samedi 19 juin 2010

A mi-2010 - Blogs


Les fins d’années se succèdent à un rythme semestriel : l’année civile s’était close par Noël et la Saint-Sylvestre ; l’année scolaire s’achève au moment des feux de la Saint-Jean que l’on alimente avec force cahiers… et les maîtres au milieu. Il y a six mois, j’avais passé en revue quelques blogs qui avaient attiré mon attention en 2009. J’y reviens mais certaines choses ont changé.

Alors que les épreuves du bac ont fait provisoirement la une ces derniers jours, nous porterons le deuil de Qu’en pensent les philosophes ?. En fait, un demi-deuil. On se souvient que, pendant plus de deux ans, deux professeurs avaient presque quotidiennement proposé des sujets de réflexion et appelé aux commentaires – il y en avait eu 4000. Ce blog restant toujours affiché mais sans nouveau sujet depuis décembre 2009, et désormais fermé aux commentaires, je vois qu’il continue d’être visité et à un rythme très honorable : je viens d’y aller faire un tour – il y avait une dizaine de visiteurs en même temps que moi.

Il y avait un autre blog - Il y a un siècle – que j’ai laissé s’éloigner. Il était supposé être le journal d’un proche, bien placé au ministère de l’Intérieur, de Georges Clemenceau. Agréablement rédigé, donnant une information éclairante sur l’époque, je m’y étais volontiers laissé prendre comme bien d’autres (un million de pages lues sur deux ans, relatant 1908 et 1909). I’m afraid… c’est peut-être un principe éditorial de Peter : l’auteur a cédé à la tentation de publier et de mettre en vente pour les fêtes ces mêmes carnets portant sur l’année 1910. Soit – mais cela semble avoir asséché l’inspiration pour le blog actuel qui porte sur la même période, d’autant que, Clemenceau n’étant alors plus à la tête de l’État, les thèmes de bon niveau se sont faits plus rares et on est plus souvent remisé à l’anecdotique. Du premier semestre 2009 à celui de 2010, le nombre d’articles a chuté de 30%. Et lorsqu’on a enfin compris que l’auteur est un contemporain, le fait de tirer la morale des évènements sur la base de valeurs aujourd’hui en vogue – et de plus à l’avantage du signataire, on se demande pourquoi – détruit en partie la saveur de la replongée dans l’époque.

Troisième blog mis en veilleuse, celui des Échos sur l’économie. Il s’agit, certes, d’un suivi plus qu’honnête et sur un ton suffisamment égal d’un monde particulièrement chahuté. Ce qui me l’avait fait retenir, voici quelques mois, était le duo qui s’était instauré de façon systématique avec un commentateur octogénaire signant Blackstream, qui avait de toute évidence roulé sa bosse et qui n’avait pas mis sa plume dans sa poche et son mouchoir par-dessus. Deux tempéraments donc et la passion tonique qui s’en dégageait. Exit Blackstream. Débarque un peloton de commentateurs pour donner la réplique : pas inintéressant sur le fond mais tout ce monde évolue sur le même terrain. Je découvre que Blackstream vient de refaire surface ces jours derniers – mais il va de soi que le peloton ne s’éclipse pas pour autant. La saveur de l’échange de balles presque en forme de duel s'en est diluée.

Je garde, pour cette imminente revue de demi-année : Démystifier la finance, Les mauvaises fréquentations, Coups de cœur et de griffe à propos des films, et Des gadgets aux réseaux… plus l’évocation de quelques articles parus dans le quotidien suisse : Le Temps... Retrouvons-nous dans les jours qui viennent
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vendredi 18 juin 2010

Entre les deux… (4)

Rappels
L’introduction nous a servi d’apéritif : le livre d’Iain McGilchrist cherche à montrer que les deux hémisphères du cerveau, qui ne fonctionnent pas de la même manière, envisagent le monde dans des perspectives bien différentes. Le gauche vise à l’efficacité mais son champ d’intérêt est étroit et il privilégie la théorie par rapport l’expérience, les mécanismes plutôt que le vivant, ainsi que l’explicite plus que l’implicite – il manque d’empathie et peut se montrer déraisonnablement certain de ce qu’il avance. Moins sûr de lui-même, face à ce qui précède, l’hémisphère droit couvre, en revanche, un domaine plus large et son savoir, multi-facettes, est plus subtil.

L’auteur estime par ailleurs que, dans la culture occidentale, le conflit entre les deux hémisphères a prévalu au détriment d’une coopération pourtant souhaitable : le gauche l’a emporté, au risque d’une société déshumanisée, rigide et bureaucratique. Son ouvrage comporte ainsi deux parties : l’une, descriptive, sur le cerveau ; la seconde, plus historique, pour montrer comment celui-ci a façonné notre monde.

Avec la première partie, que nous abordons maintenant, nous allons approfondir nos connaissances en parcourant six étapes : (1) l’asymétrie du cerveau ; (2) à quoi s’emploient les deux hémisphères ; (3) langage, vérité et musique ; (4) les deux mondes propres à chacun des hémisphères ; (5) la primauté de l’hémisphère droit ; (6) mais le triomphe auquel le gauche est parvenu.

Commençons donc sur le thème de l’asymétrie

Pourquoi deux hémisphères ?
Chez l’homme, on les voit se développer bien nettement dès la 5ème semaine de la grossesse, de part et d’autre de la structure centrale, alors que celle-ci ainsi que des connexions entre les deux hémisphères, ne parviendront à quelque chose plus précis que plus tard.

Par ailleurs, malgré leur grand nombre (autour d’un demi-milliard) les connexions du corps calleux qui relie les deux hémisphères, n’intéressent qu’une toute petite partie de leurs neurones et jouent principalement un rôle d’inhibition et d’isolation entre eux deux (dans les cas où ce corps calleux a dû être sectionné, les perturbations qui en ont résulté ont été assez minimes dans la vie courante).

Il semble que plus le cerveau a pris d’importance au cours de l’évolution, plus les hémisphères sont devenus (asymétriquement) autonomes.

Digression sur "cerveau et pensée"
Bien qu’il ne veuille pas en traiter à fond dans son livre, l’auteur place ici cette digression (j’ai traduit mind par pensée tout en reconnaissant que le dictionnaire propose aussi esprit, voire âme si besoin). Peut-on définir la pensée comme l’expérience que le cerveau aurait de lui-même ? Pas évident – mais prenons-le en première approximation.

La conscience est-elle un produit du cerveau ? Pas évident non plus… et on pourrait même avancer qu’on a besoin de la conscience pour se représenter le cerveau. Descartes avait raison d’affirmer qu’il n’est pas possible de nier que nous ayons une conscience… mais il disait aussi que le corps et la pensée sont deux substances différentes. Le problème est qu’il raisonnait en termes de qu’est-ce que c’est ?

Cette digression permet à Iain McGilchrist d’expliciter une opposition sur laquelle il reviendra à plusieurs reprises entre (en anglais) whatness (que je traduis par qu’est-ce que c’est ?), approche typique de l’hémisphère gauche, et howness (comment ?), approche typique de l’hémisphère droit. Il remarque d’ailleurs que des opposants au dualisme (corps / pensée) de Descartes, se sont tout aussi bien laissés enfermer dans l’approche whatness, tels certains scientifiques matérialistes, des neurologues notamment, pour qui le corps et la pensée c’est tout un (ici c’est du monisme : il s’oppose certes au dualisme… mais en restant dans une optique qu’est-ce que c’est ?).

En adoptant l’autre démarche (howness), on évite de considérer la pensée comme une entité ou une chose (whatness), pour en faire un processus, un devenir. Tant qu’on raisonne en termes de qu’est-ce que c’est ?, on se permet de réduire quantitativement cette chose à une autre, en fonction de ses éléments composants. Tandis qu’en termes de comment ? (de manières d’être, de qualité), ce n’est plus possible.

Les lobes frontaux
Revenons-y. Ils occupent 7% dans le cerveau du chien et 17% chez les primates, pour atteindre les 35% chez les singes évolués et chez l’homme. Et chez ce dernier, on constate qu’il y a une proportion nettement plus importante, surtout du côté droit, de myéline – cette gaine qui enveloppe les conduits neuronaux (les axones) et en accélère significativement la vitesse de communication.

Non seulement nous habitons le monde de notre expérience corporelle – comme c’est le cas pour les animaux – mais nous sommes de plus en mesure de prendre de la distance au-dessus de ce territoire. Lorsque nous redescendons au ras des marguerites, l’expérience que nous avons à ce niveau vient de s’enrichir grâce à ce que dont nous avons bénéficié en prenant de la hauteur.

Mais, comme dans le cas de l’œil du lecteur et de la page devant lui, il nous faut trouver une distance optimale entre nous-mêmes et le monde que nous percevons – ni trop près ni trop loin. Ne pas trop mélanger à cet égard les notions de distance et de détachement. La distance nous permet d’être un froid calculateur. Le détachement s’oppose, lui, à l’empathie. Nous sommes ainsi en mesure de faire confiance et de trahir ; nous sommes des êtres sociaux mais aussi parmi les plus destructeurs de tous les animaux.
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The Master and his Emissary - The divided brain and the making of the Western world - Iain McGilchrist - Yale University Press - 2009 - 597 pages.
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Le présent billet fait suite à celui du 14 juin. Il fait partie d’une séquence sur le Cerveau commencée le 4 juin 2010 (voir la liste des thèmes dans la marge de droite). Il n'est pas exclu qu'au cours de la traduction et en cherchant à condenser, il y ait eu des erreurs ou une mauvaise compréhension : se référer directement à l'ouvrage mentionné ci-dessus.
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Les éléments utilisés pour illustrer de ce billet ont été trouvés sur le site :

lundi 14 juin 2010

Entre les deux… (3)


Esquisse pour une structure
La densité des interconnexions est considérable dans le cerveau. Cela se fait de façon étagée – de la même façon que l’on passe des villages aux cantons, aux régions, aux pays… – la plus forte densité se constatant au sein des entités locales. De niveau à niveau, on en arrive aux lobes qui se séparent en deux hémisphères. On a ainsi une esquisse de cette structure, ce qui n’est pas neutre quant à la nature de notre conscience qui y est associée.

Au sein de cette structure se mettent en jeu des forces qui s’opposent. Ce qui est important, si on se rappelle que c’est ainsi que l’on parvient à effectuer un travail de précision : pensons au jeu de contrôle réciproque qui s’instaure entre nos deux mains pour mener à bien une opération délicate.

Il semble qu’il en aille de même avec notre cerveau, et ce dans trois circonstances :
- Les effets inhibiteurs du cortex quand il reçoit des réponses automatiques en provenance des régions sous-corticales.
- Idem de la part des lobes frontaux pour ce qui lui arrive du cortex postérieur.
- Et, enfin, les influences réciproques entre les deux hémisphères.
C’est ce troisième type d’interactions que le présent ouvrage prend prioritairement en considération.

L’auteur s’apprête maintenant à boucler son introduction – mais il tient au préalable à attirer notre attention sur deux points.

Causes modestes, effets plus conséquents
Ceux qui ne veulent pas sombrer dans la caricature admettent volontiers que les différences entre les deux hémisphères sont, somme toute, assez relatives : ils sont tous deux parties prenantes pour la plupart de nos processus mentaux. Si, pourtant, le monde tel que nous le connaissons en est en quelque sorte la synthèse, l’apport de chacun d’eux reste néanmoins très spécifique – une différence qui a donc ses limites… mais indéniable.

Or si, sur un point donné, l’un des deux se révèle plus efficace, nous aurons souvent tendance à nous en remettre complètement à lui. Qui plus est : lui ayant une fois fait confiance, il nous arrive de récidiver la fois suivante… et, par habitude, de continuer à aller dans son sens à toute occasion – au risque d’adhérer à des schémas mentaux unilatéraux et inadéquats.

Illustration par le rappel de cette boutade qui remet en question la trop grande rigidité du dualisme cartésien – le monde se divise en deux sortes de gens : ceux qui considèrent qu’il y a deux sortes de gens… et les autres.

Mais si tout le monde n’est pas pareil ?
Belle évidence ! Mais qu’en est-il pour ce qui nous intéresse ? Pensons aux droitiers et aux gauchers, par exemple. Pour la quasi-totalité des gens, le centre du langage et de la parole se situe dans l’un ou l’autre des hémisphères (chez les Occidentaux : 95% dans le gauche – qu’ils soient droitiers ou gauchers – et, pour la plupart des autres, dans l'hémisphère droit). Il reste un pourcentage minime où ces fonctions sont plus diffuses entre les deux hémisphères, avec les avantages et inconvénients qui en résultent pour eux. Ce n’est pas parce que c’est peu fréquent que cela ne pose pas toute une série de questions : sur la transmission génétique de ces particularités, sur ce qui touche à la latéralisation, sur la créativité telle qu’elle s’y manifeste…

Même si, par la suite, on s’intéresse presqu’exclusivement aux 95 % qui possèdent une structure standard, il ne faut pas oublier ce qui est mis en relief par les autres 5%.

Un mot sur le titre du livre
Ainsi notre cerveau présente une asymétrie dont les deux volets conjuguent leurs représentations pour nous permettre d’appréhender celle que nous avons du monde. L’univers lui-même est d’ailleurs marqué par une certaine asymétrie : viennent à l’appui de cette affirmation un certain nombre d’évolutions physiques irréversibles comme celle de l’entropie, la flèche du temps, ou encore l’hypothèse qu’à la création de l’univers, un déséquilibre aurait permis à la matière de l’emporter sur l’antimatière…

[Voir à ce sujet l’article Intermède (du 12 juin) sur la notion d’entropie et celle de l’asymétrie entre matière et antimatière, lors du big bang.]

Au moment de conclure son introduction, l’auteur revient sur le titre de son ouvrage en disant l’avoir probablement emprunté à une allégorie figurant chez Nietzsche (very roughly, indeed, and I cannot now remember where). Le Maître était un homme sage dont le domaine florissait et s’étendait en conséquence. Il eut alors besoin de déléguer son autorité à des émissaires : l’un des plus habiles en abusa – et tout se termina mal. Iain McGilchrist vise ici la prise de pouvoir (en Occident depuis cinq siècles environ) par l’un des hémisphères et se demande comment y remédier.

The Master and his Emissary - The divided brain and the making of the Western world - Iain McGilchrist - Yale University Press - 2009 - 597 pages.

Le présent billet fait suite à celui du 8 juin, agrémenté de « l’intermède » du 12 juin. Il fait partie d’une séquence sur le Cerveau commencée le 4 juin 2010 (voir la liste des thèmes dans la marge de droite). Il n'est pas exclu qu'au cours de la traduction et en cherchant à condenser, il y ait eu des erreurs ou une mauvaise compréhension : se référer directement à l'ouvrage mentionné ci-dessus.

dimanche 13 juin 2010

Quand on grandit


Réunion à fin mai. Il apparaît clairement que la progression d’Émile qui a maintenant 7 ans et demi se poursuit : chacun des bénévoles a la satisfaction de se rendre compte qu’il participe à cette évolution si positive. Ce qui ne masque pas que, sur certains points, Émile se comporte comme s’il était encore un enfant d’un âge beaucoup plus jeune : il reste du chemin à parcourir.

Étapes récentes et marquantes
- Il progresse pour faire du vélo, en ce sens qu’il a encore besoin d’être maintenu (il n’y a pas de roulettes de part et d’autre de la roue arrière) mais c’est bien lui qui avance. Il faut en même temps reconnaître que, surtout pour lui, cela sollicite beaucoup de choses : la coordination des pieds et des mains ; le mouvement des pieds en asymétrique ; de l’équilibre et de l’attention.
- La propreté semble complètement acquise.
- Il a jeté son biberon à la poubelle et ne l’a plus redemandé.

Expression des sentiments et de la pensée
De façon plus générale, Émile manifeste plus ses émotions, exprime mieux ce qu’il pense – et déverse aussi des flots de paroles.

Émotions
- Une bénévole a été absente pendant quelques séances. A son retour, une série de colères. Ah non, pas une 4ème colère… lui fait-elle comprendre. Émile s’arrête et se met à rire (par ailleurs, une musicothérapeute lui apprend la maîtrise de ses colères par la musique).
- Il exprime aussi de la fierté, en disant par exemple qu’il est un grand garçon (mais il en joue quand ça l’arrange).

Intelligence et langage
- Émile parle maintenant beaucoup, par lui-même, sans reproduire des phrases toutes faites. Le vrai verbal semble arriver mais, comme avec les petits, cela commence par l’explosion d’un jargon et il a du mal a faire correspondre son langage avec sa pensée.
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- Au cours de cette réunion mensuelle, les participants s’interrogent parce qu'il ne reprend plus, d’une séance à l’autre, les mêmes activités – plus de variété, certes, mais parfois aussi un sentiment d’ennui. Mais la créativité dont Émile a besoin pour s’exprimer ne peut-elle justement pas naître en passant par cette phase d’ennui ? D’autant que, moins concentré sur ce qu’il est en train de faire, il porte davantage attention au monde qui l’entoure
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- Dans la perspective de rejoindre un cursus scolaire, certaines séances ont lieu avec des maitresses. Celles-ci remarquent maintenant sa bonne compréhension de ce qu’il lit, le fait qu’il met l’intonation, que son langage arrive à s’appliquer à des images qui ne sont pas accompagnées d’un texte. Il progresse aussi, en suivant la méthode adéquate, pour la résolution des problèmes. Un mieux également (on l’avait évoqué dans le billet consacré à la séance du mois d’avril) pour ce qui est des transvasements.

Du chemin à parcourir
Un exemple parmi d’autres : le ressenti du corps n’est pas encore complet. C’est ainsi qu’il n’enlève pas facilement ses chaussettes.

Avec la créativité et l’imaginaire, la découverte du corps figure parmi les priorités du mois.
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Ce billet fait partie d’une série qui permet de suivre l’évolution d’Émile (ce n’est pas son vrai prénom) depuis septembre 2008 : on y accède directement en cliquant sur le thème Autisme dans la marge de droite.
D’autres articles sont parfois voisins, notamment ceux sous le thème du Cerveau, ainsi que ceux des 15 et 16 juin 2009 (Chiffres, langues… et Savants vs neurotypiques, qui figurent aussi sous le thème de l’Autisme), ou du 27 juin 2009 (Mémoire photographique)

samedi 12 juin 2010

Intermède


Ce billet ne fait pas exactement partie des condensés sur le cerveau, qui se succèdent dans ce bloc-notes. Il anticipe néanmoins celui destiné à clore l’introduction de The Master and his Emissary. Plus précisément, il développe rapidement deux notions qui y figurent : l’entropie et l’hypothèse d’une asymétrie au moment du big-bang.

L’auteur s’attarde en effet un instant sur le jeu de miroirs qui fait que, d’une part, notre cerveau divisé et asymétrique nous permettrait d’appréhender le monde de façons bien distinctes, quitte à recoller les morceaux ; et que, d’autre part, l’univers ainsi appréhendé manifeste lui-même des asymétries, parmi lesquelles il évoque plus ou moins la flèche du temps, ainsi que les deux notions que l’on vient de rappeler.

Voici – pour un premier abord et sans grande garantie de totale exactitude intellectuelle – quelques éléments que j’ai collectés à ces sujets.

L’Entropie
C’est une grandeur physique qui mesure de degré de désordre d’un système. Donnons deux exemples.

D’abord celui d’un gaz dans un tube allongé :
- Dans un cas toutes ses molécules, rassemblées et bien rangées sur la gauche, se mettraient à défiler comme des militaires le 14 juillet sur les Champs-Élysées. Désordre imperceptible ou inexistant : entropie extrêmement faible.
- Dans un autre cas, les molécules remplissent tout le tube, chacune se dirigeant au hasard dans n’importe quel sens. Grand désordre : entropie forte.

L’autre exemple est celui d’un jeu de cartes :
Si celles-ci se suivent (As, Roi, Dame… jusqu’au Deux), couleur après couleur (Pique, Cœur…), on dit qu’elles sont bien rangées, le jeu est en ordre : l’entropie est au plus bas.
Jetons le jeu en l’air plusieurs fois de suite : une fois retombées, les cartes se suivent désormais dans n’importe quel ordre : l’entropie est élevée.

D’une façon générale, pour un système laissé à lui-même, ce désordre ne peut qu’augmenter. Et si le hasard fait qu’il retrouve subitement un peu d’ordre, ce ne sera que très temporaire. C’est dans ce sens que l’on considère que l’entropie ne peut que croître, jusqu’à atteindre son niveau maximum de désordre généralisé.

Il est pourtant vrai que l’on peut localement parvenir à rendre mieux ordonné un système particulier… Ce peut être, en biologie, le cas d’une cellule qui, tant qu’elle reste en vie, maintient ou développe son niveau d’organisation. Mais, pour y arriver, il lui faut puiser de l’énergie dans son environnement extérieur. La conséquence en est que cette ponction se traduit par un plus grand désordre dans son voisinage et que, au total, l’entropie de l’ensemble constitué par la cellule vivante et son environnement aura augmenté. Quand la cellule meurt, ce transfert d’énergie en sa faveur prend fin et elle se désorganise. On en revient à ce que, globalement, l’entropie continue bien de croître au fil du temps.

La croissance irréversible de l’entropie au sein de l’univers est présentée comme une asymétrie à caractère temporel.

Big-bang asymétrique
Pour ceux qui n’adhèrent pas à un créationnisme d’une conformité sans nuance avec certains textes bibliques, le monde n’a pas été créé en 7 jours, voici 6000 ans. Ce qui ne veut pas dire que ceux qui potassent la question de la création de l’univers et élaborent théorie après théorie sur les particules élémentaires de la physique soient parvenus à des conclusions définitives ni qu’ils soient d’accord entre eux.

Il n’empêche que depuis un certain temps et résistant aux expériences qui cherchent à la mettre en défaut, l’hypothèse d’un big-bang que l’on situe il y a 13 ou 14 milliards d’années semble tenir assez confortablement la route. A noter que la prudence dicte qu’il ne s’agit pas forcément d’un commencement mais simplement d’une période dense et chaude, suivie d’une expansion dudit univers.

Chaude veut dire à une température certes mesurable mais difficilement imaginable : nous savons que l’eau bout à 100 degrés (2 zéros) et que la flamme d’un feu de bois est à plus de 1000 degrés (3 zéros) ; certains ajouteront que la couronne solaire atteint plusieurs millions de degrés (6 zéros) et que l’on aborde le domaine de la fusion nucléaire (du type bombe H). Les théoriciens du big-bang évoquent une température initiale à 32 zéros… tout en précisant qu’elle a rapidement dégringolé : un dixième de milliseconde plus tard, elle n’était plus qu’à 10 mille milliards de degrés (13 zéros), une seconde après à 10 milliards et encore 100 secondes à 1 milliard (9 zéros).

Jusqu’à présent, le Tevatron américain a été en mesure de provoquer des collisions de particules correspondant à des températures à 14 ou 15 zéros, et on espère du LHC, mis en route à la frontière franco-suisse il y a un an, qu’on parviendra aux 18 zéros. Or, en attendant, c’est justement l’analyse des expériences faites avec le Tevatron qui nous renvoie à la question d’une asymétrie dans l’univers. De quoi s’agit-il ?

On se disait que, lors du big bang originel, matière et antimatière ont été formées en quantités égales. Leurs composants élémentaires sont de même masse, mais de charge électrique opposée, à chaque particule de matière correspondant une antiparticule : ainsi de l’électron, de charge négative, et du positon, chargé positivement. Lorsqu’une particule et une antiparticule se rencontrent, elles disparaissent, leur masse se transformant en énergie (rayons gamma). Si matière et antimatière étaient restées en quantités égales, elles auraient dû s’annihiler. Or notre univers est fait de matière. Si un univers jumeau d’antimatière s’était constitué, on devrait détecter les rayons gammas produits aux frontières communes. Ce n’est pas le cas.

On en vient à l’hypothèse d’asymétrie – hypothèse qui a été confirmée par des expériences : une partie des particules de matière auraient survécu à l’annihilation réciproque avec celles d’antimatière, générant ce qui est devenu notre univers. Au début, on estimait qu’il y avait eu une particule survivante sur 10 milliards de particules de matière. Le modèle standard de la physique en était même arrivé à admettre un taux d’asymétrie de 1 pour mille. Or l’analyse de milliards de milliards de collisions réalisées avec le Tevatron pendant 8 ans donne (dans le cas des particules dites muons et anti-muons) un taux de 1%.

Ce passage de 1 pour mille à 1 pour cent est considéré comme très important. Non seulement l’hypothèse de l’asymétrie connaît une remontée spectaculaire… mais le modèle standard de la physique en est lui-même ébranlé.

mardi 8 juin 2010

Entre les deux… (2)


Toujours dans son introduction, Iain McGilchrist annonce sans grande surprise que la première partie de son livre s’attache à la description du cerveau ainsi divisé en deux hémisphères. Et s’est à partir de cet éclairage que, dans la seconde partie, il parcourra l’histoire de la culture occidentale.

Que savons-nous donc de ce cerveau dont les hémisphères, tout séparés qu’ils soient, coopèrent cependant ? Il nous faut d’abord éviter de le décrire comme une machine (de quoi s’agit-il ? quels en sont les rouages ?), et parvenir à en comprendre le fonctionnement de façon vivante.

C’est alors que les questions se bousculent :
- Le langage – polarisé du côté gauche et en même temps lié au côté droit ? La musique – simple extension ou, plus profondément au-delà du langage ? Pourquoi des droitiers (ou des gauchers) et si peu d’ambidextres ? Le corps – un ensemble moteur, greffé au cerveau ? L’émotion – un mode de connaissance, ou encore autre chose ? Les hémisphères – l’un situe les choses dans un contexte tandis que l’autre les en isole…
- Le gauche traite l’information en pièces détachées (dans le langage, les mots viennent l’un après l’autre) – le droit comme un tout (pensons aux images). Quelque part se trouve une capacité de comprendre la métaphore – ce qui n’est pas rien pour notre compréhension du monde et de nous-mêmes…
- La mise en phase avec ce qui est nouveau. Le rôle joué par l’imitation. Les différents types d’attention, selon l’hémisphère concerné – tout ce qui fonde et fait que nous entrons en relation avec le monde, ainsi que les uns avec les autres.

L’hypothèse de l’auteur est que, si les deux versions que nous en livrent chacun des hémisphères sont chacune authentique et hautement valable, il vaut mieux qu’elles restent distinctes l’une de l’autre. Et aussi que, tout autant cruciales l’une que l’autre, elles sous-tendent des valeurs et des priorités qui peuvent finalement entrer en conflit.

L’histoire de la culture occidentale
Par le biais du cerveau qui sert de médiateur à la pensée, le monde nous apparaît en fonction de la manière dont nous l’observons, y portons nos attentions, interagissons avec lui. Les extraordinaires développements qu’a connus la Grèce antique se sont accompagnés d’une prise de distance par rapport à ce monde, en même temps que les deux hémisphères cérébraux prenaient davantage d’autonomie l’un par rapport à l’autre – mais tout en coopérant de façon relativement harmonieuse.

Puis, après quelques allers-retours de balancier, l’importance prise par la conscience-de-soi, surtout depuis la Renaissance, s’est traduite par une altération de cette coopération – l’hémisphère gauche prenant le pouvoir : il est parvenu à une confiance en soi qui masque néanmoins qu’il vit en parasite sur l’hémisphère droit. C’est comme s’il nous avait enfermé dans un labyrinthe de miroirs (palais des glaces) dont toutes les échappées aménagées par le cerveau droit (le versant incarné de notre existence, les arts, les religions…) auraient été obstruées.

A ce point, l’auteur demande qu’on ne se méprenne pas sur ses intentions : il ne s’agit pour lui ni d’abandonner la raison (scepticisme anticartésien) ni de dénigrer la fonction du langage (terme utilisé en anglais : to traduce). Il faut, en revanche, éviter de se réfugier dans un rationalisme excessif et déplacé ou dans un matérialisme étroit.

Mais pourquoi donner tant d’importance au cerveau ?
En négatif, ne serait-ce déjà que parce qu’il ne filtre qu’une partie de la réalité : nous ne percevons pas, par exemple, les fréquences aiguës comme le font les chauves-souris – et quant une partie du cerveau est détruite, notre perception du monde en est affectée.

Autre angle d’attaque : ne pourrait-on plutôt pas se focaliser sur la pensée ? C’est que celle-ci s’appréhende en elle-même, tandis que l’on peut observer de l’extérieur le cerveau et sa structure – ce qui apporte un éclairage sur plusieurs des aspects de notre expérience.

Tout comme le corps où il prend sa place, le cerveau a évolué au fil des temps. Mais, à la différence du corps, cela s’est fait par additions, plutôt que par des remplacements : le cortex qui héberge les fonctions les plus avancées se greffe sur des structures sous-corticales qui participent de la régulation biologique à des niveaux inconscients. C’est grâce aux lobes frontaux que des fonctions telles que la planification, la prise de décision, la mise en perspective, l’autocontrôle… se sont mises en place.

Comprendre en quoi la structure du cerveau influence la pensée et comment s’agencent les fonctions intelligentes de notre expérience, n’est pas simple affaire de neurologues ou de psychiatres, mais vaut tout autant pour les philosophes, les artistes et tout un chacun. Le cerveau devient, en quelque sorte, une métaphore du monde.

The Master and his Emissary - The divided brain and the making of the Western world - Iain McGilchrist - Yale University Press - 2009 - 597 pages.
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Le présent billet fait partie d’une séquence sur le Cerveau commencée le 4 juin 2010 (voir la liste des thèmes dans la marge de droite). Il n'est pas exclu qu'au cours de la traduction et en cherchant à condenser, il y ait eu des erreurs ou une mauvaise compréhension : se référer directement à l'ouvrage mentionné ci-dessus.
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vendredi 4 juin 2010

Entre les deux mon cerveau balance

Cela date d’au moins une dizaine d’années : le recours à l’Internet pour la vie de tous les jours était presqu’inexistant et les nouveautés intéressantes vous arrivaient sur des disquettes 3 ½ pouces. C’est dans ces conditions que m’est tombé entre les mains un programme avec des questions en anglais mais pas trop compliqué. Un test, pour savoir si votre cerveau droit l’emportait sur votre cerveau gauche ou le contraire ; et si vous étiez plutôt visuel ou auditif.

Test et paradoxe
Une fois répondu aux questions, le verdict. Divine surprise (avais-je triché ? il me semblait que pas trop) : équilibre presque parfait entre le gauche et le droit, et entre l’auditif et le visuel. Mais il y avait un commentaire circonstancié : la douche froide… Il prenait acte des résultats tels que je viens de les indiquer, pour conclure (toujours en anglais) : "Mon cher Raoul, situé à ce point d’équilibre, vous êtes dans l’incapacité d’avancer ou de reculer, d’aller d’un côté ou de l’autre… et ainsi de prendre des décisions."

En clair, j’étais dans la situation de l’âne de Buridan qui est mort de faim et de soif entre son picotin d’avoine et son seau d’eau, faute de choisir par quoi commencer (philosophe de la première moitié du 14ème siècle, Jean Buridan, à qui on attribue ce paradoxe légendaire, fut aussi recteur de l’Université de Paris). C’est peu dire que, pendant un certain temps, j’ai considéré avec envie une de mes connaissances dont le score était bien éloigné du centre de la cible.

Les deux hémisphères du cerveau
Relation de cause à effet ? Le temps a passé et j’apprends de source bien informée qu’un ouvrage de lecture abordable mais de bon niveau est récemment paru, sous le titre : “The Master and his Emissary” (voir les références à la fin de ce billet). Le point de départ concerne précisément les deux hémisphères du cerveau et le point d’arrivée transparaît dans le sous-titre : ”The divided brain and the making of the Western world”, la thèse étant que le cerveau gauche l’ayant progressivement emporté au cours de l’évolution de la culture occidentale, celle-ci est désormais affligée d’un handicap dont il serait judicieux de parvenir à l’en débarrasser.

Servi par une belle clarté d’expression et un réel souci pédagogique, l’ouvrage est non seulement riche mais également volumineux. Au bout de quelques dizaines de pages, la question commence à poindre de savoir si l’on a bien assimilé ce qui avait précédé. C’est dans cet esprit que je me suis pris par la main en vue d’en dégager et mettre en noir sur blanc les lignes de force. Ce qui suit en est le résultat en ce qui concerne les premières pages.

Et la suite ? Je suis conscient de m’être aventuré dans une expédition qui pourra prendre du temps et se traduire par une certaine quantité d’articles dans ce bloc-notes. Même si la règle du jeu est de le partager avec d’éventuels lecteurs, je m’en sens le premier bénéficiaire. Il ne faut pas, par ailleurs, s’attendre à une quelconque qualité professionnelle, s’agissant du passage de l’anglais au français : en dépit de la longueur qui subsistera c’est bien un condensé, avec pour conséquence d'estomper certains aspects.

Voici donc, réduite à environ un tiers de son volume, la première partie de l’introduction de l’ouvrage de Iain McGilchrist.

Introduction
Il s’agit ici d’un livre sur nous-mêmes, sur le monde et comment nous en sommes arrivés là où nous sommes. C’est surtout une tentative pour comprendre quelle est la structure de ce monde que notre cerveau – lui qui est à la croisée de la pensée et de la matière – a en partie créé.
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A cet égard, la structure dudit cerveau nous fournit des indices sur celle du monde dont il nous aide à prendre connaissance : pourquoi, notamment, est-il constitué de deux hémisphères bien distincts et, qui plus est, asymétriques ?
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Ce n’est que vers le milieu du 19ème siècle qu’on s’est mieux rendu compte de cette asymétrie – le langage résidant de façon préférentielle dans l’hémisphère gauche. On s’est ensuite aperçu que c’est l’hémisphère droit qui était le mieux équipé pour l’imagerie visuelle. Étape suivante : on a concédé que l’un et l’autre hémisphère traitaient aussi bien les mots que les images… mais chacun à sa façon.
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La croyance populaire en est restée à un hémisphère gauche rationnel, réaliste et plutôt tristounet, le droit étant plus fantasque, plus créatif, bref, plus passionnant. Et, comble de l’affirmation erronée, l’hémisphère gauche serait typiquement masculin, à l’opposé du droit, féminin.
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Ne pas croire, en revanche, que c’est au seul hasard qu’on devrait la répartition de tel ou tel aspect des activités cérébrales : ceux qui ont bien étudié la question ont conclu qu’il y avait quelque chose de bien plus profond et qu’il valait la peine de chercher à l’expliquer. Mais s’en tenir à la seule neurologie et à la psychologie serait un peu court : mieux vaut élargir les investigations à la philosophie, à la littérature, aux arts et – pourquoi pas – à l’archéologie et à l’anthropologie.
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Pour l’auteur, la façon dont les deux hémisphères du cerveau diffèrent a une signification. Mais il faut aller au-delà du simple schéma descriptif : cette différence intéresse également ce qui se passe dans notre vie et permet même d’expliquer la trajectoire qui a été suivie pour ceux qui se sont inscrits dans l’évolution du Monde occidental.

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Sa thèse est que, en tant qu’êtres humains, nous avons affaire à deux réalités opposées, à deux modes d’expérience, chacun ayant une importance fondamentale pour aborder ce monde qui est à la portée de la connaissance humaine. Cette différence s’enracine dans la structure à deux hémisphères de notre cerveau. Que ne coopèrent-il pas ? Ce serait idéal. L’auteur croit pourtant assister à une sorte de lutte : lequel va prendre de l’ascendant sur l’autre ? Ce qui donnerait une clé pour comprendre sous bien des aspects ce qui prévaut dans la culture du Monde occidental contemporain.

The Master and his Emissary - The divided brain and the making of the Western world - Iain McGilchrist - Yale University Press - 2009 - 597 pages.

Le présent billet inaugure une séquence qui sera regroupée sous le thème "Cerveau" (voir la liste des thèmes dans la marge de droite). Il n'est pas exclu qu'au cours de la traduction et en cherchant à condenser, il y ait eu des erreurs ou une mauvaise compréhension : se référer directement à l'ouvrage mentionné ci-dessus.