lundi 9 mai 2011

Ogród Saski : statues



Plan datant de 1781, conservé aux Archives nationales de Varsovie. En scrutant de plus près on arrive à distinguer des chiffres de couleur rouge, permettant d’identifier : (1) le Palais de Saxe, à l’endroit où se trouve actuellement la tombe du Soldat inconnu ; (2) le Palais Brühl, légèrement au dessus – il a été détruit par les Allemands, fin 1944 ; (3) l’amorce de l’axe principal du Jardin de Saxe, là où sont maintenant les statues et la fontaine ; (4) à l’autre bout de l’axe, le Grand Salon, qui a disparu en 1817 – c’est approximativement à ce niveau que s’arrête aujourd’hui le Jardin : pendant le 2nde Guerre mondiale, les Allemands ont, en effet prolongé l’axe nord-sud de l’avenue Marszałkowska, à travers le Jardin ; (5) plus vers le bas, donnant sur la rue Royale (Królewska), un Opéra de 500 places ; (6) à l’opposé, vers le haut, le Palais Bleu (en raison de la couleur de son toit) qui donne sur l’amorce de Senatorska (la rue Sénatoriale) : il fut entièrement rénové en moins de deux mois en 1726, le roi de Saxe ayant voulu en faire cadeau à sa fille pour Noël, puis réaménagé au 19ème siècle – il a été reconstruit après la 2nde Guerre mondiale : (7) en suivant Senatorska, l’église saint Antoine de Padoue, qui servait de paroisse à la famille royale ; (8) en revenant à l’extrémité de l’axe du Jardin, la Porte de Fer, emplacement qui est désormais bien au-delà de la voie de circulation constituée par Marszałkowska prolongée.

Le tout récent billet, Varsovie sans peine, a permis au lecteur de situer où se trouve le Jardin de Saxe (Ogród Saski). En s’éloignant de la Vistule, depuis sa rive gauche, on chemine par la pensée entre le Palais Présidentiel et l’Université, on traverse Krakowskie Przedmieście et on arrive bientôt sur la place Piłsudski où se déroulent la plupart des cérémonies officielles et militaires. La place une fois traversée, on se trouve face à la tombe du Soldat inconnu. C’est au-delà que commence le Jardin de Saxe.

Disposition actuelle des statues. La pointe de chaque triangle indique la direction de leur regard. Récemment ravalées, elles ont été photographiées juste avant l’éclosion du printemps.


Le Palais de Saxe
En fait, la tombe du Soldat inconnu s’abrite sous un reste de la colonnade qui subsiste de l’ancien Palais de Saxe. Celui-ci a été démoli en 1944, après l’Insurrection de Varsovie, et marquait la séparation entre la place et le Jardin de Saxe. La dénomination du Palais et du Jardin vient de ce que la Pologne a vécu sous le régime d’une monarchie élective, et que la noblesse polonaise a choisi de mettre à sa tête le roi de Saxe pour une période qui correspond au passage du 17ème au 18ème siècle. Il s’agissait donc, à Varsovie, du Palais et du Jardin de ce roi.

Statues situées à l’Est, directement autour de la fontaine.


Le Jardin de Saxe
Le Jardin de Saxe est l’un des plus anciens jardins royaux à avoir été ouvert au public – en 1727, donc bien avant que ce ne soit le cas pour celui de Versailles (pendant la Révolution française, en 1791). Initialement conçu selon un dessin baroque à la française, il a emprunté le style des jardins anglais au cours du 19ème siècle romantique. Ce Jardin se prolongeait bien au-delà mais depuis la prologation de la voie de circulation Marszałkowska pendant la 2nde Guerre mondiale, il bute maintenant contre celle-ci.

Statues situées les plus à l’extérieur, donnant sur des allées vers le Nord et vers le Sud.


Les statues
Je m’en tiens pour le moment à donner un aperçu de la vingtaine de statues qui balisent cet axe, juste après la tombe du Soldat inconnu. Il y en avait initialement beaucoup plus (70) datant d’avant 1745 et qui étaient l’œuvre de sculpteurs dont on n’a pas gardé le nom. Lorsque Varsovie est tombée sous la coupe tsariste, en 1794, près de la moitié d’entre elles sont parties pour agrémenter le Jardin d’été de Saint-Pétersbourg. D’autres n’ont pas résisté à l’épreuve du temps.

Statues situées à l’Ouest, en s’éloignant de la fontaine.

Parmi les emplacements actuels, l’un n’a pas de statue et, pour cinq d’entre elles, ce qu’elles représentent n’est pas gravé sur leur socle. En confrontant avec une liste que j’ai trouvée par ailleurs, je laisserais bien au lecteur perspicace le soin d’attribuer un nom à chacune d’entre elles : Arithmétique, Bacchus, Intelligence, Justice, Architecture militaire, Rationalité… mais je doute de la liste mentionnée car je n’y retrouve ni Jupiter, ni l’Histoire, ni l’Automne, dont les noms sont pourtant bien gravés sur les socles actuels.

Fontaine et cadran solaire


A noter enfin que ces statues encadrent une fontaine, due à Henryk Marconi, qui a été mise en place en 1855 et, quelques années plus tard, un cadran solaire conçu par un physicien et météorologue, Antoni Szeliga Magier.



dimanche 1 mai 2011

Varsovie sans peine


In principio… la Vistule
Il y a plusieurs manières de chercher à s’orienter dans un lieu qu’on ne connaît pas encore bien. A Varsovie, on peut se repérer par rapport à la Vistule : celle-ci coule approximativement du Sud vers le Nord (vers NNO plutôt) et la ville s’est prioritairement installée sur la rive gauche, à l’Ouest, légèrement en surplomb. C’est d’ailleurs sur l’endroit le plus escarpé (tout est relatif) que s’élève le Château Royal qui commande l’entrée de la Vieille Ville, centrée sur la place du Marché (Rynek).

En direction de Cracovie
La voie qui – parallèlement à 500 mètres de la Vistule - part de ce Château (Zamek) vers le Sud, est connue comme étant Krakowskie Przedmieście (Faubourgs de Cracovie – l’ancienne capitale royale, qui se trouve à quelques 350 km de là… sur la Vistule également). Le nom de la voie change rapidement pour devenir la rue – autrefois chic – du Nouveau Monde (Nowy Świat) puis, au Rond-point Charles de Gaulle, ayant délaissé l’allée de Jérusalem qui s’éloigne bizarrement vers l’Ouest, elle prendra le nom d’allée Ujazdowskie. Les Parisiens reconnaitront au dit Rond-point (Rondo) la statue du Général, identique à celle qui avance d’un pas décidé, à proximité du Grand Palais et de la sortie de métro Champs-Élysées Clemenceau.


C’est sur la bande de terrain qui, de cette voie, rejoint la Vistule en pente douce, que l’aristocratie polonaise avait fait construire quelques demeures donnant vers la ville, tandis que, côté jardin, on se rapproche du fleuve. En partant du Château Royal, on passe ainsi devant l’actuel Palais Présidentiel – qui était autrefois celui des Radziwiłł et où claquent, côte-à-côte, un drapeau polonais, un de l’Union européenne, et un troisième de l’OTAN – puis l’Université. Poursuivant par l’allée Ujazdowskie, on parviendra au jardin des Łazienki, avec ses pièces d’eau, ses demeures royales, ses écureuils et ses paons, son Belvédère, sa Maison Blanche et son Trou Madame.



Marszałkowska
Éloignons-nous de 500 mètres encore de la Vistule : nous nous trouvons sur une artère parallèle à la précédente, plus conséquente, apparemment dédiée à la communication automobile, sillonnée par bus et tramways, et doublée en son sous-sol par l’unique ligne de métro de la capitale… pour le moment. Artère commerciale aussi, sur laquelle se sont notamment implantées plusieurs grandes enseignes de la fringue internationale. C’est Marszałkowska.


Si, à cette distance, nous entreprenons de cheminer comme nous l’avons fait auparavant, du Nord vers le Sud, nous avons :


- au niveau du Château Royal, la Mairie de Varsovie (d’où le nom de Ratusz pour la station de métro) qui donne sur la place de la Banque et d’où, en empruntant la rue Sénatoriale pour revenir vers le Château, on peut se rendre au Grand Théâtre (Teatr Wielki) qui abrite aussi l’Opéra ;
- pour la portion qui correspond à Krakowskie Przedmieście, l’espace intermédiaire est occupé par le Jardin de Saxe, la Tombe du Soldat inconnu, et la place Piłsudski où ont lieu les cérémonies officielles et militaires ;
- pour la portion suivante, cette fois à hauteur de la rue Nowy Świat, les temples commerciaux déjà cités, auxquels font face de l’autre côté de Marszałkowska, l’inévitable Palais de la Culture et de la Science cher à l’écrivain Tadeusz Konwicki, puis la Gare Centrale ;
- poursuivant vers le Sud, on croise l’allée de Jérusalem à la station Centrum (comme son nom l’indique), vers des quartiers plus résidentiels donc moins animés mais aussi moins pittoresques, et un endroit dont il suffit de savoir que c’est MDM.




Zoom arrière dans le temps et dans l’espace
Avec ce qui précède, nous sommes loin d’avoir exploré la ville dans son ensemble, quand au niveau de détail et quant à son extension. On se rendra d’abord compte qu’elle est balisée par une belle multiplicité d’édifices religieux. Mais aussi que l’histoire des dernières décennies en a fait un patchwork de couches géologiques urbanistiques : sarcellisation intra-muros résultant de la reconstruction communiste de l’après-guerre ; doublée de gratte-ciels aux styles disparates et isolés les uns des autres, parachutés ces dernières années depuis le firmament de la globalisation immobilière mondiale.


L’autre côté de la Vistule – à commencer par Praga – est surtout résidentiel… mais y est inséré un carré plus huppé, au bord du fleuve, donc potentiellement inondable, du nom de Saska Kępa : c’est là que se trouve le Lycée Français que – Astérix oblige – on a baptisé Gościnny, enfant du pays.


Prenons de la hauteur : si on vous dit „Wola”, regardez vers l’Ouest de la carte… „Żoliborz” (Joli bord) ? Tournez les yeux vers le Nord… S’il s’agit de „Mokotów” et, plus loin encore, du „Château de Wilanów” c’est au contraire vers le Sud… Itou pour l’aéroport Frédéric Chopin… Petit conseil si vous êtes venu en avion : dans le hall des Arrivées, des malabars insistants vous dragueront pour vous proposer de rejoindre le Centre-ville en taxi – la note sera salée, alors que pour trois fois rien, le bus 175 vous emmène jusqu’aux abords du Teatr Wielki.


samedi 30 avril 2011

Index 2011 (janvier > avril)

INDEX 2011 (de janvier à avril)

Pour retrouver l'article sur le sujet qui vous intéresse :
Voir ci-dessous.

Mis à jour à l'article : Respirer en altitude (15 mars 2011)

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T
2011-02-26 TAÏWAN (Sentiers de l'économie)
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2011-01-06 TEMPS-(LE) (Le Temps - Fin 2010)
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2011-01-15 THATCHER Margaret (Indignez-vous : un tabac...)
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U
2011-01-15 U.M.P. (Indignez-vous : un tabac...)
Union pour la Majorité Présidentielle > U.M.P.
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2011-02-26 UNIVERSAL-(EL) (Sentiers de l'économie)
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V
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W
2011-02-26 WAL-FADJRI (Sentiers de l'économie)
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Z
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mardi 15 mars 2011

Respirer en altitude



Ce billet s’appuie sur des notes prises lors de la réunion des bénévoles des premiers jours de février : il reflète ainsi le point où en étaient Émile et son entourage au début de l’année 2011.

Au-delà du constat devenu classique des progrès réalisés, j’ai noté cette fois quelques points particuliers : une meilleure perception de la vision en relief ; la relation au temps ; la transition d’un univers du chaos vers un autre plus organisé ; la relation avec la règle ; le recours à un langage inégalement maîtrisé comme stratégie d’évitement.

Ceci grâce aux commentaires de personnes de cette association qui épaule la famille et les bénévoles dans leur démarche : un psychologue (qui suit directement le parcours d’autres enfants) présent à cette réunion, et la présidente de l’association à partir du faisceau d’expériences qui converge vers elle.

Commençons par la base de la pyramide, par la perception sensorielle notamment. Une dent est sur le point de tomber : Émile la sent beaucoup plus nettement que les fois précédentes. Et les pieds ? A le voir sur des skis – en particulier au moment du chasse-neige – on se dit qu’il y a un bien meilleur ressenti de ce côté-là.

Gestuelle. Pause ou progrès ? Émile lit désormais à haute voix – c’est vivant, le ton et le geste y sont, mais… très systématiquement, sa main droite à l’index déployé semble accompagner l’histoire : où se trouve-t-on entre l’intégration entre visuel, verbal et gestuel, et reliquat de stéréotypes ?

Émile continue de conquérir son autonomie. Il veut tout faire tout seul et – point notoire – se lave seul. Il est content de rendre service ou donner un coup de main quand on lui demande. Au magasin, il commence à se charger de peser les fruits et de mettre sur le sac l’étiquette autocollante qui sort de la machine.

Il aime et demande à être regardé lorsqu’il se donne en spectacle (Tu m’écoutes, tu me regardes, il en est fier). Ou encore, par miroir interposé quand il se place devant, la personne bénévole à côté de lui, et vérifie les expressions qu’il cherche à mimer : Tu me regardes, moi. Double regard – le sien et celui de la personne qui est là – mais, ce faisant, Émile cherche à apprendre par lui-même… Conquête d’une autonomie qui ne va pas sans nuances, car une peur peut subsister face au regard de l’autre – exemple : il incite une bénévole à faire un découpage à sa place… mais s’y essaie tout seul dès que celle-ci s’absente un moment.

Revers de la médaille ? Ou, plutôt, autonomie à la sauce négative quand il dit non – de façon catégorique : ce qui ne l’empêche pas de transiger par la suite. Le comble de la ruse : lui proposer de choisir entre deux activités (On va chercher du pain, ou bien on va se promener ?) Cela étant, Émile ne se sent toujours pas à l’aise lorsque qu’il y a des enjeux (perdre ou gagner) et il lui reste un bout de chemin à faire pour gérer un stress éventuel.

Plus autonome certes mais aussi, tourné vers les autres. Ce qui nous amène à nous intéresser au relationnel et à la communication.

Remarque préalable : Émile tisse de plus en plus de liens, ce qui donne plus de fluidité à son univers. Ses parents s’en sont aperçus en le voyant passer d’un atlas à l’autre – l’un donnant une carte du monde et l’autre constituant une sorte de catalogue des pays – puis chercher à situer chacun d’entre eux sur la première carte. Autre constat : les jeux dont il prend l’initiative deviennent plus spontanés – il ne reprend plus autant une même activité d’une séance à l’autre ou d’un bénévole à l’autre.

Il y bien des passerelles (peut-on dire des synergies ?) entre tisser des liens dans son propre univers et développer des relations avec son entourage et communiquer avec lui – mais ce n’est pas entièrement du pareil au même. Degré zéro de sa relation avec les autres : on le sent désormais présent, même lorsque qu’il semble absorbé par une activité pour lui passionnante. Il commence aussi à s’intéresser à la vie de personnes proches en posant des questions à leur sujet, à aider concrètement à la maison (ex. : mettre le couvert) ou à participer aux courses (ex. : acheter du pain)… ce qui renforce l’estime qu’il a de lui-même, sensible qu’il est à la confiance qu’on lui témoigne à cette occasion.

Cette attention aux autres se traduit par une observation soutenue et une interrogation sur la façon dont les bénévoles réagissent. Mention doit être faite à ce stade sur l’utilisation du langage. Ce point a suscité des remarques la part du psychologue présent à la réunion, et d’un commentaire de la présidente de l’association quand elle a pris connaissance du compte-rendu.

Pour les enfants dont il s’occupe par ailleurs, le psychologue avait remarqué que – notamment en phase d’opposition, dite du non – le langage peut être une stratégie pour éviter se faire quelque chose ensemble, dans l’action ou par des gestes, avec son vis-à-vis. Émile en arrive à utiliser des mots dont il ne connaît pas le sens, ne serait-ce que pour voir les réactions qu’ils suscitent chez son interlocuteur. La présidente estime quant à elle que si Émile est apparemment très habile pour utiliser les bénévoles afin d’enrichir son monde et d’empiler des connaissances, ce n’est pas la source de vrais échanges.

L’un et l'autre soulignent que tout n’est pas terminé dans son développement et quant à l’image qu’Émile a de lui-même. En observant davantage ses capacités gestuelles ou motrices, ainsi que d’attention conjointe, nous aurons une meilleure idée du sens des mots qu’Émile emploie par moments. Leur conseil : redonner une nouvelle importance au regard (pour exprimer ses sentiments, pour demander de l’aide…), aux jeux interactifs et physiques, et l’amener aussi à s’intéresser à vous (lui parler de soi, lui montrer des photos…)

Cette relation aux autres a, de plus, permis de soulever un point intéressant. Cela se passe dans la rue : Émile s’adresse à un monsieur pour lui dire que ce n’est pas bien de traverser alors que le bonhomme lumineux est au rouge. La focalisation sur le respect de la règle l’emporte sur la prise en considération des dangers de la circulation – si le feu rouge était en panne, que deviendrait la règle ? Dans la pratique et notamment sur ce point précis, une amorce d’évolution et de prise en compte du contexte est en cours.

Avant de clore sur l’imaginaire et sur le scolaire, trois points particuliers : la vision en relief, la relation au temps, et l’ordonnancement des activités.

Cette réunion a été l’occasion d’apprendre que son ophtalmo venait de constater qu’Émile commence à voir les reliefs. Rétrospectivement – et encore maintenant puisqu’il ne fait que commencer – une telle information permet de prendre conscience que, en partie, certaines de ses maladresses venaient de là.

Gestion du court terme, réassurance à long terme. Il y a des séances très fluides où l’on ne voit pas le temps passer. La plupart des bénévoles, pourtant, le surprennent à regarder souvent l’horloge – il annonce parfois l’heure qu’il est effectivement, mais ce peut aussi être pour dire (ce qui est alors inexact) que la séance est finie. Émile s’ennuierait-il ? Veut-il s’assurer qu’il lui reste assez de temps pour mener à bout une activité en cours ? Attend-il ce qui doit venir par la suite ?

Voilà pour l’immédiat. A d’autres occasions, la perspective temporelle se dilate vers un futur moins défini et peut être associée à l’expression d’un sentiment : Tu resteras toujours auprès de moi.

Avec sa nounou avec qui il est particulièrement en confiance, Émile rentre spontanément dans des jeux de construction et vient l’aider. Mais que va-t-il se passer à la fin ? On connaît depuis longtemps son besoin de ranger… mais tout aussi bien celui de détruire à la va-vite. Dans le cas présent, il participe au démontage (et il le dit : Je démonte) pour revenir au stade initial des pièces détachées.

Venons-en à l’imaginaire. On se souvient que c’est à l’occasion de jeux qu’Émile avait déjà réussi à faire ce à quoi il se refusait a priori. Cela devient maintenant le cas – sur le mode de défis à relever – pour écrire, découper, mimer, jouer à cache-cache… Pourquoi ne pas essayer pour gérer le stress ? Car perdre / gagner peut encore prendre des allures de catastrophe… Et cette rigidité est d’autant plus importante qu’il y a un enjeu pour lui. Elle dépend aussi du contexte et on arrive à la diluer dans une situation plus ludique.

Par ailleurs, Émile utilise des figurines humaines qui se parlent et qui s’introduisent dans des jeux déjà connus (faire les courses et jouer au marchand, chasse au trésor…)

CP – CE1 – CE2 – CM1 – CM2… Qu’en est-il de l’aptitude à l’école ? Bénévole parmi les bénévoles, voici ce dont je suis témoin : la séance suivante est assuré par une de ses maîtresses ; il me quitte plein d’entrain au seuil de la salle de jeu, pour interpeler celle-ci, s’écrier : Au travail ! et poursuivre sur un ton tout joyeux : Je suis obligé. Autre commentaire – au sujet d’un livre sur l’école : Moi, je commence l’école à la maison.

Dans toute leur gentillesse, les maîtresses ont des repères, ce que les bénévoles ne peuvent pas exprimer avec autant de précision. Ainsi, pour les maths (opérations décomposition des nombres, tableaux à double entrée…), c’est du niveau CP. Pour le langage, les verbes, la compréhension dans la lecture, c’est du début de CE2. Le graphisme et écrire pour écrire, c’est moins facile.

Et puisque nous parlons d’évaluations… L’association à laquelle il est fait appel a élaboré quelque chose qui permet de bien se repérer, à partir de questions très concrètes sur ce qu’Émile sait ou ne sait pas faire. Voici ce que cela donne graphiquement  sur deux ans, à l’occasion d’une récente mise à jour. C’est ici très synthétique, mais la description peut aller à un plus grand niveau de détail. Au premier regard, on sent que tout va dans le bon sens. Dans un domaine, on le voit, on est arrivé au but (au plafond du graphique). Il y en a un autre, à l’opposé, où l’on mesure qu’il reste du chemin à parcourir.



samedi 26 février 2011

Les grandes manœuvres



Troisième et dernière étape – encore à travers champs – de notre randonnée éco-rurale. Après – avec quelques raisons – nous être fait peur sur les fondamentaux du secteur puis avoir allumé, et les politiques, et la finance, pourquoi ne nous paierions-nos pas l’agro-industrie, et même les OGM ?

Les poids lourds
Des semences aux technologies, en passant par les engrais, puis du traitement industriel jusqu’à la distribution commerciale, cette industrie n’est-elle pourtant pas la meilleure amie de l’agriculture et du consommateur ? Fabulation distillée par l’agro-industrie elle-même, disent certains… relayée par les gens de la FAO (organisme de l’ONU s’occupant de l’alimentation et de l’agriculture) puisque, directement ou indirectement, elle les finance.

Les économistes vous diront que si les 4 principaux acteurs d’un secteur détiennent ensemble 40% du marché mondial, la concurrence s’y émousse et, au fur et à mesure de la montée des prix, ils s’approprient une part disproportionnée des profits. Il en va ainsi pour le café, le cacao, le thé, les bananes… pour lesquels les 4 premiers fabricants de l’agrochimie détenaient 60% du marché mondial en 2004, et en croissance (47% en 1997) ; les semences suivant allègrement derrière (33% en 2004).

OGM, j’aime
Sans compter 91% pour le seul Monsanto, s’agissant des OGM. On sait le débat à ce sujet. Quelques indications pour vos dossiers : en 2009, 87% des surfaces plantées en OGM se trouvaient en Amérique du Nord (54%) et en Amérique du Sud (33%). D'ici deux ans, Monsanto et ses principaux concurrents comptent commercialiser des semences de maïs résistant à la sécheresse et, au cours des années suivantes, ils l'envisagent pour d’autres pouvant pousser sur des sols privés d’éléments nutritifs essentiels (à base d’azote ou de phosphore) – c'est intéressant si on se rappelle que, comme cela a été le cas en 2008, le prix des engrais azotés s’est mis à doubler.

Des Verts au régime
Au tour des consommateurs maintenant – en se focalisant sur la viande, notamment en raison de ses effets environnementaux.

On a vu que, globalement, les Chinois en consomment désormais plus que les Américains. En 1970, chacun en prenait moins de 10 kg par an – maintenant, c’est plus de 50. Aux États-Unis c’est un peu plus que 100 kg par tête ; en Europe, vers les 90 kg. Pour l’ensemble de la planète, la production de bœuf a doublé sur la même période, celle de porc a triplé et celle de poulet sextuplé. Et (mais que couvrent les moyennes ?) la production a été de 90 litres de lait par habitant.

Il faut savoir que le tiers de la production céréalière est consommé par les animaux d’élevage (plus de la moitié, si on inclut la production du lait et celle des œufs). Si tout le monde arrêtait de manger de la viande, des produits laitiers et des œufs, il faudrait évidemment compenser par plus de céréales dans l’assiette… mais on économiserait quand même 20% des surfaces dédiées aux cultures alimentaires – sans même parler de l’érosion, des pesticides et de la moitié de la production d’antibiotiques qui est mélangée à l'alimentation du bétail… ni des émissions de gaz à effet de serre : 3,6 kg de CO² pour un kg de poulet industriel, 11 pour du porc, et 28 pour du bœuf [Remarque : le graphique que j'ai trouvé pour illustrer ce billet, et dont il est dit qu'il provient du site de l'ADEME, ne coïncide avec les chiffres qui viennent d'être mentionnés que si on regarde la barre qui est sous les pieds de chaque animal ; un rapide tour de piste des données fournies par d'autres sources me laisse penser que ce sont bien ces chiffres là qu'il faut retenir.]

Comme arrêter de consommer du lait ne va pas de soi, cela suppose qu’il restera des vaches qui, nécessairement, devront mettre bas chaque année pour continuer à en produire (réflexion analogue pour les œufs et les poules pondeuses). Moins consommer de viande – et surtout de bœuf, oui – mais pas du tout au rien.

Une PAC pour faire bien dans le paysage
La PAC, la politique agricole commune, n’a pas arrêté de faire parler d’elle. Et comme les États-Unis ne sont pas blancs comme neige en matière de subventions, le libéralisme anglo-saxon trouve habituellement ses porte-drapeaux en Grande-Bretagne. Pour preuve, le dossier de Courrier International utilise une caricature tirée de The Economist : une vache plus ou moins folle qui se nourrit de billets de banque. Mais c’est à Die Zeit et à la FAZ (Frankfurter Allgemeine Zeitung) qu’il fait appel pour propulser les boulets rouges.

Rappel de la facture : 100 milliards d’euros par an. Bof ! Et qu’est-ce qu’on a donné aux banques, alors ? rétorque une bénéficiaire dont l’exploitation se trouve en Forêt-Noire et reconnaît que 60% de ses revenus proviennent de subventions… pour ajouter : On pourrait s’en passer. Ça demanderait un virage sur quelques années.

Les objectifs de la PAC (sécurité des approvisionnements et prix raisonnables pour les consommateurs) ont été fixés voici plus de 50 ans quand l’agriculture représentait 25% de la population active (4% aujourd’hui) et 10% du PIB (1%). Au regard de ces objectifs, ces subventions ne sont pratiquement plus nécessaires – elles sont pourtant restées (pour la FAZ, c’est désormais en faveur du jardinage paysagiste). De plus, quand le consommateur paie 100, l’agriculteur ne perçoit que 21 – le reste allant dans les poches de l’industrie agro-alimentaire et de la grande distribution. [Le calcul de Die Zeit est à examiner de plus près car il n’est pas clair qu’il incorpore les subventions.]

La Commission de Bruxelles planche sur des réorientations à horizon de 2020 mais le pronostic est que la montagne va accoucher d’une souris : diminution de la part forfaitaire qui, dans les subventions, favorise plutôt les grandes exploitations.

Coup de projecteur sur la Pologne
Pour mémoire : certains historiens et économistes estiment qu’il y a quelques siècles – et culminant au Siècle d’Or de ce pays – la partie orientale de l’Europe qu’il contrôlait alors est devenue un grenier à blé et a troqué avec la partie occidentale une garantie contre les famines contre des produits artisanaux puis manufacturés… ce qui a retardé sa propre entrée dans l’ère industrielle et fait de la réforme agraire un problème lancinant, perpétuellement reporté… en attendant l’arrivée du Grand Frère soviétique. Il semblerait qu’il en reste quelque chose.

Gazeta Wyborcza, rappelle que les 4 millions de minuscules exploitations créées au lendemain de la 2nde Guerre mondiale étaient obligées de vendre leur production à l’État à (faible) prix fixé et que la décision de rendre les prix plus réels vers la fin des années ’80 a paradoxalement conduit le monde rural à réclamer un retour à des prix administrés : les revenus s’étaient certes envolés… mais les coûts de production aussi.

Outre l’ouverture des frontières, voici, pêle-mêle, ce qui s’en est suivi : tentatives d’empêcher les paysans de quitter leurs terres, afin de contenir le chômage urbain, ils sont exemptés d’impôts et de cotisations à l’assurance-maladie.

Généreuses, les subventions de la PAC sont accordées à l’hectare : tout propriétaire d’un hectare est un agriculteur ; ceux-ci représentent 18% de la population contre 4% en Allemagne ou en France ; un tiers d’entre eux produit pour le marché (les autres pour eux-mêmes). Le marché des terres agricoles est au point-mort (pourquoi abandonner un moyen de subsistance élémentaire ainsi que le justificatif de subventions et exemptions d’impôts ou autres cotisations ?) ; la modernisation en souffre au premier chef.

Sur les sentiers de l’économie


Champagne pour tout le monde
Déniché, sous le titre Thèse d’Économie, au milieu de l’avalanche de ce qui atterrit dans nos boites e-mails, une invitation à picoler :

Ce n'est qu'une hypothèse, mais le raisonnement est assez juste Imaginons que le gouvernement Français concède à chacun d'entre nous une bourse de 600 euros.
Si nous la dépensons au supermarché du coin, cet argent part en Chine.
Si nous dépensons l'argent en essence, il part au Moyen-Orient.
Si nous achetons
… un ordinateur, en Inde.
… des fruits et des légumes, en Espagne, au Maroc et autres…
… une bonne voiture, en Allemagne.
… des babioles, à Taiwan.

Tout cela n’aidera pas notre économie. La seule façon de maintenir l'argent en France, c'est de le dépenser en achetant du vin ou du champagne, biens encore produits chez nous. En faisant la bringue, j'accomplis mon devoir civique…

Conversations de Salon
Sifflons la fin de la récréation pour parcourir – ne serait-ce qu’au ventilateur – la bonne trentaine de pages (dont un quart de la surface est occupée par des caricatures, photos, tableaux ou cartes) que Courrier International vient de consacrer – Salon de l’agriculture oblige – à un dossier sur ce secteur (n° 1059 du 13 février).

Une cinquantaine de sources ont été mises à contribution mais, comme vous êtes censés être imbattable sur ce qui les motive, on ne présente pas Foreign Policy, Globe and Mail, Nature, The Observer, New Scientist, Die Zeit, FAZ, The Economist, Time, Svenska Dagbladet, La Repubblica, Ppr.pl, România Libera, Ogoniok, The Mosow Times, NYT, El Mundo, Pew Hispanic Center, El Universal, Coreio de Povo, The Times of India, BBC Persian, Xin Shiji Zhoukan, Nikkei Business, Ha’Aretz, The Christian Science Monitor, Wal Fadjri, La Vanguardia, ABC, El Pais, The Ecologist, The Atlantic… Ils ne sont donc pas cités dans la traditionnelle revue des sources en tête de ce numéro – si vous n’en avez idée, partez à leur rechercher avec votre propre bâton de pèlerin. La curiosité du jour, en revanche, est qu’un magazine très illustré et décontracté, destiné aux jeunes Japonais qui voudraient se lancer dans l’agriculture – Agrizm – est particulièrement mis en valeur dans ladite revue des sources, sous forme d’un encadré spécial : j’ai dû mal fouiner, y compris dans la rubrique Insolites, mais n’en ai trouvé trace à aucune autre page.

Revenons à nos moutons – un quotidien milanais nous conte notamment qu’une école de bergers (basque, à vocation internationale) enseigne comment les aller faire paître, les tondre et se fabriquer un fromage. Mais pas d’illusions : même si, dans ce qui suit, vous croyez lire quelque chose qui se tient, n’oubliez pas que c’est un patchwork de faits et d’opinions disparates.

Basics : l’offre et la demande
Si on raisonne en termes de demande, on pourrait être légèrement rassuré parce que la croissance démographique mondiale commence à se tasser mais s’inquiéter de ce que, tout réjouissant que ce soit, le nombre de calories ingérées augmente : + 10% entre maintenant et 2050 pour la population, + 30% dans le second cas – soit plus de 40% au total. Déjà, les Chinois consommeraient au total deux fois plus de viande que les Américains. Mais l’inquiétude s’accroît quand on apprend, par exemple, que, de plus en plus, les céréales servent à produire des carburants (pour un tiers aux États-Unis).

Du côté de l’offre, l’érosion des terres cultivables touche sévèrement l’Asie centrale et l’Afrique centrale. L’utilisation à grande échelle des pompes mécaniques épuise les ressources aquifères et les surfaces irriguées reculent – à commencer par le Moyen-Orient et, progressivement, en Inde, en Chine, en Californie ou au Texas. Les progrès technologiques qui avaient permis de meilleurs rendements s’essoufflent désormais (pour le riz en Asie, pour le blé en Europe).

Par ailleurs, l’expansion urbaine se fait au détriment de terres cultivables et dispute les ressources en eau aux paysans (mêmes régions que ci-dessus, ainsi que le bassin du Nil). Des températures devenues supérieures à la normale mettent en danger les récoltes (voir l’été 2010 en Russie). Le recul des glaciers dans l’Himalaya menace l’irrigation par les grands fleuves qui en sont issus. Et, d’ici quelques décennies, l’élévation du niveau de la mer, suite à la fonte des calottes glacières menacera de son côté la riziculture des deltas du sud-est asiatique. Conséquences : pénuries, hausse des prix, révoltes de la faim dont on a déjà eu quelques exemples cette année.

Rats des villes, rats des champs…
Ceux qui aiment les rétrospectives sauront que (à un petit intermède près lors du New Deal) au cours du 20ème siècle les régimes de tout poil – fascistes, communistes, capitalistes – ont considéré qu’une politique agricole sensée devait servir à nourrir les citadins à bon marché, quelles qu’en soient les conséquences pour les producteurs. Leurs éventuels profits devaient être injectés dans la production industrielle…

Et le rôle du monde rural était de servir de réservoir de main-d’œuvre bon marché pour les villes. Après son accès à l’indépendance, l’Inde a suivi un chemin analogue… et s’est retrouvée importatrice de céréales américaines. Dans les années ’80, la crise africaine et latino-américaine de la dette a conduit ces pays à pressurer leur secteur rural pour en extraire de la trésorerie : plus de subventions, prix qui s’envolent, production qui repart, marché qui s’effondre, cycles haut-et-bas de plus en plus courts…

… Et spéculation
Au même moment, irruption du financier spéculatif qui se cherchait d'autres terrains de chasse. Avant, il y avait certes un marché dans le domaine de l’alimentaire… mais dont les prix étaient calqués sur l’offre et de la demande réelles. Au cours des années ’90, ce sont désormais la déréglementation, et des échanges de produits dérivés entre courtiers, concernant ces mêmes produits alimentaires comme cela se faisait pour le pétrole ou les métaux. Arrive la crise des sub-primes de l’immobilier : on met à l'abri des milliards de dollars qui vont s’investir dans des valeurs sûres, telles que les denrées. Et, depuis, les prix de celles-ci ont grimpé outre mesure et leur instabilité s’est amplifiée.

vendredi 25 février 2011

Bouillonnements économiques


Dans quelle mesure l’économie – science qui souffrirait aux yeux du public d’une image assez rébarbative - nous intéresse-t-elle ? Voici une question sous-jacente par laquelle Thierry Savatier, auteur du blog Les mauvaises fréquentations introduit son billet du 22 février sur : Le Manifeste d’économistes atterrés, récent succès de librairie, qu’il compare à celui de Stéphane Hessel avec Indignez-vous (en fait, si on en croit le palmarès des ventes de l’EXPRESS pour les essais et documents, l’ouvrage de Hessel trônait déjà en tête et y est resté jusqu’alors, lorsque le Manifeste a fait son entrée dans la liste, début novembre. pour grimper jusqu’à la 3ème place, début janvier, avant d’amorcer une descente, depuis).

Le billet souligne ce que ce succès doit à une langue claire, compréhensible pour les profanes, et nous rappelle qu’on y estime que la crise n’a en rien modifié les orientations économiques des principaux acteurs mondiaux – en premier lieu les Etats et les banques – qu’on y l’énonce les fausses évidences du système néolibéral qui est à l’origine de cette crise, et qu’on y trouve une vingtaine de propositions.

Plaidoyer pour la dette publique ?
Notamment, que l’effritement des recettes publiques du fait de la faiblesse de la croissance économique […] et la contre-révolution fiscale menée par la plupart des gouvernements depuis 25 ans sont essentiellement à l’origine de la dette publique. Conclusion : Une réduction simultanée et massive des dépenses publiques de l’ensemble des pays de l’Union ne peut avoir pour effet qu’une récession aggravée et donc un nouvel alourdissement de la dette publique.

Cette question de la dette publique devient d’autant plus intéressante qu’elle se trouve dans le peloton de tête des évènements de 2010 dont les Français considèrent que les médias les ont escamotés. C’est du moins ce que laisse penser la publication, le 7 février sur le site La-Croix.com, des résultats d’un baromètre TNS / Sofres qui suit leur opinion vis-à-vis des médias depuis près de 25 ans.

On y apprend déjà que l’intérêt porté à ces médias n’a guère évolué sur la période. Si on fait par exemple la moyenne sur 3 ans autour de 1990, de 2000 puis de 2010, le nombre de ceux qui s’y intéressent y a respectivement dépassé de 46%, de 41% et de 44% celui de ceux qui ne s’y intéressent plutôt pas.

En termes de confiance (différence entre ceux qui estiment que ce que racontent les médias reflète bien ce qui se passe vraiment, et ceux qui pensent le contraire), c’est d’abord la radio (dans les 56-58%), alors que La presse et la TV ont échangé leurs places, en défaveur de cette dernière : de 54% autour de 1990 à 47 % maintenant – et l’inverse pour la presse.

Venons-en au déficit et à la dette publique en France. C’est l’un de 26 thèmes identifiés comme ayant marqué l’année 2010. La différence entre ceux qui estiment que ce thème a été escamoté par les médias et ceux qui pensent, qu’au contraire, ils en ont trop parlé est de 30% – au milieu d’un tiercé entre le sommet de Cancun sur le climat (37%) et de l’attribution du Nobel au Chinois Liu Xiaobe (26%). Le tiercé à l’autre bout de l’échelle (on en a trop parlé) porte sur les affaires Bettencourt (77%) et Woerth (43%), encadrant la défaite des Bleus lors de la coupe de football (64%).

Shopping quand tu nous tiens
Abandonnons les concepts et les chiffres (pour les nostalgiques : nous allons y revenir par la suite) pour nous rapprocher de la vie de tous les jours

Svetlana Koltchik – diplômée de journalisme de l’Université de Moscou et de celle, Columbia de New-York – travaille pour l’édition russe de Marie-Claire (мари клер). Elle dispose d’une tribune libre (Les Femmes ont la parole) sur le site de l’agence russe d’information internationale, RIA-Novosti. Son article du 18 février dernier était consacré au shopping.

Elle prend le temps de nous rassurer : elle n’est pas une accro – ce qui ne l’empêche pas de le considérer comme un boulot à mi-temps, surtout quand elle voyage, où le shopping vient souvent avant la culture, la gastronomie, et même les obligations de travail, où elle se sent comme un chien à la chasse à l’ours – instincts primitifs et sens en alerte…

Elle nous fait alors une double confession. Elle a d’abord décidé de faire un jeûne de shopping pendant un mois, d’arrêter temporairement d’acheter des choses dont l’acquisition peut attendre – vêtements, maquillage, cadeaux pour la famille et les amis et autres gâteries – et de chercher à comprendre pourquoi souvent elle gaspillait l’argent de manière plutôt compulsive.

Et elle a échoué. Son jeûne a duré à peine 10 jours : une de ses collègues, fashionasta pointue pour qui le shopping est une forme d’art, se débarrassait de sa vaste collection de sacs de créateurs. Elle est tombée amoureuse d’un sac Lanvin bordeaux… un accessoire complètement inutile – mais elle n’a juste pas su résister.

On attend un nouveau Jean de La Fontaine pour versifier, comme il savait si bien le faire, la morale que Svetlana Koltchik nous fournit de cette histoire : Alors que les hommes sont programmés pour voir, venir et conquérir, les femmes sont programmées pour voir, venir et recevoir. Pourquoi supprimer les lois de la nature ?

Un dossier tout récent du magazine Sciences Humaines sur la consommation (n°22) semble aller dans ce sens. Il faut néanmoins relativiser : il y aurait 1 à 2% « d’accros » pathologiques, mais la proportion des femmes y serait de 80-90% (vêtements, chaussures, maquillage, bijoux…), les hommes étant plus portés vers les disques, les livres, les antiquités, ainsi que vers des gadgets électroniques ou pour autos