samedi 6 avril 2013
Quel monde dans 20 ans ? (g)
Ce billet est le septième et dernier d’une
série qui livre l’adaptation condensée que j’ai faite de GLOBAL TRENDS 2030 (Alternative
Worlds), rapport produit,
fin 2012, par le National
Intelligence Council
américain. Le document original peut être consulté sur le site : www.dni.gov/nic/globaltrends et téléchargé.
La première partie du rapport avait
présenté quelques tendances de fond pour les 20 années qui viennent, la seconde
partie était consacrée à six facteurs de changements. Le présent billet (g) regroupe
quatre scénarios contrastés pour 2030 : Tous freins serrés ; De
concert ; Les inégalités l’emportent ; Les États jettent l’éponge.
En
combinant les tendances majeures, qui ont été rappelées au début, et les
facteurs de changement, qui ont été analysés par la suite, voici quatre scénarios
typiques. Il faut considérer que c’est un cadre de réflexion car on
se doute que – à des doses qui restent à déterminer – le futur pourrait puiser
un peu dans chacun d’entre eux.
Le
graphique ci-dessus donne, en milliers de milliards de $, une idée de
l’importance économique de chacune des régions du globe, mesurée par leur PIB
en termes réels, d’une part en 2010 et, d’autre part, pour chacun des
scénarios :
Stalled engines (En panne) qui sera dénommé
ici : Tous
freins serrés.
C’est
le plus plausible parmi les pires scénarios : Accroissement des conflits
entre États. Les États-Unis
se retirent sous leur tente. L’Europe aussi. La mondialisation est en panne
Fusion qui sera dénommé
ici : De
concert
C’est
le plus plausible des meilleurs scénarios : La Chine et les États-Unis coopèrent, attitude
qui s’étend au plan mondial.
Gini-Out-of-the-Bottle (l’indice
d’inégalité – dit de Gini – sort de sa bouteille) qui sera dénommé
ici : Les
inégalités l’emportent.
Il
y a de grands gagnants et de grands perdants entre les pays. Les inégalités en
interne sont sources de tensions sociales – y compris en Chine entre les régions
de la côte et l’intérieur, et au sein du Parti. Les États-Unis arrêtent de jouer
au gendarme mondial.
Nonstate World (Un monde sans les États) qui sera dénommé
ici : Les
États jettent l’éponge.
Nouvelles
technologies aidant, ce sont des acteurs non-étatiques qui prennent la relève
(ONG, multinationales, institutions académiques, gouvernements locaux –
notamment ceux des méga-cités). Ils s’appuient sur un consensus d’opinion sur
les questions liées à la pauvreté, à l’environnement, à la corruption, à la
paix… Les problèmes de sécurité internationale subsistent : c’est un monde
pas glorieux mais plutôt stabilisé.
TOUS
FREINS SERRÉS
C’est
un des pires scénarios et, parmi ceux-ci, le plus plausible. On peut imaginer
pire – une conflagration mondiale – mais elle est peu probable à cet horizon
temporel. Ici, les États-Unis sont
incapables de financer leurs dépenses publiques les plus nécessaires. Leur
économie et leur performance
vacillent : ils se replient sur eux-mêmes. Il en va de même pour le projet
européen, désormais réduit à une petite zone de libre-échange après le départ
de l’Union des pays de la périphérie et la montée des nationalismes. Les
réformes n’ont pas été faires en Chine et en Inde, où la corruption
et les désordres sociaux régnant y ont ralenti la progression économique et
financière. Le protectionnisme se renforce et les pays riches s’isolent des plus
pauvres. La mondialisation n’est pas totalement balayée mais s’est arrêtée.
Contribution
des facteurs de changement à cette situation
L’économie mondiale prend eau de toute part. Ce coup de frein à la
croissance s’accompagne d’une hausse des produits alimentaires.
Conflits : l’Asie devient un endroit
de grandes manœuvres ; la violence entre Sunnites et Chiites se déchaîne entre l’Iran et l’Arabie
saoudite ;
les États-Unis et
l’Europe
préfèrent ne pas intervenir.
L’Asie du
Sud-est,
une partie de l’Inde,
la Corne de l’Afrique et certains pays du
Golfe sont
régionalement
déstabilisés
en raison de sévères épidémies qui les touchent. Même sans cela, l’instabilité
est latente en Asie centrale et au Moyen-Orient.
Le multilatéralisme est sacrifié du fait des
craintes suscitées par une épidémie mondiale. Les pays riches s’isolent des
pays pauvres et les ressentiments s’amplifient entre Est et Ouest, entre Nord
et Sud.
La technologie n’est pas au
rendez-vous pour la révolution du gaz de schiste. Seul apport venant de la
technologie : les interconnexions permise par le numérique, dont
l’existence favorise la nouveauté et préserve une certaine mondialisation.
Sous
la pression de leur opinion publique, les États-Unis ne cherchent plus
à assumer de leadership mondial et se replient dans une Forteresse Amérique.
Analyse
par régions
Aspirée
par ses tourments intérieurs, l’Europe se range sur le côté de la route –
tout comme les États-Unis.
Les
États-Unis s’étant retirés d’Afghanistan et d’Asie
centrale,
la Russie a renforcé son
emprise sur ses voisins.
Coup
de frein sur les réformes économiques et politiques fondamentales en Chine. La corruption et
l’agitation sociale en ralentissent la croissance – ce qui peut expliquer une
recours gouvernemental au nationalisme et un certain aventurisme à l’extérieur.
En
l’absence d’une présence américaine à proximité, l’Inde doit se
débrouiller par elle-même, face à ce qu’elle considère comme de l’agressivité
de la part de la Chine.
Le Brésil et le reste de l’Amérique du Sud sont moins
affectés que d’autres par ce qui se passe dans le reste du monde. Le Brésil bénéficie de
l’augmentation du prix des produits alimentaires, et cherche à profiter du vide
créé par le retrait des États-Unis et
de l’Europe.
Dans ce scénario, ce
sont les pays
pauvres d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine qui souffrent le
plus des tensions géopolitiques, du coût des denrées
alimentaires, de la mortalité due aux épidémies, de l’effondrement de la
coopération économique et technologique.
DE
CONCERT
Cette
perspective apparaît comme la plus vraisemblable, si on se limite aux scénarios
optimistes. En raison sans doute d’un risque d’embrasement dans le Sud-est
asiatique,
la Chine
et les États-Unis parviennent
à s’entendre pour imposer un cessez-le-feu. Cela s’étend à d’autres types de
collaboration : leurs relations en sont transformées, ce qui bénéficie au
reste du monde.
Cette
ambiance favorise les conditions d’une reprise économique mondiale (doublement
en 20 ans), ainsi que des réformes dans une Chine devenue plus
active à l’international. Cela profite aussi bien aux pays émergents qu’aux
pays développés. La recherche et les institutions académiques sont entraînées dans un mouvement où l’innovation
technologique sert à répondre aux défis de la planète en matière de ressources
vitales.
Contribution
des facteurs de changement à cette situation
L’économie mondiale va bon train : elle est passée de 67 000 à
13 000 milliards $ entre 2010, la croissance des pays émergents restant
plus forte que celle des pays développés. Cette dynamique évite notamment, en Chine, un retour de
bâton qui aurait pu venir de sa classe moyenne au cas où la croissance se serait
tassée.
Conflits : c’est précisément pour
stopper un conflit en train de dégénérer dans le Sud-est asiatique que Chine et États-Unis arrivent à s’entendre
et que la collaboration qui s’ensuit devient garante du non-retour de nouveaux
conflits.
Même
si des tensions subsistent dans l’Asie du Sud, au Moyen-Orient et ailleurs, les
coopérations mises en place pour lutter contre la pauvreté et tempérer les changements
climatiques réduisent
les risques d’instabilité. Les réformes en Chine vont dans le même
sens. Rebond en Europe.
Servant
d’exemple, l’entente sino-américaine et suivie d’autres coopérations
dont les effets se propagent rapidement.
Expansion
de la connaissance scientifique allant également dans le sens d’une
coopération. L’innovation
technologique
est un élément crucial pour permettre l’accès aux ressources vitales dont
la rapide croissance en cours est gourmande.
Le
Rêve américain est de retour. La technologie étasunienne contribue à
atténuer les conflits et à soutenir un leadership américain. De façon
générale, la coopération remplace la concurrence entre puissances.
Analyse
par régions
En
fin de compte, la crise de la zone euro aura été le catalyseur de profondes
réformes politiques et économiques en Europe.
La
technologie étant devenue source de légitimité et de statut internationaux, la Russie opère une
réhabilitation en ce domaine et y devient un carrefour de fertilisation
croisée.
La Chine sort renforcée de cette phase en
termes de soft power, amorce une inflexion en direction de la démocratie, et un
rôle accru aux plans régional et mondial.
En
Inde l’industrie
high-tech bénéficie grandement de l’environnement de coopération qui prévaut.
Les tensions s’amoindrissent avec la Chine mais celles avec le Pakistan restent à juguler.
Les progrès relatifs aux ressources en énergie et en eau contribuent au
développement économique.
Des
scientifiques venus du Brésil sont aux
avant-postes d’une révolution verte en Afrique. La coopération
entre les grandes puissances fait que celles de second
rang ne
jouent pas un rôle mondial aussi marqué que lorsque Chine et États-Unis sont antagonistes.
Les
pays
pauvres bénéficient
largement des avancées liées à l’alimentation et l’énergie. Quelques-uns
restent aux marges de l’échec mais l’atmosphère de coopération est positive pour
un bon nombre.
LES
INÉGALITÉS L’EMPORTENT
Les
inégalités dont il s’agit sont aussi bien celles au sein de chaque pays
qu’entre pays pauvres et pays riches. En termes de PIB le monde prospère
relativement mais, en raison de la coexistence d’un cercle vertueux de la richesse et d'un cercle vicieux de la pauvreté, les tensions montent – un tel clivage risque
d’être fatal à l’Union européenne. Grâce à leur technologie et à leur
révolution énergétique, les États-Unis se maintiennent
comme puissance de premier rang mais, sans se désengager complètement, ne se
soucient plus de jouer les gendarmes dans le monde.
C’est
en Afrique
que l’on souffre le plus. Les frontières s’y redessinent en fonction de critères liés à des sectes, des tribus ou des ethnies. Le basculement énergétique dû au gaz de
schiste américain se révèle désastreux pour beaucoup de ces pays où, en
revanche, viennent se réfugier bien des extrémismes, des foyers d’insurrection
et des terroristes. L’Arabie saoudite, dont les revenus pétroliers s’amenuisent mais dont la
population continue de s’accroître, connaît des troubles et ne peut plus
assumer son rôle dans la région. En Chine, les cités
côtières progressent toujours mais sont sujettes à un mécontentement social lié
aux inégalités. Tout cela exacerbe la lutte pour le pouvoir parmi les
leaders : des tentatives sont faites de sortie par le haut en faisant appel à la ferveur nationaliste.
Dans
un tel monde l’éventualité de conflits se renforce. La sécurité est peu
assurée. En l’absence de coopération internationale, il y a des pays qui
s’effondrent.
Contribution
des facteurs de changement à cette situation
L’économie mondiale va – sans beaucoup plus. Les États-Unis ont réussi leur
virage. La croissance de la Chine s’est ralentie et sa classe moyenne qui
attendait mieux commence à s’agiter. L’Europe se scinde entre
noyau compétitif et périphérie.
Conflits : ceux-ci éclatent en Afrique
et, en partie, au Moyen-Orient et en Asie, suite aux tensions qui s’y manifestent
entre villes et campagnes et entre classes. Ils s’intensifient du fait que les
insurgés et les terroristes emploient désormais des drones, des cyber-attaques
et des armes biologiques.
C’est
en Afrique que la
stabilité régionale connaît ses pires menaces – les sectes,
tribus et ethnies approfondissant les lignes de fracture. De même les
frontières se redessinent au Moyen-Orient avec l’émergence du
Kurdistan. Conflits
politiques, sociaux et générationnels latents en Europe, en Chine et en Inde.
Les
États-Unis restreignant leur
assistance et l’Europe
étant affaiblie, le manque de cohésion sociale se manifeste au plan
international : les populations les plus fragiles sont sur la
mauvaise pente.
Des pays s’effondrent ou sont sujet à éclatement.
Alors
que l’énergie reposant sur le gaz de schiste booste les États-Unis, des producteurs
de pétrole comme l’Arabie saoudite sont durement touchés. Les États s’inquiètent de ce que
la technologie donne trop de pouvoirs aux individus… au point que les
pays occidentaux en viennent à s’aligner sur la Chine et la Russie et d’autres pour
restreindre les libertés sur Internet.
Les États-Unis ne sont pas chauds pour aller
éteindre n’importe quel incendie dans le monde : oui pour ceux qui
menacent clairement leurs intérêts – les autres, qu’ils brûlent. En fin de
compte, ils s’alignent sur des États autoritaires pour aller remettre de
l’ordre, vu la montée de menaces d’origines non-étatiques.
Analyse
par régions
Sous
le vocable d’Europe, plus de diversité
qu’autre chose. La crise de l’euro a été dévastatrice, un constat de décès
quant au rôle dynamique que l’Europe aurait voulu jouer dans le monde.
Dans
une Russie en proie aux
inégalités, les élites cherchent à s’allier avec leurs pairs aux États-Unis, en Europe et en Chine, pour contrecarrer
la cybercriminalité.
La
Chine se débat pour
maintenir le taux de croissance de naguère, alors que les divisions entre
villes et campagnes s’approfondissent. Le régime perd de sa légitimité et le
parti est divisé. Un retour au Maoïsme n’est pas à exclure.
En
Inde aussi, on cherche
un retour à la croissance. L’insurrection se répand dans les campagnes.
La
lutte contre les inégalités est un peu plus payante au Brésil qu’ailleurs.
L’avènement du Kurdistan est un coup porté
à l’intégrité turque : risque d’extension du conflit alentour.
Les
pays
pauvres souffrent
d’une croissance ralentie et les conflits sont aggravés à cause des mauvaises
perspectives pour la production alimentaire. Les organisations internationales
ne sont plus en mesure de faire face aux crises humanitaires.
LES
ÉTATS JETTENT L’ÉPONGE
Face
aux défis mondiaux, ce sont les ONG, le monde international des affaires, les
institutions académiques, voire de riches particuliers, qui prennent la relève.
Plus localement, cela vient aussi, par exemple, de l’organisation interne des
mégapoles. Il est fait appel aux technologies émergentes et à une élite
transnationale ayant reçu des formations similaires, ce qui favorise un
consensus (en partie partagé dans la classe moyenne) sur la façon de s’attaquer
aux questions de pauvreté, d’environnement, de corruption, de la place du
droit, de la paix… Ce n’est pas que les pays disparaissent mais ils ne font
qu’orchestrer des coalitions adaptées au-cas-le-cas entre États et acteurs
non-étatiques.
Les
régimes autoritaires ont du mal à se faire à ce contexte. Plus agiles et ayant
leur cohérence interne, de petits États ont vocation à devenir des
acteurs-clés. À l’opposé, les institutions internationales qui ne s’adaptent
pas sont vouées à l’échec. Multinationales, opérateurs de communications,
scientifiques, ONG ou groupes habitués à coopérer par-delà des frontières, se
dépatouillent mieux du fait de leur expertise, de leur influence, de leur
réactivité. Un financement privé et la philanthropie peuvent réussir là où
l’assistance officielle patine. Les médias sociaux, les communications mobiles
et une informatique faisant le poids, peuvent servir de points d’appui. À la
vitesse où le monde risque d’évoluer dans les 20 ans qui viennent (ex. :
urbanisation galopante dans les pays en développement), la présence d’acteurs
en mesure de faire face sera cruciale. Les gouvernements qui se mettront en
travers échoueront.
Monde
inégal et en patchwork. Il restera des problèmes mondiaux qui pourront être
réglés par un mix de réseaux et d’États qui coopèrent. Il y aura aussi des
acteurs non-étatiques qui se verront bloqués parce que des grandes puissances
s’opposent à ce qu’ils font. Il y a des défis qui relèvent de la sécurité, au
sujet notamment de technologies létales ou déstabilisatrices pouvant être entre
les mains d’individus ou de groupes, par ex. : terrorisme ou réseaux du
crime. Ceux-ci peuvent de plus profiter de la confusion engendrée, suite à
l’existence d’une multiplicité d’acteurs.
Coopération
oblige, ce scénario devrait, sur le plan économique faire un peu mieux que
celui où ce sont les inégalités qui l’emportent. Il devrait également faire
preuve de stabilité et d’une relative cohésion sociale.
Contribution
des facteurs de changement à cette situation
L’économie mondiale progresse mieux que dans le scénario où Les Inégalités l’emportent : cela
s’explique par l’atmosphère de coopération qui y prévaut. Plus grandes
stabilité et cohésion sociale de par le monde, aussi.
Conflits : Défi croissant en matière de
sécurité, dans la mesure où l’accès aux technologies létales et de
déstabilisation se généralise. Les terroristes et les réseaux de la criminalité
profitent de la confusion des responsabilités éparpillées entre un grand nombre
d’acteurs gouvernementaux ou non-étatiques, pour se constituer des repaires
physiques ou virtuels.
Les institutions régionales se font plus
hybrides,
où siègent côte-à-côte des organismes
gouvernementaux et d’autres qui ne le sont pas. Les maires des mégapoles
accèdent aux premiers rangs de la coopération régionale, voire mondiale. Au
sein des régions, on identifie certaines zones économiques ou politiques, en
vue de servir d’aiguillon au développement économique.
Ce
n’est pas que les pays disparaissent de la
scène mais leur
rôle se ramène à orchestrer des coalitions entre acteurs
étatiques ou non, qui changent selon le défi à affronter. Cela repose de
préférence sur une coopération entre le monde international des affaires, des
opérateurs de communications, des scientifiques d’envergure internationale, des
ONG… là où il y a de l’expertise, de l’influence, de la réactivité.
Sont
particulièrement aptes à apporter un liant entre les acteurs précités, les technologies tournant autour
des médias sociaux, des communications mobiles, et une informatique faisant le
poids.
Les États-Unis tirent avantage de ce que, pour une bonne part, des
acteurs de ces scénarios en proviennent ou y ont été formés. Mais ces derniers
acquièrent progressivement leur propre identité. Le gouvernement américain aura
d’autant plus d’influence qu’il parviendra à organiser des coalitions hybrides,
selon les défis concernés.
Analyse
par régions
Les
atouts de l’Europe résident dans sa
capacité de jouer le jeu du soft power, de susciter des coalitions et de
résoudre des défis.
La
Russie est
particulièrement préoccupée par les menaces que les organisations terroristes
et criminelles font peser sur la sécurité. Elle a du mal à travailler avec
cette prolifération d’acteurs non-étatiques qui envahissent la scène
internationale.
De
même, avec son régime autoritaire, la Chine cherche à affirmer
la primauté et la capacité de contrôle d’un gouvernement central – ce qui ne la
met pas à l’aise dans ce type de monde.
L’Inde bénéficie de
l’existence d’une élite bien insérée dans le monde international des affaires
et les réseaux académiques. Dans la mesure où elle arrive à gérer les défis de
son urbanisation, elle pourrait jouer un rôle de pionnier vis-à-vis des
mégapoles en train de se constituer dans les pays en développement.
Les
puissances
de rang intermédiaire pourraient jouer un rôle au-delà de leur
taille et de leur poids. Cela dépendra ici de la part qu’elles sauront donner à
un secteur non-étatique de haut niveau.
Les
pays
pauvres réussiront
à s’en sortir ou échoueront, selon qu’ils sauront ou non gérer leur
urbanisation. Leur aptitude à jouer le jeu de l’urbanisation en grappes (ou – à
l’opposé – s’ils se mettent en travers) sera déterminante.
Quelques
réactions
L’équipe
qui a réalisé ce travail l’a soumis à plusieurs groupes d’experts des 5
continents. Le rapport mentionne leurs remarques.
Le
rapport n’est-il pas trop optimiste, en supposant notamment que gens se
contenteront de consommer plus et que des troubles pourraient ainsi être
évités ? Par ailleurs, une telle évolution est porteuse de désastre écologique.
La
montée de l’individualisme ne sera-t-elle pas mise en échec par des courants
identitaires ?
Des
commentateurs chinois, russes ou même arabes estiment que le printemps arabe est le début d’une
période de troubles plutôt que d’une inflexion vers plus de démocratie. Le
monde sera tout autant multiculturel que multipolaire.
Commentateurs
chinois ou non, plusieurs auraient aimé une analyse en soi de ce que va devenir
la Chine
– perspective considérée comme à double tranchant.
De
même le futur de l’Europe
(partenariat atlantique ou avec la Russie, fragmentation,
déclin) fait question.
Sans
oublier une palette d’attitudes contrastées sur le rôle futur (et récent) des États-Unis.
Pour
certains, l’absence ou la défaillance d’une gouvernance mondiale ne peut que
signifier : crise.
Pronostics
(souvent pessimistes) sur les risques de conflits.
Conclusion
un peu philosophique : ce que nous avions jusqu’alors fait désormais
partie du passé, alors que ce qui pourrait se mettre en place n’est pas encore
là… ou encore : le futur système international va résulter du jeu des
intérêts – alors que l’on avait jusqu’alors cherché à se référer à des règles.
Libellés :
Economie et finance,
Histoire et politique
vendredi 5 avril 2013
Quel monde dans 20 ans ? (f)
Ce billet est le sixième d’une série qui
livre l’adaptation condensée que j’ai faite de GLOBAL
TRENDS 2030 (Alternative Worlds), rapport produit,
fin 2012, par le National
Intelligence Council
américain. Le document original peut être consulté sur le site : www.dni.gov/nic/globaltrends et téléchargé.
Après une première partie sur quelques
tendances de fond pour les 20 années qui viennent, le rapport consacre une
seconde partie à six facteurs de changements. Le présent billet (f) traite des
deux derniers facteurs : Quel sera l’impact des nouvelles
technologies ? Et : Quel rôle joueront les États-Unis ?
QUEL
SERA L’IMPACT DES NOUVELLES TECHNOLOGIES ?
Le
centre de gravité de la technologie va poursuivre son glissement des pays
occidentaux vers la Chine, l’Inde le Brésil…
Quatre secteurs vont devenir déterminants, du point de vue économique, social
et militaire :
Le
traitement et le stockage de l’information vont être presque gratuits, l’accès
à toutes sortes de services sera universel, les principaux marchés devenant la
médiation sociale et la cyber-sécurité.
Avec
une automatisation plus poussée et
des méthodes de production avancées, les Asiatiques sont en passe de dominer
une grande part des marchés émergents (exemple actuel des panneaux
photovoltaïques).
Des
percées technologiques vont être mises en œuvre pour faire face aux potentielles pénuries
d’alimentation
(OGM), d’eau (irrigation), d’énergie (renouvelable, gaz de schiste…)
Pour
allonger la durée de vie et faire
face aux handicaps physiques
et mentaux.
Technologies
de l’information
Difficiles
avec les outils classiques, le
stockage, la gestion et l’extraction des grandes masses de données vont faciliter la
mise en œuvre de politiques économiques et de gouvernance, l’interaction avec
les ordinateurs, l’accès aux informations et à la connaissance, et ils permettront
des prévisions plus affinées.
De
tels outils commencent à déjà être employés dans le monde des affaires et du
commerce. En revanche, les pouvoirs publics n’en disposent pas de façon aussi
avancée pour traiter les très larges bases de données qu’ils ont entre leurs les
mains. Les risques sont par ailleurs une surcharge informationnelle, une
gouvernance oppressive (autoritaire, voire orwellienne), le poids de la
maintenance, et les cyber-conflits.
Pour
le moment, les réseaux sociaux se sont constitués à partir des individus.
Mais des outils se mettent en place dont la portée va bien au-delà. On pense à
des mouvements contestataires face auxquels les gouvernements cherchent des
contre-mesures. Ou de réseaux criminels. Par ailleurs, les réseaux sociaux peuvent
être source d’information pour les grands groupes ou pour le États afin de
disposer de modèles prédictifs sociaux en vue, soit d’un marketing ciblé soit
pour le contre-terrorisme.
Les
utilisateurs balancent entre les apports de tels réseaux et l’atteinte à la vie privée – le fléau penche actuellement pour l’option n°1 mais cela pourrait bien
changer. Une question enfin : ces réseaux vont-ils durer longtemps
(l’Histoire laisse à penser que non) ou vont-ils évoluer vers des variantes
plus anarchiques et de taille limitée, face auxquelles les gouvernements ne
pourront plus grand-chose.
Les
agglomérations intelligentes (smart cities) ouvrent des perspectives gigantesques –
en Afrique,
en Amérique latine et surtout en Asie : on estime
que l’investissement pourra cumuler jusqu’à 35 mille milliards de dollars sur les
20 ans [à titre de comparaison,
c’est au moins mille fois plus que pour l’opération Nouveau grand Paris en
Île-de-France, surtout les transports, d’ici 2030 – RN] et des défis
considérables, en termes de productivité, de qualité de vie, d’utilisation des
ressources ou de préservation de l’environnement, depuis la réussite manifeste
jusqu’au cauchemar urbain.
On
envisage des salles de contrôle, ainsi que des systèmes auxquels les habitants
pourront se connecter par smartphone. Dans bien des cas,
de telles cités seront édifiées à partir de zéro. Dans les cités qui existent
déjà, la question sera d’y combiner les nouveaux outils avec l’existant.
Robotisation
et automatisation de la production
La
combinaison des technologies de l’automatisation et celles de la production
recèlent certes des promesses de changement – mais les risques sont, d’abord
que ce ne sera pas si rapide, et que cela va mettre hors-jeu ceux qui sont pas
ou peu qualifiés dans les pays développés. Ce sont surtout les producteurs et
fournisseurs à l'oeuvre au sein des pays en développement qui en tireront profit.
Idéaux
pour des tâches de routine, les robots
ont déjà transformé l’univers de la production.
Des
segments fortement innovateurs s’apprêtent à s’y greffer au cours des années à
venir – au point que l’on préfèrera peut-être automatiser dans les pays
développés plutôt que de sous-traiter dans les pays en développement… ou encore, chez
ces derniers, en arriver à se passer de leur main-d’œuvre.
Les
usages militaires des robots permettent des
opérations à moindre risque pour les humains, une capacité de déploiement plus
rapide, une présence plus souple dans un monde fragmenté et multipolaire.
Dans le
domaine médical,
ce sont la chirurgie et l’aide aux soins de vie courante (dont pour les
personnes âgées).
Souvent
chers mais efficients et économes à l’action, on peut envisager de les mettre
en location et passer d’un usage temporaire à un autre usage temporaire. À suivre enfin : jusqu’à quel point seront-ils acceptés ? – leur
usage pourrait être mis sous haute surveillance par les médias.
Véhicules de nouvelle
génération : distinguons entre ceux à pilotage à distance et ceux qui sont carrément autonomes. Pilotage à distance ou autonome, l’usage est soit industriel pour des cas spécifiques, soit militaire.
En 2030, les véhicules autonomes pourraient être
monnaie courante dans des conflits civils ou entre pays, pour faire respecter
des zones de non-survol ou pour la surveillance des frontières. On les verrait
aussi assez bien pour l’extraction minière, l’agriculture, les transports
urbains (individuel en conduite automatique ou transports en commun). Problème
majeur : être sûr d’un fonctionnent fiable et sans danger dans les zones
fortement peuplées.
La fabrication additive est un autre nom pour l’impression 3D. Ses
perspectives vont surtout pour des petites séries ou bien pour une production
de masse mais en sur-mesure : cela évite des coûts de mise en place et de
fabrication de l’outillage, surtout pour des obtenir des objets complexes
(ex. : fabrication de prothèses sur-mesure à partir de données des
scanners ou IRM).
Ceux qui y songent parlent d’une multiplicité de
micro-entreprises, à l’opposé de gros complexes industriels. Il n’est pas du
tout sûr que l’on parvienne à des produits suffisamment solides en quantité
avec des outils à bas prix. Par ailleurs, on ne sait pas encore intégrer des
composants électroniques ou optiques avec des composants mécaniques.
L’accès
aux ressources vitales et leur gestion
Il
s’agit de technologies pour l’alimentation (automatisation dans les
exploitations de taille réduite, OGM), pour l’eau (irrigation, plantes
résistant à la sècheresse), pour l’énergie (biomasse, solaire…), ainsi que pour
la santé. Pays qui en ont particulièrement besoin, la Chine, l’Inde et la Russie devraient être les
pionniers.
Actuellement
limités à quelques espèces (soja, coton, maïs), les
OGM vont
se diversifier (dont pomme de terre, riz…) – ce qui autoriserait de récoltes
plus abondantes et dans des conditions climatiques plus difficiles (sècheresse,
environnement salin). Mais les réserves affichées par certains pays pour des
raisons de sécurité nutritive pourraient constituer un frein.
L’automatisation
des techniques agricoles, actuellement réservée aux grandes exploitations, deviendra
plus précise et accessible à de
plus petites surfaces.
Moindre nécessité de semences, d’engrais ou d’eau ; engins agricoles
adaptés. Mais à quel prix ? Un emploi coopératif pourrait apporter des
réponses.
Alors
que des poches de pénurie se multiplient, les besoins en eau pour les méga-cités et pour les usages industriels, sont en concurrence avec l’agriculture gourmande (70% des
réserves d’eau fraîche) et peu regardante en eau (60% de gaspillage). Pas
grand-chose à attendre de la désalinisation. Une combinaison de plantes plus
tolérantes à la sécheresse, d’une automatisation plus précise des techniques
agricoles, de récupération de l’eau de pluie avant évaporation, de micro-irrigation (gaspillage réduit à 10%) et d’une
politique incitative du prix de l’eau, apporteront des solutions. Mais cela aura
un coût.
Parmi les sources d’énergies envisageables pour compenser ou concurrencer celle de provenance
fossile, il y a :
La biomasse non destinée à l’alimentation : elle sera davantage
disponible (à partir du bois ou des algues, huiles usées, graisses animales…)
mais une incertitude pèse sur l’implication des gouvernements et sur son coût.
L’énergie à partir de panneaux photovoltaïques ou de fours solaires dans la mesure où on en résoudra le problème du stockage et de la
distribution.
… Tout cela sur fond de questions environnementales
et de changement climatique… et de coût, notamment s’il s’avère qu’un rebond
est possible pour les énergies fossiles (gaz de schiste).
En matière de santé, les améliorations et la
longévité viendront d’abord de la montée des classes moyennes – ce qui laisse
supposer que l’innovation se concentrera dans les pays orientaux.
Le diagnostic moléculaire quasi immédiat progresse
dès à présent et le séquençage génétique est prometteur, d’autant que les coûts sont destinés à chuter. À la clé,
une chirurgie moins invasive et des délais de convalescence raccourcis. Cela
devrait permettre une politique de soins plus personnalisée et contribuer à une
espérance de vie accrue. D’autres améliorations résulteront de la capacité de
traiter des masses de données sur les maladies détectées, les traitements entrepris
et les résultats obtenus.
Progrès à attendre aussi pour les prothèses, aussi bien pour les membres que pour la vue et l’audition, en même
temps que progresse la compréhension du cerveau humain, sa mise en relation
avec des mécanismes d’assistance et la mise au point de sources d’énergie
portatives. Mais souvent, en raison des coûts, les usages risquent d’être
principalement militaires et sportifs… sans parler d’un accès à la médecine à
deux vitesses.
QUEL
RÔLE POUR LES ÉTATS-UNIS ?
C’est
une question importante et bourrée d’incertitude. Car s’il est clair que les États-Unis perdent dès à
présent de la hauteur face aux pays émergents, il est beaucoup plus difficile
d’apprécier – à court terme et dans 20 ans – quel sera leur rôle dans le
système international qui aura tendance à devenir multipolaire. Même s’ils
restent économiquement forts, ce rôle n’est pas assuré ; s’ils faiblissent
et se mettent sur la défensive, le système international sera bien en peine de
relever les défis qui l’attendent.
Atouts
et faiblesses
Ayant
su combiner hard power et soft power, les États-Unis sont en perte de
vitesse depuis les années 1960 et cela s’est accéléré il y a 10 ans, face à la Chine principalement.
Tout n’est
pas noir
pour ce pays : sa recherche (brevets) et ses universités sont au premier
rang ; sa démographie est comparativement favorable et il sait intégrer ses
immigrants ; les perspectives de production de gaz devraient y faire
baisser les coûts de production, améliorer la balance de ses paiements et
favoriser l’emploi.
La
diversité de ses atouts et son héritage de leadership devrait, en fin de
compte, en faire le premier parmi ses pairs : un global power index composite le place au niveau 20 en 2030,
suivi de la Chine
(15), de l’Inde
(8), le Japon
(5), les trois principaux pays européens et la Russie se situant entre 3
et 4.
Les points
faibles sont
le coût du système de santé, le niveau d’éducation primaire et secondaire,
l’inégalité des revenus et une plus faible mobilité sociale, une importante
dette cumulée (estimée ici à 8 500 milliards de $), des partenaires
traditionnels affaiblis (notamment en matière de capacités de défense – celle
des États-Unis étant
elle-même en question), une concurrence grandissante de la Chine et de l’Inde en matière de
technologies et d’universités. Il sera de plus en plus nécessaire de jouer en
réseau international d’entreprises, de talents, de diplomatie.
Plusieurs
scénarios pour l’Amérique
L’histoire
en est témoin : déclin de puissance économique et militaire ne veut pas
dire disparition rapide d’un rôle dominant.
Un
scénario optimiste est ainsi
envisageable, s’appuyant sur les points forts que les États-Unis auront
conservés (dont technologie et bonnes perspectives confirmées pour le gaz de
schiste). Certes la Chine
pourrait (en parité de pouvoir d’achat – PPA/PPP) devenir la première puissance
économique et le pôle mondial du commerce en 2030, mais l’économie américaine
aurait crû de près de 60% – ce qui est légèrement mieux que les 20 années passées
– et son niveau de vie aurait progressé de 40% d’ici là tandis que son marché
resterait (en valeur d’échanges) mondialement le plus important.
Dans
un scénario pessimiste, la croissance
économique n’atteindrait pas les 40% sur la période et le niveau de vie aurait
baissé. La simple prise de conscience d’une telle situation génèrerait un
handicap pour le leadership américain.
Dans
le scénario optimiste, il y aurait une capacité et une volonté de répondre aux
défis internationaux. Ce qui ne veut pas dire que le terrorisme, des conflits
régionaux et un certain désordre international ne se manifesteraient pas.
Le
scénario pessimiste, en revanche, se traduirait
rapidement par un vide dans le jeu international des pouvoirs. Il est
peu probable qu’une Europe
elle-même affaiblie et fragmentée prenne la relève. Les pays pauvres ou enclins
à des crises seraient sources de contagion pour des conflits. L’Asie et l’Eurasie seraient tiraillées
entre la Chine,
l’Inde et la Russie. Des conflits
ouverts éclateraient au Moyen-Orient – avec ce que cela suppose comme chocs
pétroliers.
Si
le continent asiatique en arrive à une
situation comparable à celle de l’Europe du 19ème
siècle et du début du 20ème, les États-Unis pourraient être
appelés à la rescousse – y compris parfois par la Chine – pour favoriser
une meilleure stabilité. On peut aussi y penser pour le Sud de
l’Asie (Inde / Pakistan) et au Moyen-Orient. D’autres types
d’interventions peuvent être imaginés, suite à quelques désastres
environnementaux.
Sur
un autre plan – et même si beaucoup d’experts n’y croient pas pour la période
ici étudiée, la disparition du dollar comme monnaie de réserve sera signe de la
perte de capacité des États-Unis d’assumer
un rôle international.
Le point
crucial vient de ce qu’il n’y personne suffisamment en mesure de prendre si
besoin la relève.
Les puissances émergentes visent à se placer aux premiers rangs à l’ONU,
au FMI ou à la Banque
mondiale.
Même s’ils critiquent l’ordre international à l’américaine, ils privilégient
d’abord leur propre croissance et ne sont pas prêts à s’y substituer. Et enfin,
ils sont plusieurs, sans former un bloc.
Un
effondrement américain se traduirait par une situation d’anarchie. C’est une
conclusion qui est formulée plus vigoureusement dans les commentaires qui ont
été faits sur ce rapport par des experts non-américains que par ses auteurs
américains. C’est une situation qui rappelle celles de 1815, 1919 ou 1945. Ces
mêmes interlocuteurs ont insisté, et sur la nécessité de faire porter l'effort sur l’économie américaine afin de la rendre plus compétitive, et de parvenir à un consensus
politique intérieur dans cette direction.
Le
rapport élargit les remarques ci-dessus, en notant que les puissances
émergentes jouent plutôt de leurs relations avec les États-Unis en faveur de
leurs intérêts personnels et que, si leur appréciation de l’hégémonie
américaine ne manque pas d’être souvent critique, il n’y a pas en face
l’équivalent de ce que furent l’Union soviétique, le Japon impérial ou l’Allemagne
nazie.
À propos de la comparaison avec l’après-1815, certains commentateurs ont
souligné le rôle qu’avait joué la Grande-Bretagne – dont la puissance
amorçait pourtant un déclin – dans un monde devenu multipolaire.
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Economie et finance,
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