samedi 30 mars 2013
Tous au charbon ?
Apparentes
convictions, convictions sincères, lobbies, sommets mondiaux… Que ne s’est-on
pas écharpé sur les changements climatiques et l’effet de serre ? Entre
les craintes d’une pénurie énergétique et les choix cornéliens entre les
filières, ces dernières années n’ont pas été avares de quelques
rebondissements.
Il y
a notamment l’incontournable Fukushima qui n’est d’ailleurs pas si
étranger à la décision allemande de prendre son tournant énergétique. Et il y a
le boom du gaz de schiste
américain dont on aurait pu croire que cela réduisait à quelques coups de
trompette… mais dont les effets tangibles sur les prix et les marchés, ainsi
que les conséquences géostratégiques incitent à en tester le sérieux. La
faillite du géant chinois des panneaux solaires, Suntec,
doit-elle être analysée dans ce contexte ? Également, dans le même
domaine, la fermeture aussitôt après par le groupe allemand Bosch de son usine de Vénissieux ?
Ce
billet ne prétend pas aborder toutes ces questions. Le béotien assez lambda que
je suis n’en n’est d’ailleurs pas capable. Il prend plutôt appui sur quelques
articles ou textes découverts un peu au hasard pour donner quelques coups de
lampe-torche dans ce paysage brumeux.
De
par son importante décision prise en 2011, l’Allemagne figure au tout début de ce
tour de piste. L’intention n’est pas ici de critiquer mais – alors que certains
l’assimilent à un pari – de faire ressortir les interrogations ainsi suscitées.
Energiewende
La maturation remontait aux
années 1980, avait commencé à se concrétiser en 2000 et reçu un coup
d’accélérateur avec Fukushima : fermeture de 7 centrales nucléaires, réduction de 40% par rapport
à 1990 des émissions à effet de serre pour 2020 et de 80% pour 2050. Le reste
du monde a réagi avec étonnement, indifférence ou sarcasme. C’est ce à quoi
l’hebdomadaire The Economist a
consacré un premier bilan d’étape, fin juillet 2012. En sous-titre :
Ambitieux mais risqué.
Il s’attache d’abord à une approche
micro qui prévaudrait en Allemagne et dont
l’arrière-pensée serait de déstabiliser la dominance des 4 grands
fournisseurs : de par la loi, quiconque dispose d’un panneau solaire ou d’une éolienne peut en vendre
l’électricité au réseau à un tarif pour lui généreux et garanti pendant 20 ans.
Objectif, 35 % du total de l’électricité produite, en 2020. Une centaine de
municipalités et quelques centaines de coopératives (surtout des agriculteurs)
se sont mises sur les rangs.
Technologie propre contre
technologie sale ? Au nord de la Côte frisonne, célèbre pour
l’étendue de ses horizons et maintenant envahie par un parc citoyen d’éoliennes aux hélices
blanches, un maire désabusé confie : Plus le soir est calme, plus vous les entendez.
Tout autre monde –
et pourtant… - j’entends en écho cette remarque d’un recteur du Conservatoire
national de Théâtre de Varsovie, à propos de ses
étudiants d’aujourd’hui : À force
d’avoir le nez sur l’écran de leurs mobiles ou de leurs PC, certains ne sont
plus à même d’avoir sur scène un regard qui porte au loin.
Mais qui va passer à la caisse,
car les gros consommateurs se sont mis à l’abri de ces tarifs élevés ? Ce
pourrait être aux particuliers, chômeurs et retraités compris, d’avoir à payer
la note. La dynamique des prix peut d’autre part décourager les producteurs
d’énergie d’investir pour fournir de l’énergie de secours quand, par exemple,
la journée n’est pas bien ensoleillée ou qu’il n’y a pas de vent.
Il y a par ailleurs un réseau
national d’infrastructure à 20 milliards d’euros en projet afin de relier
les producteurs (par ex. les éoliennes
du Nord) aux consommateurs (par ex. au Sud). Mais l’inertie bureaucratique, les
réticences politiques, l’allergie des certains aux pylônes électriques ou au
principe même d’un réseau de grande envergure… font que ça piétine. Avec le
risque que l’on en arrive à causer plus d’émissions à effet de serre que s’il
n’y avait pas eu de tournant énergétique, d’Energiewende.
Allons-y pour le braunkohle
L’avantage
du site PressEurop est de donner au jour le jour
la traduction dans plusieurs langues d’articles assez significatifs, parus dans
la presse des pays de l’Union Européenne (UE). C’est grâce à quoi j’ai
pu lire L’adieu au nucléaire ressuscite le charbon de Łukasz Wójcik qui figurait dans le n° du 5
septembre 2012 de l’hebdomadaire varsovien Wprost (traduit par Lucyna Haaso-Bastin). Un petit extrait d’un autre
hebdomadaire, allemand cette fois : Der Spiegel, donne des précisions qui en confortent l’analyse.
Wprost fait référence à un rapport
de la Fondation Heinrich
Böll – qui est présentée
comme un think tank du parti Vert allemand. Pourquoi, après avoir donné un coup de frein définitif à
l’arrêt du nucléaire,
en fermant 7 centrales en 2011, puis les 10 qui restent d’ici 2020 (ce qui
correspond à une amputation de 20% de sa production d’électricité), se met-on à
en construire 23 au charbon,
la plupart au lignite
(braunkohle) qui est la plus sale des énergies fossiles ? Énergies
renouvelables mises à part, on s’attendait pour le moins à un recours à des centrales à gaz trois
fois moins polluantes.
L’explication
économico-rationnelle vient des quotas d’émission de CO² (ETS dans le
jargon) de l’UE. Ce sont des permis de contribuer à l’effet de serre qui sont
distribués aux entreprises – y compris les distributeurs d’énergie. Celles-ci
peuvent revendre leur quota non utilisés à d’autres qui peuvent ainsi dépasser
la limite qui leur avait été fixée. Toute incitatrice qu’ils soient pour faire
baisser la pollution, ces ETS avaient deux défauts : sous la
pression des lobbies, le niveau fixé à la masse globale était plutôt
laxiste ; et la récession aidant, la consommation des quotas n’avait pas
atteint les plafonds estimés.
Résultat :
le prix ETS est descendu à 7 € la tonne de CO², et conséquence :
avec ce faible surcoût, mieux vaut lignite que gaz.
Enfin, l’allergie des Verts au nucléaire a fait dire à
leur chef au Bundestag que, pour s’en débarrasser au
plus vite, un retour dit temporaire au charbon leur convenait.
Un
mot sur le solaire
maintenant. Les rayons du Soleil réchauffent guère l’Allemagne – à peu près autant que l’Alaska. La puissance des panneaux photovoltaïques
qu’on y trouve équivaut pourtant au total de ce qui est installé dans le reste
du monde. Le gouvernement avait soutenu cette politique en subventionnant à
tout-va les constructeurs allemands en vue de leur donner un avantage à l’export.
Mais en Chine, on a réussi à fabriquer deux fois moins cher. Subventions
coupées… faillites. Les 9 milliards € de subventions auraient été 100 fois plus
rentables dans l’isolation des bâtiments, 25 fois dans des centrales à gaz, 5 ou 6
fois dans l’hydraulique
ou l’éolien.
Écologie : le bon élève préfère
le charbon, l’autre le gaz
Début
janvier 2013, The Economist prend acte du fort mouvement
qui entraîne les États-Unis en faveur du gaz de schiste, tout en s’interrogeant sur –
appelons cela la résilience du charbon (The mixed fortunes of a fuel) pour en souligner la
résurgence paradoxale en Europe (The unwelcome renaissance).
J’en étais resté à mes impressions datant de la lecture, il y a une
bonne dizaine d’années à la lecture de l’ouvrage sur le passé et l’avenir du
secteur de l’énergie : L’économie hydrogène, de Jeremy Rifkin (je l’ai mentionné dans un autre de mes billets de mi-2011 : Et le pétrole devint légende). La responsable d’études
d’un grand groupe se disait parfois émerveillée de la capacité d’analyse des
consultants auxquels elle s’adressait pour éclairer le passé, voire le présent…
mais systématiquement déçue dès qu’il s’agissait d’aborder le futur. Impression
que j’avais ici partagée à propos de cet hydrogène médicament-miracle pour demain. Mais
j’avais néanmoins retenu – outre le basculement concernant le pétrole (passage à une
demande fortement croissante face à une production désormais stationnaire) –
les risques liés au charbon
(encore abondant mais polluant) et au gaz de schiste (estimations alors incertaines mais
effets négatifs pour l’environnement garantis). Le charbon, le gaz de schiste… nous y voilà.
Car aujourd’hui
encore les centrales à charbon produisent 80% de
l’électricité consommée dans le monde… et on continue à en construire. Mais tout
ne se résume pas à l’électricité : à ce rythme néanmoins, le charbon parviendra à être
une source aussi importante que le pétrole avant 2020 – alors qu’en 2001 le rapport était de 1 à 2.
Première explication : la Chine. Sa consommation a triplé en 10 ans et se base sur le charbon dont elle produit
plus, en équivalent, que le pétrole
extrait du Moyen-Orient. Les pays en développement – à commencer par l’Inde – suivent un chemin similaire. Un charbon moins cher et
plus disponible : des avantages qui, à leur sens, en contrebalancent les
méfaits pour l’environnement (santé et effet de serre).
Les États-Unis, au contraire, se dégagent relativement du charbon. Ce n’est pas un
souci pour l’environnement qui est à la clé. Alors que l’Europe, qui se targue d’être à l’avant-garde en matière de
climat, s’y enfonce de plus en plus.
Leur motivation, c’est le gaz de schiste qui se
révèlerait abondant et à des prix plus abordables. Les producteurs
d’énergie abandonnent leurs centrales au charbon : l’électricité qu’elles
y produisent est passée de 60% en 1988 à 33% désormais. Le passage aux centrales à gaz semble
destiné à durer. Elles se conforment mieux aux normes pour l’environnement de
l’Administration
Obama, elles sont deux fois moins chères que
des centrales au charbon
re-normalisées et deux fois plus rapides à construire.
J’utilise le
conditionnel. L’enthousiasme américain pour le gaz se schiste est évident. Le rapport Global
Trends 2030 de leur National
Intelligence Council (source mentionnnée dans un de mes tous récents
billets : Rareté et récupération) reconnaît que tout ne sera pas facile. Mais va nettement
lui aussi dans ce sens. Ce qui est attendu est une autonomie énergétique
américaine, une abondance d’approvisionnement, une baisse des prix très
sensible, une profonde restructuration géostratégique autour de ce thème. Ce
dont il n’est guère soufflé mot est une analyse sérieuse des retombées sur
l’environnement… et le risque que des
réserves à un prix abordables ne soient pas au rendez-vous. Il faut néanmoins
reconnaître que d’autres acteurs non-américains importants semblent prendre
cette évolution en réelle considération et modifier leurs choix traditionnels
en conséquence.
Privée de sa demande interne, une
reconversion vers l’export devenait vitale pour les mines de charbon américaines, d’autant
que la demande chinoise se tassait… Les prix se sont mis à baisser et les
producteurs européens d’électricité ont sauté sur l’occasion. Car, en Europe, le prix du gaz reste élevé. Il est distribué par pipe-lines (contrats
pluriannuels avec le russe Gazprom) et non transporté sous forme liquide – ce qui en rend le
prix peu sensible à la baisse mondiale qui s’est amorcée : il y est 3 fois
plus cher qu’en Amérique. En clair, les producteurs y perdent quand ils marchent
au gaz et y gagnent
quand ils y vont au charbon.
De plus, le gaz de schiste
est en retard en Europe, sans parler des réticences politiques et sociales.
En Allemagne où l’on a décidé d’abandonner le nucléaire et les énergies fossiles pour les énergies renouvelables,
l’effort en faveur de l’éolien
et du solaire a permis de prendre des parts de marché aux heures les plus profitables de la
journée et – puisque le nucléaire
est banni – de laisser le reste aux combustibles fossiles… où le charbon taille des croupières au gaz (à 3 contre 1 en 2012)
et hérite de centrales toutes neuves.
Sans que cela soit aussi abrupt,
la part du charbon
dans la production électrique grimpe aussi en Grande-Bretagne.
Il y aurait apparemment un mais. Les producteurs européens d’énergie doivent se décider
cette année, en prévision de l’entrée en vigueur d’une directive européenne
destinée à fermer les centrales
au charbon qui ne respecteraient pas de nouvelles normes pour
l’environnement. Si on choisit de les modifier, ce sera coûteux. En contrepartie,
la décision de fermer donne droit à un quota d’heures de fonctionnement d’ici-là :
c’est une incitation à brûler du charbon au plus vite.
Les trois pays les plus
concernés sont : l’Allemagne (on s’attend que sa
consommation de charbon
ne se réduira pas mais leurs centrales se mettront aux normes) ; la Grande-Bretagne (l’utilisation du charbon pour la
production électrique pourrait être divisée par deux) ; et la Pologne. Remarque : l’intention était de diminuer les
émissions de carbone de 20% entre 1990 et 2020… Or la récente récession en
Europe a suffi à elle seule à cet objectif. Le sentiment d’urgence s’émousse.
Par ailleurs, le système dit ETS
du droit à polluer avait été défini de façon assez laxiste et, dans la
récession actuelle, joue en faveur du charbon. Une proposition de révision a été bloquée
par la Pologne. Les incertitudes économiques et politiques
(renouvellement de la Commission et du Parlement européen, par exemple) vont permettre de faire traîner les choses
encore quelques années… et donner le temps aux producteurs d’énergie européens
d’aller investir… hors d’Europe, comme ils le font
déjà savoir.
En santé vacillante pour plusieurs raisons
Et c’est tout récemment que le
même The Economist s’est intéressé au sort de Gazprom. Issu de
l’ancien Ministère soviétique du Gaz, il produit les trois quarts du gaz russe et a le monopole à l’export. Il a
bénéficié des années durant des prix de vente très élevés de ce gaz qu’il achemine par
pipe-lines vers l’Europe – dont il détient ainsi le quart du marché et tire 40%
de ses revenus.
C’est une société qui sert deux
maîtres : des actionnaires envers qui il est supposé maximiser son profit
à long terme… mais aussi et surtout, l’État russe qui n’est autre
que son principal actionnaire. À ce titre, Vladimir Poutine,
qui a des alliés à la tête de Gazprom,
s’en sert au besoin comme outil de politique étrangère (ex. : couper
l’approvisionnement de l’Ukraine), de politique intérieure aussi (ex. : y vendre le gaz à bas prix pour que
les Russes pauvres n’aient pas froid l’hiver) et, incidemment pour acheter des
journaux ou des chaînes télé que l’on rend favorables au Kremlin.
Gazprom ne paie pas beaucoup
d’impôts. Les salaires et avantages de ses dirigeants sont parfois
extravagants. Certains considèrent que la quasi-totalité des profits
disparaissent pour cause d’inefficacité et de corruption. On peut aussi se
poser des questions sur le bien-fondé d’avoir décidé la construction d’un
pipe-line au Sud (pour contourner l’Ukraine) et au Nord (vers l’Allemagne à travers la Baltique mais utilisé en
sous-capacité).
Mais avec le boom du gaz de schiste
américain, les clients de Gazprom prennent
conscience qu’il y a des alternatives à meilleurs prix. Liés en Europe par des contrats à long terme, pour du gaz acheminé par
pipe-lines, ces clients en trouvent désormais sous forme liquide et moins cher.
Gazprom fait
quelques légères concessions contractuelles mais agit comme si cela ne devait
être que temporaire.
L’UE initie
une procédure antitrust au prétexte que Gazprom utiliserait sa position dominante en Europe centrale et
orientale pour
restreindre la concurrence et faire monter les prix. Le risque est non
seulement une amende qui pourrait monter jusqu’à 14 milliards d’euros mais
aussi l’impossibilité d’imposer des prix aussi élevés par la suite, ainsi que
de contrôler en même temps la fourniture (du gaz) et la distribution (par les pipe-lines).
La société commence à se
retrouver avec moins d’argent et plus de problèmes. Notamment, de trouver de
nouvelles sources de gaz
ainsi que de nouveaux marchés – et garder une certaine avance technologique… En
Russie même, une concurrence s’installe (même s’il s’agit de
sociétés en bons termes avec Poutine : Novatek qui a des projets avec Total, et Rosneft).
Une solution raisonnable serait
de séparer la production de la distribution et – au sein de la production – de
donner davantage d’autonomie aux bassins gaziers afin d’en rendre la production plus
efficace alors que, dans l’état actuel, Gazprom ne s’en soucie pas trop.
Libellés :
Economie et finance,
Histoire et politique
vendredi 29 mars 2013
Rareté et récupération
Matières premières critiques
Ce doit être il y a deux ou trois ans, j’avais griffonné sur
un bout de papier quelques chose sur ce sujet et si je me relis bien, cela
avait dû paraître dans The Times de Londres. Une petite histoire éclairante, ainsi
que quelques tableaux d’ensemble dont j’ai tiré l’illustration placée en début
de ce billet.
L’illustration donne les 14 matières premières que l’Union Européenne considérait
comme critiques en 2010. Pour 11 d’entre elles, le pays qui domine la
production mondiale est indiqué avec le pourcentage correspondant. Je n’ai pas
noté ou ne me souviens pas y avoir trouvé de chiffre pour les trois derniers,
parmi lesquels le Palladium
utilisé pour la désalinisation de l’eau de mer.
De la lecture d’une autre source, l’Indium était ce qui permettait de
naviguer sur un Smartphone ou équivalent en glissant les doigts sur l’écran… mais
que, vu le succès de ces bidules et la rareté du produit, les réserves mondiales
risquaient d’être épuisées en peu d’années.
C’était l’époque où se confirmait la présence sur les hauts
plateaux boliviens d’importantes réserves de lithium. Quèsaco ? De quoi confectionner
des batteries électriques assurant l’autonomie, non seulement des téléphones
mobiles, des tablettes et PC portables, mais aussi des voitures électriques du
futur. On estimait que ce pays détenait plus du tiers des réserves mondiales,
suivi du Chili
(presque 30%), l’Argentine,
les États-Unis et la Chine se partageant l’essentiel du reste à parts
sensiblement égales.
Ancien gardien de lamas et leader de syndicat de
cultivateurs de coca (la Bolivie
en est le 3e producteur mondial), le président élu Evo Morales
était alors reçu en grandes pompes par la Corée du Sud :
d’une part, les chaebols comme Samsung, Hyundai, LG… étaient
bigrement intéressés par ce Lithium ; d’autre part, les autorités coréennes
étaient prêtes à puiser dans les caisses de retraite et dans les fonds de
réserve souverains pour en faciliter l’approvisionnement.
La Corée
du Sud n’était bien sûr pas la seule : la Chine, le Japon, la Russie et la France étant alors sur les rangs.
Voyons voir un peu plus loin
Il s’agit maintenant d’une réflexion prospective menée par le
National Intelligence Council placé auprès du
Président des États-Unis.
Son rapport qui s’intitule Global Trends 2030
a été rendu public fin 2012. Il avait été soumis, au cours des mois qui
précédaient, au commentaire d’analystes de pays du monde entier. C’est, depuis
ses débuts dans les années 1990, sa quatrième édition – ce qui suppose un exercice
plus ou moins quinquennal.
Il est loin d’être le seul pour ce genre d’exercice et il reflète
bien sûr les préoccupations, voire une vision du monde, de ses rédacteurs et en
fonction de à qui il est destiné. Mais l’éventail de ce ainsi couvert, la
présentation articulée qui en est donnée, l’ouverture à quoi sa vocation publique
l’incite, et la méthodologie sous-jacente qui y transparaît, me laissent à
penser que – pour reprendre la formule du guide touristique de Michelin – il vaut
le détour.
Parmi les tendances majeures qui y sont identifiées, il y a
celle évidente de la démographie mais croissant plus en raison de l’allongement
de la vie avec la montée des classes moyennes plus exigeantes dans des grands
pays comme la Chine,
l’Inde ou le Brésil et se
concentrant au sein de mégalopoles – non seulement la population mondiale aura
triplé depuis le milieu du 20ème siècle mais la population urbaine
aura été multipliée par 6 ou 7 quand nous arriverons en 2030.
S’agissant de ressources vitales, les tensions seront
manifestes à propos de l’énergie et de l’eau. Mais tel n’est pas provisoirement
l’objet de ce billet. En revanche – aussi bien pour un usage direct par les
personnes ou les groupes plus nombreux et avides d’y prétendre, que pour mettre
en œuvre à grande échelle de nouvelles technologies qui allégeront les tensions
sur les ressources vitales ou qui en garantiront une meilleure efficacité – de
nouveaux objets et systèmes techniques seront de forts consommateurs de
matières premières critiques.
Les téléphones mobiles et tablettes ne se limitent pas à
communiquer, ils facilitent par exemple l’organisation des travaux agricoles,
ou celle de la commercialisation des récoltes dans les pays aux conditions
difficiles et encore peu développés.
On l’a vu pour le Lithium ou l’Indium ; pensons aux terres rares qui tapissent
l’intérieur des lampes à basse consommation – nous allons y revenir dans un
instant.
Récupérer - recycler
Le quotidien de Suisse romande, Le Temps, est l’héritier
de journaux qui avaient déjà une longue carrière à leur actif. Il célèbre
actuellement le 15e anniversaire de cette fusion. Ce qui l’a
conduit – pour ce qui mous intéresse ici – à notamment livrer un article mi-rétrospectif,
mi-prospectif, dont la bande annonce est : Longtemps considérés comme un
problème, les déchets pourraient devenir une solution face à la pénurie de
certaines matières premières. Et qui se conclut par : Les pays les plus
riches en certains métaux ne seront bientôt plus ceux qui en possèdent
naturellement mais ceux qui en auront accumulé artificiellement.
Il l’illustre par le virage pris par deux importantes sociétés
belges venues de l’extraction minière (Umicore) et
de la chimie (Solvay). La première
s’attaque massivement (mille tonnes par jour) aux déchets
électroniques, sachant par exemple que l’on arrive à extraire d’une
tonne de circuits d’ordinateurs 50 fois plus d’or que d’une tonne de minerai… à savoir (si je sais
encore utiliser la « règle de 3), 20 kg à partir d’un million de
téléphones portables, sans compter 200 kg d’argent et dans les 8 tonnes de cuivre.
La second vise le recyclage de terres rares (Cérium, Europium,
Gadolinium, Lanthane, Terbium, Yttrium) déposées dans les lampes d’éclairage
à basse consommation : des investissements viennent d’être faits dans ce
sens à Lyon et
à La Rochelle.
Il suffit de jeter un nouveau coup d’œil à l’illustration du début :
prendre un brin d’autonomie par rapport à une dominance à 97%, c’est tentant.
Côté prospectif, l’article souligne que faire prendre conscience
de l’intérêt du tri lors de la collecte
des déchets est une chose. Mais il faut tout autant faciliter le
démantèlement et le raffinage dès la fabrication des objets.
Sources utilisées :
Une recherche
très sommaire sur Internet ne m’a pas permis de retrouver l’article paru dans The Times en 2010. J’avais noté qu’il était signé par Leo Lewis.
· Les informations
concernant Evo Morales sont une
digression par rapport au sujet de ce billet. Certaines se trouvent dans un dossier de début 2009 de La Vanguardia (Joaquim Ibarz) :
·
Le rapport Global Trends 2030 est directement accessible sur le site : www.dni.gov/nic/globaltrends
· Le volet scientifique
du dossier anniversaire du Temps est paru le 18.03.2013. Le volet consacré à la
récupération des déchets de valeur s’intitule : La conversion des villes en mines. Il est signé par Étienne Dubuis (http://www.letemps.ch/)
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