dimanche 3 juin 2012

Europe – vision en relief ?

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Nous avions commencé avec un historien allemand, selon qui l’année et demi passée par Montesquieu à travers l’Empire germanique lui avait donné à un avant-goût de ce que pourrait être une Europe fédérale (billets des 30 et 31 mai).
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Suivi d’un autre historien, britannique, ayant un faible suffisant pour l’Allemagne au point d’imaginer que si on l’avait laissée gagner rapidement la 1ère Guerre mondiale l’Europe en serait sortie prospère et n’aurait pas été tentée par le fascisme ni par le communisme… et qui a livré récemment un autre scénario où, d’ici une dizaine d’années, cette même Allemagne serait au cœur d’États-Unis d’Europe – dont les Britanniques et les Scandinaves se seraient volontairement exclus (billet du 1er juin).
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Notre 3ème historien est un Polonais, Marek Cichocki, spécialiste de l’intégration européenne et de l’Allemagne : un entretien auquel il s’est prêté, pour Gazeta Wyborcza (*) laisse à penser qu’il considérait alors avec un relatif intérêt le rôle que ce pays  voisin de la Pologne assumait ces temps-ci dans le difficile concert européen.
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Conservateur ? Comme il a été conseiller diplomatique du président défunt Lech Kaczynski, ce qui correspond à la réponse spontanée serait : oui – d’autant que l’article ici présenté date de début novembre 2006. (**) Nuance pourtant : ledit article est paru dans Tygodnik Powszechny (L’Hebdomadaire universel – ou général), considéré d’excellente tenue et qualifié de catholique libéral (***) – et qui pour cette raison, il s’attire d’ailleurs régulièrement les foudres des catholiques conservateurs auxquels s’est progressivement ralliée une bonne partie du monde ecclésiastique polonais.
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(*) On peut lire une traduction en français de cet entretion, réalisé quelques semaines après le decès tragique de Lech Kaczynski et de la centaine de personnes qui l’accompagnaient lorsque l’avion présidentiel s’est écrasé près de Smolensk – voir le lien suivant :
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(**) Comme on peut le constater dans sa version polonaise d’origine, c’est un assez long article (http://tygodnik2003-2007.onet.pl/3229,12763,1370596,tematy.html). La traduction en français d’extraits, qu’en a faite Courrier International le mois suivant, correspond à une réduction en volume d’environ la moitié.
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(***) Créé en 1945, cet hebdomadaire a réussi à traverser toute la période communiste, à l’exception des années 1953-56 : à la mort de Staline, il avait refusé d’en publier une nécrologie.
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Quelle est la teneur du propos de Marek Cichocki ?
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Pourquoi l’UE ? Hier et aujourd’hui
Il rappelle les motivations qui ont conduit à créer la Communauté européenne, puis de quelle façon elles ont évolué au fur et à mesure de son élargissement – surtout avec l’arrivée des pays d’Europe centrale et orientale.
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Pour Robert Schuman, il s’agissait d’abord de de réconciliation franco-allemande, de paix, de stabilité et de croissance écnomique. Pour le premier président de la Commission, l’Allemand Walter Hallstein, (****) il fallait se fonder sur la raison et non sur les émotions… sur le savoir et non sur les mythes.
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(****) Walter Hallstein avait par ailleurs préconisé une organisation fédérale pour l’Europe – il se vit aussitôt opposer un veto sur ce point par le général de Gaulle.
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Or, d’une part, les nouveaux États-membres d’Europe centrale ou orientale n’ont aucune raison de réduire la raison d’être d’une Europe unie et pacifique à la seule réconciliation franco-allemende et, d’autre part, il semble que depuis longtemps dans les propos des dirigeants européens les émotions ont pris le dessus sur la raison – au point que, le préambule du Traité constitutionnel évoque une communauté de destin et une expérience historique comme étant les liens qui unissent, et les États-membres ainsi que leurs citoyens. L’auteur remarque que ce socle en arrive à servir de critère à l’Union européenne (EU) pour juger – de manière parfois autoritaire – du comportement de ses États-membres, ainsi que des relations entre eux ou avec des pays tiers.
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Se référer à la paix de Westphalie ?
On sait que cette paix avait mis fin à la Guerre de 30 ans qui avait ravagé le centre de l’Europe au cours de la première moitié du 17ème siècle. Plusieurs princes allemands s’étant rangés du côté de la Réforme protestante, (*****) le reste du Saint Empire romain germanique, mené par les Habsbourg, a voulu les ramener dans le droit chemin.
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(*****) Ils ont été notamment soutenus par les Suédois qui étaiens luthériens, et par les Français pour une tout autre raison : bien que cherchant à mater les protestants sur le territoire national, Richelieu souhaitait, en Allemagne, contrer les Habsbourg dont il craignait les visées hégémoniques. Plus tard dans le siècle, Louis XIV fera de même en ne s’opposant pas à l’Empire ottoman – il fut particulièrement chagriné que Jean Sobieski, dont il avait pourtant soutenu la candidature pour devenir roi de Pologne, soit accouru, en 1683, libérer Vienne qui était assiégée par les armées turques.
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Conclusion de ce long et tragique épisode, la paix de Westphalie sonne la fin d’une logique fondée sur la religion et fait entrer l’Europe dans une nouvelle période : des États souverains, dotés d’un centre de pouvoir et d’un terrritoire bien définis. L’État-nation ayant failli au 20ème siècle, on a pu considérer cette période comme intermédiaire, avant d’en arriver à une UE post-souveraine et supranationale.
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C’est une manière de voir que les Polonais se sentent en droit de ne pas approuver. A la même époque, ils ont vécu dans une république nobiliaire : les nobles avaient leur parlement/diète, et élisaient le roi – qui n’était donc pas héréditaire. La coopération des Polonais avec les Ruthènes, Ukrainiens Lituaniens… était fondée sur une fédération pacifique entre les peuples et sur une conception multi-ethnique de la citoyenneté, en symbiose avec la religion, dans la vie publique.
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Cette situation a duré pendant environ deux siècles jusqu’au partage de leur pays entre les empires russe, prussien et autrichien en 1795. Or, si la paix de Westphalie a instauré une coupure entre l’Église et la politique, on voit ici qu’elle a conduit à ce que les plus forts se mettent à phagocyter les plus faibles.
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Le partage de la Pologne a duré plus d’un siècle et elle n’a joui de son indépendance recouvrée en 1918 que pendant une vingtaine d’années, avant de se retrouver sous la coupe des nazis puis des communistes pour un demi-siècle. Tout ce qui précède laisse supposer que, vue par les Polonais, la question de la faillite de l’État-nation ne correspond pas à l’histoire directe de leur pays.
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Se référer aux Lumières ?
Les effets de la paix de Westphalie digérés, on aborde le siècle des Lumières. Il va de soi que celles-ci peuvent être considérées comme constituant un des principaux éléments de l’identité européenne. Mais on met trop souvent sous le boisseau qu’il y a Lumières et Lumières : celles des Français, guidées par la raison, ne sont ni celles des Britanniques (par la vertu sociale), ni celles des Américains (par la liberté politique), ni celles des Polonais qui, les premiers en Europe, sont parvenus à se donner une constitution (en 1791) à forte composante de républicanisme politique.
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On voit les effets de la cécité sur les différences ici rappelées : dans le préambule du Traité constitutionnel de l’Europe, l’absence de références à des valeurs chrétiennes correspond bien aux Lumières françaises mais se trouve en contradiction avec les autres.
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Se référer à la 2nde Guerre mondiale ?
Dans l’histoire de l’Europe, la 2nde Guerre mondiale succède à une longue série de conflits – elle apparaît comme la pire, comme suscitée par une idéologie aberrante, et se caractérise par des destructions massives et par l’Holocauste. L’intégration européenne est, à cet égard, une réponse institionnalisée pour en empêcher le retour.
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Mais qu’en est-il pour les pays qui ont vécu, plusieurs décennies durant, l’expérience du communisme et qui, depuis, rejoignent l’UE. Évoquer cette expérience donne parfois l’impresssion d’enfreindre un tabou. (******)
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(******) L’auteur pointe certaines réactions négatives exprimées dans la presse allemande, quand a été évoqué un projet d’interdire le symbole de la faucille et du marteau au même titre que celui  la croix gammée – au motif que ce n’était pas comparable. Notons incidemment que ce symbole figure dans les armoiries de l’Autriche, dont l’aigle tient, bien verticalement chacun d’entre-eux entre ses griffes. Aller au lien :
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L’illustration de ce billet se compose d’ailleurs d’armoiries de 12 des 27 pays de l’un – de gauche à droite et de haut en bas :
GB - DK - S - PL
F   -  NL -  D - A
P   -   E   -   I - GR.
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Ces pays sont-ils tenus de réciter comme un credo que l’UE ne peut se justifier que dans l’optique d’une réconciliation franco-allemande ? Qu’elle apporte une sécurité contre le retour du nazisme mais qu’il faut se taire, s’agissant de l’idéologie et des pratiques de l’ère communiste ? Qu’il faut la considérer comme une étape qui prolonge la dynamique de la paix de Wesphalie ? Qu’elle n’est héritière que de la seule version à la française des Lumières ?
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Ne vaudrait-il pas mieux remettre en perspective l’acquis historique communautaire ? Et, peut-être plus difficile encore, reprendre la réflexion sur les différentes philoophies de l’organisation de l’espace européen commun, quand on prend conscience que chacune de celles jusqu’ici avancées, si elle puise dans l’Histoire, cherche aussi à y trouver sa propre légitimité ?
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vendredi 1 juin 2012

Saint Empire germanique du futur


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Till, mon sourcier en informations de tout genre, ayant remarqué que j’avais mordu à l’hameçon Montesquieu + Allemagne (voir mes billets des 30 et 31 mai), s’est empressé de m’inonder sur des thèmes assez proches. J’ai retenu deux spécimens, signalés en leur temps dans Courrier International (CI) : l’un datant de fin 2006, paru dans Tygodnik Powszechny (L’Hebdomadaire universel ou général), l’autre il y a 6 ou 7 mois dans le Wall Street Journal (WSJ). Comme cela avait été le cas à propos de Montesquieu dans Die Zeit, ici aussi ce sont des historiens qui sont à la manœuvre.
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Wholly/holy et fédéral/habsbourgeois
Je commence par le plus récent, du 10 novembre 2011 sous le titre 2021: The New Europe dont  CI (n° 1100) baptise de larges extraits : En 2021, Vienne, capitale d’une nouvelle Europe "germanique". C’est assez enlevé, d’un ton qui a fortement réjoui plusieurs lecteurs (*) et qui pourrait surprendre dans le WSJ – à moins de se souvenir que celui-ci a été racheté,  voici  cinq ans, par News Corp. – c’est-à-dire Murdoch. Comme signalé plus haut, l’auteur est un historien, Niall Ferguson, un britannique par ailleurs spécialisé dans la finance et l’économie, et qui enseigne à Harvard.
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(*) On accède directement à l’article en anglais et aux commentaires dans l’édition en ligne du WSJ :
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Il s’agit d’un scénario dont l’aboutissement dans en une dizaine d’année est une Europe ayant pris la forme de ce que des langues acérées désignent par un Wholly German Empire. Le holy qui se cache dans wholly n’ayant pas échappé aux traducteurs de CI, ils en ont fait un Véritable Saint Empire germanique. Il s’agit de la structure d’une Europe redessinée dont la saveur n’aurait peut-être pas déplu à Montesquieu – un fédéralisme budgétaire – mais celle aussi d’un Saint Empire à forte coloration habsbourgeoise.
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Plus intéressant est de préciser à quoi correspond cette Europe redessinée puis de suivre le raisonnement qui montre comment on pourrait en arriver là. C’est ce que je vais essayer de ramasser maintenant à partir des versions en anglais (WSJ) et en français (CI), sachant d’ailleurs que la seconde n’a pas forcément respecté l’ordre des alinéas parmi les extraits qui ont été traduits.
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Une Europe redessinée
C’est une Europe redessinée, dans la mesure où les Britanniques en sont sortis, que l’Irlande de plus en plus mal à l’aise vis-à-vis de Bruxelles a fait de même, que les Écossais ont mis une sourdine à leurs velléités d’autonomie, que tout ce monde s’est rapproché pour donner un Royaume  Ré-Uni qui profite largement de capitaux chinois.
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Dans la mesure aussi où en Scandinavie, Islande comprise, les tendances national-populistes (qu’un surmoi historique n’inhibe pas comme c’est le cas en Allemagne) ont entrainé un refus d’avoir à payer pour les pays du Sud, une scission par rapport à l’Union européenne (UE), et la création d’une Ligue du Nord à la Viking.
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En revanche, l’Europe redessinée (**) – qui comprend tout le reste de l’actuelle UE, a intégré les pays de l’ex-Yougoslavie.
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(**) Sur la carte – faite un peu à la va-vite – qui illustre ce billet, et par analogie avec les USA, l’Europe redessinée est désignée par USE (United States of Europe) et comporte – comme on le verra par la suite – trois sous-ensembles : un USE méditerranéen des vacances ; en bordure de la Baltique, mais sans la Scandinavie, un USE comme zone franche productrice dans un régime de "laissez-faire" économique ; et le reste des USE.
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Sur les rives de l’Europe méditerranéenne, où 20% de la population a plus de 65 ans et 20% se trouve au chômage, l’économie est en bonne partie au service d’Allemands qui y ont désormais leurs résidences secondaires. Les Pays baltes quant à eux, et la Pologne, sont également en relation économique avec l’Allemagne, mais autrement : ils sont tous passés à l’euro, et les Allemands y investissent pour y développer des capacités de production plus rentables.
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Curieusement – et même si on subodore que la France a un pied dans l’Europe du Sud, l’article est presque muet à son sujet. (***)
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(***) Si on s'éloigne de article lui-même, pour s'intéresser à son auteur, la célébrité de Niall Ferguson tient notamment à un livre controversé (The Pity of War, 1998) où il estime qu'il aurait mieux valu que le Royaume-Uni soit resté en dehors du conflit en 1914 et qu'elle ait laissé l'Allemagne l'emporter : la guerre ne serait pas devenue mondiale,  et l'Europe, devenue prospère sous la houlette germanique, aurait échappé au fascisme et au communisme. On classe habituellement Ferguson comme proche des néo-conservateurs.
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Cheminement
Au moment où Niall Ferguson livre son scénario au WSJ, on sent bien l’ambiance : l’euro est menacé et l’UE à sa suite. La théorie des dominos travaille tous les esprits, d’une part quant aux dettes souveraines susceptible d’expulser, chacun à son tour de la zone euro, plusieurs pays européens, tout en mettant particulièrement à mal le système bancaire… d’autre part, mais on en constate concrètement ici les premiers effets, plusieurs gouvernements ont déjà succombé au désaveu des électeurs. L’auteur annonce sans trop d’imagination le changement de Président en France et – plus risqué – celui de la Chancelière allemande puis, de l’autre côté de l’Atlantique, du Président américain.
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Il attribue notamment le basculement de la CDU vers le SPD en Allemagne à une opinion qui a fini par en avoir assez que l’on cherche à sauver les banquiers sur le dos des contribuables. Dans le domaine financier, se conjuguent deux phénomènes : la création d’une sorte de Ministère européen des finances – à Vienne, histoire de prendre un peu de champ par rapport à Bruxelles ; et la carte blanche donnée au Directeur de la Banque centrale européenne d’outrepasser son mandat, d’en faire de la BCE un prêteur de dernier ressort pour les gouvernements, en rachetant par exemple les obligations italiennes et espagnoles (une technique du type planche à billet) – c’est un élément qui me semble clé dans ce scénario : est-ce que ça marche ? oui... et l’euro s’en porte mieux par la suite.
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Par ailleurs
S’ajoute enfin un élément de contexte destiné – s’avèrera-t-il lui-aussi pertinent ? – à étoffer le propos. Sur le pourtour méditerranéen et malgré les espoirs qu’il avait suscités, le printemps arabe fait long feu. Une attaque (non nucléaire, les Européens ayant dissuadé Israël d’en venir là, par crainte peut-être de voir arriver de nouveaux nuages du type Tchernobyl au-dessus de leurs têtes, voire de leurs plages) sur les installations nucléaires iraniennes,  a ressoudé tout ce monde – même la Turquie, qui a mis fin à la séparation séculaire qu’Ataturk avait initié entre l’Islam et l’État. Et les USA, désormais présidés par le Mormon Mitt Romney avaient à ce moment-là d’autres souci que d’apporter leur soutien à Israël.
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jeudi 31 mai 2012

Montesquieu, Allemagne, fédéralisme (B)

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Vers une République fédérative d’Allemagne ?
Au-delà du réel souci que nous avons constaté d’aller dans le détail quand il prend des notes, l’intérêt de Montesquieu porte manifestement sur l’organisation politique complexe qu’il découvre. À la différence d’une France centralisée, il s’agit d’une structure constitutionnelle qui laisse une grande liberté aux régions, aux territoires et à certaines villes qui ne sont pas sous la coupe directe d’un des souverains. (*) Ainsi, la Bavière, le Württemberg, la Saxe mais aussi Ratisbonne, Augsbourg ou Hambourg, se comportent presque comme des États souverains, tout en restant membres d’un même corps politique.
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(*) On distingue les villes d’Empire, directement rattachées à l’empereur et des villes libres qui n’ont ni impôt à verser ni troupe à fournir à l’empereur
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Quel nom donner à tout cela, se demande-t-il. Membre respectable de la noblesse, il est invité à dîner chez des maires, des ministres de haut rang, voire des souverains et pas des moindres. Ce qui lui est dit l’aide ainsi à comprendre que cette manière de faire est l’aboutissement d’un chemin sinueux au fil de l’Histoire. C’est à partir des cinq grands duchés qui existaient au Moyen-âge (Bavière, Souabe, Lorraine, Franconie, Saxe) que le pays allemand est progressivement devenu un tout.
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Pas de monarque héréditaire mais un empereur qui, depuis le 13ème siècle est désigné par 7 (puis 9) souverains. Afin de parvenir à ce que tous s’entendent – et ce et jusque y compris le souverain le moins puissant ainsi que les villes – l’empereur réunit régulièrement les représentants de chacune des parties à l’Hôtel de ville de Ratisbonne en vue de trouver une position commune pour chacun des points litigieux. La Diète d’Empire de Ratisbonne, se dit alors Montesquieu, incarne d’une certaine façon une séparation entre le pouvoir impérial et celui sous l’égide des territoires et villes rassemblées. Et d’admirer comment ce gouvernement fonctionne en douceur.
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Ce qui ne veut pas die que cette manière de faire n’a pas été l’objet de critiques. Montesquieu avait eu connaissance de la traduction en français de l’ouvrage datant de 1667, d’un spécialiste du droit public – Samuel von Pufendorf – qui voyait en l’Allemagne une alliance assez lâche et non l’expression d’un État souverain. Par ailleurs, le 1er ministre du Brunswick lui avait signalé un problème récent : depuis 1701, l’armée du Royaume de Prusse était en croissance continue – ce qui représentait un facteur d’imprévisibilité. Et le roi Frédéric Guillaume 1er y exerçait, de façon tyrannique, un pouvoir centralisateur.
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Montesquieu, qui ne se prend pas pour un devin, se garde d’en juger. Et, au moment où il quitte – à regret semble-t-il – l’Allemagne, il est persuadé que, en dépit des objections mentionnées, l’Empire a trouvé sa voie vers une organisation étatique articulée sur deux niveaux : si l’on parvient à maîtriser la Prusse allemande et si l’on accorde aux sujets des principautés des libertés comparables à celles dont on bénéficie dans les villes, on aura un État qui sera l’exemple-type selon les principes d’une organisation confédérée. Ce qu’il décrira explicitement plus tard comme la République fédérative d’Allemagne dans L’Esprit des lois. N’est-ce pas ce que – dans une traduction un peu libre – on pourrait désigner comme la Bundesrepublik Deutschland ? À savoir la RFA.
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Les échos de l’Histoire – aux USA, en RFA. Pour l’UE ?
Le concept est nouveau. Il est de portée historique. Lorsque, en 1776, les colonies britanniques d’Amérique du Nord se sont détachées de leur contrée d’origine et se sont rassemblées pour devenir les États-Unis, le juriste et homme politique James Madison a dit avoir trouvé, dans les écrits de Montesquieu, comme un oracle : dans L’Esprit des lois (1748), le passage sur l’Allemagne l’avait particulièrement intéressé. Et quand, en 1786, il eut à rédiger cette Constitution qui a transformé une confédération assez lâche d’États en une Union, il s’est inspiré de l’organisation prévalant dans l’Empire germanique – époustouflant contrecoup de l’Histoire.
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Au cours des deux derniers siècles, l’ancien Empire a connu une évolution que l’historien et écrivain Albert Funk décrit de façon fascinante dans sa Petite Histoire du fédéralisme (Kleine Geschichte des Föderalismus) et a abouti, pour les régions et le villes qui en faisaient encore partie, à la RFA. En mettant entre parenthèses les deux épisodes bien connus [ce qui ne semble pas une raison pour en sous-estimer la signification] du national-socialisme et de la RDA, il conclut que l’Allemagne est restée constamment fidèle aux principes du fédéralisme.
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L’Europe doit-elle devenir un jour une véritable fédération comme Montesquieu en avait explicitement exprimé le vœu dans une lettre au 1er ministre du Brunswick ? On n’en n’est pas encore là. Il se peut que son édifiant oracle pousse, à l’avenir, nos hommes politiques à s’interroger plus fréquemment à ce sujet.
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Le présent billet se compose de deux parties qui se suivent chronologiquement et dont le titre se termine, respectivement, par (A) et (B).
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Ma maîtrise de la langue allemande étant incertaine, il est recommandé – pour aboutir à une compréhension plus exacte – de se référer au texte original de l’article en allemand. Celui-ci est accessible en ligne à l’adresse suivante :
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Ce même texte, découpé en trois parties, a également été publié en France dans le magazine Vocable-Allemand au cours de mars 2011. Je lui suis reconnaissant pour le lexique des principaux mots qui y figure en marge et qui m’a aidé à restituer une interprétation moins approximative que ce que j’en comprenais spontanément.
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La carte s’inspire de celle qui se trouve à l’article de Wikipedia sur le Saint Empire romain germanique en 1789 – donc plusieurs décennies après le voyage de Montesquieu (1728-29). Elle permet de visualiser le morcellement de l’Empire.
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mercredi 30 mai 2012

Montesquieu, Allemagne, fédéralisme (A)

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En ces temps dits de crise, alors que les questions financières et économiques chahutent le présent et menacent le futur de l’Union Européenne (UE), l’ami Till a exhumé pour moi un article du journal allemand Die Zeit datant du début de l’an dernier. Il aborde la question des relations entre les pays de l’UE sous un angle autre que l’image actuellement en vogue d’une Chancelière d’un pays qui se veut responsable et qui dicterait leur marche à suivre à des pays du Sud par trop prodigues : quelle dose de fédéralisme doit-elle être instillée dans le fonctionnement de l’UE ?
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Réunion d’États indépendants ou État fédéral ?
Chacun sait que la question n’est pas neuve. Même si c’est loin d’être l’alpha et l’oméga en la matière, l’article de la version française de Wikipedia ne cache pas que la manière de conduire l'UE a toujours hésité entre une voie où les États conservent l'ensemble de leurs prérogatives et celle, dite fédérale, où une partie de la souveraineté des États lui est déléguée. Dans le premier cas, les décisions communautaires  doivent être prises à l'unanimité – seuls les chefs d'État ayant la légitimité démocratique pour représenter leurs citoyens. Dans le second cas, les institutions doivent représenter directement les citoyens – ce qui relève d’un autre type de prise de décision au sein des institutions.
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Il est intéressant de noter que, passant d’une version de Wikipedia à l’autre, selon la langue choisie, et la structure de l’article et la manière de présenter la question peut sensiblement différer. La version française prend acte que l’UE est, pour une part, une confédération (où des États indépendants délèguent certaines compétences à des organes communs) et, sur d’autres aspects, il y a une entité supérieure aux États, comme dans une fédération. Les Allemands, les Autrichiens et les Belges germanophones donnent à ce type de structure le nom de staatenverbund ce qui revient à penser en termes de gouvernance multi-niveau – les États membres restant néanmoins unitaires (à moins d'être déjà fédéraux comme l'Allemagne, la Belgique ou l'Autriche).
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Montesquieu parcourt l’Europe
Venons-en à l’article que, en janvier 2011, Jürgen Overhoff, historien qui enseigne à l’université de Hambourg a signé dans Die Zeit sur l’influence qu’a eu pour Montesquieu le séjour qu’il a effectué en Allemagne en 1728-29. Qui ne connaît Montesquieu (1689-1755) et son ouvrage L’Esprit des lois (1748) où il a jeté des fondements qui ont servi à la constitution des États modernes ? En soulignant notamment la nécessaire indépendance et le contrôle réciproque des trois pouvoirs : l’Exécutif, le Législatif et le Judiciaire. On sait aussi que sa pensée s’est inspirée de ce qu’il avait découvert au cours de voyages en France et en Europe.
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Ainsi, en Angleterre où, depuis la Glorieuse Révolution de 1688-89, les lois étaient édictées suite à une procédure impliquant des représentants élus des citoyens, le roi et des lords parmi les plus influents (en revanche, pour le 3ème pouvoir – la Justice – il n’y avait pas grand-chose à voir avec la vision idéale qu’il s’en faisait).
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Ce qui reste étonnant est que – alors que l’on dispose des notes et des lettres rédigées au cours de son long voyage à travers le Saint Empire romain germanique – celles-ci n’ont guère été exploitées, même après avoir été imprimées à Bordeaux, un siècle et demi après sa mort… ni d’ailleurs été traduites en allemand. Quand on s’y penche pourtant, on est stupéfait d’y trouver, non seulement un compte rendu fort vivant sur les Allemands, leur culture les paysages et les villes, mais aussi la description d’un régime constitutionnel unique en son genre et susceptible de servir de modèle pour d’autres Nations. Montesquieu y découvre le fédéralisme et le considère comme un des éléments faisant partie de l’héritage constitutionnel pour l’avenir de l’Europe.
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Son chemin à travers l’Allemagne
C'est en avril 1728 qu'il prend la route pour Karlsruhe – ça commence mal : Montesquieu maudit l’état des routes et renonce à remonter sur Hambourg. Il se dirige vers Ratisbonne (Regensburg), ville où, depuis 1663, siège en permanence la Diète d’Empire. Il longe ensuite le Danube en direction de Vienne, résidence séculaire de l’empereur des Habsbourg, puis pique vers Graz, Ljubljana (*) et Trieste, jusqu’à la frontière italienne qu'il atteint pour le Nouvel an de 1729.
(*) Ljubljana est l’actuelle capitale de la Slovénie – cette ville s’appelait alors Laibach.
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Il repart vers le Nord : Munich, Augsbourg, Ludwigsburg, Mannheim, Francfort-sur-le-Main, Bonn, Cologne, Düsseldorf, Münster, Hanovre, Brunswick (Braunschweig) et un crochet par le massif du Harz avant de reprendre le chemin du retour par la Hollande. En octobre 1729 il est de nouveau en France.
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Impressions de voyage
Plus d’un an et demi donc au total, où il a accumulé nombre de remarques étonnantes. Il s’émerveille des paysages du Württemberg, des vignobles du Rhin (il est bordelais d’origine), de la salaison des jambons de Westphalie… Il apprécie le pumpernickel mais tout aussi bien les galeries de peintures de Düsseldorf (des Rubens, des Van Dyck, des Raphael qui s’y trouvaient alors ont depuis migré vers Mannheim ou Munich), la résidence – Nymphenburg – du souverain bavarois, la cathédrale de Cologne en cours de reconstruction, (**) l’Hôtel de ville d’Augsbourg, cité où coexistent, en paix et à parité, catholiques et protestants – chose alors impensable en France. (***)
(**) En fait, pour des questions d’argent et parce que le gothique n’était plus de mode, la construction de la cathédrale de Cologne avait été interrompue au 16ème siècle, même si quelques timides tentatives avaient suivi. La reprise des travaux et l’achèvement attendront le 19ème siècle.
(***) L’édit de Nantes (Henri IV – 1598) avait donné la liberté de culte aux protestants. Ses clauses furent révoquées par étapes successives au cours du 17ème siècle, et de façon définitive en 1685 : le protestantisme devint interdit sur le territoire français – ce qui provoqua un exil massif  de huguenots vers des pays protestants, en Europe et de l’autre côté de l’Atlantique. Même si cette décision fut appliquée de façon progressivement plus souple par les successeurs de Louis XIV, elle ne fut abolie qu’à la Révolution Française.
     Or il faut savoir que, en 1715 – année de la mort de Louis XIV, Montesquieu avait, à 26 ans, épousé une riche protestante… Ses remarques sur le sujet ne viennent donc pas de quelqu’un qui y est indifférent.
     L’auteur de l’article insère une anecdote : pris de fièvre alors qu’il se trouvait justement à Augsbourg, Montesquieu consulte un médecin catholique qui le soigne avec des médicaments d’un médecin protestant – la fièvre tombe en effet mais cet épisode s’achève avec un estomac à son tour détraqué.    
     Rappelons-nous enfin que c’est à Augsbourg, en 1530, que l’empereur Charles Quint, ayant réuni le conseil du Saint Empire romain germanique afin de savoir quelle ligne suivre face à la Réforme protestante, le texte présenté par les luthériens (la Confession d’Augsbourg) fut rejeté.
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Généralement reçu de façon amicale et avec bienveillance, Montesquieu note qu’en Saxe cependant, les habitants sont plus prompts à des réparties qui ne manquent éventuellement pas d’esprit, alors que, en Bavière, demander l’heure qu’il est peut plonger votre vis-à-vis dans une grande perplexité… et demander un verre d’eau faire pouffer de rire : pourquoi pas de la bière comme tout le monde ? Mais, tout compte fait, une fois une certaine réserve passée et la glace rompue, les Allemands lui plaisent.
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Le présent billet se compose de deux parties qui se suivent chronologiquement et dont le titre se termine, respectivement, par (A) et (B).
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Ma maîtrise de la langue allemande étant incertaine, il est recommandé – pour aboutir à une compréhension plus exacte – de se référer au texte original de l’article. Celui-ci est accessible en ligne à l’adresse suivante :
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Ce même texte, découpé en trois parties, a également été publié en France dans le magazine Vocable-Allemand en mars 2011. Je lui suis reconnaissant pour le lexique des principaux mots qui y figure en marge et qui m’a aidé à restituer une interprétation moins approximative que ce que j’en comprenais spontanément.
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La carte s’inspire de celle qui se trouve à l’article de Wikipedia sur le Saint Empire romain germanique en 1648 – donc plusieurs décennies avant le voyage de Montesquieu (1728-29). Elle permet de visualiser le trajet parcouru.
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mercredi 18 avril 2012

Entre les deux… (20)


Au début de son ouvrage, l’auteur avait attiré l’attention sur le fait que le cerveau était divisé et qu’il était sans doute opportun que certaines choses puissent être ainsi séparées ; il avait de plus noté que le cerveau était relativement asymétrique. Il s’était ensuite intéressé à la nature des différences entre les deux hémisphères. Il avait alors fait remarquer qu’il ne s’agissait pas de deux sortes de banques de données qui s’étaient trouvés juxtaposées là par hasard, mais que s’y exprimaient plutôt l’expression de deux ensembles de valeurs cohérentes mais néanmoins irréconciliables : l’hémisphère gauche se consacrant notamment à la manipulation via la main droite, ainsi que via le langage… excepté la musique – qui relève justement de l’hémisphère droit.
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À ce stade, il cherche à approfondir quels sont les mondes que ces deux hémisphères font exister, et il pose la question s’il s’agit simplement d’une asymétrie ou si l’un a la primauté sur l’autre.
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Revenons au thème de l’attention
Naturellement, la manière de faire attention dépend souvent de ce sur quoi elle porte ainsi que pour quelles raisons.
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Ex. : S’agit-il d’un carburateur ou d’un homme qui meurt ? Et dans ce dernier cas, selon que l’on est soi-même philosophe, médecin, journaliste… Autre exemple : un emplacement que certains apprécieront pour son calme et sa beauté, et d’autres parce qu’on peut le rentabiliser. Etc.
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Notre attention survient ainsi en réponse au monde, mais celui-ci prend aussi forme en réponse à l’attention que nous lui portons. Cela vaut en même temps pour les bases neuropsychologiques de notre perception du monde : ceux qui font l’impasse sur cette question en viennent à adopter implicitement le point de vue du matérialisme scientifique. C’est comme si, pour le dessin de M.C. Escher, des deux mains qui se dessinent l’une l’autre, on donnait la priorité à l’une sur l’autre.
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Un aperçu de ce tableau figure dans l’illustration qui se trouve en tête de ce billet. Elle provient de l’article que, dans son édition en anglais, Wikipedia consacre à Maurits Cornelis Escher. On ne l’y trouve pas dans l’édition française Il y est fait remarquer que cette œuvre est vraisemblablement sous copyright mais qu’en faire usage reste admissible, dans la mesure où elle est jointe à un article pour aider à en faire comprendre le contenu, sans que l’on puisse recourir à autre chose hors copyright pour fournir l’explication équivalente, et en se limitant enfin à une reproduction en base résolution – ce qui est ici le cas ici.
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Quand la science évacue la philosophie
Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain : il n’est pas dit que soient sans valeur les résultats auxquels on parvient en faisant l’impasse sur la question de savoir si la forme que prend le monde subit quelque influence selon le type d’attention que nous lui portons. Mais, en l’absence du nécessaire scepticisme qui devrait être de mise, on en arrive à prendre ces résultats comme allant de soi et à réduire le corps… puis le cerveau, à l’équivalent de mécanismes.
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C’est un hold-up : au lieu de laisser la philosophie interroger la science et la science informer la philosophie, une vision scientifique naïve du monde se métamorphose en une sorte de pensée unique que l’on pourrait baptiser neuro-philosophie.
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Une vague de fond susceptible de s’amortir ?
Il est exagéré de cibler les seuls neuroscientifiques car il faut reconnaître que c’est l’ensemble de la philosophie occidentale qui s’est calée sur une vision qui se veut claire et précise, s’appuyant sur un langage dénotatif et une analyse linéaire séquentielle – bien dans l’esprit de l’hémisphère gauche.
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Par ailleurs, de récents développements ont eu lieu dans le domaine de la philosophie, faisant suite à ceux qui, à partir des années 1880 avaient touché les mathématiques et la physique.
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Pensons à Cantor qui, avec la notion d’infini non-dénombrable et même d’une infinité d’infinis, a ouvert un « au-delà » à des mathématiques désormais incomplètes et moins certaines ; à Gödel dont les théorèmes d’incomplétude disent que, quel que soit le système pris en référence, il y a des vérités qui ne peuvent être prouvées en utilisant les termes propres à ce système ; en physique, à Boltzmann (systèmes imparfaits et probabilité), à Bohr (mécanique quantique), ou à Heisenberg (principe d’incertitude). À la différence de l’univers mécaniste newtonien, on peut désormais prendre appui sur une vision venant de « l’hémisphère droit », quitte à revenir ensuite et utiliser l’hémisphère gauche pour conduire une analyse logique séquentielle, et en tirer des conclusions.
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Une philosophie jusqu’alors mise sous tutelle
Pendant plus de 2000 ans (mettons, depuis Platon avec par exemple son principe du tiers exclu, jusque vers la fin du 19ème siècle), la philosophie avait privilégié un processus typique de l’hémisphère gauche : verbal, analytique, pensée abstraite et décontextualisée, raisonnement par catégories et en termes généraux, abordant la vérité à partir d’une démarche linéaire séquentielle, bâtissant brique à brique son édifice de la connaissance. La nature de la réalité y a été traitée en termes de dichotomies : réel/idéal, sujet/objet… on est dans le « ou bien/ou bien » de l’hémisphère gauche dont les fonctions, qui visent à manipuler et à utiliser, requièrent clarté et fixité – et par conséquence, séparation et division.
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Évoquons les paradoxes classiques (Achille et la tortue, la flèche immobile, tous les Crétois sont des menteurs…) : leur énoncé devrait être un signal d’alerte que le moment est venu de reconsidérer le raisonnement soi-disant logique par lequel nous décrivions jusqu’alors la réalité. Le problème de l’hémisphère gauche qui raisonne conceptuellement en vase clos, à distance de la perception incarnée du réel, est que, dans sa conviction que c’est la logique qui prime, c’est la réalité qu’il faut reconsidérer.
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Notons aussi, avant d’aborder la question des récentes évolutions de la philosophie, que dans son survol de la philosophie depuis l’Antiquité, l’auteur remarque que très peu de philosophes ont échappé à une mise en tutelle par l’hémisphère gauche (il cite Pascal et Spinoza comme des exceptions) et marque d’un point d’orgue le cartésianisme – ici qualifié de solipsiste.
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The Master and his Emissary – The divided brain and the making of the Western world – Iain McGilchrist – Yale University Press – 2009 – 597 pages...
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Le présent billet fait suite à celui du 15 mars. Il fait partie d’une séquence sur le Cerveau commencée le 4 juin 2010 (voir la liste des thèmes dans la marge de droite). Il n'est pas exclu qu'au cours de la traduction et en cherchant à condenser, il y ait eu des erreurs ou une mauvaise compréhension : se référer directement à l'ouvrage mentionné ci-dessus.