mercredi 24 octobre 2018

Traduire


Entretien avec André Markowicz (né en 1960 à Prague) avec Cécile Bouanchaud, paru en mars 2018 dans Le Monde (à l’occasion du Salon du Livre où la Russie était à l’honneur).

Le traducteur André Markowicz, qui a re-traduit tout Fiodor Dostoïevski (1821-1881), est un passeur de la littérature russe en France ; il revient sur son travail et l’impossibilité de traduire une œuvre « dans l’absolu », emmenant ainsi le lecteur « entre deux mondes ».
Le premier principe, c’est qu’il n’y a pas de principe. Si je devais en trouver, je dirai que c’est rendre sensible à autrui la lecture que je fais d’un texte. C’est une lecture appliquée, la traduction doit rendre compte de la structure du texte et doit prendre en compte tous les éléments de cette construction, c’est particulièrement vrai pour le style. Traduire, c’est rendre compte de la matérialité de la langue. 
Les textes que je traduis n’ont pas été pensés en langue française, donc ils ne doivent pas répondre à des règles d’une langue littéraire française préétablies. La traduction est un exercice d’accueil et d’enrichissement des possibilités de la langue française. On ne peut pas juger un texte traduit en fonction de lois qui ne sont pas les siennes.
C’est pour cela que j’ai traduit les œuvres complètes de Dostoïevski, pour que le lecteur puisse s’habituer, qu’il comprenne que ce n’est pas la langue de San Antonio, par exemple, et qu’il n’y a pas à comparer. C’est pour cela que je traduis par cycle, par grands ensembles, aucun livre séparé ne peut exister.
Qu’est-ce qui vous anime dans le travail de traduction ?
Ce qui me plaît, c’est le travail sur la langue. Ou plutôt, le travail sur les langues, celle au départ et celle à l’arrivée. La traduction, c’est toujours un entre-deux, on est ni là ni ailleurs. Il ne faut jamais penser que le livre en français d’un auteur russe équivaut au livre russe. Aucune traduction n’existe d’une façon absolue, c’est à chaque fois des interprétations, des tentatives, non pas pour passer d’un monde à l’autre, mais pour faire comprendre au lecteur que l’on est entre deux mondes.
Je décris cela dans mon nouveau livre, L’Appartement*, dans lequel j’explique comment un traducteur vit entre deux mondes, entre deux temps, en l’occurrence entre la Russie et la France. La traduction est un lieu physique, qui redevient un lieu mental, puis un nouveau lieu physique.
* A Saint-Pétersbourg, André Markowicz a hérité de l'appartement dans lequel vivait sa grand-mère depuis 1918. Cet appartement, devenu propriété de la famille au moment de l'effondrement du système communiste, est le prétexte d'un récit mêlant souvenirs familiaux, réflexions sur le régime communiste, la littérature, les intellectuels russes, dessinant une forme d'autobiographie sensible du poète et traducteur.
Est-ce que cela n’est justement pas frustrant de ne jamais pouvoir traduire un texte dans son « absolu » ?
Il ne faut pas prendre cette situation de déplacement comme quelque chose de tragique, mais comme quelque chose de l’ordre de la nature : c’est comme ça. Comme quand il pleut, ce n’est ni bien ni mal, c’est comme ça. Il y a toujours de la frustration et du renoncement. Mais que voulez-vous, plus le temps passe, plus je m’aperçois qu’il y a des personnes plus jeunes que moi, c’est frustrant, mais qu’est-ce que je peux y faire ? Je me plains beaucoup ou je pleure.
 Qu’est-ce qui est constitutif de la culture russe et qui vous pose des difficultés en tant que traducteur ?
J’ai commencé à traduire Dostoïevski avec L’Adolescent. Ce personnage a une idée : il veut être Rothschild, non pas pour être l’homme le plus riche du monde, mais pour être l’homme le plus libre. Car Rothschild est le seul à pouvoir faire ce qu’il veut ou à ne pas le faire. La liberté russe, ce n’est pas la liberté de l’action, c’est un accord libre et sans contrainte avec un ordre préexistant. Un Occidental américanisé a du mal à comprendre cette idée. Par ailleurs, dans la culture russe, la prise en compte de l’individu n’existe pas, elle est toujours secondaire.
Un autre exemple que l’on retrouve dans la culture russe : dans la vie de tous les jours, il y a une exacerbation des sentiments et des choses, une sorte de violence extrême et en même temps une sorte de grande chaleur humaine. Une confrontation tragique entre la conscience de l’histoire et la conscience de la valeur d’une vie humaine, dans laquelle Fiodor Dostoïevski n’entre pas, à l’inverse de Léon Tolstoï, Mikhaïl Boulgakov ou Vassili Grossman.
Dans La Fille du capitaine, d’Alexandre Pouchkine, quand Pougatchev prend une forteresse et va pendre les officiers de celle-ci, les hommes chargés de les traîner à la potence, leur disent « ça va aller ». Tout cela est dit avec compassion, gentiment, mais ils les pendent. Cet état d’esprit est une caractéristique russe. Évidemment, la Russie ne se résume pas à cela. D’ailleurs, je ne sais pas ce que c’est la Russie, je n’ai absolument pas envie de le savoir, il n’y a pas d’essence sur le sujet de la culture.
Y a-t-il des mots russes qui sont particulièrement difficiles à traduire ?
Les difficultés fondamentales de traduction sont dans Dostoïevski. Dans Crime et Châtiment, un personnage mineur, qui n’apparaît que deux fois sans être nommé, aperçoit Raskolnikov, et lui dit un seul mot : « assassin ». Mais ce n’est pas exactement cela, il s’agit d’un mot russe, imprégné de langue populaire et de légende biblique, et qui ne signifie pas exactement qu’il est un assassin, mais qu’il a enfreint le commandement de Dieu en tuant. Si je traduis « assassin », je traduis l’intrigue du roman, mais pas l’idée, pas le sens. C’est pour cela que j’ai délibérément mal traduit, en disant : « tu as tué ». C’est cela qui compte. Ces difficultés-là, c’est constant, il y en a des centaines auxquelles les traducteurs se confrontent.

En complément, des extraits d’un entretien datant de 2012, paru dans "Place publique" (Rennes)

Je suis né à Prague (1960) mais par accident. Mon père était un militant communiste français, fils d’un juif arrivé en France au début des années trente après avoir été expulsé de Pologne. Journaliste dans la presse communiste française, en particulier étudiante, mon père avait, lors d’un séjour en Union soviétique, rencontré une jeune fille russe qui parlait français et qui allait devenir ma mère. Elle était née en Sibérie où ses parents étaient déportés. Elle était médecin. 
Après, mon père a travaillé à Moscou et j’y ai donc vécu jusqu’à l’âge de quatre ans. Là-bas, j’ai été éduqué en russe par ma grand-mère et par ma grand-tante… Imaginez, toutes deux avaient vécu le tsarisme, la guerre de 14, le stalinisme, le blocus de Leningrad, les campagnes antisémites... Ma grand-mère considérait que les petits enfants pouvaient tout comprendre, qu’on pouvait leur parler comme à des adultes. Ainsi me disait-elle les poèmes de Pouchkine, notamment Eugène Onéguine. J’ai appris à parler en parlant Pouchkine.
Ensuite, quand on est venus en France, ma mère a fait des études de lettres, a passé son agrégation de russe et est devenue prof d’université. Pour elle, c’était impossible de me parler dans une autre langue que le russe. Même si elle parle français comme vous et moi, elle ne peut pas parler autrement qu’en russe quand elle s’adresse à un petit enfant… ou à un animal. Si le russe est ma langue maternelle, pour le reste, j’ai été éduqué comme un petit Français normal de la banlieue parisienne des années soixante. En trois mois, j’ai changé de langue. Ma langue, c’est le français de l’école publique. J’ai adopté ma langue paternelle.
Ma mère connaissait un professeur de Leningrad, qui s’appelait Efim Etkind. Élève des grands formalistes russes, il avait été expulsé d’Union soviétique. En Russie, il était aussi l’un des grands spécialistes de la traduction. Quand j’avais 16 ans, il m’a demandé si je ne voulais pas traduire Pouchkine. 
J’ai eu une autre grande chance, celle d’avoir rencontré Hubert Nyssen, l’éditeur d’Actes Sud. Je lui ai proposé de traduire l’intégrale de Dostoïevski. Il a accepté, ce que plus aucun éditeur ne pourrait faire aujourd’hui. Il s’est engagé pour une durée de dix ans par simple contrat verbal. Mais pas que cela.
Au même moment, j’ai rencontré quelqu’un d’aussi fondamental pour moi : Antoine Vitez, le metteur en scène, qui était alors administrateur de la Comédie française et qui m’a introduit dans le monde du théâtre. 
Je travaille surtout «à l’oreille». Il me faut aussi rendre hommage à ma mère qui relisait toutes mes traductions en comparant avec le texte russe. D’un autre côté, Françoise (son épouse) a tout relu en français. Double lecture fondamentale. S’y ajoute la relecture d’Hubert Nyssen et de Sabine Wiespieser qui, à l’époque, ont réalisé un vrai travail éditorial.


mercredi 19 septembre 2018

Que sont devenus les péchés capitaux ?



À la veille des vacances d'été, le quotidien de Suisse romande, LE TEMPS, a rendu compte d'un essai du philosophe Christophe Godin sur la réhabilitation et la médicalisation des biens connus "péchés capitaux". Ce qui suit est un condensé de l'article.

Énoncée à la fin du VIe siècle par le pape Grégoire le Grand (auquel on doit le chant grégorien), stabilisée au XIIIe siècle (celui de Thomas d’Aquin), la liste des sept péchés capitaux a été sujette à d’innombrables discussions et interprétations théologiques, prolongées dans une riche tradition iconographique.

La liste, la voici : l’avarice, la paresse, la gourmandise, la colère, la luxure, l’envie, l’orgueil. Pourquoi le meurtre, le viol ou le parjure n’y figurent-ils pas ? C’est que capital ne signifie pas le plus grand mal, mais plutôt ce qui est au principe de tous les maux. Ainsi, la luxure engendre le mensonge, la ruse, le vol, jusqu’au meurtre.

Que sont donc devenus les péchés capitaux ? Telle est la question que pose Christian Godin (il est notamment l’auteur de La philosophie pour les nuls, ouvrage remarquable que peu de philosophes professionnels auraient été capables de rédiger) dans son dernier essai : Ce que sont devenus les péchés capitaux (Le Cerf, 216 p.).

Globalement, Christian Godin voit une double évolution :

Premièrement, un mouvement général de réhabilitation, dans la mesure où ils vont bien avec le libéralisme capitaliste de notre époque. Ainsi, par exemple, l’avidité et la cupidité, qui sont des dimensions de l’avarice, sont cultivées comme jamais car elles constituent des dynamiques psychiques éminemment favorables à l’entretien de la machinerie techno-économique actuelle. De même, sous la forme de l’émulation, de la rivalité et de la concurrence […] l’envie passe pour une vertu.

Deuxième évolution dans la réinterprétation contemporaine des péchés: leur médicalisation. La paresse est devenue dépression. La gourmandise, sévèrement condamnée au Moyen Âge, est disculpée par l’économie de la consommation sous la figure du gourmet (C’est tellement bon que c’est un péché !). Simultanément, la boulimie a été médicalisée, ce qui permet en retour de valoriser la bonne gourmandise dont le marché a besoin.

Le chapitre conclusif sur l’orgueil, que la morale chrétienne opposait à l’humilité, est l’occasion d’une réflexion sur le triomphe de la volonté comme trait majeur de notre époque, comme on le voit dans l’apologie sociale de l’ambition, ou dans les délires prométhéens d’immortalité.

Source : Quotidien suisse LE TEMPS (22 juin 2018)


mercredi 11 juillet 2018

La livraison à domicile





La Gazette de l'École des Mines de Paris a rendu compte en début d'année d'un mémoire rédigé en 2017 et consacré à la livraison à domicile, à vélo (surtout des repas) ou par chauffeurs-livreurs (notamment les colis commandés "en ligne"). 

Avec l’explosion du e-commerce, les livraisons à domicile se sont multipliées, entraînant l’apparition de nouveaux livreurs - sous-traitants, indépendants, salariés… qui doivent faire face aux exigences toujours plus fortes de leurs “employeurs”. Le consommateur bénéficie de services plus personnalisés, à un prix souvent dérisoire.

Nous avons été à la rencontre des acteurs du monde de la logistique urbaine, en tournée avec des chauffeurs-livreurs, mais aussi dans les bureaux lors d’entretiens (start-ups, grands groupes, pouvoirs publics). Nous avons découvert les contraintes, qui pèsent sur le dernier maillon de la chaîne : les livreurs à domicile.

LES LIVREURS À VÉLO

Une myriade de livreurs à vélo parcourt aujourd’hui les rues des grandes métropoles. Plusieurs milliers (Deliveroo, Foodora…), livrant en moins de 30 minutes repas et courses de supermarché. Non polluant, peu encombrant, silencieux, ce mode de livraison semble parfaitement adapté aux centres villes.

Et pourtant, les entreprises qui mettent en relation restaurateurs, consommateurs et livreurs à l’aide d’une application mobile, font l’objet de vives critiques.

Un statut peu protecteur - C’est avant tout le statut de ces travailleurs qui pose problème. Ce ne sont pas des salariés mais des indépendants, sous le statut du micro-entrepreneuriat pour la plupart, au régime fiscal simplifié. Ils travaillent pour leur compte mais cette liberté s’accompagne d’une précarité de l’emploi.
La plupart sont rémunérés à la course sans aucune rémunération horaire minimale. S’il y a moins de livraison ou si leur notation est mauvaise, leurs revenus peuvent disparaître.

Une indépendance contestée - Leur indépendance n’est pas si évidente à prouver : la loi prévoit qu’il ne doit pas exister de lien de subordination entre l’indépendant et l’entreprise. Mais de nombreux livreurs dénoncent un salariat déguisé (sanctions contre les livreurs peu assidus, tarifications des livraisons imposées, port du logo obligatoire…).

La loi El-Khomri - Le gouvernement avait souhaité apporter plus de garanties aux micro-entrepreneurs de plateformes numériques, et aux start-ups de survivre. L’article 60 de la loi mise en application au 1er janvier 2018), a contraint les plateformes numériques à fournir plus de garanties aux travailleurs (remboursement des cotisations d’assurance accident du travail, paiement de la cotisation à la formation professionnelle, respect du droit de grève, et de la possibilité de former des syndicats).
Cette loi est à double tranchant : donnant plus de garanties aux travailleurs, elle leur est bénéfique ; mais comme elle institutionnalise le statut de travailleur indépendant de plateforme, elle éloigne les possibilités de requalification en salariat.
Les plateformes qui étaient jusqu’ici dans une zone grise du droit, ont donc vu leurs pratiques sanctuarisées par cette nouvelle loi, éloignant ainsi le spectre de la requalification.

Les conditions de travail - Les livreurs ont vu les plateformes baisser progressivement et imposer des rémunérations à la livraison sans minimum horaire. Le paiement à la tâche les incite à travailler toujours plus vite. Les grèves de livreurs se font de plus en plus fréquentes pour protester contre ces modes de rémunération.
Les livreurs à vélos ne sont pas des étudiants cherchant un peu d’argent de poche – au contraire. De plus en plus de livreurs exercent à temps plein, sont peu diplômés, et et financièrement dépendants de ces plateformes.

Concurrence - Le recours aux indépendants permet de répondre à la flexibilité de la demande et réduit la prise de risque pour l’entreprise. C’est aussi le statut d’indépendant qui induit une baisse de coût. En effet, une entreprise qui emploierait des salariés devrait payer sur le salaire des charges patronales notamment versées à l’Urssaf afin de financer la protection sociale (assurance maladie, assurance vieillesse, allocations familiales...). Ne payant pas de cotisations patronales sur le travail des livreurs, les plateformes  bénéficient d’une différence de coût du travail qui n’est pas anodine…
Dans le secteur du transport de passagers, Uber en a bien compris l’intérêt. L’Urssaf estime avoir établi que Uber a recours à du salariat déguisé et a engagé à la rentrée 2015 une procédure devant le Tribunal des affaires de sécurité sociale, pour exiger le remboursement des cotisations patronales non perçues.
Les plateformes semblent ainsi exercer une concurrence déloyale vis-à-vis des entreprises de transport traditionnelles en ayant recours à des micro-entrepreneurs et en profitant d’un coût du travail artificiellement bas.
Avec le risque de voir d’autres entreprises se convertir massivement au micro-entrepreneuriat, remettant en cause le financement de notre système de sécurité sociale.

LES CHAUFFEURS LIVREURS

Malgré l'apparition de ces nouveaux livreurs à vélo, le marché de la logistique du e-commerce reste dominé par les acteurs traditionnels de la livraison de colis (La Poste, DHL, FedEx, UPS…). Les défis dus à la complexification des livraisons remettent en cause leur fonctionnement.
Les colis sont aujourd’hui livrés un par un à des particuliers souvent absents et dont l’adresse est incomplète, le numéro de téléphone manquant, le digicode inconnu. Or la fragmentation des livraisons coûte cher.
Souvent, ce coût supplémentaire n’est pas répercuté sur le consommateur final (offres de “livraison gratuite”). Qui donc le paye ?
S’y ajoute une pression sur les coûts due à la concurrence dans le secteur de la logistique - pression accentuée par le pouvoir de négociation des Amazon, Cdiscount, etc. qui concentrent la majeure partie des chiffres d’affaire du e-commerce.
De nombreuses solutions ont été envisagées :
Développement du numérique pour optimiser les tournées, création de consignes automatiques, utilisation de relais colis, diversification de l’offre pour faire face à la concurrence, développement de technologies de pointe comme les drones…
Mais ces innovations cachent une organisation opérationnelle qui n’a pas vraiment évolué : l’optimisation se base en grande partie sur une pression accrue portée sur les livreurs.

Une sous-traitance massive - Une fois franchie la porte des entrepôts logistiques de colis du e-commerce, force nous a été de constater que les grands acteurs de la livraison n’ont de “transporteur” que le nom : elles jouent le rôle de commissionnaire de transport, contractant avec des dizaines d’entreprises prestataires de services qui fournissent la main-d’œuvre pour effectuer les livraisons.
Le chiffre communément admis pour la sous-traitance des livraisons effectuées en zone urbaine dense est d’environ 90%. Le tissu d’entreprises de transport routier de marchandises est constitué d’une multitude de TPE, dont 95 % emploient moins de cinq salariés .
Les véritables victimes de ce bouleversement sont difficile d'accès, invisibles au grand public car portant les couleurs des donneurs d’ordre sur leurs camionnettes, mais invisibles aussi aux pouvoirs publics car absentes des fédérations syndicales.
Ce modèle n’est pas nouveau dans le transport routier de marchandises. Ces petites entreprises ont une durée de vie souvent courte dans un environnement très concurrentiel. L’externalisation de la masse salariale s’accélère.

Des entorses au droit du travail - Aux côtés de chauffeurs, nous avons constaté la réalité de l’optimisation des coûts à travers la pression que subissent les livreurs.
Arrivé sur le site à 5h30 pour le tri des colis, l’un des livreurs enchaîne avec une tournée de livraison le matin, prend deux heures de pause pour dormir dans sa camionnette (quand c’est possible), puis cumule avec une seconde tournée l’après-midi. La journée se finit à 20h30.
Les onze heures de repos réglementaires ne sont pas respectées. La semaine de travail compte soixante-treize heures.
Un autre livreur travaille depuis 1999. Rattaché successivement à différentes entreprises de sous-traitance, il n'a jamais été requalifié salarié du groupe.
Les donneurs d’ordre en sont évidemment conscients : les livreurs travaillent dans leurs centres logistiques, utilisent leurs outils numériques pour scanner les colis et enregistrer les heures de livraison. Le tarif de rémunération au colis est si faible qu’il apparaît difficile pour les entreprises sous-traitantes d’être rentables en employant des CDI faisant les 35 heures…
Il apparaît vite que les obligations légales auxquelles sont soumis les donneurs d’ordre restent très superficielles concernant la supervision des conditions de travail des employés des entreprises de sous-traitance. Sur le plan réglementaire, ils doivent vérifier que le sous-traitant est inscrit au registre des transporteurs et demander l’attestation de vigilance auprès des patrons des entreprises de sous-traitance (fournir la preuve du paiement des cotisations sociales). Aucun contrôle du volume horaire effectué par les sous-traitants n’est prévu par la loi.

Que fait l'inspection du travail ? Consciente du problème, elle ne possède que peu d’outils fonctionnels pour débusquer les abus, les prévenir et les dissuader. Dans la mesure où elle peut réunir des preuves, elle peut enclencher des poursuites au pénal - procédures longues et qui n’aboutissent pas forcément.
Et il est difficile de contrôler les horaires sur route en l’absence de chronotachygraphe comme c'est le cas pour les poids lourds.

NB : Ces pratiques ne sont pas spécifiques à la livraison en ville. De nombreux secteurs ont largement recours à des travailleurs sous-traitants dont les conditions de travail sont opaques (ex. : la construction). De plus en plus de secteurs ont recours à des micro-entrepreneurs à la place de salariés (ex. : monde du journalisme).

Marie Baumier, Mathilde Pierre, mémoire - MINES ParisTech, 2017


mardi 19 juin 2018

Fête de la Musique 2018 à Paris





Les Bachiques Bouzouks sont un petit groupe d'amoureux de la chanson qui se donnent rendez-vous depuis 1995 dans les rues et les kiosques de Paris :


Trois musiciens (une accordéoniste, un banjoïste, un contrebassiste) et huit chanteurs, prêtent des livrets de paroles à tous ceux qui passent par là et ont envie de pousser la chansonnette.




Le répertoire comprend essentiellement des chansons françaises et quelques chansons européennes dont tout le monde connaît au moins un peu l'air et que chacun peut apprendre en très peu de temps s'il a les paroles sous les yeux.


Deux ou trois heures de chansons non stop, prestation entièrement gratuite et ouverte à tous, même ceux qui ne sont pas tout à fait sûrs de chanter juste : les timides sont portés par le nombre et repartent tout heureux d'avoir découvert le bonheur de chanter ensemble.


En soirée et quand le site le permet, chacun est invité à apporter des provisions et boissons pour alimenter un buffet, pour encore plus de partage et de convivialité.


Tout a commencé à l’école maternelle Saint-Germain l’Auxerrois (1er arrondissement de Paris), en 1994. La directrice de l’école avait proposé aux parents jouant d’un instrument de musique de venir le montrer aux enfants à l’occasion de la Fête de la Musique. Elisabeth est donc venue avec son accordéon, qui a beaucoup plu aux enfants, et la directrice lui a proposé de revenir le samedi suivant pour animer le buffet de la fête de l’école.

Deux autres parents d’élèves se sont approchés : Thierry connaissait par coeur la plupart des chansons « musette » qu’elle jouait (La Valse brune, La Java bleue...) et Gilles, qui n’en connaissait que la musique, se contentait de les fredonner. Tous trois se sont dit qu’un grand nombre de parents sauraient certainement chanter ces chansons s’ils avaient les paroles sous les yeux. L’idée est alors née de photocopier les paroles d’une dizaine de chansons et de se retrouver à quelques-uns pour les répéter en prévision de la fête de l’année suivante.

A l’initiative de l’un des membres du groupe, l’habitude s’est prise d’apporter quelques bouteilles, un peu de saucisson, de pain et de fromage, pour donner plus de convivialité à ces rencontres. Le nom de Bachiques Bouzouks a plu et a été retenu (pour mémoire, c’est un jeu de mots à partir de l’insulte bien connue du capitaine Haddock, « bachi-bouzouk ! »).


L’idée a germé d’aller également chanter à l’extérieur de l’école, par exemple sur le pont des Arts ou dans des restaurants du quartier, à la fois pour le plaisir de chanter en public et dans le souci d’animer des fêtes ouvertes à tous. C’est de 1995 qu’on peut vraiment dater la naissance des Bachiques Bouzouks.

Compte tenu du nombre croissant de personnes intéressées, nous ne nous produisons pratiquement plus que dans la rue. Sauf exception, les Bachiques Bouzouks restent fidèles au quartier où ils ont vu le jour, à savoir le quartier des Halles dans le 1er arrondissement de Paris, avec un lieu d’élection particulier, le Jardin des Halles et ses environs.

Le répertoire comprend des chansons françaises traditionnelles, allant du 18ème siècle aux années soixante ; nous avons également ajouté un petit choix de chansons espagnole, italienne, allemande, anglaise, et même russe. Certains auront remarqué la présence de chansons « rouges » (L’Internationale, la Varsovienne...) ; à ceux à qui elles font un peu « grincer les dents », nous proposons de les chanter soit pour la beauté de la musique, soit en souvenir des femmes et des hommes du peuple dont elles ont exprimé les luttes et les espoirs. Ce répertoire, qui comprend maintenant les paroles d’environ cent-trente chansons, est prêté gracieusement aux passants, qui nous le rendent à la fin de la fête...


C
Ça, c'est Paris
C'est lui qu'mon coeur a choisi
C'est un mauvais garçon
C'est une fleur de Paris
C'est si bon
Caissière du Grand café (La)
Canuts (Les)
Carioca (La)
Chaland qui passe (Le)
Chanson des blés d'or (La)
Chansonnette (La)
Chant des Partisans (Le)
Chevaliers de la Table Ronde
Chez Laurette
Clair de Lune à Maubeuge (Le)
Coin de rue (Le)
Comédiens (Les)
Comm' de bien entendu
Comme un p'tit coquelicot
Complainte de la Butte (La)
Complainte de Mandrin (La)
Complainte des infidèles (La)
Copains d'abord (Les)
M
Ma liberté
Ma môme
Madelon (La)
Mademoiselle de Paris
Marche de Ménilmontant (La)
Marie vison (La)
Marine (La)
Marjolaine
Marseillaise (La)
Mattchiche (La)
Mauvaise réputation (La)
Méditerranée
Métèque (Le)
Mexico
Milord
Mon amant de St-Jean
Mon homme
Mon manège à moi
A
À Joinville le pont
À la Bastille
À la Saint Médard
À Paris
Accordéon (L')
Accordéoniste (L')
Ah ! le petit vin blanc
Ah ! que nos pères
Air de Paris (L')
Amants d'un jour (Les)
Amazing Grace
Amoureux des bancs publics (Les)
Aragon et Castille
Armstrong
Au Printemps
Auprès de ma blonde
Aux Champs-Elysées
Avoir un bon copain
P
Padam
Paris Canaille
Paris tu m'as pris dans tes bras
Parlez-moi d'amour
Passant par Paris
Petit bal du sam'di soir (Le)
Petit bal perdu (Le)
Petit bonheur (Le)
Petit cordonnier (Le)
Petits papiers (Les)
Piano du pauvre (Le)
Pigalle
Plus bath des javas (La)
Plus beau tango du monde (Le)
Poinçonneur des Lilas (Le)
Porque te vas
Pour un flirt
Pour une amourette
J
J'ai deux amours
J'ai la mémoire qui flanche
Jardin extraordinaire (Le)
J'attendrai
Java bleue (La)
Java [de Mistinguett] (La)
Javanaise (La)
Java qu'est-ce que tu fais là
Jazz et la java (Le)
Je chante
Je n'aurai pas le temps
Jeune fille du métro (La)
Jolie Môme
Julie la Rousse
B
Bal de la Marine
Ballade irlandaise (La)
Ballade nord irlandaise (La)
Bandiera rossa
Bambino
Barcarolle des contes d'Hoffmann
Bella ciao
Belle de Cadix (La)
Besame Mucho
Bicyclette (La)
Bohême (La)
Butte rouge (La)
T
T'as pas, t'as pas tout dit
Ta voix
Tchi-Tchi
Tel qu'il est
Temps des cerises (Le)
Temps des fleurs (Le)
Temps du muguet (Le)
Tendresse (La)
Tord-Boyau (Le)
Tourbillon
Tout ça n'vaut pas l'amour
Trois petites notes
S
Santiano
Salade de fruits
Si toi aussi tu m'abandonnes
Si tu veux... Marguerite
Siffler sur la colline
Soleil et la lune (Le)
Sous le ciel de Paris
Sous les toits de Paris
Sud (Le)
Sur l'pont des Arts
Sur les quais du vieux Paris
Syracuse
D
Dans la vie faut pas s'en faire
Dansons la rose (de Picardie)
Dédicace
Dernière séance (La)
Dès que le vent soufflera
Déserteur (Le)
Dirty old town
Domino
Douce France
E
Éducation sentimentale
Elle n'est pas morte (la Commune)
Emmenez-moi
Enfants du Pirée (Les)
Équipe à Jojo (L')
Étoile des neiges
G
Galérien (Le)
Gamin d'Paris (Un)
Gigi l'Amoroso
Gloire au Dix-septième
Goualante du pauvre Jean (La)
Grands boulevards (Les)
H
Havanaise de Carmen
Heure exquise (L')
Histoire d'un amour
Homme à la moto (L')
Hymne à la joie (Hymne Européen)
F
Fanchon
Filles du bord de mer (Les)
Fleur aux dents (La)
Foule (La)
Framboise !
I
Il en faut peu pour être heureux
Il est 5 heures, Paris s'éveille
Il n'y a plus d'après
Insurgé (L')
Internationale (L')
V
Valse brune (La)
Varsovienne (La)
Vesoul
Vie en rose (La)
Volare
R
Rio
Romance de Paris (La)
Rossignol de mes amours
Rue de notre amour (La)
L
Lili Marleen
Lily
Loup, la biche et le Chevalier (Le)
O
Orage (L')
Où est-il donc ?
Où sont tous mes amants ?
N
Nathalie
Non, je ne regrette rien
Q
Quand on s'promène
Que reste-t-il de nos amours ?
Y
Y'a d'la joie
Yellow submarine
U
Un jour tu verras
K … W … X … Z