jeudi 15 mars 2012

Entre les deux… (19)


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Quand l’hémisphère droit se développe
Ce n’est pas seulement en raison d’une capacité utilitaire (à base d’outils) que l’espèce humaine a réussi sa percée mais, tout autant, en créant des sociétés aux liens assez forts, qui ont servi de base à des civilisations. C’est là où l’hémisphère droit intervient : il faut prendre en considération le développement du lobe frontal droit.
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Fœtus… 2 ans… 5 ans
Est-ce que le développement du cerveau chez le fœtus décalque la chronologie de ce qui s’est passé lors de l’apparition de l’espèce humaine ? On ne peut l’affirmer avec certitude. On remarque néanmoins que la partie frontale de l’hémisphère droit s’y développe avant même la partie occipitale de l’hémisphère gauche ! Et ce n’est que vers l’âge de deux ans que l’hémisphère gauche prend le dessus, avec la mise en œuvre des aires de la parole et du langage. Mais on ne s’arrête pas là : l’hémisphère gauche étant ainsi devenu mature, le droit continue sa poussée, permettant à des éléments plus émotionnels et prosodiques du langage de se développer entre 5 et 6 ans.
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Il est curieux que, jusqu’à encore récemment, on ait exploré en long et en large ce qui se passe dans l’hémisphère gauche et que, en formulant les choses en termes de langage référentiel, on ait considéré que le droit était silencieux – pour ne pas dire idiot (dumb). Alors que pourtant, à peu près tout ce qui différencie l’homme des autres espèces vient de là.
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Le propre de l’homme
Il y a beaucoup d’animaux qui sont capables de déduction et de fonctions utilitaires. Mais pour ce qui est de l’imagination et de la créativité, de la religiosité, de la crainte, de la musique, de la danse, de la poésie, de l’amour de la nature, du sens moral, de celui de l’humour, de la capacité de changer d’avis… toutes facultés mettant en en bonne partie l’hémisphère droit en jeu, tout cela est bien propre à l’homme.
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Au fond, l’autre hémisphère, le gauche, agit avec quelque chose en vue, il est l’instrument de notre volonté consciente, afin de saisir/attraper et d’utiliser – tandis que l’hémisphère droit s’en tient à mettre en relation sans se référer à un objectif a priori.
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Selon l’auteur, il y a ainsi deux façons opposées – vitales mais pourtant incompatibles, y compris pour des espèces qui ont précédé l’homme – d’être au monde.
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Au nom de l’utilité
L’une est importante quand il s’agit d’obtenir quelque chose (êtres vivants inclus) que l’on vise – ce qui suppose savoir l’isoler du reste d’un monde perçu comme objectif. Tout cela – qui pousse à la manipulation et dont la valeur mise en exergue est l’utilité – a dû avoir son origine dans l’hémisphère gauche, puis par cette capacité de son lobe frontal de prendre des distances par rapport au monde tel que médiatisé par l’expérience, ainsi que de parvenir à manipuler l’environnement dans un sens aussi bien symbolique que physique. Et c’est dans cette région du cerveau qu’est naturellement venu se loger le langage référentiel chez les êtres humains.
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Relationnel et empathie
L’autre tendance s’oriente dans le sens de la mise en relation avec les choses, avant même qu’une réflexion ne vienne s’en mêler – c’est donc un engagement immersif dans un monde extérieur à soi. Et avec le développement du lobe frontal droit, une capacité d’empathie s’est trouvée accrue.
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Cela ne veut pas dire que ces deux tendances soient inéluctablement en conflit. Rien n’empêche que ces différences puissent se combiner de façon créative (ex. : harmonie, contrepoint). Les deux hémisphères permettent d’exprimer une tension qui se manifeste à bien des niveaux entre des forces qui agissent dans le sens de plus de cohérence et d’unification, et d’autres vers l’incohérence et la séparation.
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Risques d’un langage scientiste
L’hémisphère droit est celui sur lequel se fonde l’expérience, qui a la vision la plus large et qui est ouvert à ce qui existe en dehors du cerveau. Le problème vient de ce que des scientifiques qui s’appuient sur le langage et l’argumentation analytique (sous contrôle de l’hémisphère gauche), ont tendance à ne regarder le cerveau que sous cet angle. Jusqu’à il y a peu, ces neuroscientifiques ont fait preuve d’un aveuglement sur ce point et, même pour certains, d’un chauvinisme qui rejette le fait de prendre en compte l’hémisphère droit et qui emploie à cet égard un vocabulaire dépréciatif. Il avait été mentionné plus avant que la production de l’hémisphère gauche pouvait être outre mesure optimiste, au point de devenir déraisonnable et en dénégation de ses propres limites
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Petite digression…
sur la prédominance des droitiers dans la population (la main droite est sous contrôle de l’hémisphère gauche). Cela n’empêche pas une bonne proportion des artistes, des mathématiciens, des athlètes, par exemple, d’être des gauchers et – au sein de ces disciplines – que ces derniers soient en meilleure place : on peut supposer que les droitiers ne disposent pas d’un accès aussi aisé aux fonctions globalisantes de l’hémisphère droit.
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Mais il faut en même temps admettre que d’autres personnes qui ne bénéficient pas du cadrage que procurent les règles plus systématiques mise en jeu dans l’hémisphère gauche, peuvent être victimes de désavantages évidents (ex. : dyslexie, schizophrénie, trouble bipolaire, autisme…)
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The Master and his Emissary – The divided brain and the making of the Western world – Iain McGilchrist – Yale University Press – 2009 – 597 pages...
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Le présent billet fait suite à celui du 15 février. Il fait partie d’une séquence sur le Cerveau commencée le 4 juin 2010 (voir la liste des thèmes dans la marge de droite). Il n'est pas exclu qu'au cours de la traduction et en cherchant à condenser, il y ait eu des erreurs ou une mauvaise compréhension : se référer directement à l'ouvrage mentionné ci-dessus.
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vendredi 9 mars 2012

Jung referait-il surface ? (B)


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Thèmes actuels et résurgence de Jung
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Suite au précédent billet sur ce sujet, il ne s’agit pas d’établir un lien fort entre des thèmes qui réapparaissent avec une certaine insistance depuis quelques années et la remontée en surface de Jung dont le film (Une Méthode dangereuse) et l’ouvrage (Le Livre Rouge) évoqués plus haut seraient des indices dans le champ médiatique. Je me contenterai simplement d’amorcer un semblant d’énumération de thèmes qui ont souvent conduit à débat.
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On a ainsi eu, au cours des années ’90, la thèse (controversée) de Samuel Huntington sur le choc des civilisations. Il a principalement cherché à élaborer un modèle de relations internationales qui prenne acte de l’effondrement du système soviétique et substitué des oppositions culturelles plus ou moins floues aux clivages idéologiques politiques antérieurs.
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Il y a bien sûr eu levée de boucliers. Mais force est de constater que, depuis, des refrains autres mais cependant apparentés se sont fait entendre, qui semblent désormais avoir la vie dure : communautarisme ; importance donnée aux religions (tout aussi bien le rôle que l’on prête à l’Islam de ce côté de l’Atlantique que d’aussi vigoureux débats, sur son autre rive, au cours de la campagne présidentielle américaine) ; montée en puissance de la Chine (mélange de civilisation et d’idéologie ?) ; attitude vis-à-vis des immigrés…
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Sur ce dernier thème, je me souviens aussi (ce n’est pas une conclusion) de la réflexion qu’avait livrée Emmanuel Todd à la fin de L’invention de l’Europe (Seuil, 1990). Le corps de l’ouvrage est une fresque de l’évolution de l’Europe au cours de cinq derniers siècles, en s’appuyant sur une cartographie à son sens remarquablement stable des valeurs qui en caractérisent les différentes microrégions (découpage en près de 500 unités géographiques).
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Il s’agissait de déterminer si dans chaque entité on privilégiait la liberté ou l’autorité d’une part ; l’égalité ou l’inégalité de l’autre. Et c’est au filtre de cette analyse qu’il a interprété les évolutions différenciées qui, d’un endroit à l’autre, ont coloré les transitions de la Réforme et de la Contre-Réforme ; le décollage culturel et l’alphabétisation ; l’industrialisation ; la déchristianisation ; le contrôle des naissances ; la montée des idéologies – puis leur décomposition au cours du dernier tiers du 20ème siècle.
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Pour clore son livre, Emmanuel Todd avait choisi de s'interroger sur l’immigration – sorte de test au sein d’une Europe qui cherche (nous sommes encore en 1990) à parvenir à encore davantage de cohérence mais dont la diversité bien enracinée qu’il venait d’analyser pouvait réserver quelques surprises.
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… Ainsi, en France, les valeurs de liberté et d'égalité continuaient d'imposer le dogme de l'assimilation : 95% des enfants nés en France de parents étrangers étaient francisés.
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… À l'opposé, en Allemagne pays d'ordre et de hiérarchie, le code de la nationalité faisait que 95% des enfants qui y étaient nés de parents étrangers restaient des étrangers et que 70% des étrangers présents étaient nés en Allemagne.
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… La Grande-Bretagne très ouverte à l'origine, avait encore sur son territoire une importante population de nationalité britannique en provenance de ses colonies. Avec son individualisme non égalitaire et le respect de la différence qui en résulte, on y assistait à la constitution de ghettos ethniques qui se repliaient sur eux-mêmes.
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Comment définir une citoyenneté commune ? Qui donc pourrait être considéré européen ? L'enfant de l'Algérien, devenu français ? L'enfant du Turc, restant un Turc vivant en Allemagne ? L'enfant du Pakistanais, devenu un type particulier de citoyen britannique ?
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Certes, plus de 20 après, il y a eu ici ou là des tentatives d’ajustement. Certes, le positionnement par rapport au double duo de valeurs (autorité/liberté et inégalité/égalité) ne résume pas en soi-même ce que l’on peut définir comme un inconscient collectif à la Jung. Mais on ne peut exclure qu’une approche plus riche aille dans le même sens, ni que des renvois de balles existent entre les deux thématiques.


mercredi 15 février 2012

Entre les deux… (18)




La linguistique à distance du corps et du monde
La linguistique, telle qu’elle s’est développée au 20ème siècle avec Saussure, insiste sur la valeur arbitraire du signe, puis sur le fait que la langue a été une libération par rapport aux entraves du corps ainsi que du monde physique qu’elle décrit. Il y a pourtant une très forte relation entre les gestes du corps et la syntaxe verbale – non seulement pour nommer les choses mais aussi pour les éléments logiques et formels qui prennent leur origine dans le corps et l’émotion (ceci sera repris dans un chapitre ultérieur).
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La dénégation qui sous-tend cela ne se limite pas à l’apport de Saussure et de ses adeptes, mais dérive d’un courant qui s’est amplifié au cours des derniers siècles, qui a répudié l’enracinement corporel en faveur d’une vision mécaniste de nous-même, abstraite et cérébralisée, puis s’est inscrit dans la pensée courante. Ce désenchantement corporel du langage peut s’interpréter comme une rébellion à l’instigation de l’hémisphère gauche, contre la perception du monde qu’apporte l’hémisphère droit.
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On pourrait – quand même et pour le moins – mettre en question la théorie de Chomsky sur l’existence d’une grammaire universelle, dans la mesure où elle conduit à prôner que les structures du langage analytique seraient câblées dans le cerveau, au point de faire de celui-ci une machine cognitive à base de règles programmées qui structureraient le monde.
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N’a-t-on pas plutôt affaire à un organisme vivant et lié au corps, qui développe des savoir-faire implicites et performants au cours d’un processus empathique, faisant appel à une imitation intelligente ? Pour le moins, la théorie d’une grammaire universelle ne colle pas avec la manière dont les enfants font l’acquisition du langage dans le monde réel. S’ils font, certes, preuve d’une remarquable capacité pour saisir spontanément des formes conceptuelles et psycholinguistiques de la parole, c’est néanmoins de façon beaucoup plus globale qu’analytique. Imitateurs à un point étonnant, ils sont justement des imitateurs et non des machines à recopier.
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Imiter n’est pas copier
Car s’il existe un niveau tel que celui de l’apprentissage par cœur, où l’on reproduit mécaniquement ce qui a été préalablement découpé selon une séquence donnée, il y a aussi cette attirance pour saisir un tout et pour essayer de le sentir de l’intérieur, comme si on habitait de l’intérieur d’une autre personne : lorsqu’on imite sa voix, sa façon de parler, celle de marcher… avant même que d’émettre un quelconque jugement (admirer ou se moquer de cette personne). C’est une imitation empathique, qui suppose une identification et qui, au-delà de l’acquisition des savoir-faire, joue son rôle dans le développement humain.
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A ce titre, on ne peut pas dire que le langage se soit abstrait de la vie. L’enfant n’accède pas au langage en apprenant des règles mais par une imitation identificatoire empathique, vécue de l’intérieur. C’est à ce stade – et plus tard aussi dans la vie – que nous attrapons sans nous en apercevoir des habitudes ou des tics de langage de nos vis-à-vis. Ceci vaut aussi pour les gestes et la musique.
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Le langage enraciné dans le corps
Ce processus relève d’une partie du cerveau proche de la motricité gestuelle ainsi que de ces neurones-miroirs qui s’activent aussi bien quand nous agissons nous-même que quand nous regardons les autres agir – processus que des anthropologues considèrent dériver de la musique : sorte de langage corporel qui s’étend émotionnellement à l’ensemble des individus d’un groupe ; relation qui englobe bien plus que la somme de ses parties.
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Si le langage a pris source dans la musique, il s’est agi d’empathie et de vie en commun et non de quelque chose qui divise et qui met en compétition. Comme la musique, le langage est une activité partagée qui débute en transmettant une émotion et en suscitant la cohésion. Le chant humain est unique, en ce sens qu’aucune autre espèce ne synchronise les rythmes, ne mélange les timbres (le chant des oiseaux est individualiste et de nature compétitive… et il a sa base dans l’hémisphère gauche, contrairement à ce qui se passe chez l’homme).
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La propension à s’exprimer et à communiquer ne se situe pas dans l’aire de Broca qui joue en quelque sorte un rôle de moteur de la parole, mais elle prend son origine dans une partie plus profonde du cerveau, liée aux motivations de socialisation. Il est à craindre que certains en soient arrivés à confondre ces deux fonctions. A noter aussi que cette aire plus profondes est particulièrement développée chez les dauphins dont on sait l’intelligence et la faculté à communiquer… en musique.
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Sélection naturelle : le groupe ? l’individu ?
Si on raisonne en termes de sélection naturelle, les anthropologues vous diront que celle-ci s’opère au niveau des groupes et non tant à celui des individus. S’il est clair que des différences individuelles se manifestent au sein d’un groupe, c’est néanmoins celui-ci tout entier qui en bénéficie dans sa cohérence.
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On est ici loin de la théorie de la sélection naturelle qui met l’accent sur la compétition entre des individus, chacun ayant un objectif formulé en termes d’utilité. Si on en reste à ce type de formulation, la musique, la danse, le rire… deviennent futiles. Le langage référentiel qui s’est massivement développé autour de l’hémisphère gauche, a réalisé un hold-up : il s’est détaché de la relation originelle avec le corps et avec l’expérience ; il est devenu un monde en soi, qui n’est plus une présence au monde mais une représentation de celui-ci.
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The Master and his Emissary – The divided brain and the making of the Western world – Iain McGilchrist – Yale University Press – 2009 – 597 pages...
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Le présent billet fait suite à celui du 15 janvier. Il fait partie d’une séquence sur le Cerveau commencée le 4 juin 2010 (voir la liste des thèmes dans la marge de droite). Il n'est pas exclu qu'au cours de la traduction et en cherchant à condenser, il y ait eu des erreurs ou une mauvaise compréhension : se référer directement à l'ouvrage mentionné ci-dessus.

vendredi 3 février 2012

Année 2012 consacrée à l'autisme


C'est au cours de la première quinzaine de février qu'est lancée à Matignon l'Année 2012 de l'Autisme considéré comme "grande cause nationale".

Ce bloc-notes a consacré plus d'une quinzaine d'articles à Émile (pseudonyme) qui a évolué - et continue d'évoluer - très positivement grace à une méthode dite "3i" parce qu'elle est :

Intensive – pour rétablir les connexions neuronales tout en sortant l’enfant de son monde intérieur. Parents et bénévoles s’impliquent une quarantaine d’heures par semaine, vacances comprises.

Individuelle – car l’autiste qui souffre de participer à des séances collectives s’en évade et se replie dans ses stéréotypes. Une ambiance détendue, seul à seul et affectivement favorable, vaut mille fois mieux. Pendant les 2 premières années la scolarité en établissement est mise entre parenthèses.

Interactive – en entrant dans son monde, en captant son regard, en dialoguant, en favorisant la détente: comme avec un tout jeune enfant, c’est le jeu qui a la priorité et non l’apprentissage.

Vous pouvez regrouper ces articles pour les lire plus aisément, en cliquant sur "Autisme" dans la marge de droite de cet écran...

Et si cela vous semble souhaitable, pourquoi ne pas faire parvenir un message aux responsables du "nerf de la guerre" et allant, avant le 9 février sur le lien :

dimanche 15 janvier 2012

Entre les deux… (17)

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Le langage et la main
Ce n’est pas pour rien que, dans l’hémisphère gauche, l’aire dédiée à la parole et celle liée à la capacité de saisir soient si proches : il y a de nombreuses connexions entre la main et le langage. Un handicap dans le développement de la main peut d’ailleurs se répercuter du côté du langage.
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On observe une corrélation, notamment au stade du babillage, entre le fait de nommer et celui de pointer ou de désigner de la main. Par la suite, cela produit ses effets sur la locomotion, le fait de saisir, la manipulation… Associations qui perdurent à l’âge adulte. Dans cet hémisphère, la région concernée met en œuvre les neurones-miroirs, aussi bien pour les mouvements de vos propres doigts que pour l’observation des mouvements de la main chez d’autres personnes.
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La proximité avec la formulation linguistique est d’ailleurs étonnante – en allemand, on a : begreifen, erfassen, eindruck, behalfen, überlegen ; en anglais : grasping et les dérivés du latin (comprehend, intend; ajoutons, en français : saisir, comprendre, impression, tendre à / vers Notons que ces expressions ne se limitent pas à une action sur le monde extérieur mais peuvent aussi refléter des démarches intérieures intellectuelles du je : Vous saisissez ?  C’est de la manipulation… Je viens de mettre le doigt dessus
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Le sens très basique du toucher – qui existe déjà chez les êtres les plus élémentaires – ne donne une image des choses que par morceaux, que par catégories d’objets, et non comme un tout. On et bien dans une logique d’hémisphère gauche (qui s’impose d’ailleurs tout aussi bien chez les gauchers eux-mêmes). En revanche les mouvements exploratoires qu’effectuent l’une ou l’autre main renvoient à une activité de l’hémisphère droit – ce que confirme le comportement de personnes ayant, selon le cas, l’un ou l’autre hémisphère endommagé.
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Langage et manipulation
On a pu avancer que l’apparition du langage n’a pas été motivé par le besoin de communiquer mais par celui de dresser une sorte de carte du monde – allons plus loin : et de le manipuler. Il ne s’agit pas tant de communiquer que d’une certaine façon de communiquer… pas tant de penser que d’une certaine façon de penser. Car une communication qui escamote tout ce qui n’est pas verbal, escamote en même temps la relation interpersonnelle (je / tu) au profit de celle qui vise le monde des objets (je ou nous / ceci ou cela).
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Laissés à eux-mêmes, les mots stabilisent des concepts et les rendent accessibles à la mémoire. Nommer donne un pouvoir ce qui est nommé. Le langage affine l’expression des relations causales et élargit une capacité de planifier et de manipuler, ainsi que de mémoriser. L’écriture va encore plus loin dans ce sens, en permettant l’enregistrement sur un support externe. Capacité de manipuler qui s’étend en direction des autres êtres humains – et aussi, par rapport à la communication non-verbale, de mieux masquer la vérité.
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On peut isoler les choses de leur contexte, ce qui permet de ne se focaliser que sur certains aspects de la réalité. En revanche, le langage nous fait perdre tout ce qu’il y a d’implicite, de fluide, d’insaisissable. Saisir, au sens physique comme au sens mental, nous permet de manipuler, de posséder, de contrôler l’environnement. Avoir pu – grâce à cette fonction localisée dans l’hémisphère gauche – accéder à cette capacité, a été un élément déterminant pour l’homme dans la lutte entre les espèces, et entre les individus les uns par rapport aux autres.
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La métaphore
Dire que le langage est l’argent de la pensée est une métaphore. Or seul l’hémisphère droit est en mesure de comprendre des métaphores. Le langage est ici compris comme étant un intermédiaire – au même titre que l’argent : il puise dans le monde de l’expérience et il y retourne. On notera que, de plus, il est enraciné dans le corps.
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À un niveau supérieur, les mots débouchent sur un vaste réseau de connotations, présentes mais implicites, que l’on apprécie de façon globale et non de manière séquentielle et focalisée, de tout notre être conscient. A un niveau plus basique, chacun des mots est une porte de sortie hors du langage, vers un élément du monde vécu, associé à notre existence incarnée.
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Pour revenir à l’argent, celui-ci prend, à un niveau basique, sa valeur dans des choses (qui peuvent éventuellement être vivantes – ex. : du charbon, un poulet…), pour en restituer, à un niveau supérieur, une valeur sous forme de marchandise ou de service (ex. : nourriture, vêtement, réparation d’une voiture…). Entre les deux, se trouvent les transactions virtuelles du système monétaire.
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Au stade du langage, une métaphore met en relation des concepts distincts (ex. : argent / langage ; ou encore : choc des cymbales / choc des arguments / choc des couleurs / choc des épées…). Mais au stade de notre vécu incarné, il ne s’agit que d’éclairages différents portant sur des tout similaires. La métaphore ne reste pas à sens unique (ex. : argent > langage) mais se lit dans les deux sens (ou plus si besoin).
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Au-delà des mots, la métaphore est centrale pour la pensée : elle est une fonction de l’hémisphère droit qui est enraciné en profondeur dans le corps où s’expérimente le monde. Il diffère de l’hémisphère gauche qui considère que le langage – tout coupé qu’il puisse être du monde – en constitue pourtant la réalité. Une des limites de la philosophie des Lumières, qui est guidée par la raison, est de sous-estimer la métaphore – à la limite, de la considérer comme un élément distrayant, voire une tromperie.
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The Master and his Emissary – The divided brain and the making of the Western world – Iain McGilchrist – Yale University Press – 2009 – 597 pages...
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Le présent billet fait suite à celui du 15 décembre. Il fait partie d’une séquence sur le Cerveau commencée le 4 juin 2010 (voir la liste des thèmes dans la marge de droite). Il n'est pas exclu qu'au cours de la traduction et en cherchant à condenser, il y ait eu des erreurs ou une mauvaise compréhension : se référer directement à l'ouvrage mentionné ci-dessus.
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mercredi 4 janvier 2012

Jung referait-il surface ? (A)


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Plusieurs personnes de mon entourage se sont embarquées dans l’aventure de la psychanalyse, certaines même professionnellement. Cela ne fait évidemment pas de moi un spécialiste en ce domaine.
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Je cherche par ailleurs à ne pas me laisser bercer par la prose médiatique qui l’enrobe depuis des décennies ; ni à être entraîné par les récentes polémiques qui, à la différence de celles qui n’ont pas manqué depuis ses origines, ne sont plus tant des querelles entre différentes écoles en son sein, mais se veulent une remise en question de la raison d’être et du devenir de la psychanalyse.
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Que vient ici faire Jung ?
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En guise d’apéritif : deux évènements quasi-actuels
En ces temps de fêtes de fin d’année je remarque, en vitrine de plusieurs librairies de tout poil, la présence d’un imposant volume à couverture rouge sous la signature de Jung : son Livre rouge – on le mettrait facilement parmi les livres d’art qui ornent volontiers les vitrines en cette saison.
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Début septembre à Venise, le film Une Méthode dangereuse a figuré dans la compétition pour le Lion d’Or : il s’agit principalement de la relation de Carl Jung avec Sabina Spielrein qui fut, et sa patiente en analyse, et sa maîtresse, et qui devint elle-même analyste. Le film sous-entend que cette situation a sa part dans la rupture – a priori pour des raisons théoriques – entre Freud et Jung, jusqu’alors fort proches.
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Hors-d’œuvre : un peu de chronologie
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… Sigmund Freud
Médecin juif autrichien né en 1856, Sigmund Freud est le pionnier de la psychanalyse, dont on peut faire remonter les premiers pas aux alentours de 1896. Les développements de cette discipline ne vont pas sans conflits et scissions mais on la voit, dès 1908, s’institutionnaliser et, après la Première Guerre mondiale, connaître une expansion en Europe et dans les pays anglo-saxons. Dès 1933, les Nazis brûlent les écrits de Freud en Allemagne. Suite à l’annexion de l’Autriche en 1938, il s’exile à Londres avec sa famille : il y mourra l’année suivante, à 83 ans.
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… Carl Jung
Médecin et psychiatre suisse alémanique, Carl Gustav Jung vient au monde une vingtaine d’années après Freud : en 1875 ; et il meurt à 86 ans, en 1961. La psychologie des profondeurs dont il est le pionnier, établit un lien entre la structure de la psyché et les productions de celle-ci, ainsi que ses manifestations culturelles. Les notions auxquelles il fait appel puisent dans un vaste champ des sciences humaines. On le considère souvent comme le père fondateur d’une psychologie des cultures.
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Devenu médecin et chercheur, il s’intéresse aux travaux de Freud et, vers 1906, débute entre eux une correspondance qui rassemble environ 360 lettres et durera jusqu’à leur rupture, qui s’amorce en 1911 et sera consommée en 1914. Dès 1907, Jung vient le rencontrer à Vienne et, malgré certains points de divergences qu’ils ne cachent pas, apparaît comme un dauphin de Freud.
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C’est à cet endroit que se situe l’épisode de sa liaison avec Sabina Spielrein, qui sert de prétexte au film Une Méthode dangereuse. Jung aura d’autres liaisons, notamment avec Toni Wolff, à partir de 1911 – année où s’amorce, pour des raisons qui semblent aussi bien théoriques que personnelles, une rupture avec Freud, qui sera consommée en 1914. Or c’est en 1914 que débute la rédaction de ce Livre rouge qui ne vient d’être publié que récemment, plus de 40 ans après la mort de Jung.
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C’est un intense retour sur lui-même, une période d’élaboration théorique où se fonde la psychologie analytique. Viendront ensuite des voyages auprès des Indiens d’Amérique, ainsi qu’en Afrique, un approfondissement de ses théories et de sa pratique, de nouveaux déplacements dans les pays anglo-saxons ainsi qu’au Proche-Orient et en Inde…
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Nous sommes désormais dans années 1930 – la part de son activité touchant à l’Allemagne a nourri une polémique où il reste difficile de démêler si, jusqu’où et comment il aurait collaboré avec le régime nazi. Pendant la guerre, il travaille comme agent secret pour les Alliés. Après la guerre, avec une santé affaiblie, il consacre ses quinze dernières années à la rédaction de plusieurs ouvrages de synthèse et à la poursuite de ses recherches.
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Trois coups de projecteur
La suite de ce billet se résume à la période autour de 1906 (liaison avec Sabina Spielrein – d’où le récent film sur le sujet), puis à partir de 1914 (amorce de la rédaction du Livre Rouge, qui n’est paru qu’en 2009), et enfin au cours des années 1930 et 1940 (polémique à propos de l’attitude vis-à-vis du nazisme, puis enrôlement par les Alliés) – ce qui ouvre à une interrogation sur des thèmes actuels.
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… 1906 – le film Une Méthode dangereuse
Sabina Spielrein, née en 1885 dans une famille juive de Rostov-sur-le-Don, était venue en Suisse en 1904 et, à 19 ans, devint la patiente de Jung – mais aussi sa maîtresse. Dans l’une de ses premières lettres à Freud, en 1906, Jung mentionne qu’il la traite pour hystérie. Mais ce n’est que 2 ou 3 ans plus tard qu’il lui avoue leur liaison qui durait depuis cette date… Notons qu’à même époque, l’intéressée écrivait de son côté à Freud ; elle viendra aussi le rencontrer à Vienne.
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Elle deviendra elle-même analyste et comptera le célèbre psychologue pour enfants, Jean Piaget, parmi ses propres patients. Il semble même que Freud se soit inspiré d‘un de ses articles (Die Destruktion als Werdens") paru en 1912 dans le Jahrbuch der Psychoanalyse, pour introduire en 1920 la pulsion de mort dans ce que l’on appelle la seconde topique (le ça, le moi et le surmoi – alors que la première topique tournait autour de l’inconscient, du préconscient et du conscient). Elle retourne en Russie en 1923. En 1942, elle y est assassinée par les Allemands, vraisemblablement en raison de ses origines.
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La période d’une dizaine d’années, couverte par le film de David Cronenberg, est celle d’une psychanalyse en éclosion. Celle aussi d’un triangle ne serait-ce qu’épistolaire, avec un Freud d’abord entraîné à jouer les sages et les arbitres, face au duo passionnel entre Jung et Spielrein – mais aussi dont l’antagonisme sur le plan théorique ne fait que monter vis-à-vis de celui qui, de potentiel dauphin, en arrivera à être exclu du cercle psychanalytique freudien. Dans un entretien, David Cronenberg dit plutôt pencher du côté de Freud, parce qu’il le considère comme un athée qui s’intéresse de préférence aux corps, tandis que Jung infléchirait par trop la discipline vers la religion, voire le mysticisme.
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Un film est un film : une partie de la critique en a regretté l’aspect réducteur – à trop vouloir notamment superposer les relations entre les personnages et le conflit théorique alors en gestation.
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… 1914 : amorce du Livre Rouge
Alors que le film Une Méthode dangereuse porte grosso-modo sur la période 1904-1914, le Livre Rouge de Jung correspond pour l’essentiel à la décennie suivante, mais sa rédaction se poursuivra jusque vers 1928.
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Si on voulait pousser les analogies, on soulignerait que la rédaction de cet ouvrage correspond à la période la plus manifeste de la liaison de Carl Jung avec Toni Wolff. Issue d’une famille de Zurich, celle-ci (1888-1953) fut tout aussi bien sa patiente, que sa maîtresse… et devint également psychothérapeute. Mais elle est restée dans la mouvance jungienne, alors que Spielrein  a plutôt glissé sur le versant freudien. Toni Wolff a mis à jour plusieurs des figures archétypiques chères à Jung, principalement parmi celles féminines de l’anima. Leur relation s'est poursuivie bien au-delà de cette période et on la désigne fréquemment comme la seconde femme de Jung.
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La rédaction du Livre Rouge débute au moment où Jung vient d’être officiellement exclu du mouvement psychanalytique freudien. Il est désorienté – c’est un saut dans l’inconnu. C’est dans cet ouvrage calligraphié en lettres gothiques et illustré par Jung, que celui-ci consigne ses expériences de régression puis l’élaboration de ses méthodes, telle que l’imagination active et ses théories autour des concepts d’animus, d’anima et de persona : le journal de voyage intérieur de sa cosmologie et de sa confrontation avec l’inconscient, a-t-on pu écrire (Pierre Assouline, RDL, septembre 2011). Il y rencontre diverses figures (dont notamment le vieux sage Philémon), éléments composants d’un inconscient collectif, sorte d’ADN psychologique commun à toute l’humanité.
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Au dire de Jung, ce qu’il contient est à la source de ce qui, par la suite, n’a été que mise en ordre et mise en musique dans la pratique courante. C’est à la même époque que s’est constituée autour de lui l’Association de Psychologie analytique qui rassemblait des analystes – principalement zurichois – ayant rompu avec Freud.
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Eh bien ! Ce manuscrit a attendu jusqu’en 2009 avant de pouvoir être livré au public (facsimilé du texte en allemand, traduction en anglais, abondantes annotations par un universitaire familier de l'œuvre de Jung – la version en français est disponible depuis fin 2011). Jung lui-même ne l’avait pas souhaité car il ne le considérait pas comme une œuvre suffisamment scientifique. Après sa mort en 1961 et pendant une  quarantaine d’années, ses héritiers s’y sont opposés. Plusieurs spécialistes, parmi ceux qui viennent d’en prendre connaissance, ne sont pas loin de penser que l'ensemble de l’œuvre jusqu’alors publiée de Jung mérite d’être reconsidérée à la lumière de ce document.
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… 1930-1940 : Polémique à propos du nazisme
À la fin des années ’20, Jung s’affilie à un groupe berlinois qui cherche à concilier les courants psychanalytiques freudien, jungien et adlérien – il en est même nommé membre d’honneur. Au début des années ’30, avec l’arrivée d’Hitler au pouvoir, le président, Juif, et la plupart des membres juifs de cette société démissionnent ou s’exilent. Et la psychanalyse freudienne, stigmatisée, disparaît en Allemagne. L’association elle-même fait l’objet d’une mise sous tutelle de la part du régime.
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Il faut dire que le concept d’inconscient collectif, utilisé cette fois dans un sens plus politique que scientifique, fournit des arguments aux thèses racistes nazies. On a aussi reproché à Jung d'avoir, dans l’un de ses essais 15 ans auparavant (1918), estimé qu’il y avait une différence d’inconscient entre les Aryens et les Juifs (si on en approfondit la signification, on peut néanmoins y lire que les Juifs, plus civilisés mais en l’absence d’une patrie, n’ont pas cette relation à la terre qui caractérise l’homme germanique).
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Alors que le régime nazi se met en place, la position de Jung semble ambivalente : reconnaissance de l’existence de fait de ce régime alors qu’il exprime par ailleurs que la psychothérapie ne peut être inféodée à une politique nationaliste – ce qui permet cependant de la part des Nazis une insistante récupération : ils parviennent à contrer ses tentatives d’abandonner ses responsabilités dans cette association. C’est à l’occasion d’un article qu’il a signé dans une revue américaine et où il traite Hitler de dictateur qu’il en est définitivement démissionné en 1940 et inscrit sur la liste des auteurs dont les ouvrages sont bannis.
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Impressionnés par l’analyse que Jung avait faite dès 1936 sur la psychologie des Nazis (son essai : Wotan), les Alliés l’approchent et finissent par le recruter. Jung préconise notamment de diriger l’attention de Hitler vers l’URSS. Un de ses pronostics est, par ailleurs, qu’Hitler finira par se suicider. Son point de vue est enfin pris en compte dans l’immédiat après-guerre, sur la manière de s’y prendre pour que les Allemands acceptent leur défaite et pour rétablir leur économie exsangue.
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Déjà un peu longuet, ce qui précède n’épuise certes pas la description de ces quelques temps forts du parcours jungien. Et la pertinence en reste relative : je suis à plus d’une fois allé m’enquérir à des sources wikipédiennes – la version française étant d’ailleurs l'une des plus nourries.
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Un second billet suivra, qui cherchera à identifier, dans ce qui se manifeste de nos jours, quelques échos à cette apparente résurgence de Jung.

samedi 31 décembre 2011

Index 2011 (octobre > décembre)

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INDEX 2011 (d'octobre à décembre)

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Mis à jour à l'article : Entre les deux... (16) (15 décembre 2011)

Exemple : 2011-10-19 COGENT (Obésité pourrielle 11-T3)
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C
2011-10-19 COGENT (Obésité pourrielle 11-T3)
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D
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E
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2011-12-15 ECONOMIST (THE) (Entre les deusx.. (16))
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2011-12-15 EINSTEIN Albert (Entre les deusx.. (16))
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2011-10-19 EMAIL-VISION (Obésité pourrielle 11-T3)
États Unis >> U.S.A.
2011-11-03 EUROPE-CENTRALE (La lettre tue-t-elle l'esprit ?)
F
G
2011-10-19 GANDI (Obésité pourrielle 11-T3)
2011-12-15 GAUSS Carl Friedrich (Entre les deusx.. (16))
2011-11-03 GORDON Andrea (La lettre tue-t-elle l'esprit ?)

2011-11-03 GOODY Jacky (La lettre tue-t-elle l'esprit ?)
2011-10-19 GOOGLE (Obésité pourrielle 11-T3)

H
2011-12-15 HELMHOLTZ (VON) Hermann Ludwig (Entre les deusx.. (16))
2011-10-19 HETZNER-NANIHOST (Obésité pourrielle 11-T3)

2011-12-15 HINDEMITH Paul (Entre les deusx.. (16))
I

Ilyvó >> LVIV
2011-10-19 Ivona RULLERT (Obésité pourrielle 11-T3)
J
K
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L

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2011-11-03 LVIV (La lettre tue-t-elle l'esprit ?)
Lvov >> LVIV
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T
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V
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