la gamine dans le livre devient ici film vidéo. Et surtout, deux formidables interprètes, Garance Le Guillermic, sidérante en petite binoclarde au QI vertigineux, et Josiane Balasko, étonnante en épouvantail, toutes griffes dehors, qui peu à peu s’humanise (sans compter l’élégant Togo Igawa, Anne Brochet, ou encore Ariane Ascaride).
Avis d'Annie Coppermann : A la fois modeste et sensible, sincère et habile, ce Hérisson a l’élégance… du cœur. Un coup d’essai attachant.

23 octobre 2009 – Les racines du mal ?
Si vous n’aviez pas vu venir les vacances de la Toussaint, les affiches de cinéma vous remettront vite à l’heure. Pas moins de trois films d’animation, et l’arrivée, en live, du lonesome cow-boy Lucky Luke, qui tire sûrement plus vite que son ombre : l’heure est aux sorties familiales.

Mais rassurez-vous, vous n’êtes pas oubliés pour autant : c’est aussi cette semaine que sort, très attendu, le film qui a obtenu la palme d’or du dernier Festival de Cannes : Le Ruban blanc, de Michael Haneke. Dixième film de l’Autrichien connu pour sa fascination horrifiée de la violence et l’hermétisme déstabilisant de ses scénarios, ce Ruban blanc est, incontestablement, un film hors normes. Très beau, très noir, très dérangeant. Aussi difficile à aimer qu’à oublier. Bref : à voir !

Nous sommes en 1913 à la veille de la Grande Guerre, dans un petit village allemand bien loin des bruits du monde. C’est en son cœur que le feu couve. Tout commence par la mauvaise chute du médecin. Peu après, l’ouvrière de la scierie voit le plancher s’effondrer sous ses pieds et meurt sur le coup, prélude à l’étrange saccage d’un champ de choux. Une grange brûle, le fils du baron est méchamment battu, celui de la sage femme sauvagement torturé… A chaque fois, des enfants apparaissent, toujours blonds, lisses, énigmatiques… La violence régit aussi les relations entre ces enfants, beaux et graves, et leurs parents. Le pasteur, après avoir administré derrière une porte fermée quelques sévères coups de bâton à ses aînés tentés par la désobéissance, accroche à leur bras ce ruban blanc qui doit leur rappeler leur devoir de pureté et d’innocence…

Où donc Haneke veut-il en venir ? Recherche-t-il, dans l’intégrisme religieux, l’éducation répressive, les prémisses d’un fascisme qui se déchaînera vingt ans plus tard ? Ses enfants blonds sont-ils les futurs nazis ? Il ne le dément pas, tout en affirmant qu’il ne faut pas voir, ici, une parabole de la seule Allemagne. Pour lui, il s’agit plutôt de décortiquer les racines de n’importe quel terrorisme, politique, ou religieux. Dont acte. Même si l’on sort plus déconcerté que convaincu…
Avis d'Annie Coppermann : Magnifique dans la forme, déroutant sur le fond, intrigant, oppressant : un film rude mais éblouissant, qui rappelle que le grand cinéma n’est pas forcément confortable, et mérite amplement sa palme d’or.
Encore peu mobile (à cette époque, la rédactrice du blog se remet d’une opération – relativement immobilisée et loin de Paris, elle se cantonne à visionner des DVD), je n’ai pas vu Sin nombre, premier film de Cary Fukunaga, un jeune Américain d’origine suédo-nippone… Primé à Sundance et à Deauville (*), ce train movie alliant violence et amour a, dans l’ensemble, suscité les louanges de mes confrères… C’est tout ce que je peux vous en dire… J’ai, en revanche, pu visionner sur DVD deux petits films marginaux, certes, mais qui, chacun, ont un réel intérêt.
(*) Le festival de Sundance (dans l'Utah) en janvier, et le festival du film américain de Deauville en septembre, ont progresssivement focalisé l'attention sur des films indépendants des circuits hollywoodiens.
Le premier, Rachel, est dû à la franco-israélienne Simone Bitton. Elle a enquêté sur la mort, au sud de la bande de Gaza, d’une jeune pacifiste américaine, venue en Palestine pour tenter d’aider la population palestinienne. Elle vivait chez l’habitant et tentait, quand s’approchaient chars et bulldozers israéliens, de dissuader les soldats qui les conduisaient d’aller plus loin. Elle a été, ce jour-là, heurtée, poussée, renversée, engloutie, on ne saura jamais, par un bulldozer devant lequel elle s’était couchée pour l’empêcher d’aller détruire la maison de son hôte… L’enquête est minutieuse, la reconstitution émouvante, parfois insoutenable, les conclusions… aussi. Tout comme ce que l’on découvre, en même temps, sur le quotidien des habitants de cette terre dévastée aux frontières de l’Egypte.
Avis d'Annie Coppermann : Sur la mort, en 2003, d’une jeune pacifiste américaine à Gaza, une enquête minutieuse et troublante. Un nouveau pavé dans la mare désespérément sans fond du conflit palestino-israélien.
L’autre petit film, Winnipeg mon amour, se présente, lui aussi, comme un documentaire, mais ne l’est qu’à moitié. Signé Guy Maddin, il y est question de Winnipeg, la ville natale du cinéaste. Une ville qu’il aime et déteste à la fois et dont il raconte l’histoire à travers l’évocation d’évènements bien réels mais aussi le souvenir, sans doute fantasmé, de séances de spiritisme de notables, et de cadavres de chevaux, tués dans l’incendie de l’hippodrome, que l’on allait voir émerger de la neige…

Avis d'Annie Coppermann : Entre documentaire et rêverie surréaliste, une promenade nostalgique, un peu hypnotique, entre absurde et poésie, et non sans charme. A réserver aux curieux… et aux cinéphiles soucieux d’actualité : l’œuvre de Guy Maddin fait actuellement l’objet d’une rétrospective au Centre Pompidou (jusqu’au 7 novembre) dans le cadre du Festival d’automne.

C’est pourtant une autre rétrospective que je vous recommande de ne manquer en aucun cas : celle que la Cinémathèque consacre à Federico Fellini. Elle offre, jusqu’au 26 décembre, la possibilité de revoir la totalité de l’œuvre irremplaçable du Maestro, disparu en 1993, Cependant que La dolce vita, qui aura cinquante ans bientôt et réunit Marcello Mastroianni, Anita Ekberg et Anouk Aimée, ressort dans les salles. Incontournable !

S’il vous reste un peu de temps, vous pourrez retrouver Sergio Leone, avec la re-sortie, en version anglaise intégrale restaurée, de Il était une fois la révolution.

Ce n’est pas tout. Impossible de ne pas vous signaler, enfin, la re-sortie en salle d’un de mes films cultes, l’un de ceux qui m’ont fait tourner, jadis, la tête : Le Diable au corps, de Claude Autant-Lara, d’après le roman de Raymond Radiguet. Vous l’aurez deviné : j’étais amoureuse de Gérard Philipe. Vous ne connaissez pas ? Courez-y !



6 novembre 2009 – Le cinéma a le sourire

Ce sont les fantasmes qui mènent la danse dans le film le plus incontournable du jour : Les Herbes folles, d’Alain Resnais. Le plus jeune de nos cinéastes, 87 ans, y cède avec une gourmandise débridée. Brisant toutes les conventions, comme les herbes folles du titre, brisent l’asphalte de nos rues pour pousser, inconvenantes, en pleine ville…

Tout commence par un vol à l’arraché du sac d’une acheteuse de chaussures. Et, pendant un long moment, pas grand-chose de la dame. Un homme accapare en effet l’image : il rentre chez lui, en banlieue, quand il trouve, dans le parking où il avait garé sa voiture, le portefeuille de celle-ci… Bon, je ne vais pas continuer à ce rythme. Resnais le fait, bien mieux que moi, sautant du coq à l’âne, multipliant les bizarreries. Sachez juste qu’ils se rencontreront enfin à la sortie d’un cinéma. Et qu’ils finiront par… Irracontable, sans queue ni tête, préservant un mystère jamais écorné.

A Cannes, le jury a rendu les armes. En donnant au réalisateur un prix exceptionnel pour ce film qui, d’une certaine façon, renvoie à toute son œuvre tout en témoignant d’une jeunesse rafraîchissante.

Avis d'Annie Coppermann : Inclassable, potache, surréaliste, somptueusement interprété, un film qui tranche avec le reste de la production. Alain Resnais le maître joue les trublions adolescents avec une malice que l’on ne peut qu’applaudir. Mais attention : si vous n’avez jamais été tenté de manger les croquettes de votre chat (allez-y, vous comprendrez !) il se peut que la magie, sur vous, n’opère pas tout à fait. Je l’avoue, ce fut mon cas… Ce qui ne m’a pas empêché de sortir avec le sourire !
Le sourire, il ne m’a pas souvent quittée en regardant Away we go, le nouveau film, lui aussi inattendu, de Sam Mendès. Interprété par des inconnus pas particulièrement glamorous et d’autant plus sympathiques et crédibles, L’arrivée d’un bébé va changer leur vie de grands enfants irresponsables. Lancés sur les routes à la recherche d’amis sûrs et d’exemples d’équilibre familial, ils iront de déconvenues en déconvenues. Mais le spectateur, lui, se régalera.

Avis d'Annie Coppermann : Un film américain totalement en marge des normes, sans vedettes, sans vraie histoire, tout en malice gentiment vacharde, et le portrait d’un couple formidablement attachant auquel on s’identifie volontiers : un petit bonheur !

Jamais deux sans trois : avec Le Concert, on sourit, on rit même et, à la fin, on pleure, de pure émotion. D’accord, Radu Mihaileanu, réalisateur d’origine roumaine dont j’avais autant aimé, naguère, Vas, vis et deviens que Train de vie, ne fait pas, ici, dans la dentelle. Mais, sur une histoire, encore, d’imposture, sur le thème, encore, de l’antisémitisme et de l’intolérance, il ne peut, malgré quelques scories, laisser insensible le spectateur de bonne foi.

L’histoire est inspirée d’un fait réel : un grand chef d’orchestre soviétique, naguère célèbre dans le monde entier, ne se console pas d’avoir été, brutalement, mis au placard, il y a trente ans, pour avoir voulu protéger ses musiciens juifs. Devenu homme de ménage au Bolchoï, il rêve toujours de ce concerto sublime de Tchaïkovski où il avait, semble-t-il, atteint la quasi perfection avec ses musiciens et qu’un sbire du régime d’alors avait interrompu en pleine représentation, et pour toujours. Alors, quand une nuit il voit arriver sur le fax du Bolchoï une invitation pour le Châtelet, à Paris, il a une idée : interceptant l’invitation, il va l’honorer lui-même, en reconstituant son équipe pourtant éparpillée aux quatre coins de Moscou, et qui a le plus souvent totalement rompu avec la musique. Un pari insensé qui, pourtant, sera gagné…

Bien sûr, la première partie, satire farcesque du régime communiste, joue sans complexes la caricature. Lourde, mais, confessons-le, parfois très drôle. Bien sûr, l’arrivée, si improbable, de toute la bande, comparses tziganes en prime, est totalement invraisemblable. Bien sûr, l’intrigue sentimentale est un peu tortueuse (mais a le mérite de nous laisser nous fourvoyer jusqu’à la fin). Mais n’écoutez pas les pisse-vinaigres qui font la fine bouche : la dernière demi-heure rachète tout !

Avis d'Annie Coppermann : Tourné, en partie, sur la place Rouge et dans la salle du Châtelet, réunissant une brochette de comédiens russes remarquables et, auprès de Miou-Miou, l’exceptionnelle, décidément, Mélanie Laurent, ce film à la fois populaire, dénonciateur et romantique dans le meilleur sens du terme fait chaud au cœur. Et, en prime, du bien aux oreilles, grâce au sublime concerto de Tchaïkovski dont l’exécution filmée au plus près du visage de la soliste soulève, au dernier tiers du film, une émotion dont on n’a jamais honte. Ne vous en privez pas.

vendredi 1 janvier 2010

2009 – Années 1900


Une de nos connaissances qui aime et sait écrire et peindre, et à qui théâtre et cinéma sont loin d’être étrangers, a entre autres passions de rassembler ce que l’on peut savoir sur telle ou telle personne remarquable qu’elle s‘est choisie. Il peut en sortir un ouvrage ou une pièce. C’est Coco Chanel qui requiert pour le moment une grande part de cette énergie. Elle a un jour laissé filtrer : "Je suis raide dingue de Clemenceau."

C’est à la même époque que mon œil a été attiré par la présentation qui ouvre le blog
Il y a un siècle. Son principe, en effet, est que nous sommes il y a 100 ans et qu’un fonctionnaire, proche de Georges Clemenceau et bien placé du ministère de l'Intérieur raconte son quotidien personnel et professionnel – il fait ainsi revivre au lecteur la Belle Époque… comme si on y était. Et ceci, pratiquement jour pour jour. La lecture m’en a plu et me semblait fournir par ailleurs quelques pistes pour notre détective et amie.

Le blog ayant débuté voici plus de deux ans, ce sont 500 épisodes ou plus que l’on peut ainsi parcourir. Clemenceau ? Les affaires gouvernementales ? Celles du ministère de l’Intérieur ?... Finalement pas tant que ça – mais plutôt un merveilleux prétexte pour s’imprégner de la vie de l’époque.

Quelques aperçus - reconstruits à partir d’extraits – se référer au blog pour disposer de l’intégralité :
http://ilyaunsiecle.blog.lemonde.fr/

9 juillet 1908 : La conscience de Clemenceau

En fin de journée, Georges Clemenceau me fait venir dans son bureau. "Vous pouvez vous libérer ce soir ? Je dîne avec une rude femme et je ne veux pas que nous soyons vus, seuls, elle et moi. J’apprécierais donc que vous soyez présent…" Je retrouve mon patron vers 8 heures au Bouillon Chartier du boulevard du Montparnasse. Ce restaurant a été récemment rénové dans le style Art nouveau. Nous attendons l’inconnue dont il ne m’a pas dévoilé le nom.

Je vois une femme d’une cinquantaine d’années, avec beaucoup d’allure, qui se dirige d’un pas décidé vers nous. C’est Séverine, l’écrivain journaliste. Elle a couvert des évènements marquants de ces derniers temps. Je me rappelle ses articles sur l’Affaire Dreyfus ou ceux décrivant les conséquences de plusieurs catastrophes minières. Clemenceau l’interroge sur ses occupations actuelles. Elle lui répond avec un peu d’insolence et beaucoup d’ironie : "Mais, Monsieur le Président, vos rapports de police ne vous disent pas tout ? Je continue à fréquenter les anarchistes que je défends à chaque procès ; je m’engage pour le vote des femmes ; les militants pour la paix m’ont demandé de les rejoindre… Comme vous le voyez, je n’ai pas le temps de m’ennuyer. Mais, pourquoi avez-vous souhaité me rencontrer ?"
- "Vous êtes pour moi comme une …conscience. Mes fonctions m’obligent à être le premier flic de France. J’ai la nostalgie de ces moments où nous étions dans le même camp pour défendre Dreyfus, où nous étions au bord de la légalité pour défendre un innocent."
- "C’est vrai que vous semblez avoir tout oublié de l’homme de gauche intransigeant que vous étiez. Je suis scandalisée par la façon dont votre gouvernement se comporte dans la grève des carriers. Envoyer la troupe ! Que vous ne fassiez pas aboutir des textes plus protecteurs pour les mineurs. Que les radicaux s’opposent au vote des femmes. Tout cela me pousse progressivement dans les bras de vos opposants les plus durs, Monsieur le Président du Conseil."

Georges Clemenceau écoute silencieusement. La dureté des reproches l’atteint. Ce soir, c’est un homme tout simple qui accepte délibérément d’écouter le jugement que l’on porte sur ses actes. Séverine arrêt d’un coup sa vindicte. Sa voix s’adoucit : "Je ne voulais pas vous peiner. C’est courageux d’accepter d’entendre une vieille dure à cuire comme moi !" La conversation devient alors plus légère. Je regarde, ébahi, ce tableau improbable. Deux caractères entiers, deux blocs d’idéaux. Les deux convives sont fascinés l’un par l’autre. Ma présence semble leur peser. Avant le dessert, je trouve un prétexte pour m’éclipser. Je ne sais pas comment a fini le repas…

29 juin 1909 – Picasso apprend le dessin à ma fille

"Laisse ton crayon courir sur la feuille. Garde la main souple. Repense bien à ce que tu veux dessiner et représente-le vu du dessus, du dessous et d’à côté." C’était il y a deux mois : ma fille Pauline était ravie d’écouter Pablo Picasso lui montrer comment faire un beau dessin. L’artiste, croisé plusieurs fois chez les marchands de tableaux Kahnweiler ou Vollard, est devenu un ami de la famille. Nous le rejoignons parfois jusqu’à son atelier ; plus fréquemment, il vient prendre un verre à la maison.

"Il revient quand Tonton Picasso ?" Je rappelle à ma petite que celui-ci est rentré pour plusieurs mois dans son Espagne natale. "Tu vois, là-bas, il va nous faire des tableaux de montagnes avec du marron, du jaune et beaucoup de soleil." Ma fille prend une feuille : "Je veux faire comme Tonton Picasso. Des carrés, quelques ronds et beaucoup de couleurs." Pauline se concentre. Un quart d’heure après, le dessin s’achève. En me demandant de poster son chef-d’œuvre pour notre ami en Espagne, elle me signale qu’elle se met maintenant à faire des découpages. "Il devrait faire comme moi, Tonton Picasso : des découpages… ça va encore plus vite que de faire un dessin et c’est rigolo."

Avec attendrissement, je regarde ma cadette et repense à cette phrase de notre ami peintre : "Dans chaque enfant, il y a un artiste. Le problème est de savoir comment rester un artiste en grandissant."

22 octobre 1909 – T comme Triple Entente

La France a mis fin à son isolement, solidement, durablement. Elle avait été mise à genoux pour la puissante Prusse lors de la guerre en 1871 et était sortie de ce conflit diminuée d’un point de vue territorial et coupée du reste de l’Europe

Triple Entente. Mot magique qui protège la France contre tout mauvais sort ? Le 17 août 1892, notre pays signe un premier accord militaire secret avec la Russie du tsar qui aboutit à une alliance plus complète en fin d’année suivante. Le 8 avril 1904, notre ennemi héréditaire anglais devient notre ami et nous l’embrassons pendant les longues fêtes liées à l’Entente cordiale. Parallèlement, la Russie et le Royaume-Uni signent un traité le 31 août 1907 aboutissant à délimiter leur influence respective en Perse et en Afghanistan.

Par ce dernier document naît donc une Triple Entente qui ne demande qu’à se renforcer. Deux pays avec une armée puissante et une démographie dynamique épaulent dorénavant notre République et nous aident à faire face à la puissante Allemagne, elle-même engagée dans une triple Alliance avec l’Autriche et l’Italie.

Avantage : les petites humiliations presque quotidiennes que devaient subir la France de la part de l’Allemagne de Bismarck dans les années 1880, ont disparu. Notre pays, nos frontières et nos marges de manœuvre diplomatiques sont maintenant respectées par un Kaiser qui se méfie, de surcroît, d’une Entente qui l’oblige à séparer ses forces entre l’est russe et l’ouest français.

Inconvénient : la course aux armements prend de l’ampleur. Les dépenses en faveur de la marine et de l’équipement des troupes terrestres n’ont jamais été aussi importantes dans les grands pays d’Europe. On astique canons et fusils, on augmente le nombre de régiments mobilisables en préparant des plans d’invasion ou de défense.

5 novembre 1909 – Proust joue une musique qui n’existe pas

Les notes s’enchaînent comme dans un rêve. L’imagination suit les mains du pianiste et chaque phrase musicale donne naissance à une nouvelle sensation. Ah, cette sonate de Saint-Saëns ! Après l’avoir découverte dans les cahiers que Marcel Proust me demande de relire, j’ai tenté de la retrouver dans toute la discographie disponible, j’ai épluché les programmes des concerts récents, interrogé des amis. Recherche infructueuse, résultats frustrants. Je retrouve Proust pour une partie de dominos dans un bouillon parisien : "Cette fameuse sonate que vous citez, cette petite phrase musicale qui symbolise l’amour entre Swann et Odette, où puis-je la retrouver ? Vous parlez de Saint-Saëns ?"

Marcel réfléchit un instant et me glisse : "Cela pourrait être aussi des quatuors de Beethoven, une Ballade de Fauré… Dans le trouble de votre esprit, vous ne savez ce qui provient de la remontée de souvenirs, d’un travail de mémoire car vous constatez que la musique elle-même vient ajouter des sensations jusque-là inconnues, nouvelles et émouvantes. Je n’aurais pas dû citer dans mon texte le nom de Saint-Saëns. J’écris en fait sur une musique qui n’existe que dans mon roman, des notes que seuls mes lecteurs peuvent entendre s’ils se laissent emporter par mon texte. On rêve tous d’une musique merveilleuse et jamais entendue, d’un choc musical et esthétique qui fait presque basculer notre vie dans un avant et un après. C’est cette émotion que je souhaite faire partager, que je voulais décrire tout en préservant son côté insaisissable."

Avouons-le – je me suis volontiers laissé entrainé à parcourir ces « notes » prises au jour par celui que l’on surnommait Olivier le Tigre (dont on découvre même le CV qui explique la multiplicité de ses contacts et de ses intérêts : né en 1868, fils d’instituteurs, lycée Condorcet, Normale Sup, Science Po, Conseil d’État, et la suite… marié et père de 3 enfants). Beaucoup était beaucoup mais pas encore trop – avec, peut-être une envie de croire au Père Noël. Jusqu’au moment où le responsable du blog nous apprit que la suite (l’année 1910) faisait l’objet d’un livre qu’il avait entièrement rédigé et qu’il serait astucieux de mettre dans la hotte du susdit.

Par la même occasion, se dévoilait son nom
: Olivier Maniette, la quarantaine, assurant des responsabilités dans une grande administration publique… Au vrai, il ne s’en était pas tellement caché puisqu’il avait répondu à ce sujet au début de 2008 sur Blogonautes. Commentaire beaucoup plus récent, sur le site d’Amazon, par quelqu’un qui semble assez bien le connaître :
"Olivier Maniette n'est pas plus écrivain qu'il n'est historien. C'est un passionné d'Histoire, qui a accumulé une somme de savoir sur la troisième république. Il dresse ainsi un panorama extrêmement documenté sur notre histoire récente, et porte un regard amusé sur les mœurs politiques."
.
Illustration : Portrait d'Adèle Bloch-Bauer par Gustav Klimt (1907)
Sur Coco Chanel : voir le blog http://ancavisdei.blogspot.com/
Sur Séverine : voir le blog http://seine-vistule.blogspot.com/ (juillet 2009)

jeudi 31 décembre 2009

Index 2009 (septembre > décembre)

INDEX 2009 (d'octobre à décembre)
Pour retrouver l'article sur le sujet qui vous intéresse :
Voir ci-dessous.

Mis à jour à l'article : Blogs 2009 - économie (30 décembre 2009)

Exemple : 2009-10-26 AMÉRIQUE (Vagabondage dans le temps)
- Noter le mois (exemple : 2009-10-26)
- Noter le titre (exemple : Vagabondage dans le temps)
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... Il existe d'autres index pour 2008 (09>12) et 2009 (01>04) et (05>09)... cliquer sur * Index (THÈMES dans la marge de droite)
A
2009-12-29 ADAMI (Blogs 2009 - art et littérature)
2009-12-30 AFRIQUE (Blogs 2009 - économie)
2009-11-18 AFRIQUE-DU-SUD (Découpage du temps)
2009-11-29 AFRIQUE-NOIRE (Sibérie - région laboratoire ?)
2009-12-27 AGENCE-SPATIALE-EUROPÉENNE (Blog philosophique : dynamique)
2009-11-10 ALLEMAGNE/Deutschland (Mamies)
2009-12-30 ALLEMAGNE/Deutschland (Blogs 2009 - économie)
2009-10-26 AMÉRIQUE (Vagabondage dans le temps)
2009-11-18 AMÉRIQUE (Découpage du temps)
2009-12-14 AMÉRIQUE (Villes mondiales)
2009-11-29 AMÉRIQUE-LATINE (Sibérie - région laboratoire ?)
2009-12-30 AMÉRIQUE-LATINE (Blogs 2009 - économie)
2009-12-29 ANGLETERRE (Blogs 2009 - art et littérature)
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mercredi 30 décembre 2009

2009 – Économie


Revue de blogs que j'ai croisés cette année – suite (voir le 27 : philosophie, 28 : finance, et 29 décembre : art et littérature). Rappel : s’agissant d’extraits ou de condensés, merci de vous référer au blog original pour avoir une information mieux appropriée.
Le quotidien Les Échos met en vitrine une grosse douzaine de blogs sur son site lesechos.fr, la plupart signés par des membres de l’équipe de rédaction. Ils ont tendance à tourner, on s’en doute, autour des entreprises, de l’économie et de la finance – ce qui n’exclut pas l’art, ni le cinéma, ni les jeux vidéo, ni Copenhague, ni la politique étrangère, ni l’innovation. Peu de commentaires en général.

S’agissant d’économie, j’ai choisi la rubrique qu’y tient Dominique Seux (DS), Rédacteur en chef (France et International) :
Et ce notamment parce qu’un équilibre intéressant semble s’être pour le moment instauré entre la lecture quotidienne qu’il y fait des évènements économiques, et le commentaire expédié dans la foulée par un lecteur sous le pseudonyme de Blackstream, (B) vraisemblablement à la retraite mais ayant bien roulé sa bosse. Deux expressions bien typées dont la simple mise en regard est loin d’être inintéressante.

24 XII – Premier bilan (de l’année 2009)


DS - Rupture évidente qui concerne l’économie et la modification des rôles : après dix ans de domination de la finance et de retrait de l’État, retour spectaculaire de ce dernier, comme pompier, voire comme architecte d’un nouveau système – mais ce retour semble temporaire. On entre aussi dans un monde où l’Occident n’est plus seul à la barre : la Chine est déjà ou bientôt la deuxième économie mondiale – mais n’oublier ni l’Inde ni le Brésil. Une nouvelle gouvernance mondiale s’élabore – il faudrait plutôt parler de balbutiement. Lié aux évolutions technologiques : l’avènement d’un homme nomade et relié au monde et, peut-être aussi, nous serions sur le chemin d’oublier un jour un siècle de moteur à explosion.

B - La bonne question est de savoir quelles nations ont fait en 2009 des recettes supérieures aux dépenses. Les Chinois seront sans doute financièrement dans le vert (on ne parle pas ici d’écologie) et ce sont les marchés d’Afrique, d’Amérique du Sud et du reste de l’Asie qui les intéressent certainement beaucoup plus que l’Europe. Ce qui est plus grave chez nous, c’est que, outre qu’une bonne partie de la presse préfère regarder ailleurs (par ex. du côté d’un hôpital de Los Angeles), on entend déclarer que l’avenir est aux entreprises importatrices !

L’occasion se présentant, voici le bilan de toute une vie : jusqu’aux années quatre-vingt, j’ai vécu sous le régime du bordel simple… Les choses ont depuis radicalement changé : les premiers organisateurs professionnels de bordel (des esthètes et des poètes) sont d’abord apparus puis, le niveau local ne suffisant plus, une impulsion vigoureuse a été donnée au niveau européen… les banquiers et financiers n’ont pas été en reste et ont fait appel aux meilleurs spécialistes scientifiques pour en organiser un particulièrement noir dans le monde de la finance … les grands patrons ont suivi allègrement … Nos hommes (et femmes) politiques ont bien sûr évolué de concert

21 XII – Climat d’échec (Copenhague)

DS - Notons que le terme d’échec est surtout utilisé en Europe pour laquelle le résultat de Copenhague constitue un désaveu. Pour les États-Unis, c’est au contraire une demi-victoire : lorsque Barack Obama y est revenu après un voyage éclair, on a dit là-bas qu’il avait réussi à sauver le sommet. La Chine a fait la preuve d’une capacité certaine de blocage : l’insertion dans la mondialisation se fait aux conditions voulues par Pékin et non pas dictées par l’extérieur.

B - La véritable révolution industrielle date de 1712 avec les premières machines à vapeur remplaçant l’effort animal pour pomper l’eau des mines puis en 1801, en remplaçant la traction animale : plus de deux ou trois siècles après nous ne pouvons nous résoudre à abandonner les centrales à charbon, et le nucléaire reste dans la logique des moteurs à combustion externe. Le cycle à quatre temps des moteurs à combustion interne date des années 1860 : on a le plus grand mal à s’en débarrasser aujourd’hui. Quant à la dynamo (1871), elle a donné lieu à tant de perfectionnements que nos moteurs de TGV doivent être refroidis par de telles quantités d’air qu’ils consomment de la neige autant que du caviar dans les ministères. Et ne parlons pas de ce que les économistes persistent – depuis une trentaine d’années - à appeler l’industrie financière.

Que les pays développés aient compris qu’ils devaient refaire rapidement tout ce cursus technique avant d’aborder de nouvelles fabrications n’est pas étonnant – et voilà pourquoi Copenhague fut muet. Ce qui avait généré un climat d’espoir lorsque ces techniques sont nées se transforme en un climat d’échec lorsqu’il devient évident que ces techniques ne sont, à elles seules, que des moyens d’oppression non durables (comme on dit maintenant) des autres nations et surtout des moins nantis …

17 XII – Le monde mobile
.
DS - Aujourd’hui, 1,6 milliard d’internautes dans le monde alors qu’il y a 4,1 milliards d’utilisateurs de téléphones mobiles. Ceux-ci se vendent partout : en Inde, en Amérique latine, en Afrique, des dizaines de pays ont sauté l’étape du téléphone fixe. On sent que le monde va très vite s’équiper de portables intelligents qui permettront d’utiliser Internet.

Pour que la moitié des Français aient une voiture, il a fallu cinquante ans, pour que la moitié aient le téléphone mobile, sept ans à peine. Combien de temps pour qu’une grosse partie de l’humanité ait accès à la Toile quand elle le veut, d’où elle le veut ?

B - Lorsque j’avais un projet empoisonnant à traiter et que je me trouvais en déplacement pour une semaine, je n’emportais aucun document le concernant et m’efforçais de le reconstituer de tête le soir à l’hôtel : pas commode mais efficace pour trouver des solutions nouvelles. La plupart des grands ingénieurs que j’ai rencontrés avaient souvent les mains dans les poches et faisaient fonctionner leurs cerveaux

Plus que la bougite, je crains celui qui laisse son cerveau en jachère et consulte en permanence des prothèses externes. Ce saut technologique ne va-t-il pas nous fabriquer quelques générations qui ne feront que du pilotage aux instruments, ce qui est parfois nécessaire mais ne fera jamais d’habiles aviateurs ?

Les économistes, qui ont tenu longtemps le haut du pavé – et s’accrochent désespérément maintenant que toutes leurs théories ont été démenties – ont habitué les décideurs à agir sur la base de moulinages imbuvables de chiffres, sans regarder plus loin que le bas de leur tableau Excel™ : on voit les résultats dans la conjoncture actuelle.

9 XII - La CGT a-t-telle vraiment changé ?
.
DS - Depuis l’ouverture du congrès de la CGT, tourne en boucle le portrait flatteur d’un syndicat qui s’est converti au réformisme et d’un secrétaire général qui se bat depuis dix ans pile pour imposer la ligne moderne de la négociation contre les durs de la centrale. Partout, c’est l’admiration qui l’emporte pour la conversion au pragmatisme.

Il n’est pas interdit de penser que c’est largement exagéré. Oui, la CGT bouge, c’est incontestable. Mais elle a encore une marge d’évolution.

B - Le MEDEF a-t-il vraiment changé ? Il est toujours délicat de ne s’intéresser qu’à l’un des partenaires, d’autant plus qu’il s’agit en l’occurrence d’un triangle : patronat, salariés, État.

Il fut un temps où, sur le terrain, appartenir au CNPF ou à la CGT tenait chaud à leurs ressortissants et leur donnait un sentiment de sécurité. Mais maintenant ? La CGT et le MEDEF ressemblent de plus en plus à un vaste jeu vidéo aux dépens des réalités de terrain. La fréquentation des allées du pouvoir, tout aussi virtuelles puisque les gouvernants fabriquent de plus en plus de lois aussi fantômes qu’inapplicables, n’arrange rien à l’affaire. Je comprends finalement mieux le métallo de base ou le petit patron qui sont fondés à juger que tout cela est du théâtre.

J’ai aussi fait la guerre dans le désert, terrain où on ne peut que s’exposer car les planques y sont rares… Regardez comme toutes ces élites des syndicats, du patronat ou de l’État refusent de s’exposer : physiquement toujours entourées de gros bras ou de forces dites de l’ordre… et intellectuellement (si j’ose dire), appuyées en permanence sur des conseillers coûteux, des équipes de com’ ou des sondages. Grégaires, immatures, virtuels et froussards…

16 XI – Une ChinAmérique en trompe-l’œil
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DS – Barack Obama en Chine pour sa première visite officielle : les images donnent l’impression que, grâce à sa puissance, le couple que forment la Chine et les Etats-Unis va diriger le monde. En réalité, c’est plus compliqué, non pas sur la puissance, mais sur l’idée même de couple.

Barack Obama est là pour courtiser la nouvelle puissance chinoise, obtenir moins d’agressivité à l’exportation et pour que la Chine continue de financer les déficits américains. C’est comme si le président américain venait voir son banquier : du coup, il a gommé de ces discours toute allusion aux droits de l’homme.
Les Chinois sont ravis de ce ton conciliant, mais ne cèdent rien sur les taux de change, ni sur le climat avant la négociation de Copenhague, ni sur le soutien à la Corée du Nord et à l’Iran. Bref, derrière les sourires et les bouquets de fleurs, il y a des vraies tensions.

Il faudrait que les Chinois consomment plus et que les Américains épargnent plus. Et l’Europe dans tout ça ? Elle est spectatrice Son seul atout de l’Europe est que les Chinois ne sont pas ravis de voir leurs avoirs en dollars se déprécier. Là où l’Europe politique a du mal à s’exprimer d’une seule voix, il y a, pour la monnaie euro, une opportunité à saisir comme alternative au dollar.

B - Il ne s’agit pas dans ce commentaire d’assimiler des idéologies passées (et je l’espère pour l’éternité) aux actuelles : nous allons au contraire comparer froidement des schémas. La stupeur s’empara du monde en août 1939, quand Ribbentrop et Molotov ont signé un pacte de non agression entre l’Allemagne nazie et l’URSS.

Nous assistons aujourd’hui à un schéma parallèle avec une Chine qui doit asseoir son influence sur l’ensemble de l’Asie avant de devenir la première puissance mondiale (gageons qu’elle saura attendre), et une Amérique trop occupée à goinfrer ses banquiers et son lobby militaro-industriel pour se trouver en position véritablement forte à l’extérieur. C’est donc le temps des mamours Mais il est clair que les deux partenaires sont en situation d’attente : l’un du renforcement de sa puissance, l’autre de la récupération de son hégémonie Il s’agit donc d’une alliance pour temporiser dans un conflit … dont j’espère qu’il restera économique.

Intéressons-nous maintenant à la position de l’Europe : le coup fatal semble avoir été porté à la future rencontre de Copenhague sur le climat, comme le souligne l’éditorial du Temps. (*) Vous semblez, par ailleurs, fonder quelque espoir sur le plan monétaire mais c’est peut-être une grave erreur : si la Chine se montrait gourmande d’euros, cela ne pourrait qu’augmenter la parité de la monnaie européenne par rapport au dollar, donc au yuan (et la grande distribution, achetant en yuans et nous refourguant le tout en euros durement gagnés, augmenterait encore ses bénéfices). Bien sûr, Trichet se trémousserait – mais cela faciliterait-il nos exportations ? Allez, comparaison n’est pas raison mais source de réflexion.

* Le Temps est un quotidien édité à Genève. Il résulte de la fusion en 1998 du Journal de Genève et du Nouveau Quotidien. C’est sur son site (http://www.letemps.ch/Home) que Blackstream (qui porte en haute estime ce qu’il publie dans ses rubriques internationale, économique et financière) a identifier l’article auquel il se réfère (http://www.letemps.ch/Page/Uuid/d2aaf862-d22e-11de-97c3-051b2c712e43)… en ajoutant que l’ensemble des articles du jour sur le sujet vaut le détour.

mardi 29 décembre 2009

2009 – Art et littérature



Je poursuis ici ma revue de quelques blogs croisés en 2009 (voir celui sur la finance, d'hier lundi 28 décembre et – mais dans un tout autre esprit – l'analyse d'un autre sur la philosophie, du dimanche 27).
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On ne trouve pas le blog de Thierry Savatier – Les Mauvaises Fréquentations (sous-entendu : les artistes) – parmi les invités du site lemonde.fr : il fait partie des 30 ou 40 qui ont été sélectionnés sur le millier qui s’y expriment. Prendre du plaisir à le parcourir n’exige pas d’en partager les goûts ni les prises de positions. Sa lecture est le plus souvent stimulante. Ce qui s’y affiche et le style font le reste. Je n’ai pas fait de décompte exact : lancé en mars 2008, ce blog doit approcher les 150 articles – peu de commentaires.

L’auteur : Thierry SavatierLa cinquantaine, professionnellement consultant en intelligence économique et en management interculturel (TSR, La Rochelle). Sa passion de la littérature et de l’art – servie par des archives familiales portant sur le XIXe siècle – l’a conduit à produire plusieurs ouvrages, notamment sur Courbet (L’Origine du monde) et sur La Présidente (Joséphine Savatier son arrière-grand-tante, dite aussi Apollonie Sabatier – ce qui lui permet d’évoquer Théophile Gautier, Gustave Flaubert et Charles Baudelaire). Son blog est l’occasion de faire partager ses impressions sur des livres, des expositions ou l’actualité.

Autour de quelques articles
Les condensés ou reconstitutions d’articles sous forme d' enchainement d'extraits peuvent générer des biais qui relèvent de ma responsabilité. Il est recommandé de prendre connaissance de la formulation originale dans les articles mêmes du blog :
(
http://savatier.blog.lemonde.fr/).

4 mars 2008 – Le psychiatre et son double
11 mars – Lacan dira-t-on…
Dans la présentation qu'il fait de lui-même, l’auteur dit avoir emprunté le titre du blog aux mémoires de Gaston Ferdière. Il s’en explique dans son billet initial, où il décrit cet homme anticonformiste, poète égaré en médecine ou médecin égaré en poésie, qui avait de 1943 à 1946 recueilli à l’asile de Rodez et soigné Antonin Artaud. Thierry Savatier était plus tard allé lui rendre visite pour parler avec lui d’art et de littérature... Or la profession de son hôte jette un pont en direction d’un autre thème que l'on perçoit en contrepoint, et dans ce blog, et dans des livres que Savatier a signés.

Une semaine à peine se passe qu’il rend compte dans un autre billet d’un ouvrage paru six ans plus tôt de Corinne Maier, psychanalyste (elle vit avec un lacanien, nombre de ses meilleurs amis sont lacaniens, elle-même se définit lacanienne) : Lacan dira-t-on, guide humoristique – sans agressivité – au cœur de la Lacanie.

Or L’Origine du monde de Savatier, enquête très documentée parue en 2006 sur l’histoire du tableau du même nom de Gustave Courbet, nous précise de façon minutieuse que cette œuvre a finalement été acquise en 1955 par Jacques Lacan, longtemps masquée à son domicile par un autre tableau, puis remise au Musée d’Orsay après la mort de ce dernier. Art, littérature et psychanalyse ont, entre temps, poursuivi leur concerto familial : la seconde épouse de Lacan, une actrice, avait auparavant été mariée à Georges Bataille et en avait eu une fille, devenue psychanalyste – elle eut ensuite une autre fille, avec Lacan… celle-ci deviendra psychanalyste à son tour.

26 avril, 6 et 30 octobre, 5 et 22 décembre 2009 – Œnologie
Plusieurs articles sont consacrés à la gastronomie, dont quelques-uns s’attardent sur le vin

Ainsi, l’auteur se souvient d’un dîner donné en Angleterre par un hôte qui possède une cave plus qu’enviable. On y avait notamment servi un Chablis tout à fait étonnant. Il eut l’idée saugrenue de demander à son voisin – un homme d’affaires scandinave – comment il le trouvait. Après avoir réfléchi quelques secondes, celui-ci répondit : blanc ! Il était parfaitement sérieux. Mais confronté à un vin, les mots lui manquaient.

Tout autre lieu, le Liban. Parmi les recommandations de Savatier : Château Kefraya – après s’être aéré une vingtaine de minutes le 2003 réserve un vrai plaisir... mais n’atteint cependant pas le millésime 2002 qui se caractérise par une belle robe rubis-pourpre, des arômes de tabac et une dominante de cerise. Une véritable réussite, le Nectar de Kefraya, avec sa splendide robe couleur vieil or présentant quelques reflets ambrés. Ce vin liquoreux puissant, chaleureux sans être envahissant, qui titre 18°, présente un concentré de saveurs où se mêlent le miel, la cire d’abeille et la noix.

Au château de la Malmaison est organisée jusqu’au 8 mars 2010 une très intéressante exposition : La Cave de Joséphine. Dans l’inventaire dressé lors de son décès en 1814, plus de 13.000 bouteilles avaient été répertoriées. Ce qui surprend, c’est la diversité : si les préférences allaient alors aux vins de Bourgogne, aux champagnes et aux liquoreux, Joséphine de Beauharnais sut mettre les Bordeaux à l’honneur, en incluant la plupart des meilleurs crus (Château Margaux, Lafitte, Latour et Haut-Brion), mais aussi les Côtes du Rhône et les vins étrangers. Les multiples provenances géographiques prouvent autant son éclectisme que sa curiosité ; elles préfigurent aussi ce que sera le goût des XIXe et XXe siècles.

De son côté, la Tour d’Argent livre sa cave aux enchères : 450.000 bouteilles y reposent, dont les plus anciennes remontent à l’Ancien Régime. Les 18.000 qui seront dispersées feront rêver les amateurs et déchaîneront la concurrence parmi les collectionneurs car il s’agit ici de vins de plaisir et de légende.


Le Livre des vins rares ou disparus de Robert de Goulaine : le voyage auquel il nous convie ressemble à un vagabondage autour du globe – il suffit de le savourer page après page. Cet auteur ne cherche pas à proposer un guide supplémentaire. Les vins dont il est ici question relèvent de l’exception. Ils offrent une personnalité et une qualité qui les éloignent de tous les produits standardisés, lesquels, aujourd’hui, remplissent les rayons des supermarchés et de bien d’autres boutiques.

A l’attaque
Les articles que je mets dans cette rubrique (et qui reçoivent plus de commentaires que la moyenne) étant assez consistants, seule une partie de l’argumentaire a été reproduite

27 octobre 2009 – Le Syndrome du Titanic est-il un naufrage ?
Nous étions moins de dix spectateurs, mercredi dernier en fin d’après-midi, dans la salle du seul cinéma de Lille où l’on projetait Le Syndrome du Titanic, constate notre auteur. Comment expliquer cet échec commercial ? Pour la sortie de Home, Yann Arthus-Bertrand avait misé sur la gratuité, afin d’en faire profiter le plus grand nombre, soit 8 millions de téléspectateurs (plus des internautes et ceux qui s’étaient rendus à des projections publiques). Bien que son film ait, lui aussi, été entièrement financé par ses mécènes, Hulot a préféré un mode de diffusion classique ; il fallait payer pour voir.

Les relations qu’entretiennent les stars de l’écologie avec l’argent relèvent parfois du paradoxe : condamner le système dans lequel elles vivent tout en recherchant une maximisation des profits, voilà qui est plutôt singulier. Jacques-Yves Cousteau était passé maître dans cet art délicat.

La politique de distribution ne justifie pas tout : c’est probablement au film lui-même qu’il faut se référer pour comprendre ce naufrage. Entre de rares images vraiment esthétiques, s’interposent de longues séquences sélectionnées pour leur caractère anxiogène, émotionnel, parfois voyeuriste et, surtout, à vocation culpabilisatrice. Autre image, celle montrant une horde de touristes venus photographier les himbas dans leur village : cette forme pour le moins déplacée de safari photo a quelque chose d’insultant pour la dignité de ces habitants, comme fut en son temps insultant, pour les habitants des pays traversés, le Paris-Dakar que Nicolas Hulot connaît bien, pour y avoir participé en 1980, au volant d’un Range Rover sponsorisé, sans s’être alors soucié des questions éthiques que cette course pouvait légitimement soulever…

12 décembre – Quand la loi Hadopi ne suffit plus…
La rapacité des sociétés de droits d’auteurs ne semble connaître aucune limite. Ces sociétés avaient assuré que ce texte représentait LA solution pour faire barrage au piratage, à l’exclusion notamment de la licence globale.
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Que la présomption d’innocence fût violée, le reversement de la charge de la preuve instauré, un dispositif mouchard obligatoire sur chaque ordinateur, quelques lampistes objets de sanctions, ceux qui, bien que ne téléchargeant jamais, injustement poursuivis parce que leur WIFI serait piratée… ne leur posaient aucun problème éthique.

Les promoteurs de cette loi ne semblent s’être finalement appuyés que sur une notion qui défie toute logique, hors celle de la répression, et qui s’apparente à une forme de religion dont la maximisation des profits serait le credo. On affirma ainsi que les Français étaient les champions du monde du téléchargement illégal – ce que plusieurs études contestent formellement : les Chinois seraient en effet les premiers (78%), suivis des Russes (68%), des Indiens (48%), des Espagnols (44%), des Italiens (34%)… plus loin, les Américains (18%) – mais en France, 15% seulement. L’Hadopi est mise en place à grands renforts de moyens. Projet de loi de finance : 5,3 millions € sous forme de subvention, soit à peu près la somme des crédits centraux et déconcentrés consacrés au livre (respectivement 2,9 et 3 millions).

Ces derniers temps, la SACEM et l’ADAMI veulent qu'en outre les fournisseurs d’accès à Internet (FAI) leur versent une prestation compensatoire destinée à couvrir le préjudice passé et futur de leurs ayants-droits. La manne dépasserait les 200 millions € par an. Afin – disent-elles – que ce coût ne soit pas supporté par les internautes, elles préconisent une baisse du taux de TVA sur les abonnements, le reliquat devant être financé par les FAI : ce serait à l’Etat (donc au contribuable) par le biais d’une mesure fiscale, et à ces FAI (contrecoup sur leurs clients), de prendre en charge ces compensations.

Nous nous trouverions ainsi devant une forme déguisée de cette licence globale initialement refusée, laquelle viendrait s’ajouter à la loi Hadopi et... à la redevance sur la copie privée instaurée depuis la loi du 31 juillet 1985 sur tous les supports vierges d’enregistrement (CD, DVD, etc.) vendus en France, qui est déjà reversée aux sociétés de droits d’auteurs.

lundi 28 décembre 2009

2009 - Finance


Il est de coutume de passer en revue certains aspects de l’année qui se termine.

Je livre ces jours-ci un aperçu sur quelques blogs que j’ai croisés sur mon chemin en 2009. Certains sont hébergés par lemonde.fr et signés par des personnes faisant, à mon goût, preuve d’une suffisante autonomie, voire originalité, et maturité de jugement. D’autres viennent de lesechos.fr – je dirai le moment venu la motivation de mon choix.
L’auteur : Georges UgeuxBelge, né en 1945, sa carrière a été dominée par la finance. En 1996 il est parti aux États-Unis pour diriger la division internationale du New York Stock Exchange. Il vient d’acquérir la nationalité américaine. Son blog, invité de lemonde.fr (Démystifier la finance) date d’un peu plus d’un an (120 articles environ, ayant suscité plus de 2000 commentaires). Il se veut une occasion de clarifier les débats qui, depuis la crise, entourent la finance, parfois victime de ses propres démons, mais en même temps un rouage essentiel de l’économie.

Quelques condensés d’articles
Voici 5 articles, sous une forme condensée : 3 de ce mois de décembre et 2 remontant à mi-2009. J’assume ces choix, ainsi que les biais qui pourraient résulter du fait de les avoir résumés. On peut s’y reporter directement :
http://finance.blog.lemonde.fr/

27-12 – A quoi devons nous nous préparer en 2010 ?
Après un quasi effondrement des marché, 2009 aura été une année infiniment plus positive que les attentes de début d’année. A quoi devons-nous nous préparer ? Tout d’abord a une année de reprise économique : 3 à 4% aux Etats-Unis, de 2 à 3% en Europe et de plus de 5% en Asie.
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Mais il faut se méfier de toute euphorie. Le front de l’emploi et l’absence de crédit à la consommation et aux petites et moyennes entreprises constituent un frein important. La plupart des grandes institutions financières mondiales ont quitté la salle des urgences, mais de nombreuses institutions petites et moyennes sont encore dans une tente a oxygène et n’éviteront pas la faillite en 2010.

23-12 – La SEC s’attaque aux rémunérations et à leur transparence
La SEC est l’instance de régulation des marchés de capitaux des Etats-Unis. Elle vient d’édicter une série de mesures visant à améliorer la divulgation d’informations relatives aux risques, aux rémunérations et à la gouvernance des entreprises lorsque des décisions sont soumises aux votes des actionnaires. Il s’agit des principaux dirigeants, catégorie qui a été élargie aux cadres dont l’activité peut avoir une influence négative importante sur l’entreprise (par ex. : activités de trading pour fonds propres). La valeur potentielle maximum des stock-options doit être précisée et publiée. Tout cela fera l’objet d’un rapport aux actionnaires.
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Je reste convaincu que cette mise au grand jour aura un effet salutaire. La transparence est la mère de toutes les gouvernances… Ces mesures s’appliquent aux sociétés européennes cotées aux Etats-Unis. Tout cela devra être en place pour le 28 février 2010.

15-12 - La Grèce révèle les faiblesses de l’Euro
Les déficits record de la Grèce émeuvent l’Europe : les 300 milliards de dette, plus de 90% du PIB, font exploser les critères de Maastricht (60%) et la dette annuelle est de 9% (contre 3%). L’entrée de la Grèce dans l’Union Européenne était due a la peur du régime des Colonels – il n’aurait pas fallu l’intégrer dans l’Euro tant que ses problèmes structurels n’étaient pas résolus : corruption, économie parallèle et fraude fiscale. Même les chiffres émanant d’Athènes sont sujet à caution.
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L’Europe en a fait une négociation politique : l’Euro, pourtant à un niveau très élevé, ne sera crédible sur le long terme que si la Banque Centrale Européenne et l’Euro-zone se dotent des moyens d’action indispensables au respect de leurs propres critères.

06-08 – Bonus des traders: comment arrêter la supercherie ?
Il faut distinguer le bonus des traders de celui des dirigeants. Lorsque j’ai rejoint Morgan Stanley en 1985, les résultats et les activités de la firme provenaient de la garantie de bonne fin et du placement de titres, de l’activité de conseil aux grandes entreprises et gouvernements et des fusions et acquisitions… Les bonus étaient repartis entre partenaires et employés, à des niveaux qui n’ont rien à voir avec les niveaux actuels (même en tenant compte de l’inflation).
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A la fin des années ’80, tout a changé : les banques ont établi les gigantesques machines de trading que nous connaissons. Elles se sont également cédées à des banques commerciales ou se sont mises en bourse parce que ces activités exigeaient des fonds propres importants. Mais les traders ont réussi à faire se perpétuer un mode de rémunération basé sur les revenus de leur activité, imitant le mode de rémunération des banquiers d’affaires qui, eux travaillent sur base de commissions.
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C’est là que se situe la supercherie maintenue solidement par les patrons de Wall Street qui sont à peu près tous d’anciens traders. En effet, dans une activité de fusions et acquisitions, il n’y a aucune utilisation de fonds propres. Les commissions sont payées sans qu’un risque se perpétue. Dans les activités de trading en revanche, les fonds propres sont importants : les traders ne finissent pas la journée sans avoir sur leur bilan des positions de dizaines, voire de centaines de milliards de dollars.
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Cessons de rémunérer les traders sur leurs revenus. Rétablissons la réalité économique : enlevons de la rémunération le coût de la consommation de fonds propres de cette activité. Dans la plupart des cas, cela diminuerait de prés de 50% la base de référence. Mais surtout, appliquons un coefficient de fonds propres qui tienne compte des risques pris.
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Si ce système n’est pas remis en question, la prochaine crise financière n’est pas loin.

24-07 - Bonus des banques américaines: ne mélangeons pas tout !Un nœud gordien comme celui des rémunérations ne se tranche pas, il se défait comme un écheveau, il se pèle comme un oignon… et il fait pleurer. L’amalgame est une merveilleuse manière de ne pas résoudre les problèmes.

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Voici trois angles d’attaque :
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(1) On aimerait distinguer secteur public et secteur privé et prendre appui sur le fait que l’Etat a la maitrise de son mode de rémunération : il pourrait montrer l’exemple de la vertu et de la modération – cette maitrise atteignant les secteurs où son influence est déterminante. Pourtant, lorsqu’il s’agit de métiers spécialisés, la maîtrise de l’Etat est plus limitée. Pour prendre un exemple qui agace tout le monde, on ne peut pas rémunérer très différemment un spécialiste des produits dérivés selon qu’il travaille pour le privé ou pour le public.
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(2) Les bonus continueront à jouer un rôle dans les rémunérations. Ils sont un élément rémunération variable (intéressement des cadres et employés de l’entreprise basée sur la performance annuelle), principe qui n’est d’ailleurs pas limité au secteur financier.
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(3) Plus crucial semblerait devoir être le rôle des actionnaires : si les montants sont exagérés, pourquoi sont-ils approuvés, et par qui ? Nous retrouvons ici le caractère incestueux des conseils d’administration cooptés entre dirigeants qui en payant grassement un des leurs, protègent par le fait même leur propre rémunération. Toutefois derrière les conseils, le silence des investisseurs institutionnels est choquant. Ce sont eux qui dominent les Assemblées Générales, eux qui laissent faire – et pour cause : eux-mêmes s’octroient des bonus plantureux, souvent plus élevés que ceux des banques.
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Cela nous rend-il impuissants ? Plusieurs moyens sont disponibles pour enrayer les dérivés et les abus du système.
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(A) Renforcer la démocratie d’entreprise : Les rémunérations des dirigeants étant du ressort du Conseil d’Administration, les Assemblées Générales d’actionnaires n’ont aucune voix à ce chapitre. Le plan Obama avance deux moyens : forcer la transparence en publiant de manière beaucoup plus précise et individuelle les rémunérations des dirigeants ; puis en donnant le droit de vote sur certains aspects de ces rémunérations.
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(B) Rendre illégal cette gangrène du système que sont les parachutes dorés.
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(C) La fiscalité : car les gros bonus sont payés à des individus qui bénéficient du bouclier fiscal.
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Ne nous y trompons pas, les dirigeants de Wall Street n’ont aucune intention de réformer leur mode de rémunération. L’autorégulation est un mythe. Il faudra s’y prendre de manière contraignante.
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