lundi 28 janvier 2019
Alberto Giacometti par Anca Visdei - aperçu du début de l'ouvrage
Dès les premières
lignes de l’ouvrage, Anca Visdei mesure l’ampleur du défi auquel elle s’est
confrontée.
Par ailleurs auteur de
pièces de théâtre et de romans, ce n’est pas une novice en la matière : en
2010, année centenaire de la naissance de Jean Anouilh, elle en avait fait
paraître la biographie. À mi-parcours de vie, le grand écrivain avait laissé
entendre : Je n’ai pas de biographie et j’en suis très content.
C’est au début des années 1980 qu’Anca Visdei, alors jeune auteur dramatique, fait sa
connaissance et celle de sa famille. Avec respect et estime pour ce père
spirituel, et avec son accord entreprend la seule biographie d’envergure qui
lui sera consacrée.
Cinq ans plus tard, l’éditeur
Bernard de Fallois – ce grand découvreur de talents - lui renouvelle son appui
lorsqu’elle fait paraître une seconde biographie, sur ce monstre sacré du
cinéma qu’est Orson Welles. Dieu sait combien elle est une mordue du 7ème
art.
Nous sommes début
2019. Bernard Fallois a quitté ce monde. Ce sont les éditions Odile Jacob qui
reprennent le flambeau pour cette troisième biographie, cette fois sur le
peintre et sculpteur, Alberto Giacometti – avec un éclairage qui apparaît dans
le titre : Ascèse et passion (pour Jean Anouilh, c’était : un auteur ‘inconsolable
et gai’).
Trois
artistes, écrit-elle dans son avant-propos qui, à travers des disciplines
artistiques différentes, ont donné l’image de l’homme du XXème siècle.
Un Français, un Américain, un Suisse. Un écrivain, un cinéaste, un peintre et
sculpteur.
La
littérature concernant [Giacometti] était pléthorique … écrire après tant
d’autres… apporter autre chose qu’un texte de plus. Mon étoile polaire était
mon intuition : Giacometti était, lui, entré, comme dans les
ordres, dans une quête impossible.
Il
visait mieux que la perfection. Enrôlé dans la recherche constante de nouvelles
perfections. ‘L’inaccessible étoile’.
Comment
ai-je osé m’attaquer à lui ? Il est trop grand, trop concentré, trop profond !
Et quelle chance de l’avoir choisi …
Il me
semble, maintenant quand je dois mettre le point final à mon texte, qu’il m’a
tenu la main tout le temps. Qu’il m’a réconciliée avec le doute. Qu’il nous
apprend le bonheur de chercher, d’essayer, d’effacer, de reprendre, de redire,
de revenir, de ne jamais oublier ceci : plus la tâche est complexe, plus il faut simplifier.
À parcourir la table
en fin d’ouvrage, la structure semble à première vue classique. Clin d’œil en
écho à la citation de Pierre Assouline – qui a une bonne dizaine de biographies
à son actif : Une biographie est souvent un roman avec un index de noms cités.
Huit chapitres qui respectent
la chronologie du parcours d’Alberto (1901-1966) mais sur un rythme très aéré,
répartis en plus de 80 parties – quelques pages chacune – servies par l’écriture
fluide de l’auteur, son empathie, ainsi que sa compréhension profonde
tant humaine que technique (voir
le commentaire déjà cité, suite au Faire-part du blog annonçant la sortie du livre).
Je m’en tiendrai
aujourd’hui aux deux chapitres de l’enfance et de l’adolescence. Depuis le
berceau de la famille Giacometti, le Val Bregaglia, notamment autour des communes
de Stampa et Maloja, dont Anca Visdei nous fait comprendre à quel point il a
marqué l’artiste.
En fait, malgré deux-tiers
de sa vie à Paris celui-ci ne l’aura pas vraiment quitté. L’émouvante relation de
ses obsèques au cimetière de Borgonovo dans les dernières pages témoigne comme
d’une évidence que la boucle ne pouvait que se boucler ainsi.
Description de l’endroit
de son histoire, de ses mœurs et du rôle joué par la langue locale. Repères
généalogiques essentiels. Figures de son père et de sa mère. Intensité de l’éveil
artistique et du caractère d’Alberto. À 20 ans, expériences déterminantes pour l’orientation
de toute sa vie, à la veille de son départ pour Paris où il va compléter sa
formation et s’installer.
Carte géographique simplifiée
du Val Bregaglia (en N&B dans l’ouvrage)
Je reprends ici
quelques lignes extraites des 80 pages de ces deux premiers chapitres.
Comme annoncé plus
haut, celui qui s’intitule Le fils du peintre et de sa mère, nous
emmène dans cette vallée d’une vingtaine de kilomètres – sa véritable patrie :
car si Giacometti est bien suisse, plus précisément grison de la Suisse
italienne, il est surtout un homme du Val Bregaglia. Il nous donne un aperçu du bargaiot, sa langue
maternelle.
Nous y faisons
connaissance avec le père, de son parcours de peintre, de ses relations avec
des personnalités italiennes remarquables. Et avec Annetta née Stampa, sa mère
et personnage majeur dans la vie de cette famille.
L’auteur s’arrête sur
une photo familiale prise quand Alberto avait alors 10 ans : Bien
connue, maintes fois commentée, on la lit comme dans un livre ouvert
… Annetta
et son fils Alberto sont situés aux extrêmes limites de la photo, séparés par
les autres membres de la famille et pourtant indéniablement reliés par le
regard. D’ailleurs, étonnement, tous les autres personnages se touchent
… la
main droite d’Ottilia sur le genou de son père, Bruno dans les bras de
Giovanni, Alberto contre Diego. Seule la mère … ne touche personne, mais son
regard et celui d’Alberto se rencontrent presque physiquement
… on
perçoit un message : la mère est le roc de cette famille. Alberto sera son
appui, les autres n’auront qu’à se laisser porter en les suivant
…
Annetta n’en est pas moins une formidable image maternelle …
À 15 ans, il est
envoyé dans un collège à une cinquantaine de kilomètres de là. L’artiste encore
en herbe est loin d’être un dilettante :
Grand
lecteur, Alberto lit Gottfried Keller, Socrate, Novalis, Heine, Hoffman,
Hölderlin en allemand, Shakespeare en anglais. Les romantiques allemands ont sa
préférence, en particulier Hölderlin.
Ce qui permet une
incidente sur un trait qui marque et marquera la vie familiale et témoigne de l’intensité
des liens qui, malgré les distances la rassemblait :
Les
Giacometti s’écrivent beaucoup. Ils ont l’art de donner des nouvelles très
imagées, de saupoudrer leurs missives d’humour et d’ironie, dans le désir de
conserver un lien aussi étroit que possible.
Les
lettres se lisent en famille, à haute voix, autour de la table. Donc, sauf
exception confidentielle, elles sont adressées à tous les membres. Comme il le
fera tout au long de sa vie, Alberto écrivait beaucoup à la maison, pour donner
des nouvelles, souvent illustrées de croquis …
Un autre trait –
celui-ci propre à Alberto - nous familiarise
toujours davantage avec le personnage :
Une
fois loin de la maison … Giacometti adopta son propre rythme et il s’y tint
durant toute son existence.
Les
heures de la nuit, celles où l’on est seul, quand les simagrées de la vie sociale
laissent la place au vrai soi qui éclaire jusqu’aux tréfonds des objets
familiers, vous laissant voir l’envers de votre décor domestique sous ses
vraies couleurs éternelles.
Ces
moments étaient pour Alberto ceux de l’inspiration, ce mot précaire pour dire
que le meilleur de soi-même, projeté dans l’univers, vous est rendu comme un
boomerang métaphysique, pour que la magie de la vie puisse nous être révélée.
Nous sommes bien à l’âge
où les expériences formatrices accompagnent l’éclosion d’une vocation. Ce qui
nous permet de nous arrêter pour mieux comprendre l’épisode dit des poires qui
rapetissent et cerner l’essence du travail
de Giacometti, comme il eût aimé être compris par les critiques ou les
historiens d’art.
Une nature morte :
des poires. Esquisse initiale, dessin qu’on retravaille : peu à peu, les
fruits rapetissent … pour aboutir à un format minuscule.
Réfléchissons : Si
l’on tend la main et l’on mesure sur le crayon leur hauteur, comme on l’apprend
dans tous les cours de dessin … force est de constater qu’entre le bout du
crayon et le pouce qui sert de toise, on a la taille… d’une noix.
Seul
le travail mental nous indique, à travers la mémoire et le raisonnement, que
ces poires, situées à trois mètres, ont toujours leur taille normale.
Le père incite
son fils à les dessiner ‘comme elles sont, comme tu les vois !’ Cela voulait
dire : ‘Dessine-les comme je les vois, moi, comme tout le monde les
voit.’ Or, Alberto ne les voyait
précisément pas comme tout le monde. Plus exactement, il les voyait vraiment … Elles
finissaient minuscules.
Après le collège,
Giacometti a été envoyé à Genève. Le problème n’est pas un refus du travail
mais qu’il en a une conception bien à lui qui ne s’accorde pas tellement avec
celle du corps professoral. C’est aussi la période où il s’initie à l’art
africain.
Il accompagne ensuite
son père en Italie, s’emballe successivement pour Venise (le Tintoret) et Padoue
(Giotto). Viendront ensuite Florence (musée archéologique) puis Pérouse (les
Étrusques), Assise (Cimabue) ... et Rome (sa jeune cousine Bianca –
irrésistible), Naples …
L’occasion de revenir
en Italie lui est offerte pour y accompagner un archiviste néerlandais trois
fois plus âgé que lui. Et ce sera la cause d’un évènement pour lui
singulièrement déterminant. Le parcours les fait passer par le Tyrol puis les
Dolomites, où ils font une halte à Madonna di Campiglio.
Le soir, son compagnon
qui a pris froid, se met au lit. Il est au plus mal … le médecin décèle
immédiatement les signes annonciateurs de la mort sur le visage du patient.
Alberto doit le veiller … Celui-ci finit par mourir dans la nuit ...
Concrètement
… Giacometti … ayant constaté la fragilité d’une vie humaine, rien n’étant
durable, il renonça à toute vanité ...
À 20 ans, il a ainsi déjà
dit adieu à la vision conventionnelle des peintres ; à l’enseignement des arts
dans une académie ; … également au mariage … et à l’amour passion charnel … et
enfin à l’image sociale de lui-même …
Il se livrera, corps et âme, mains et regard,
à sa quête : recréer le monde et le donner à voir tel qu’il le percevait et tel
qu’il le ressentait. Ambition prométhéenne … Ambition d’honnête homme. Ambition
rare …
C’est
à travers la remise en question de tous les éléments de son art que Giacometti
bâtira son originalité. Elle est si totale que l’on peut considérer comme une
chance inouïe qu’il ait rencontré le succès de son vivant.
Si on compte en nombre
de pages, nous sommes ici arrivés au tiers de la biographie et, dans une
proportion proche, également de la vie d’Alberto.
Et si, avec l’auteur, nous
continuons de le suivre, la prochaine étape est Paris.
mardi 22 janvier 2019
Ascèse et passion : Giacometti par Anca Visdei
Anca
Visdei s’est consacrée ces toutes dernières années à réaliser une biographie
d’Alberto Giacometti. Comme elle le rappelle dans son avant-propos, elle en
avait déjà rédigé une autre sur Jean Anouilh, ainsi que sur Orson Welles – et
on ne compte pas ses romans (dont L’exil d’Alexandra) ou ses pièces
de théâtres, toujours jouées (dans son Dictionnaire amoureux du théâtre,
le bien connu Christophe Barbier est tout éloges pour La Patiente).
Éditée
chez Odile Jacob, sa parution en librairie est au mercredi 23 janvier.
En
prélude, voici deux commentaires qu’on peut lire en complément de l’article
« Faire-part », que sur l'auteur avait mis sur son blog, le 15
janvier. Ils sont, de toute évidence, de la plume de personnes ayant participé
à la relecture avant édition.
Un livre passionnant sur un artiste exceptionnel. Anca Visdei a le don,
comme dans ses précédentes biographies sur Jean Anouilh et Orson Welles, de
nous le rendre vivant, accessible en tant qu'homme comme en tant artiste.
Son écriture fluide, son empathie, sa compréhension profonde tant humaine
que technique nous le livrent dans sa recherche de perfection, ses obsessions,
ses exigences et ses faiblesses, la conscience du caractère exceptionnel de son
grand œuvre et en même temps sa simplicité, son humilité. Nous sommes loin des
biographies pompeuses où le document fait office de justification d'un travail
plus ou moins universitaire barbant.
Dans ce livre on suit l'enquête d’Anca Visdei, la documentation, les
interviews de témoins du passé sont au service de la vie et de la mort de
l'artiste, son génie dans sa profonde humanité.
Remarquable. A lire absolument !
17
janvier 2019.
Le
commentaire ci-dessus va au cœur de ce que représente la nouvelle biographie
que signe Anca Visdei.
J’ai
eu le privilège de participer à la relecture qui a précédé la parution et
confirme que les personnes qui y ont été associées l’ont ainsi ressenti,
souvent avec émotion, tant il éclaire la compréhension de la démarche et de
l’œuvre d’Alberto Giacometti : le “ascèse et passion” du titre vise juste.
En ce sens, ce livre se démarque et comble un vide par rapport à ceux qui
ne nous font accéder qu’à une œuvre apparemment “achevée” que l’artiste aurait
laissée après lui.
18 janvier 2019
Voir
aussi : https://www.facebook.com/anca.visdei - au
14 janvier, avec les appréciations, commentaires et partages.
Je
vais avoir ce livre entre les mains et me prépare à vous donner mes impressions
dans de prochains articles.
Libellés :
Giacometti,
Littérature,
Peinture,
Sculpture
mercredi 9 janvier 2019
Les soldes d'hiver proposent de plus gros rabais que les ventes privées,
Après les perturbations liées au mouvement des gilets jaunes et
avant le choc psychologique du prélèvement à la source, les commerçants
comptent sur les six semaines de soldes pour rattraper le manque à gagner accumulé depuis
fin 2018.
Tout
va se jouer, plus que l'an dernier, lors des premières semaines mais le succès de ces
soldes est incertain, notamment en raison des ventes privées très violentes
qui les précèdent, avec des réductions de -50% dès le lendemain de Noël.
C'est
pourtant pendant les soldes d'hiver (et d'été) que vous trouverez les plus gros
rabais, pas pendant les ventes privées.
Durant
les soldes, les commerçants ont le droit de vendre à perte : ils peuvent vendre 10
euros un produit qu'ils ont acheté 20. L'objectif : engranger de la trésorerie
et se débarrasser de marchandises dont personne ne veut au prix fort.
Ce
sont même les seules périodes durant lesquelles les ventes à perte sont
autorisées. Pendant notamment les ventes privées, des contrôles sont effectués
par la répression des fraudes : On vérifie que les magasins ne revendent pas
à perte.
Dans
le cas des ventes privées : vous passez à la caisse, on vous demande votre carte de
fidélité. Vous ne l'avez pas encore? Pas de problème, on vous la fait
immédiatement et gratuitement en l'échange de quelques données personnelles.
Vous ne la voulez pas? Vous pouvez terminer vos achats mais vous ne pourrez pas
profiter des remises annoncées.
En
réalité, ces ventes ‘privées’ ne sont plus confidentielles car annoncées
ouvertement en vitrine. Elles sont autorisées dès lors que le mot
‘soldes’ n'est pas utilisé et que la législation sur l'interdiction de revente
à perte est respectée. Contrairement aux soldes dont les dates sont
fixées par un arrêté du ministre de l'économie, les ventes privées peuvent
avoir lieu tout au long de l'année. Les ventes privées devraient donc
réapparaître, une fois les soldes terminés.
Les
soldes ne peuvent porter que sur des marchandises proposées à la vente et payées
par le commerçant depuis au moins un mois. Il n'a donc pas le droit de se
réapprovisionner pendant les soldes, contrairement aux ventes privées :
pour ces dernières, le produit doit être disponible durant toute la période
indiquée par le commerçant. Si le produit n'est plus en stock, le commerçant
doit se réapprovisionner.
La
loi vous autorise à retourner un article acheté sur Internet dans les 14 jours
suivant sa réception et quelque soit la raison du renvoi : ce délai de
rétractation est maintenu pendant les soldes. En revanche, soldes ou pas, la
loi ne contraint pas le commerçant à échanger ou rembourser un produit acheté
en boutique. Il doit en revanche afficher une mention de type ni repris, ni
échangé dans le magasin ou sur le ticket de caisse. Il n'y a qu'en cas de
vice caché ou de défaut de conformité que le vendeur est dans l'obligation de
reprendre l'article.
Par Adrien Oster - Ce qui prédède est inspiré par et condense en bonne part l'article suivant :
mercredi 19 décembre 2018
Le pourboire - mode d'emploi
À mi-juin de cette année 2018, DIE WELT a rendu compte, sous la plume de Thomas
Maier, d'une étude universitaire qui a été faite sur la pratique du pourboire. J'en donne une traduction des plus approximatives : se référer prioritairement au texte original.
Das Trinkgeld
ist eine Anerkennung für guten Service – oder? Forscher der Universität
Frankfurt haben jetzt herausgefunden, dass ganz andere Faktoren eine Rolle
spielen. Etwa, mit wem man beim Essen sitzt.
Über Geld spricht man einer Redewendung zufolge bekanntlich
nicht. Ähnlich ist es auch beim Trinkgeld, das in Deutschland von einer
Vielzahl von Konventionen bestimmt wird. Diese sind aber nicht eindeutig
definiert – und sorgen damit oft für Irritationen. Dies haben Forscher im
Fach Wirtschaftssoziologie an der Universität Frankfurt herausgefunden.
Das fängt schon damit an, dass keiner genau weiß, was das
Servicepersonal in Restaurants oder Bars an Trinkgeld bekommt. Fragt man die
Empfänger, dann gehen diese von zehn Prozent aus. Die Gebenden wiederum
sprechen gerne von fünf bis zehn Prozent – oder runden mit einem freundlichen
„Stimmt so“ einfach auf.
Unter Anleitung von Professor Christian Stegbauer haben
Studierende in einem Forschungsseminar in ausführlichen Interviews rund 40
Kellner und Gäste befragt. Dabei wurde Wert auf einen Querschnitt gelegt –
vom Café über die Bar bis zum teuren Restaurant.
Schwerpunkt war dabei, wonach sich die Gäste beim Trinkgeld
richten. „Das hat oft nichts mit der Qualität des Restaurants zu tun. Es geht
vielmehr um die Beziehung der Gäste untereinander“, sagt Stegbauer.
So hat das Seminar festgestellt, dass sich Gruppen beim
Trinkgeld stark aneinander orientieren. Jede Gruppe entwickelt dabei ihr
eigenes Ritual. Wenn man sich einigermaßen gut kennt, legt man beim Zahlen
oft zusammen. Bei der Höhe des Trinkgelds wird dann geschaut, wer was gibt.
Diskutiert wird über die Höhe des Trinkgelds aber meist nur, wenn die
Beziehungen wie etwa unter guten Freunden oder in der Familie sehr eng sind.
Ganz schlecht kommt an, wenn zum Beispiel unter
Arbeitskollegen der Chef weniger Trinkgeld gibt als seine Untergebenen. Das
kann dann auch noch am Tag danach für viel Gesprächsstoff im Betrieb sorgen –
so ein weiteres Ergebnis aus den Interviews.
Der Einfluss der Gruppe scheint beim Trinkgeld also immens.
„Wenn man großzügig sein will, muss man nur die eigene Gruppe übertrumpfen
und sonst niemanden“, sagt Stegbauer. Verblüffend sei, dass viele dennoch
behaupteten, sie ließen sich beim Trinkgeld vom eigenen Umfeld nicht
beeinflussen.
Nicht verwunderlich ist dagegen, dass beim ersten romantischen
Date besonders viel Trinkgeld fließt. Schließlich geht es darum, bei der
Partnerin oder dem Partner im Restaurant einen guten Eindruck zu
hinterlassen.
Daneben ist das Trinkgeld aber immer auch ein wichtiges Signal
in der Kommunikation zwischen Gast und Servicekraft. Der Flirt-Faktor kann
laut Seminar bei den Geschlechtern in beiden Richtungen eine Rolle spielen:
Auf Körperkontakt sei ein Gast aus, wenn er der Bedienung das Geld in die
Tasche stecke. Den Faktor könnten sich auch Kellnerinnen mit bestimmter
Kleidung und entsprechendem Lächeln zunutze machen, hieß es.
Manchmal sogar mit Anweisung, wie die Interviewer
herausgefunden haben: Eine weibliche Servicekraft wurde demnach von einem
Wirt dazu angehalten, den älteren Herrschaften doch immer wieder mal den Arm
auf die Schulter zu legen. Aber auch Kellner könnten beim weiblichen
Geschlecht einiges an Trinkgeld herausholen.
Das Trinkgeld kann neben einem adäquaten Service zudem auch
der gerechte Lohn für ein prima Essen sein. „Vieles wird dabei auf den
Geldbetrag reduziert“, sagt Stegbauer. Soll heißen: Gesprochen wird über die
Qualität des Essens meist nicht so gern mit der Servicekraft – vor allem wenn
es schlecht war. „Selten wird da die Wahrheit gesagt“, weiß der Soziologe.
Wo landet aber letztlich das Trinkgeld? Nur bei der Servicekraft
oder am Ende doch beim Wirt? Das Seminar hat in den Interviews alle möglichen
Formen gefunden. Oft wird das Geld auch mit der Küche geteilt.
Trinkgelder gelten, wenn sie als Anerkennung des Services ans
Personal gehen, als steuerfrei. Wenn es nicht so üppig ausfällt, ist es für
die Servicekräfte aber immer auch Anlass, über die Gäste zu lästern. Auch
dies ist ein Ergebnis der Studie.
|
Donner un pourboire c’est en
reconnaissance d’un bon service - non ? Des chercheurs de l'Université de
Francfort viennent de découvrir que des facteurs très différents y jouent un
rôle. Par exemple, selon avec qui vous êtes assis en mangeant.
L'argent, on n’en parle pas - c’est bien connu. Il en va de
même pour les pourboires qui, en Allemagne, sont déterminés par une
multitude de conventions. Celles-ci ne sont pourtant pas clairement
définies - ce qui est parfois énervant. C’est ce qu’ont découvert
des chercheurs en sociologie de l’économie de l’Université de Francfort.
D’abord, personne ne sait précisément ce que personnel en
service dans les restaurants ou dans les bars reçoit à titre de
pourboire. Si vous le demandez aux bénéficiaires, ils vous disent
que c’est plus que 10%. Ceux qui donnent, quant à eux, préfèrent
parler de cinq à dix pour cent - ou bien simplement d’arrondir
le montant, acccompagné d’un sympathique C’est bon comme ça (gardez la
monnaie).
Sous la direction du professeur Christian Stegbauer, des
étudiants qui participaient à un séminaire de recherche ont interrogé une
quarantaine de serveurs et de clients au cours d'entretiens approfondis.
Au cours de ce sondage, on s’est attaché à avoir un échatillon représentatif
- en allant du café au bar puis un restaurant cher.
L'accent a été mis sur le jugement que porte le client sut le
pourboire. Selon Stegbauer : Cela n’a souvent rien à voir avec la
qualité du restaurant. Il s’agit plutôt de la relation qui s’est établie
entre les clients.
Ce travail a ainsi permis de constater que les groupes ont une
attitude fortement marquée sur ce sujet. Chaque groupe développe son propre
rituel. Quand on se connaît assez bien, on met souvent des consommations
en commun. On examine ensuite quel sera le montant du pourboire pour savoir
qui donne quoi. En fait, le montant du pourboire n'est généralement
discuté que si les relations sont très étroites, par exemple entre de bons
amis ou en famille.
Il est assez mal vu que, par exemple entre collègues de
travail, le chef donne moins de pourboire que ses subordonnés. Un des
conclusions des entretiens est que cela peut se traduire le lendemain par bon
nombre de commentaires au sein de l'entreprise.
L'influence du groupe semble donc considérable en ce qui
concerne les pourboires. Si vous voulez être généreux, il vous suffit
d’être le seul à surpasser votre propre groupe, déclare Stegbauer. Il est
ainsi surprenant que beaucoup prétendent encore ne pas se laisser influencer
par leur propre environnement.
Il n’est en revanche pas étonnant qu’à l’occasion d’un
premier rendez-vous romantique le montant du pourboire soit particulièrement
élevé. Ne s’agit-il pas, au fond, de laisser une bonne impression à la ou
au partenaire dans ce restaurant. ?
Par ailleurs, le pourboire est toujours un signal important
dans la communication entre le client et le personnel. Une des
conclusions de l’étude est que le facteur flirt peut jouer un rôle
entre sexes - dans un sens comme dans l’autre : il s’établit un contact physique
si le client met l'argent dans la poche de la serveuse. Ce facteur - a-t-on
dit - peut également être mis en oeuvre par les serveuses selon leur vêtement
et le sourire qui va avec.
C’est parfois même une consigne, comme les enquêteurs l'ont
découvert : un patron a ainsi exhorté une servante à mettre systématiquement
son bras sur l'épaule des vieux messieurs. De même des serveurs arriveraient
à soutirer des pourboires de la part des femmes.
Le pourboire peut aller au-delà d’un service adéquat ainsi que
du juste prix d’un bon repas. Pour une bonne part, on se limitera au
montant de l'addition, déclare Stegbauer. En d'autres termes, les gens
n’ont pas beaucoup tendance à parler de la qualité de la nourriture avec le
personnel de service - surtout si c'était mauvais. On dit rarement la
vérité , dit le sociologue.
Dans poche de qui va le pourboire ? Seulement celle du
personnel ou, finalement, dans celle du patron ? A cours des interviews, on a
rencontré tous les cas. Souvent, l'argent est également partagé avec la
cuisine.
Encore une conclusion de
l'étude : Comme les pourboires sont considérés comme exempts d’impôt s’ils
sont adressés au personnel à titre de reconnaissance d’un service, et au cas
où il n’est pas très généreux, c’est au moins une occasion pour le
personnel de service de maudire les invités.
|
jeudi 6 décembre 2018
Livres, aiguillages et ripaille
Cela fait un mois, 9 novembre, une mésaventure due à
une erreur d'aiguillage a obligé un train à revenir en gare de Lyon, à Paris.
Et pas n'importe lequel, car ce train était celui qui conduit chaque année le
cortège d'auteurs et de journalistes à la Foire du livre de
Brive-la-Gaillarde.
Pourtant, ce convoi spécial était bien parti à 9h31 -l'heure
annoncée- de la gare de Lyon.
Mais un peu moins d'une heure après le départ, le
contrôleur a annoncé aux passagers du train:
Ne riez pas, il y a eu une
erreur d'aiguillage...
Le train s'est alors arrêté et a été contraint de
revenir en gare de Lyon le temps de corriger l'aiguillage.
Finalement, le train des auteurs est arrivé en gare de
Brive-la-Gaillarde avec plus d'une heure de retard sur l'horaire prévu.
Cette
mésaventure pourrait coûter cher à la SNCF. La loi dispose qu'au delà de 60
minutes de retard prévisible, les voyageurs peuvent demander un dédommagement.
La Ville de Brive-la-Gaillarde, organisatrice de la Foire du livre depuis 1973,
va voir son organisation bousculée par ce retard et pourrait par conséquent
demander un remboursement.
C'est une première dans l'histoire de la foire a déclaré François David,
commissaire de la Foire.
Présent dans le train, il est venu saluer les
participants et les rassurer à travers les allées.
Mais ce retard n'a en
réalité fait que prolonger un voyage devenu traditionnel grâce à ses coutumes
épicuriennes uniques depuis 1985.
Pendant tout le trajet, des repas régionaux
sont distribués aux participants et les liqueurs coulent à flots... dès 9
heures du matin.
Ce qui lui a valu le surnom de train du cholestérol
(appellation que l’on attribue à Bernard Pivot)
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