dimanche 27 décembre 2009

Blog philosophique : dynamique

Bac philo en vue
A l’initiative d’une et d’un profs de philo, un blog a vu le jour début mars 2007 et semble aujourd’hui poursuivre une trajectoire intersidérale du seul fait de ses lecteurs : depuis mi-novembre dernier, il continue de recevoir plusieurs centaines de visites quotidiennes, alors qu’aucun article n’a été publié et que les commentaires sont désormais bloqués. C’est une preuve de l’intérêt qu’il suscite et qui le fait figurer parmi les blogs recommandés au sein du site lemonde.fr.

Pendant deux bonnes années, ce sont dans les 600 textes ou réflexions inspirées du programme de philo en terminale, qui ont été soumis à la sagacité des lecteurs – ce qui a généré de leur part près de 4000 commentaires.

Ce n’est pas sur le contenu que porte l’analyse qui vous est ici soumise, mais sur la dynamique du blog lui-même. Nous allons en restituer quelques caractéristiques, grâce au merveilleux travail qu’Ivona a entrepris sur ce cas précis. Pourquoi avoir choisi ce blog ?

Le pourquoi du pourquoi
Nous avions en effet été intrigués par le fait que les blogs qui ont pignon sur rue voient souvent leur partie commentaires prise en otage par un groupe de tapuscripteurs qui s’y installent et la façonnent en fonction de préoccupations qui leurs sont particulières, parfois sans relation avec l’objet du blog, profitant aussi de la notoriété de ce dernier pour orienter ceux qui se hasardent à les lire vers leurs propres blogs, et fréquemment enfin en s’invectivant copieusement entre eux et de façon pas trop ragoûtante. On constate des phénomènes similaires avec les commentaires d’articles de la presse électronique.

Le blog sur lequel nous avons jeté notre dévolu avait plusieurs avantages : pas trop petit (on a vu le volume des billets et des commentaires) ; ni trop gros (allez dépouiller la RDL de Pierre Assouline au rythme de plus d’un article par jour et de plusieurs dizaines de milliers de commentaire par an… l’intéressé a d’ailleurs livré sous forme d’ouvrage ses propres conclusions) ; les commentateurs de notre blog n’ont pas non plus recours à une multiplicité de pseudos et apparaissent souvent sous leur nom véritable ; la tenue de leurs propos reste souvent de bon niveau, se partageant habituellement entre d’autres profs (ou, je le soupçonne, d’ex-profs de philo qui tiennent à y mettre leur grain de sel) et des élèves qui livrent assez sincèrement leurs interrogations ou cherchent à avoir une première appréciation sur leur plan, au lendemain des épreuves écrites .

Les 1000 jours d’un blog
Démarrage à la fin de l’hiver 2007 à un rythme soutenu : un billet par jour sur près d’un an et demi (jusqu’au bac 2008) – et même pendant les vacances d’été (une quarantaine sur juillet/août 2007 et presqu’autant un an plus tard). Mais, à la rentrée 2008/2009, des signes de ralentissement : un jour sur deux au cours des trois premiers mois puis un par semaine jusqu’à la fin de l’année scolaire. Petit sursaut pour les corrigés du bac 2009. Un foyer en veilleuse qui s’éteint peu à peu de juillet 2009 jusqu’à aujourd’hui : une petite dizaine de billets sur les six mois, rien du tout en août, un petit pic en octobre et une annonce d’hibernation ces derniers jours.

Cause ou effet ? Les commentateurs ne semblaient pourtant pas être restés inertes. Mais il y a eu un mais.

On recense une centaine de commentaires par mois ouvrable en 2007, année pendant laquelle ont participé plus de 200 intervenants ; plus de 150 par mois en 2008 de la part de quelques 400 intervenants ; et encore près de 100 par mois en 2009 et plus de 170 intervenants. Coup d’œil au compteur qui permet de déduire qu’en moyenne sur l’ensemble de la période, 1000 pages ont été lues par billet ; et, toutes les 150 pages lues, un commentaire s’est affiché.

Mais – là est le hic – ces intervenants, ceux qui se risquent à un commentaire (une estimation rapide donne un total de 600 depuis le début) se répartissent en deux groupes très inégaux. L’immense majorité ne vient là qu’une fois, parfois 2 ou 3, rarement 4 ou 5, exceptionnellement plus. Et l’on découvre un noyau de quasi abonnés avec deux caractéristiques remarquables : ils trustent la plus grande partie des échanges… puis aboutissent peu à peu à décourager leurs poursuivants – au point, au cours des derniers mois, de tenir salon entre eux, même lorsqu’il n’y a plus d’article à s’offrir en pâture…

Happy few, logique du Winner takes all
C’est ainsi que si l’on ne retient que les 6 intervenants les plus prolixes (1% donc de notre total de 600), ils ont produit la moitié de tous les commentaires… et le trio de tête réussit le tour de force de cumuler 40%.

Côté commentaires, on peut en quelque sorte suivre la course comme si on jouait au PMU. Pour maintenir un semblant d’anonymat, désignons nos 12 concurrents de tête par des signes du zodiaque tirés au hasard. Voici le déroulement :

... D’avril à juillet 2007 : le Lion, le Verseau et le Scorpion se disputent la première place, talonnés par le Sagittaire.

... Au milieu de l’été 2007, le Poisson apparaît et s’installe solidement en tête pour plus d’un an, jusqu’à fin 2008. La Balance cherche à se positionner derrière lui mais cède souvent du terrain. Le Verseau et le Scorpion sont largués, le Lion et le Sagittaire cherchent à résister, il arrive au Capricorne et parfois à la Vierge de figurer dans le peloton de tête.

... C’est au passage de 2008 à 2009 que les choses se précisent. La Balance double le Poisson et garde cette position jusqu’à l’été. Après quelques escarmouches avec le Taureau, le Bélier les rejoint peu à peu. Les autres ont disparu de l’horizon.

... L’épisode du bac 2009 une fois passé par pertes et profits (c’est en juin que les élèves se manifestent en nombre), la fin de l’année 2009 est impressionnante. Le Poisson a repris la tête, suivi de la Balance et du Bélier. A eux trois et dans cet ordre, ils cumulent 93% des commentaires sur les articles de juillet, 86% en septembre, 96% en octobre… et 100% en novembre ! Plus de 250 messages. C’est en fait une conversation à trois.

Petit retour en arrière car c'est significatif : au cours de cet été, pendant près de 2 mois, il n’y a pas eu de billet sur lequel donner son avis – une centaine de commentaires ont néanmoins été échangés en annexe au dernier billet daté du 7 juillet, dont 92 au sein de notre trio… et dont plus de 70 au mois août en attendant la rentrée de septembre.

Conclusions provisoires
Notre hypothèse est que, voyant que la base qu’ils ont constituée continue à susciter de l’intérêt mais que la partie commentaires a fini, dans les faits, par être monopolisée, les auteurs du blog ont décidé de laisser cette base ouverte mais de fermer aux commentaires. Ils pourraient certes rajouter d’autres billets tout en gardant les commentaires fermés – mais cela risquerait d’être frustrant, et pour l’ensemble des lecteurs, et au regard de leur propre éthique. En revanche, les ouvrir de nouveau conduirait sans doute à un retour du phénomène de concentration tel qu’il a été constaté.

Autre type de conclusion : notre analyse nous incite à penser que même sur un thème relativement bien cerné, lors d’un débat dont les participants n’ont pas de problème à s’identifier et où ils s’expriment avec une relativement bonne tenue, le phénomène des commentaires semble manifester une dynamique distincte de celle de la production du blog lui-même. Les auteurs auraient alors fait un choix plus ou moins explicite (plutôt moins que plus) pour sauvegarder la ligne qu’ils s’étaient fixée.

Adresse du blog (Qu’en disent les philosophes ?) :
http://jchichegblancbrude.blog.lemonde.fr/

Illustration : sortie dans l'espace (mai 2009) pour mise à niveau du télescope Hubble (du nom d'Edwin Hubble qui a découvert l'existence d'autres galaxies hors de la Voie lactée et le principe de l'expansion de l'univers - lancé en 1990, ce télescope spatial de 11 tonnes, fruit de la NASA et de l'Agence spatiale européenne, devrait être remplacé en 2014) .

mercredi 23 décembre 2009

Vœux pour Noël et pour 2010

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Se rassembler, s’éparpiller
Vacances scolaires pour les enfants. Décorations dans la maison. Interrogations, lèche-vitrines, choix ou confection de cadeaux. Sapin, étoiles, boules scintillantes et guirlandes, bougies. Noël de préférence familial. Chants traditionnels ou religieux. Recueillement. Performances culinaires. Lendemains.

Saint Sylvestre parfois à l’extérieur, le plus souvent entre amis. On quitte le temps des évocations pour se concentrer sur le chronomètre. La trotteuse des secondes se conjugue avec les douze coups de minuit. Parcours d’un autre cercle : celui des fuseaux horaires – on observe la vague du nouvel An qui se propage à l’entour de la planète. Manifestations plus bruyantes voire grégaires. Champagne.

A 5 heures ou plus, le monde se livrera aux services de nettoiement. A 5 jours ou plus aux galettes à la frangipane, avec fèves et couronnes, puis aux soldes de la saison du blanc.

MEILLEURS VŒUX
A l’OCCASION DES FÊTES DE NOËL
ET A L’APPROCHE DE
LA NOUVELLE ANNÉE

Illustration
... En toile de fond : vue sur Notre-Dame de Bellecombe.
... Sculptures en bois (les reproductions ne sont pas fidèles car retravaillées – unification du fond, masquage d’objets) d’Andrzej Walijewski - un Varsovien – (Madone et Enfant) et de Josef Probosta – un Tchèque – (Bergers).
... Âne en bois doré de la crèche, datant du XVIe siècle, de l’église de Chaource (non loin de Troyes, en Champagne).
... La cathédrale avec ses trois tours est une szopka (une crèche) cracovienne, qui doit faire dans les 50 cm de hauteur.
... La photo du Génie de la Liberté qui surplombe la colonne de la Bastille ayant été inversée, il faut savoir que l’original porte le flambeau dans sa main droite et des chaines dans sa main gauche.
... L’huitre (crassostrea gigas) provient du bassin de Marennes-Oléron.

lundi 14 décembre 2009

Villes mondiales


Le billet de fin novembre sur la Sibérie en annonçait un autre sur les villes mondiales : le voici – inspiré d’un dossier récent réalisé par le magazine Sciences Humaines.

Dans le premier cas, on avait assisté à l’ébauche d’un jeu pas perdant – gagnant entre deux empires (le Russe et celui du Milieu) autour d’un très grand territoire (la Sibérie) au sous-sol riche mais pas facile à exploiter.

Ce que nous allons maintenant évoquer, c’est ce que les coordinateurs du dossier appellent l’archipel des villes globales pour désigner les capitales économiques de la mondialisation : ils dressent à ce titre une fresque qui va des villes-citadelles aux villes-réseau d’aujourd’hui. Ils y voient aussi les nouveaux pôles de la politique planétaire. Mais (espèce de figure imposée ?) à vouloir couronner le tout par un chapitre culturel, ils paraissent échouer sur un regroupement au goût curieux, qui prête à la capitale française des langueurs de Belle au Bois dormant.

… On n’y trouve pas que Paris : le front ceint de lauriers de matière grise au milieu de ce gloubi-boulga culturel, figure Boston aux côtés de Las Vegas, de la Mecque, etc. Mais – surprise ! – dans le sommaire de la revue, Boston s’appelle Baltimore. S’agissant de rigueur des chiffres, reconnaissons le droit aux sciences humaines d’avoir moins de scrupules que les sciences dures. Vu de l’hexagone et à la différence d’un calcul balistique, une approximation de 10% reste acceptable : encore 1 ou 2%, on aurait pu vitrifier le Pentagone… Et au fond, pourquoi pas un Baltimore culturel ? Son musée ne recèle-t-il pas une superbe collection d’œuvres postimpressionistes ? Son orchestre symphonique n’est-il pas mondialement réputé ?

Revenons à nos moutons : qu’est-ce qui rapproche le devenir de la Sibérie et la constitution d’un archipel de villes en réseau ? J’y vois des questionnements et des tentatives d’explication sur ce qui pourrait éventuellement prendre la relève d’États-nations plus ou moins mal en point. On a pu avancer qu’ils étaient devenus trop grands pour s’occuper des problèmes de tous les jours et trop petits pour se saisir des grandes questions (le chœur des commentateurs qui cherchent à écrire l’épopée de la construction européenne ne nous a pas épargnés à cet égard). On avait aussi imaginé que l’on s’acheminait vers des empires (américain, chinois, russe, voire européen, etc.) gérant leurs mutuelles frictions.

Ce que semble vouloir dire le cas sibérien, c’est qu’on découvre de sacrés gros morceaux en matière de frictions d’empires. Le dossier sur les villes laisse entrevoir que le réseau des métropoles mondiales prend sans état d’âme en charge le pilotage et l’orchestration, tant des petits que des grands problèmes. Des flux de tous ordres circulent entre elles : elles les digèrent et les régurgitent dans ce même réseau, et façonnent ainsi peu à peu la planète – États-nations et empires compris.

Premier angle d’attaque, l’économie. Le souvenir que nous avons des villes-citadelles est celui d’une compétition entre cités, même lorsqu’elles étendaient au loin leurs ramifications commerciales (temps des grandes découvertes, puis celui de la révolution industrielle et de la colonisation du monde, suivi de la montée en puissance, notamment financière, des États-Unis). Mais, d’une part, elles ont progressivement pris leur autonomie par rapport aux États et, d’autre part, des complémentarités se sont fait jour – dès les débuts, par exemple, entre les industrieuses du Nord de l’Europe et les commerciales du Sud.

On assiste depuis quelques décennies à la constitution d’une multiplicité de réseaux inter-cités spécialisés : finance, pétrole, productions industrielles de tout poil, négoces, conseil en management, services aux entreprises, investissement immobilier… Mais, sous la houlette de certaines villes, parfois sur un espace limité, mais visant tout autant une dimension planétaire, ces réseaux spécialisés s’intègrent à leur tour. Bientôt, l’économique et le financier débordent : les flux d’échanges concernent certes les managers – mais tout aussi bien des fonctionnaires, des militants et des responsables d’ONG, des immigrés, etc.

Illustration : êtes-vous allé jeter un coup d’œil à cette carte du monde, véritable fourmilière où chaque avion est représenté par un point lumineux ? En guère plus d’une minute, vous avez un raccourci du trafic aérien sur 24 heures. Le jour se lève sur l’Asie et celle-ci entre en effervescence… Plus tard sur l’Europe : idem, tandis qu’une horde d’avions s’élancent à travers l’Atlantique. Et, alors qu’ils atterrissent et que le soleil commence à y poindre, la contagion – et avec quelle intensité – gagne à son tour l’Amérique.
(http://www.youtube.com/watch?v=o4g930pm8Ms&feature=related)

Ce premier volet donne lieu à quelques monographies : Londres, Shanghai, Sydney, Mumbay (extension de Bombay), Johannesburg, Mexico, Houston. Ceux qui aimeraient aller voir plus dans le détail peuvent éplucher des classements de villes mondiales.

En voici un de source universitaire (Globalisation et villes mondiales – Université de Loughborough, en Grande-Bretagne) en fonction de leur connectivité, mesurée par le nombre de firmes de services et par la taille de leurs bureaux dans une ville considérée. Plus de 300 villes ont ainsi été analysées. Pour 2008, les 10 premières sont New York (indice 100), Londres (99), Hong Kong (81), Paris (77), Singapour (73), Tokyo (72), Sydney (72), Shanghai (70), Pékin (69) et Milan.

Voir (
http://www.lboro.ac.uk/gawc/world2008t.html).
Seule la page donnant la liste pour 2008 est donnée ici. Mais en navigant un peu, on trouve facilement des cartes associées, ainsi que les résultats pour les années 2000 et 2004. Il est particulièrement intéressant de voir la rapidité de l’évolution sur une durée aussi limitée, la plupart de ces villes ayant un passé qui remonte à longtemps. En 2000, par exemple, Shanghai et Pékin occupaient les 30ème et 34ème places. Parmi leurs poursuivantes, a contrario, Los Angeles qui était 9ème en 2000, est tombée à la 41ème place.

Autre source : MasterCard. Un peu plus de 70 agglomérations analysées et sept domaines envisagés – ce qui veut dire autant de classements. Ce sont : le contexte juridique et politique ; la stabilité économique ; l’environnement favorable aux affaires ; les flux financiers ; le contexte géographique et des moyens de communications ; l’environnement favorable au savoir et aux échanges d’information ; la qualité de vie.

Le graphique qui se trouve au début de ce billet cherche à situer les huit premières villes (dont Paris), en sélectionnant deux des domaines : les flux financiers, et l’environnement favorable au savoir et aux échanges d’informations.

Après le volet économique, le volet politique en partant du constat que les centres politiques actuels sont des héritiers d’États-nations dont le pouvoir s’exerçait de façon territoriale, y compris à l’époque jusque dans leurs colonies. La Guerre froide qui s’en est suivie a été décrite comme un face-à-face entre Washington et Moscou. Des discours sur un monde multipolaire ont pris la relève : mais ils ont gardé cette saveur d’un affrontement entre des puissances régionales.

Mais si, capitales ou non, les villes où quelque chose se passe gardent un ascendant sur leur périphérie locale, le jeu semble davantage se jouer au sein d’un réseau planétaire – avec ses complémentarités et ses spécialisations (Kyoto pour le climat, Oslo pour la paix, etc.). Y émergent des pratiques à visée mondiale (s’agissant du droit ou de régulations, par exemple), tandis que sont progressivement évacués les a priori nationaux de l’action politique.

Il n’empêche – comme, ici aussi, l'esquisse qui vient d'être fournie sur leur devenir politique est suivi de quelques monographies, le sous-titrage proposé pour chaque ville montre que les auteurs du dossier les voient encore au milieu du gué : Washington (capitale du monde), Bruxelles (capitale écartelée), Pékin (ville impériale), Moscou (après l’empire)… Suivent Tokyo, Brasilia, New Delhi, Téhéran.

Le sujet n’est pas facile. Mon brin de réflexion personnelle prend son origine dans des remarques entendues à l’occasion des élections qui ont vu accéder le Président Obama à la Maison Blanche. Dans certains pays, il y avait des gens qui estimaient que ces élections auraient plus de répercussions sur leur propre devenir et sur celui de leur pays, que celles pour lesquelles ils avaient personnellement déposé un bulletin dans l’urne et élu leur propre président. Joli point d’interrogation en matière de processus démocratique – jusqu'à présent basé sur une représentation locale et territoriale. Quid si le transfert de la réalité des pouvoirs glisse en direction d’un réseau de villes mondiales ? Qui, si ce n’est sur une base géographique, en élit les responsables politiques ? Quelle prise ont ces derniers sur ce qui dépasse le pur fonctionnement local d’une entité participant à un concert mondial ? Et même dans le meilleur des mondes, peut-on enfin passer d’une démocratie façonnée par la dimension territoriale, à celle que justifieraient des pratiques en réseau ?

Pour faire bonne mesure, un troisième volet a été raccroché aux deux premiers : le volet culturel. A mon avis, un peu à la sauvette puisqu’on ne l’annonce pas dans l’article de présentation du dossier – je l’ai déjà laissé sentir plus haut. De plus, à la différence de ce que nous avons déjà vu, une simple page titre mais aucune introduction à cette partie pour préciser ce que l’on entend par métropole de la culture, quelles évolutions les travaillent, pourquoi les qualifier à ce titre de mondiales. Disparates, les monographies elles-mêmes ont souvent du mal à prendre un quelconque envol au-delà du caractère local ou du déjà-dit depuis longtemps (Paris, Jérusalem, la Mecque, Boston, Bangalore, Berlin, Los Angeles, Hong Kong, Dubaï, Las Vegas).
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Merci à Till et à Ivona pour avoir rassemblé et mis en forme les informations qui m'ont servi ici.

mardi 1 décembre 2009

Progrès, hésitations, espoirs

Qu’est-ce que c’est que cette grue qui dépose une pyramide sur sa base, sous le regard d’un sphinx ? Normalement, c’est en partant de la base et en allant vers le haut qu’on la construit, cette pyramide… L'image qui illustre ce billet reprend celle que nous avions esquissée au tout début de l’été pour comprendre assez intuitivement le parcours d’enfants autistes (Huit mois avec Émile – 3 juillet 2009). Elle s’inspire de ce que nous a décrit la personne qui anime notre groupe de bénévoles.

Escalade…
Tous, nous devons passer par tous les stades habituels du développement. C’est un parcours qui prend habituellement 4 à 5 ans chez les autres enfants. Mais que se passe-t-il chez ceux pour qui les étapes du début ont soit été escamotées soit les ont submergés – notamment le développement des 5 sens, celui du sens de l’équilibre et celui qui permet de percevoir comment notre corps est constitué et comment il se situe dans l’espace ?

Eh bien, leur cheminement se poursuit pourtant vers les étages supérieurs – ce sont les étages où on devrait par exemple acquérir une bonne conscience des deux côtés de son corps, savoir se tenir debout ou assis, coordonner les yeux et les mouvements et, ensuite, progresser vers des activités intellectuelles. Mais, pour les enfants dits autistes, il s’appuie sur des bases mal consolidées – parfois insuffisantes, parfois trop rigides.

… à rebours
Il en résulte des situations assez variées. On peut ainsi avoir des enfants qui arrivent à développer certaines compétences à force de volonté, qui parlent mais sans faire appel à un langage qu’ils se sont bien approprié, puisque la base (le niveau sensoriel) n’est pas bien en place. Insuffisances ou excès en bas, volonté parfois énorme en haut, c'est comme si notre pyramide tenait par son sommet.

On pourrait, il est vrai, faire appel à une autre image qui a sa poésie et qui donnerait une réponse rassurante – trop rassurante : celle de la clé de voûte à la croisée des ogives d’une cathédrale gothique. Certes, celle-ci est au sommet et semble tenir l’ensemble… mais c’est oublier que cela suppose en même temps des piliers solides et l’existence d’arcs-boutants.

Des plus et des moins
Lors de la réunion qui a récemment rassemblé les volontaires qui s’occupent d’Émile, le contraste est apparu entre des progrès évidents qui se confirment, mois après mois, et la conscience qu’il reste encore du chemin à faire. Progrès dans le langage ; pertinence des questions qu’il pose et des réponses qu’il en attend ; spontanéité et plus grande fluidité – notamment dans les gestes ; humour et bonne humeur ; utilisation mieux appropriée du je et du tu ; phrases réfléchies qu’il construit pour exprimer des sentiments…

En revanche – on revient ici vers le plus basique – l’évolution est plus mesurée, même si elle est certaine, lorsqu’il s’agit de s’habiller, de manger tout seul (ça vient mais ça dépend avec qui), de tenir un feutre à bonne hauteur avec ses doigts et de l’utiliser avec une relative précision. Pour la familiarisation avec d’autres gestes, il se confirme que c’est dans l’imaginaire, et quand sa spontanéité arrive à s’exprimer, qu’il est le plus détendu et qu’il ose dépasser ce qui, dans d’autres circonstances, débouche sur des blocages.

Ce billet fait partie d’une série qui permet de suivre l’évolution d’Émile (ce n’est pas son vrai prénom) depuis septembre 2008 : on y accède directement en cliquant sur le thème Autisme dans la marge de droite.
D’autres articles sont voisins, notamment ceux sous le thème du Cerveau, ainsi que ceux des 15 et 16 juin 2009 (Chiffres, langues… et Savants vs neurotypiques, qui figurent aussi sous le thème de l’Autisme), ou du 27 juin 2009 (Mémoire photographique)

dimanche 29 novembre 2009

Sibérie - région laboratoire ?


Ceci est le premier de deux billets. Il m’a été inspiré par un récent dossier proposé par Courrier International : Quand la Sibérie sera chinoise (*). En contrepoint, un autre dossier consacré aux villes mondiales, cette fois tiré du magazine Sciences humaines, alimentera un billet suivant.

Accords russo-chinois pour l’exploitation de la Sibérie
Fil directeur pour aujourd’hui : aux yeux du Kremlin, il serait désormais acquis que le développement de la Russie passe par une meilleure exploitation des richesses naturelles de la Sibérie… mais que celle-ci n’est envisageable qu’avec l’aide massive de la Chine. Des accords économiques viennent d’être signés dans ce sens… mais un afflux de population chinoise dans ce territoire sous-peuplé risque de vite soulever un problème de souveraineté. En Russie comme en Chine, on se pose des questions.

Il est à noter que, curieusement, ce Programme de coopération 2009-2018 a été signé le 23 septembre dernier à New York entre les présidents russe Dmitri Medvedev et chinois Hu Jintao – coopération fondée sur le principe : nos matières premières contre vos technologies. J’ai trouvé intéressante l’analyse d’Alexandre Koustiarov, parue dans Tchastny Korrespondent sous le titre : Sécession, annexion ou condominium ? L’auteur estime qu’au moment où les importations de produits chinois deviennent plus massives et que le nombre de ressortissants chinois qui s’installent en Extrême-Orient russe augmente, la récente signature d’accords sur l’exploitation du sous-sol ressemble de plus en plus à une intégration de ces régions à la Chine.

Séquences d’une évolution historique
Cette analyse va plus loin. C’est d’abord le rappel qu’après un manque d’enthousiasme évident des Russes pour mettre en valeur une Sibérie éloignée, tant qu’il ne s’agissait que d’une colonisation agraire (depuis le XVIIe siècle), les choses avaient changé avec l’industrialisation… Mais qu’il s’était avéré très difficile d’y installer et maintenir une population slave, que l’on manie la carotte (salaires élevés) ou le bâton (goulag). La Russie orientale est dès lors devenue une zone où les attributs de la souveraineté géopolitique, la propriété, et la nature de la population, ne coïncidaient plus. Et c’est là qu’on change de braquet : il ne s’agit pas d’un cas isolé… et comment fait-on dans une telle situation ?

Afflux de populations
Pour Alexandre Koustiarov, une série de zones semblables ceinture la planète – en particulier, avec les États du sud-ouest des États-Unis qui se peuplent à toute allure de latino-américains et dans le cas de l’Europe occidentale, où s’exerce la pression démographique du Maghreb et de l’Afrique noire. Dans des temps anciens, il aurait résulté de l’arrivée d’un nouveau type de population que ces zones auraient dit adieu à leur ancienne puissance souveraine pour passer dans une autre sphère d’influence. Mais ce qui était encore accepté dans un monde d’espaces déserts et sans propriétaires bien définis a cessé de l’être dans un système d’États souverains. En outre, dans de tels cas, la guerre est désormais inefficace et même contre-productive. Les accords économiques prennent le relais.

Nouvelles formes de réalité géopolitique
Il en conclut que la Russie orientale et le sud-ouest des États-Unis deviennent ainsi des laboratoires où s’expérimente une nouvelle forme de réalité géopolitique qui découle d’une composante pluriethnique et marquée par des divergences entre souveraineté, propriété et citoyenneté. Pour le cas qui l’intéresse plus directement, l’auteur estime qu’il est peu probable que l’actuelle Russie orientale soit rattachée à la Chine : elle devrait plutôt devenir un condominium.

Sans trop ajouter mon grain de sel à ces propos, je reconnais que les zones mentionnées sont bien le lieu d’afflux de populations nouvelles – mais, tant d’un point de vue historique que s’agissant des ressorts économiques qui motivent ces migrations, le parallélisme s’épuise rapidement. En se plaçant sous l’angle d’approche des villes mondiales, un prochain billet cherchera à explorer d'autres mutations qui se dessinent et pourraient simultanément prendre le relais des États-nations.

(*) Ce dossier de Courrier International est accessible soit dans sa version papier, soit aux abonnés de son site (www.courrierinternational.com/). On y trouve :
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- Une carte économique documentée, complétée par deux autres (historique et démographiques) ainsi qu’un commentaire sur la teneur des accords.
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- Cinq extraits articles :
... Sécession, annexion ou condominium ? (Tchastny KorrespondentCorrespondant Privé. Ce quotidien a juste un an et paraît sur le Net depuis Moscou –
www.chaskor.ru).
... Attention, le Kremlin ne doit pas tout brader. (Également tiré de Tchastny Korrespondent)
... Sans les Chinois, pas de prospérité. (Shidai ZhoubaoThe Time Weekly, hebdomadaire lancé à Canton voici un an et tirant à 200 000 ex.)
... Vladivostok ou Haishenwai ?... Deux noms pour une même ville (Chongqing WanbaoChongqing Times, quotidien fondé en 2004 et tirant à 380 000 ex. Chongqing, est une municipalité autonome de 32 millions d’habitants au centre du pays, à l’Est du Sichuan).
... Les derniers colons russes – article sur les "Vieux croyants" qui avaient trouvé refuge en Sibérie au XVIIe siècle à la suite d’un schisme au sein de l’Orthodoxie russe, puis en Amérique latine après 1920, pour échapper au régime soviétique… Ils reprennent maintenant le chemin de la Sibérie. (OgoniokLa Petite Flamme, hebdomadaire vieux d’un siècle, paraissant à Moscou et tirant à près de 70 000 ex.)

mercredi 18 novembre 2009

Découpage temporel de nos activités


Les Indicateurs sociaux de l’OCDEIl y a 6 mois environ, l’OCDE a fait paraître une étude sur les indicateurs sociaux de ses pays-membres. Rappelons que l’OCDE regroupe une trentaine de pays, principalement d’Europe occidentale et d’Amérique du Nord, ainsi que la Turquie, le Japon, la Corée du Sud, la Nouvelle-Zélande et l’Australie. Des contacts plus ou moins serrés permettent des comparaisons avec quelques nouveaux venus dans l’Union européenne (les pays de Višegrad y sont déjà), avec les pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine), ainsi qu’avec l’Afrique du Sud, le Chili, Israël et l’Indonésie.

Un chapitre sur les loisirsParmi les thèmes abordés, celui des loisirs – ce qui permet d’évoquer en creux celui du travail. Selon une définition intéressante, même si elle est loin d’être parfaite, on pourrait en effet mettre sous le vocable de loisirs les activités pour lesquelles il n’est pas possible de payer quelqu’un pour les faire à notre place et que nous ne sommes pas obligés de pratiquer si tel n’est pas notre souhait.

D’où l’option prise dans le document OCDE de commencer par considérer le temps consacré aux loisirs comme ce qui reste, une fois soustrait celui du travail rémunéré, avant de déboucher sur des découpages plus fins en relation avec le cycle de vie : les années avant puis pendant la scolarisation ; celles avant puis après l’entrée sur le marché du travail – en distinguant les périodes rémunérées et celles qui ne le sont pas ; et après la cessation d’activité.

Mais plus le zoom se fait précis, moins on trouve de pays dont les statistiques permettent de les comparer entre eux. Avec l’aide secourable de l’ami Till, voici quelques aperçus concernant cette partie qui fait une trentaine de pages assez serrées.

1600 h de travail par an : restent 7200 hUn premier tableau nous dit que les gens ayant un travail en 2005-2006 y passent dans les 1600 h par an (près de 42 semaines de 38 heures), ce qui leur laisse près de 7200 h. Il y a bien sûr des différences d’un pays à l’autre : en Norvège on travaille 1300 h (36 semaines de 36 h) tandis qu’aux USA, c’est 1900 h (46 semaines de 41 h).

Depuis 1970, à l’exception des USA qui n’ont finalement pas beaucoup bougé, la tendance est à la baisse : en Norvège, on travaillait presqu’autant (1850 h) qu’aux USA aujourd’hui ; au Japon (2250 h) et en France (2000 h) on travaillait plus longtemps : désormais, le Japon est un peu au-dessous des USA et la France est descendue à 1450 h.

Ce qui précède vaut pour les gens qui travaillent. Mais regardons l’ensemble de la population d’un pays OCDE typique (en fait, une moyenne), en distinguant les hommes et les femmes.

Hommes : 6 ans de moins au travail et 14 de plus pour la retraiteEn 1970, les hommes entraient à 20 ans sur le marché du travail et, sur les 48 années qui leur restaient à vivre, en passaient 43 à travailler de façon rémunérée et 5 sans travail rémunéré – il ne leur restait même pas un an en moyenne pour la retraite. En 2005, les différences les plus notoires sont que leur vie s’est rallongée de près de 10 ans, qu’ils entrent un an plus tard sur le marché, qu’ils passent 7 ans de moins à travailler et 2 de plus sans travail rémunéré – et que le temps de la retraite est passé de 0 à 14 ans.

Femmes : 3 ans de plus au travail et 12 de plus pour la retraiteS’agissant des femmes, en 1970 elles entraient elles-aussi à 20 ans sur le marché du travail et, sur les 54 années qui leur restaient à vivre, en passaient 26 à travailler de façon rémunérée et 20 sans travail rémunéré – puis 8 ans de retraite. En 2005, les différences les plus notoires sont que leur vie s’est rallongée de 8 ans, qu’elles entrent un an plus tard sur le marché, qu’elles passent 3 ans de plus à travailler et 8 de moins sans travail rémunéré – et que la durée de leur retraite est passée de 8 à 20 ans.

Après avoir travaillé, étudié, dormi, mangé… les loisirs
Venons-en plus directement aux loisirs et ce, au sein d’une journée de 24 heures. Dans notre pays OCDE typique de 2006, nous interrogeons ceux qui ont plus de 15 ans et jusqu’aux retraités. En moyenne, ils ont consacré près de 4 h à un travail rémunéré ou à étudier (y compris le temps de déplacement, les pauses et celui pour chercher du travail) ; 3 h et 40 minutes à un travail non rémunéré (travaux domestiques, cuisiner, s’occuper des enfants, faire les courses…) ; près de 11 h pour les occupations personnelles (dormir, manger, hygiène et santé…) ; un peu plus de 5 h pour les loisirs (comme regarder la TV, jouer, faire du sport ou du jardinage, recevoir ou sortir…) ; avec ce découpage, il ne reste que 20 minutes pour d’autres activités mal définies.

Occupations personnellesC’est en France qu’on passerait le plus de temps (près de 12 h) aux occupations personnelles et le moins en Norvège (10 h et quart). Pour les loisirs, ce serait l’inverse : 6 h et 20 minutes en Norvège, contre 4 h et 25 minutes en France (devancée par le Japon avec 7 minutes de loisirs en moins… mais une heure de travail, rémunéré ou non, et d’étude en plus).

Les auteurs avouent que la définition des activités peut poser problème d’un pays à l’autre et modifier l’ordre des classements. Mais leur conclusion sur quelques points précis est que c’est en France que l’on dort le plus (8 h et 50 minutes) contrairement au Japon et en Corée (une heure de moins). S’agissant de boire et de manger, la France est également dans le peloton de tête (2 h et quart) à l’opposé du Canada et des USA où on descend à une heure et quart.

LoisirsSur les 5 h et 10 minutes que les ressortissants de notre pays OCDE typique accordent chaque jour aux loisirs, il y a quelques activités où ce temps est assez bien mesuré. Elles font un peu plus de 3 heurs au total – ce sont :
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. La TV et la radio, auxquelles ils consacrent 1 h et 52 minutes, les plus assidus se trouvant aux USA et en Grande-Bretagne (2 h et 17 minutes), presqu’une heure de plus qu’en Italie. En France, c’est une heure et demie.
. Recevoir et sortir (54 minutes), la palme allant à la Norvège (1 h et 48 minutes) et le peloton de queue étant formé par l’Australie et le Japon (14 et 10 minutes). Un peu plus d’une demi-heure en France.
. Pratiquer un sport (20 minutes), les champions se trouvant en Espagne (38 minutes) alors qu'en Grande-Bretagne on se contente de 12 minutes. Les Français sont ici dans la moyenne.
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Il reste ensuite un gros fourre-tout qui cumule deux bonnes heures et au sein duquel on trouve notamment les passe-temps, le téléphone et l’ordinateur, les jeux, etc.

mardi 10 novembre 2009

Mamies

En faisant un peu d’ordre dans mes fonds de tiroir, je redécouvre un article de journal et une photo. L’article a paru dans le New York Times, cela fait bien 7 ans, et rend compte d’un colloque international pluridisciplinaire consacré au rôle des grand-mères. La photo est d’une toute autre provenance – on y voit rassemblées quatre générations : une fillette de quelques mois, sa mère, sa grand-mère maternelle… et la mère de celle-ci.

Lignées de femmes et filiation par le nom
Restons un moment sur la photo. Si on les désigne par leur nom de jeune fille, ces 4 personnages portent 4 noms différents. Et pourtant, leur filiation biologique est bien mieux assurée qui si on nous avait montré la photo d’un garçon nouveau-né, de son père, de son grand-père paternel et du père de ce dernier – tous portant le même patronyme.

Si les rumeurs statistiques sont fondées, dans nos contrées 20% des enfants n’ont pas pour père biologique celui dont ils portent le nom : un simple calcul aboutit à supposer qu’il n’y a guère plus d’une chance sur 2 que l’ancêtre représenté sur la photo soit biologiquement l’arrière-grand-père du bambin. Si on remontait à l’époque de la Révolution ou du 1er Empire, on descendrait à une chance sur 5… à celle d’Henri IV et de la poule au pot à 4%... à moins d’une chance sur 10 000 du temps de Charlemagne… et à 1/10e de million au début de notre ère.

A une époque où la généalogie hante de plus en plus d’esprits et s’appuie sur des documents et des logiciels qui privilégient fortement le nom de famille, on peut rester rêveur.

Avoir une grand-mère chez soi
Quittons ce terrain pour parcourir quelques conclusions à l’issue du colloque évoqué au début. Ce qui ressort le plus nettement, c’est la convergence des conclusions, malgré la diversité des sociétés et des époques analysées. A titre d’exemples :

Dans plusieurs sociétés traditionnelles de subsistance, la présence d’une grand-mère contribue à diminuer la mortalité infantile : en parcourant les données démographiques, on en arrive souvent à la conclusion que si la grand-mère meurt, on le remarque car la survie des petits-enfants se met à chuter… mais si c’est le père qui meurt, ça ne change pas grand-chose.

Grâce à des documents retraçant de façon assez complète ce qui s’est passé pendant deux siècles dans un village du Japon, on en arrive à la conclusion que la présence dans la maison du couple parental de la grand-mère maternelle avait un effet inverse de celle de la grand-mère paternelle sur la survie des garçons : mortalité moitié moindre dans le premier cas, et moitié plus forte dans le second – pas d’effet notable en revanche pour les filles.

En Allemagne, une enquête récente parmi des personnes qui avaient gardé leurs 4 grands-parents jusqu’à l’âge de 7 ans au moins a montré que la grand-mère maternelle était l’aïeule préférée (dans la moitié des cas), que chaque grand-père avait cette faveur dans les 18% chacun et la grand-mère paternelle autour de 13%.